Zibeline n°19 juin 2009
Zibeline n°19 juin 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°19 de juin 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 5,8 Mo

  • Dans ce numéro : derniers spectacles... premiers festivals.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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60 LIVRES Cahiers d’un retour à l’île natale On croise sa silhouette élancée au détour de salons du livre corse, avec un vrai sourire, une tendresse sensible pour l’autre, qu’il soit le lecteur désinvolte, l’habitué des salons, l’invité pour la cérémonie des beignets au brocchiu, ou le véritable passionné. C’est avec la même simplicité que le poète répond à tous. Jacques Fusina évoque sa longue carrière, d’abord à Paris, sa collaboration à la revue Le puits de l’ermite, pendant une douzaine d’années, ses rencontres avec les poètes du moment, ses amitiés riches et complices, Mandiargues, Soupault, Maurice Carême, Guillevic… Dans ce véritable laboratoire, il se nourrit des différentes influences tout en gardant sa propre musique. « Une lyre -j’y ai songé- a courbé le ciel. » (Retour sur images). Il écrit alors en langue française, publie un recueil poétique, Soleils revus (1969) et poursuit une brillante carrière d’universitaire. C’est par elle qu’il retourne en Corse en 1981. Chargé de mission ministérielle pour la mise en place de l’enseignement du Corse (et ce jusqu’en 1987), il sera, entre autres fonctions, le Président du Conseil de la Culture, de l’Éducation et du Cadre de Vie de 1989 à 1991 auprès de l’Assemblée de Corse. Ces distinctions ne sont pas liées au hasard : docteur ès Lettres et sciences de l’éducation, il fonde le département des sciences de l’éducation dans l’université de Corte, et les enseigne ainsi que la littérature. Retour et renaissance Pourquoi ce retour ? Une sorte d’urgence se dessinait dans l’enthousiasme que créait la nouvelle donne politique, une nécessité de rendre à la culture corse ses lettres de noblesse, de produire en Corse les nouveaux jalons d’un art contemporain, et surtout de ne pas laisser s’enfermer le renouveau culturel dans un ressassement infini du passé. Déjà à Paris, il avait affirmé sa préoccupation pour la culture de son île, en s’inscrivant dans la vibrante génération de 70, du Riacquistu, écrivains qui se retrouvaient dans la revue Rigiru. Pourquoi écrire en Corse ? Parce que la littérature en langue française est florissante, alors qu’en langue corse, il s’avérait nécessaire de créer, d’alimenter, de redonner une impulsion, nourrir un flux qui semblait alors devoir se tarir. Les publications en corse se multiplient alors, recueils de poèmes, aux éditions Albiana et La Marge, essais critiques et universitaires, articles de journaux, ouvrage consacré à une pédagogie de la poésie. Il retrouve le poète occitan Max Rouquette dans le souci de défendre et d’enseigner les langues régionales ou minoritaires. Talentueux polygraphe, Jacques Fusina s’attache à la défense et illustration d’une langue qu’il chérit par tous les moyens d’expression qui lui sont donnés. Il prête ainsi sa plume aux groupes corses, célèbres ou non ; Patrick Fiori lui demande des textes, Pavarotti avait un projet avec lui… Si Ghjacumu (Jacques) Thiers affirme qu’« écrire dans la diglossie c’est toujours mourir un peu », Fusina démontre le contraire par son œuvre vivante, vibrante, multiple. Son dernier recueil, Retour sur images, livre un ensemble de poèmes en français, en corse, avec leur traduction. L’âme poétique navigue entre les deux langues, se coule entre les mots, épouse les sonorités et les particularités linguistiques, « [Apprivoise] nos mots comme les hirondelles ont domestiqué les fils électriques. » Le poète nous donne sa recette : « Pour ne pas se perdre, faire comme les sentiers du maquis : apprendre par cœur le langage de sa terre. » Écoutez la version corse : « Per ùn perdesi, fà cum’è i viottuli di e machje : amparà à la mente a lingua di a so terra. » La notoriété de Fusina souffre sans doute aujourd’hui de son choix insulaire. Pourtant cette poésie souvent métaphysique ne se perd pas dans le sérieux d’envolées lyriques : le pastiche