Zibeline n°19 juin 2009
Zibeline n°19 juin 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°19 de juin 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 5,8 Mo

  • Dans ce numéro : derniers spectacles... premiers festivals.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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18 THÉÂTRE MONTÉVIDÉO MASSALIA Ecouter/voir l’âme des mots Pelléas et… Proposant une/sa lecture du chefd’œuvre de Maeterlinck, Thierry Raynaud offre d’abord des points de suspension comme une promesse à tenir, un appel à l’intelligence et à la sensibilité. La légère scénographie, par sa précision et sa simplicité, va au cœur du poème à cinq voix ; la discipline du pupitre contient, canalise et exacerbe à la fois l’étrange lyrisme du texte et le renvoie à ses propres profondeurs ; les dégringolades de chevelure du haut de la tour ou les pluies d’étoiles sont puisées à la source du mot et y restent libres, momentanément, de toute représentation. Entre conte, mythe et tragédie c’est surtout une histoire de seuils et de bordures que semble nous raconter cette mise en lecture tapissée sourdement d’un flux et reflux sonore, découpée de faisceaux lumineux pour dire l’ombre et le silence. Jusqu’où s’aventurer ? Que (donner à) voir ou (faire) entendre ? Mireille Herbstmeyer porte superbement, comme dans la tragédie, les voix périphériques (roi, reine, servante et...) qui ouvrent et ferment l’essentiel ; l’enfant Yniold (saisissante Anne Claude Goustiaux), les yeux ronds, articule comme on laboure un champ de mine, donnant à chaque mot sa charge de mort ; Pelléas et Mélisande sont jeunes, parlent bas, traversés malgré eux par des forces obscures ; les deux acteurs sont un peu en retrait, comme en timidité du texte, faiblesse mais charme lorsque la main droite de Pelléas, aimantée, oscille sans jamais la toucher vers la gauche de Mélisande ; la silhouette de Golaud sort de l’ombre et son visage se fixe exactement entre les épaules des jeunesei gens, lourd d’une douloureuse stupéfaction ; là où Thierry Raynaud coupe le texte de Maeterlinck, la mort reste en suspens ; il suffit de fermer les yeux, le drame est venu sur ses pattes de colombe « rendre l’âme ». MARIE-JO DHÔ Pelleas et... Agnes Mellon Pelléas et... d’après Maeterlinck a été mis en lecture à Montevidéo le 14 avril Les voix du muet Le Cartoun Sardines a conclu son festival de cinémathéâtre au Massalia par sa dernière création : le Bonheur, d’après le film de Medvedkine (1934). Ce troisième volet, beaucoup plus drôle que les précédents (Faust est comique par instant, mais effrayant aussi, métaphysique) joue sur un coté dérisoire, music hall, avec chansons, couleurs, bruitages loufoques, chouette musique en direct et inversion des sexes -Dominique Sicilia doublant le paysan Khmyr. Comme dans les deux autres volets la séance de cinethéâtre joue par instants la symbiose, lorsque le son inventé illustre le film muet, invente des dialogues vraisemblables et des sons mimétiques. Et par instants décale complètement, inventant un langage anachronique, superposant des scènes jouées entre les doubleurs, ou pratiquant le commentaire ironique (« Tiens Staline », entend-t-on à l’apparition d’un moustachu…). C’est un peu trop bavard, parfois simpliste dans les dialogues imaginés… mais ce travail redonne une visibilité à ce chef-d’œuvre surréaliste, à son délirant cheval à pois qui « débraye », refusant de labourer, à cette scène de bagarre délirante entre un pope et son compère, à la mort du grand père… Car ce qui demeure remarquable, dans ces tentatives de ciné-théâtre, c’est le respect et l’amour que le el Cartoun porte au cinéma muet, auquel il donne comme une voix intérieure. AGNÈS FRESCHEL À venir au Massalia I saputoni, de la délicate Cie Delle Briciole, un spectacle tout public à partir de 4 ans, jusqu’au 16 mai. Cirque en mai (voir p 28) les 23 et 24 mai. Le petit chaperon uf, un très beau spectacle d’acteurs Le Bonheur Marc Barthelemy et de marionnettes, par la Cie pUnChiSnOtdeAd. Le texte de Grumberg, adapté pour la scène par Cyril Bourgois, revisite le sens premier du conte, rappelant que les loups existent, que la liberté n’est pas acquise, que les enfants ne sont pas à l’abri de la cruauté des hommes qui déportent… transforment les grands-mères en êtres inquiétants… Wolf y est un sous officier terrible qui apprend au Chaperon qu’il ne fait pas bon être Uf. On y lit la guerre de Grunberg, l’enfant juif, mais aussi toutes les histoires des intolérances que peuvent subir les enfants. C’est beau et fort, à partir de 7 ans. du 26 au 29 mai. Le plus beau village du monde, un spectacle du Théâtre de Galafronie (Bruxelles), conclura la saison. Il y sera question des souvenirs et des lieux de l’enfance. du 9 au 11 juin. Théâtre Massalia 04 95 04 95 70 http://massalia.lafriche.org
