Zibeline n°17 avril 2009
Zibeline n°17 avril 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°17 de avril 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 4,4 Mo

  • Dans ce numéro : Marseille, sous tous les angles.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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20 DANSE LES HIVERNALES Voyages d’hiver À la Chartreuse, Arles, Cavaillon, et partout dans Avignon, les Hivernales ont une fois encore réchauffé nos vacances d’hiver… Déambulation Mallarméenne Pourquoi Quatorze ? 3 ans pour concevoir ce Bel Aujourd’hui, projet un peu fou autour du poète Mallarmé, touche à tout à la divagation prolixe. 1 parcours-spectacle en 5 volets, pour le 140 e anniversaire de l’écriture d’Igitur, 3h30 de déambulation pour un public partagé au haZard en 4 tribus. Passant d’un lieu à l’autre, découvrant au passage des petits solos dansés, il en profite pour visiter une Chartreuse aux mystères infinis. La plasticienne Joëlle Molina a conçu une exposition inspirée des liens (posthumes) de Mallarmé avec la psychanalyse, qu’elle déroule en « chambres des mystères d’Igitur » Visite guidée trépidante qui, à moins d’être déjà initié à la rhétorique mallarméenne (pentagramme stphn ? un coup de dé ? le psaltérion ?) laisse le spectateur encombré de mystères... S’ensuit une conférence des plus sérieuses, par Philippe Verrièle qui lit deux courtes fictions sur l’écrivain et son rapport à la danse... Dans la cave des 25 toises, Jean-Christophe Paré fait défiler sur le sable 12 danseurs dans des costumes surprenants, conçus à partir d’un journal de mode que Mallarmé écrivit... Mention spéciale aux costumes masculins ! Puis, ailleurs, deux jeunes danseuses offrent une délicieuse leçon de danse (classique), telle que le poète put la découvrir au XIXe. Enfin le public réuni s’installe dans le Tinel pour assister au spectacle d’Andy de Groat à partir de la Folie d’Igitur, bercé entre Chopin et Radiohead. Un peu fourre tout, à la cacophonie babélienne pas toujours lisible mais avec des danseurs investis et étonnants, et surtout une peuplade d’individus, de masques à gaz et de petites souris, aussi étranges que différents. DELPHINE MICHELANGELI Mallarmé le Bel Aujourd’hui a été joué les 19, 20 et 21 fév à La Chartreuse Ces corps de femmes Le dernier spectacle deMichel Schweizer, ôQueens, reprend les ingrédients des précédents : des chiens, des corps en semi-représentation, des discours sur le monde et sa marchandisation… Là encore, comme dans Kings son pendant masculin, il expérimente l’effet de discours entrecroisés : celui d’une danseuse classique, d’une strip-teaseuse et d’une culturiste qui parlent de leur rapport narcissique et/ou douloureux à leur corps, et le mettent en scène ; le « discours intérieur » des chiens philosophes filmés en gros plans ; le sien, lui qui cette fois est à la fois séducteur, compagnon et metteur en scène de'Fr Frederic Desmesures ces femmes qui se livrent. Même si on ne comprend pas vraiment le sens de la vidéo introductive, même si par moments ça prend un peu trop son temps, c’est encore plus fort que Kings, parce que le discours ambigu sur la meute masculine a fait place à une démonstration plus sensible, qui se permet d’être nettement drôle, ou nettement émue, comme quand la voix masquée chante la Mort de Didon pendant que l’effeuilleuse s’exécute… AGNÈS FRESCHEL ôQueens a été dansé au Théâtre d’Arles le 24 fev La création de David Wampach est exemplaire des impasses persistantes d’une certaine (non)danse contemporaine. Confrontées à un manque de moyens chronique elle présente au public des bout à bout d’impros, plus ou moins codées, interprétées par des corps sans aucune technique de danse. On y trouve, immanquablement, ce que les stages font faire aux débutants-avancés pour les familiariser avec l’autre, et l’espace scénique : on marche en crabe, côte à côte, on réagit