prend part à la danse des mots, « Voici venir les temps où vibrant de vertige » … sans oublier les clausules vengeresses « il a poété » … MARYVONNE COLOMBANI Soleils Revus Recueil de poèmes, 1969 PJ. Oswald, coll. Voix Nouvelles Cantilena Veranile Poésie enfantine, 1983 Scola Corsa Bastia Contrapuntu Poèmes ill, par le calligraphe Peter Berger, 1989 La Marge Prose Elzevire Ecrits journalistiques, 1989 La Marge Corse, Défense d’une île Essai critique, 1992 Autres Temps Ed. L’urgence à écrire… Il me sera difficile de venir te voir, un titre étonnant pour ce livre de correspondances littéraires sur les conséquences de la politique française d’immigration : dans le cadre des Jeudis du comptoir, deux initiateurs de cet échange épistolaire, Eric Pessan et Nicole Caligaris étaient à la Caravelle, le 7 mai, pour en expliquer la genèse. Au départ, pour Eric Pessan, une « bouteille à la mer » sur un site littéraire pour écrire son indignation face à cette situation odieuse. Une première réponse, celle de Nicole Caligaris : l’envie de réagir, en tant qu’écrivain, par des textes littéraires et la décision de proposer une correspondance à une quarantaine d’écrivains francophones. Vingt-six au total ont écrit, dans l’urgence, puisque chaque binôme, constitué le plus souvent au hasard, disposait de deux mois. « L’entreprise a été très difficile, explique Nicole Caligaris : même quand on a l’ambition de penser certaines questions, certaines sont difficiles à penser. » Comment s’adresser à l’Autre qui (nous) est étranger ? Comment se débarrasser des stéréotypes et E CLUAPPCLLE E Sette Chjappelle Poèmes et proses, 1987 Albiana Canta u Populu Corsu Présentation critique du groupe, 1993 Albiana L’enseignement du corse, histoire, développements, perspectives étude historique, 1994 Squadra Finusellu Ed. Versu Cantarecciu Chant et poésie, 1996 Albiana Ed. Tous les Matins de Corse Editions Autres Temps - Marseille 1998 Parlons Corse Editions de l’Harmattan 1999 de l’influence insidieuse du discours xénophobe ? Mourad Djebel, « Algérien d’Angoulême » qui a correspondu avec Nathalie Quintrane a évoqué ses doutes : que peut la littérature face aux centres de rétention et aux « déportations » ? « Nous n’avons pas la naïveté de croire que des textes changeront le monde, nous tenons simplement à l’existence de ce « nolo », je ne veux pas ». Car comme le pensait Maurice Blanchot, « face aux événements publics, nous savons que nous devons REFUSER. » Ce sont toutes ces questions fondamentales aujourd’hui qui ont été abordées et qui donne envie de découvrir toutes ces correspondances, échangées sous des formes aussi variées que récits d’enfance, poèmes, et abécédaire... « Un livre pour apporter un peu d’air » comme a conclu Jutta Hepke des éditions Vents d’ailleurs. ANNIE GAVA
Marie lumière Le colloque international qui lui a été consacré début avril, ainsi que la réédition simultanée de certaines de ses œuvres par Actes Sud devrait permettre de redécouvrir la discrète Madeleine Bourdouxhe (1906-1996). De cette romancière belge née en Wallonie, on connaît surtout La femme de Gilles, publié en 1936, réédité en 2004 et récemment adapté pour le cinéma par Frédéric Fonteyne, avec un Clovis Cornillac très convaincant dans le rôle de Gilles. La femme de Gilles, au titre révélateur, est un drame de la jalousie ; c’est aussi une histoire qui parle de l’oubli de soi, de la perte d’identité dans l’amour. Dans À la recherche de Marie, paru en 1943, on retrouve le couple, l’usure du désir et les rapports de domination. Mais, dans ce deuxième roman, c’est désormais la femme qui est au centre, bien décidée à ne pas sombrer dans la routine du mariage. À l’écoute de ses désirs, de passion, d’aventure, de solitude aussi, Marie est déterminée à les sentir et à les vivre, sans Nul n’est parfait Autant le savoir : les personnages de ce recueil n’ont rien de sublime, rien d’exceptionnel. Ils n’ont aucune aisance à vivre, aucun talent particulier, aucune certitude. Anti-héros tourmentés, ils nous saisissent par leur humanité crue, par leurs comportements incongrus, déviants, obsessionnels… C’est précisément dans leur étrangeté et leur monstruosité que