Acter rien o Les rencontres de Komm’n’act, plateforme européenne de jeunes artistes du spectacle vivant, ont rassemblé un public nombreux, attentif et ouvert. Pourtant les spectacles que nous avons vus (3 sur la dizaine de propositions) nous ont parfois parus effarants de vacuité. Four Deaths est le plus intéressant. Une cie slovène, Via negativa, y fantasme la mort imaginaire de quatre performers incontournables. Devant leur image projetée ils rendent un hommage aux artistes, parvenant finement à en dire ou en montrer l’essentiel, puis inventent une agonie. Languide pour Pina Bausch, sanglante et crue pour La Ribot, un peu décevante pour la carrure de Marina Abramovic, et carrément insupportable pour Tim Etchells. Car malgré cette manière si respectueuse et pourtant iconoclaste de leur rendre un hommage intime, les performers n’échappent pas aux défauts du genre : en plasticiens ils gèrent le temps théâtral n’importe comment, croient que chanter mal dans des micros se pardonne, et accordent à leur propre corps nu un pouvoir de transgression qu’il n’a plus. Transmutation in souffre de défauts plus graves, mais se sauve par l’humour. Les performers de Benjamin Bodi décomposent le mouvement en séquences (code MU) et tels des expérimentateurs testant sur eux ce vocabulaire, ils enchaînent seuls, successivement ou ensemble des mouvements dont ils hurlent le chiffrage. C’est amusant, mais franchement vain. N’ont-ils rien à dire sur le monde ? Le pire est à venir. Far far far away est la création de trois artistes présents l’an dernier. Bénéficiant de plusieurs résidences ils ont réussi à fabriquer ensemble un objet théâtral insupportable de clichés. Ils Sans dévoration Early morning est une des premières pièces d’Edward Bond. Le dramaturge, encore potache, y fustige le pouvoir royal un peu comme Jarry, en plus cruel et noir bien sûr. Le pouvoir royal ne s’y trompa pas, qui interdit la pièce en 1968. Ce qui en fait un œuvre historique, mais hélas pas un chef-d’œuvre. Early morning souffre des défauts habituels des pièces de Bond : c’est long comme ses Pièces de guerre, et passent leur temps à s’habiller de vêtements forcément noirs ou violets suspendus à des portants, à chanter très très mal des tubes ressassés, à très peu utiliser un écran vidéo omniprésent, et surtout à ne dire rien, rien, rien ni sur le monde, ni sur eux-mêmes, ni même sur la représentation. Far far far away du sens. Certains se demandaient, à la sortie, pourquoi cette génération d’artistes accordait si peu de valeur à la technique (du texte, du corps, du jeu, du geste, du o moins intéressant. Car trois heures de pastiche, sans émotion véritable, sans personnage un peu incarné, mais sans non plus virevolte ou éclats de rire, c’est long. Les comédiens rassemblés par Thomas Fourneau pour créer la pièce ont beau se démener avec talent -Agnès Regolo est sidérante- l’ensemble manque de rythme ; par défaut d’huile dans les rouages, certainement, le jour de l’avant-première, mais aussi à KOMM’N’ACT MINOTERIE Early Morning X-D.R. 19 i THÉÂTRE Far Far Far Away Pierre Gondard son) et pensaient que la présentation de ce qu’ils sont pouvait constituer un acte artistique. Péché de jeunesse ? AGNÈS FRESCHEL Les rencontres Komm’n’act se sont déroulées du 13 au 21 avril dans divers théâtres de Marseille cause de certains choix. Celui de ne pas couper dans un texte indigeste qui tourne en rond autour de ses répétitions, et d’y rajouter des chansons in extenso pour séparer des scènes répétitives, et d’y installer des silences aussi, et de ne pas jouer sur le burlesque des situations, et d’y procéder à des changements de décors incessants, souvent inutiles et longs. Et pour couronner le tout, de proposer pour la dernière partie de la pièce, le Paradis, un film doublé en direct, long comme une éternité sans pain. Reste que certains aspects d’Early morning demeurent passionnants : l’appétence pour le mal de ces pervers shakespeariens, ce paradis cannibale, la crudité du langage populaire, ce prince coupé en deux… tout cela donne envie d’une version plus légère. D’autant que l’occupation de plateau, la vidéo, la musique même par moments ne manquent pas d’intérêt, et recèlent des talents évidents. Sans doute ont-ils voulu trop en faire, en dire, en montrer durant ces trois heures, sans rien resserrer ni couper, en rajoutant au contraire des épaisseurs d’univers. Un défaut de jeunesse qui veut trop en montrer d’un coup ? AGNES FRESCHEL Early Morning se joue jusqu’au 16 mai à la Minoterie. 04 91 90 07 94, www.minoterue.org.



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