à des impulsions communes, on traverse en latéral, en diagonale, en rasant les murs, on joue avec le corps inerte de l’autre, on rit, on crie, on ahane, on pleure, on se lâche. C’est agaçant, ennuyeux, puis franchement énervant. Les 45 minutes s’éternisent… La seule bonne idée, justement, est de ne pas faire durer Quatorze plus longtemps. Car cela nuit terriblement à l’image de la danse contemporaine, ce n’importe quoi justifiant souvent le discours réac du « il y a trop d’artistes », ou trop de spectacles. Quand on n’a rien à dire, pas de moyens, pas d’idée, pas d’interprètes, ce qui peut arriver à tout artiste un jour ou l’autre, il ne faut pas se présenter devant un public… AGNÈS FRESCHEL Quatorze a été dansé le 23 fév à Benoît XII, Avignon À côté de la transe D Entre danse et théâtre, Entracte, de Josef Nadj, traduit les représentations du Yi king ou Livre des transformations, image mathématique du monde au cœur de la pensée chinoise depuis des millénaires, basée sur le système binaire du yin et du yang. Sur scène un double quatuor, quatre danseurs et quatre musiciens, occupe l’espace ; la musique d’Akosh Szelevényi (improvisations jazz) est au cœur du dispositif, puissante, omniprésente, phagocyte l’espace dansé. L’énergie qu’elle insuffle porte les corps instables des danseurs, sans cesse en mouvements, brisés parfois mais toujours reliés les uns aux autres. La persistance du pamplemousse In Side Stephane Gladyszewski Le parcours proposé par le plasticien québequois Stéphane Gladyszewski à l’intérieur de la Maison Jean Vilar est bluffant. Jouant d’effets d’optique, de persistance rétinienne, il fait entrevoir des fantômes de corps, des traces, des ombres, des spectres un instant allumés qui réapparaissent un peu plus loin, des corps soudain nus, flashés, des pamplemousses qui semblent posséder une lumière intérieure lorsqu’on les écorche. Les humains ont des queues de reptiles, des masques d’argiles, et l’on traverse trois salles pour les suivre In Side, dans un petit théâtre d’ombre où les images projetées sur les corps se multiplient jusqu’à faire disparaître la sensation même du réel. Est-il là, ce corps qui se dédouble ? Que voit-on ? On n’en sait rien, mais on devine que tout cela est simple, artisanal comme les illusions de Méliès. Mais tout à l’intérieur des yeux. AGNÈS FRESCHEL In Side a été dansé à la Maison Jean Vilar, Avignon, du 22 au 24 fév Nadj poursuit aussi son travail plastique, transformant, dans un duo d’une étrange beauté, les pieds de Marlène Rostaing (seule femme !) en pinceau trempé dans l’encre rouge ; ou créant d’étranges tableaux d’ombres chinoises derrière des paravents éclairés de lumières mouvantes… moments trop rares : le temps s’étire, ouïe et vision se perdent dans une recherche de transe totale, pas vraiment atteinte. DO.M. Entracte a été dansée les 26 et 27 février au Théâtre de Cavaillon
LE MERLAN DANSE 21 Le deuxième sexe au premier plan Au Merlan des femmes ont dansé. Mais avant un homme a parlé d’elles, comme il avait parlé d’eux Douleur intarissable Le cœur et le corps à vif, les trois interprètes des Inconsolés disent avec radicalité la cruauté des relations humaines. Si le chorégraphe fait entendre des bribes du Roi des Aulnes de Goethe et des extraits de l’album Persuasion de Throbbing Gristle, c’est Les Inconsolés Marc Domage pour amplifier la désespérance de l’Etre : le père, l’enfant, la sœur, la mère… Personnages de fiction ? Souvenirs d’enfance ? Figures poétiques ? Peu importe, Alain Buffard livre sa vision mortifère de l’amour et du désamour, de l’alliance et de la « désalliance » à travers la chute vertigineuse des corps. Des corps en souffrance quasi permanente, tout autant physique que morale, livrés à nu sur le plateau, la peau offerte à la lumière crue et au regard fixe du spectateur, lui-même frôlant l’asphyxie dans la pénombre. Face à la mise en danger de leur