réside leur beauté : miroirs amers, ils reflètent nos pensées les plus obscures, nos angoisses dissimulées, notre simulacre quotidien… Le style, sobre et amer, installe un malaise à la fois diffus et cristallin. Pétales est composé de six nouvelles, chacune révélatrice d’une vérité crue. On y découvre les disgrâces de la chirurgie esthétique, un étrange regard sur l’onanisme, un cactus révélateur… ou encore une bien funeste pince à épiler. Franchissant les limites noires du possible, dans la Une rue Quand vous aurez lu le dernier ouvrage de Sara Vidal, écrivaine marseillaise, vous ne regarderez jamais plus la Rue du Théâtre français, ce court passage qui, partant de la Canebière, aboutit sur la place du Lycée Thiers, avec les mêmes yeux. Vous chercherez l’hôtel Les Cytises, tout blanc et aux volets vert sombre qui abrite des exilés du monde entier. Vous vous demanderez qui a remplacé la famille de la fragile Marta dans la chambre 15. Vous essaierez de croiser le regard de Roméo qui guette de sa fenêtre sa Juliette, prof de lettres au collège Thiers… Vient-elle toujours le retrouver dans sa chambre meublée où les livres sont le seul luxe ? Et le « Scribe », ce SDF à qui la jeune femme blonde d’Hypercopie a offert un bloc sténo carré et un crayon pour qu’« il y enferme ses pensées », continue-t-il à y inscrire minutieusement l’histoire des oiseaux migrateurs, assis sur les marches du Théâtre ? Ces marches que hantent les fantômes d’Armand Hammer, le mécène, et de ses culpabilité. Ce qu’elle fait, sans tambours ni trompettes, avec une liberté déconcertante. Dans une prose simple et fluide, avec d’émouvants arrêts sur images au présent de narration et beaucoup de sensualité, Madeleine Bourdouxhe trace le portrait d’une jeune femme émancipée, qui sait habilement s’évader des sombres prisons de la tradition, des bons sentiments ou de l’habitude, pour exister en pleine lumière. Elisa, la femme de Gilles, perdait son être dans sa passion pour son mari ; Marie fait un pas de côté, sort du rang, et se retrouve. Une belle force qui va, comme sa créatrice qui fut résistante, féministe, amie de Sartre et de Beauvoir… et sans doute bien d’autres choses ! FRED ROBERT A la recherche de Marie Madeleine Bourdouxhe éd. Actes Sud, 15 euros droite ligne du « réalisme fantastique » cher aux écrivains mexicains, Guadalupe Nettel installe une atmosphère sordide comme dans son précédent roman : dans L’hôte la narratrice, adolescente hantée par une créature intérieure, rejoignait ses semblables dans les ténèbres de Mexico, après avoir perdu progressivement la vue. Autres histoires embarrassantes : le sous-titre est un euphémisme, pour ce recueil qui démange et irrite l’épiderme. Récompensé au Mexique par les prix Gilberto Owen et Antonin Artaud, il est troublant, et fascinant… MARION CORDIER Pétales et autres histoires embarrassantes Guadalupe Nettel éd Actes Sud, 15 euros parents Julius et Sara, arrivés d’Odessa sur le paquebot Plutarque ? Il est certain que vous croiserez encore des « femmes assises sur les plots », quelques enfants « qui jouent vaguement à leurs pieds à de maigres jeux de cailloux, de papiers froissés », Aïda, Nacéra, les jumeaux arpenteurs et tous les autres. Quant à Kitty, la Noire, qui a essayé d’exorciser ses démons, « racontant par la force du corps ce qui ne peut se dire » en une chorégraphie sublime sur la place redevenue agora, vous ne la reconnaîtrez pas : elle danse ailleurs, plus loin… Sara Vidal a su, à partir d’une longue observation, transfigurer le réel, le rendre magique grâce à la qualité de son écriture poétique. La construction originale, en forme de script théâtral, et les changements de narrateur ajoutent encore à l’intérêt de ce roman attachant. ANNIE GAVA LITTÉRATURE LIVRES 61 A lire également, chez Actes Sud : La femme de Gilles et Les jours de la femme, Louise et autres nouvelles (Babel n°950). A lire également, chez Actes Sud : L’hôte, 2006, 19 eurosr.01r'm4 1 Rue Du Théâtre Français Sara Vidal Editions Riveneuve, 12 euros Sara Vidal signera son roman le 15 mai à 18h 30 à la Librairie Regards, Centre de la Vieille Charité



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