intégrité, les danseurs - dont Alain Buffard- sont exceptionnels de concentration et de force, provoquant le malaise quand la violence scande leurs mouvements et la sexualité dicte leurs postures. Un malaise qui perdure longtemps encore lorsque la tragédie se déplace derrière un écran vidéo, filtre adoucissant et protecteur entre la réalité et la fiction, la morale et l’innommable, la domination et la dépendance. Mais de quels mondes sont-ils les survivants, ces corps suppliciés à la manière de Francis Bacon, masques grimaçants ou yeux bandés, gisants revenus d’entre les morts pour chuchoter à l’oreille des vivants quelques vers de Goethe ? MARIE GODFRIN-GUIDICELLI (Not) a Love Song Marc Domage (Not) a Love Song CO Marc Domage Not inside (Not) a love song n’est pas la plus grande réussite de Buffard. Quoi qu’il fasse, et même si ses interprètes sont magnifiques, quelque chose d’un peu plaqué demeure dans cette démonstration de féminités mise en scène par un homme. Son regard les interroge bien dans leur être et non dans leur image, pourtant. Mais la suite de séquences reste comme à la surface de leur peau. Les Inconsolés, avec les mêmes procédés de correspondance floue entre la nostalgie de la musique et l’esquisse de gestuelles référencées -comme si les corps prenaient des poses entrevues sur des tableaux, des chromos, des magazines- semble nettement plus « vécus » … A.F. Les Inconsolés a été présenté au Merlan le 23 fév, (Not) a love song le 21 fév au Merlan, et le 24 fev au Théâtre de Nîmes et 26 au 28 mars au Pavillon Noir Vacuité féminine Nadia Beugré est dans une démarche autobiochorégraphique assez touchante. Parce que l’être qu’elle présente sur scène est complexe, riche de contradictions même : androgyne, musclée, noire, elle se présente crâne rasé, en marcel kaki… Entre deux Nadia Beugré EFitte-Duval a sexes elle semble aussi entre deux danses -gagnée parfois par l’Afrique, puis retournant à la contemporaine. Son solo, construit sur des lignes droites -elle traverse la scène en diagonales ou longe les murs- offre hélas une progression limitée, du presque rien à des moments nettement plus dansés, jusqu’au constat d’un pénis absent. Dommage, car la présence est forte, loin d’être vide justement dans cet espace, et le musicien qui l’accompagne est particulièrement intéressant lui aussi dans ses paradoxes : faisant jaillir des sons africains de sa batterie, il arrache des frottements improvisés aux instruments traditionnels… A.F. Un espace vide, moi a été présenté au Merlan du 8 au 11 mars L’origine du monde Il y a une chose que les hommes oublient souvent, (et la psychanalyse ?), c’est que les femmes naissent du corps d’une femme, et que leur rapport aux autres corps féminins est teinté de nostalgie, et du même désir de retour au bercail qu’ils éprouvent… La dernière scène de Correspondances, où les deux danseuses s’attachent à des mamelles de latex, les palpent, les tètent, puis s’aspergent de lait, s’y roulent et s’y Correspondances Eric Boudet délectent… le rappelle avec force ! Car le duo de Kettly Noël et Nelisiwe Xaba explore avec une gaieté neuve les rapports qu’ont entre elles les femmes. Apprêtées, rivales, à nu, ludiques, délirantes, elles jouent ensemble, se donnent des ordres, les contournent avec humour, miment à l’unisson des paroles, se menacent de leurs talons aiguilles. Magnifiques oui, féminines oui, soumises non, comme elles disent. C’est drôle, jusqu’à la fin émouvante. Autre chose : ce spectacle joué par deux femmes noires pourrait l’être par des blanches ou des jaunes (sauf pour le contraste du lait répandu ?). Parce qu’encore une fois l’origine qu’elles nous montrent n’est pas celui de nos attentes… A.F. Correspondances a été présenté au Merlan du 8 au 11 mars, au théâtre d’Arles le 13 mars, et sera joué à Cavaillon du 6 au 10 avril en tournée Nomades



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