Zibeline n°16 mars 2009
Zibeline n°16 mars 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°16 de mars 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 11,2 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... culture et éducation en lutte.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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70 HISTOIRE SAINT-VICTOR i Qui est Saint-Victor ? Les martyrs qui peuplent les médias aujourd’hui s’illustrent par la violence de la mort qu’ils infligent aux autres autant qu’à eux-mêmes. Mais dans l’antiquité, aux débuts du christianisme, il en allait tout autrement ! Marseille possède son martyr, associé à une abbaye : Victor ! Pour ce saint patron, la question est pourtant épineuse car les historiens divergent sur l’interprétation des faits. Jean-Claude Moulinier a repris l’ensemble du dossier textuel dans une étude magistrale. Le « récit symbolique » est le manuscrit le plus ancien : il serait de la fin du V e siècle. Le texte est certainement tributaire d’une source antérieure inconnue, peut-être du IV e siècle, et appartient à la littérature du martyre, avec ses codes et ses contingences. Les récits Victor est un soldat romain qui, sous le règne de Dioclétien, au début du IV e siècle, ne veut plus toucher sa solde et se réclame chrétien. Arrêté, il est remis au préfet Euticius qui lui ordonne -pour tester sa fidélité à Rome- de sacrifier aux dieux. Victor refuse. Traîné dans la ville, supplicié, il s’obstine. Pire, il rabroue son juge. Intervient alors son supérieur militaire qui se charge de lui infliger le châtiment mérité. Victor est frappé avec des gourdins, suspendu et de nouveau frappé avec des lanières de cuirs. Enfermé, il reçoit ses frères chrétiens et les rassure : sa souffrance est allégée par le Christ. Enfin, le 21 juillet de l’année 303 ou 304, Victor est une dernière fois reconduit devant le préfet. On veut l’obliger à sacrifier, il résiste. Il fait tomber l’autel des dieux qu’on lui présente : on lui coupe le pied pour représailles. Une dernière fois il dit « non ». Alors, on le jette sous la meule entraînée par un animal, et il rend l’âme. C’est donc l’histoire d’un sacrifice et d’un refus : celui de la religion impériale romaine qui fonde toute la cohérence de la société. C’est aussi une affirmation, celle d’une foi nouvelle venue d’orient. Le panégyrique ancien, issu du milieu monacal, et daté de la première moitié du VI e siècle, nous donne d’autres précisions. S’il diverge parfois du précédent ce n’est que sur les détails, même s’il semble reprendre une autre tradition concernant le Martyr : Victor y est pilote (une fonction usuelle dans un port) ; l’Empereur Maximien, persécuteur notoire, serait intervenu directement dans le châtiment. Surtout, il affirme que Victor et ses compagnons, jetés à la mer, furent repêchés et ensevelis dans des tombeaux dissimulés sur la colline qui fait face à la ville. Pour la tradition chrétienne, c’est donc sur l’emplacement de l’abbaye fondée plus tard par Jean Cassien que se trouvent ces sépultures. Les fouilles Mais le dossier a été aussi réexaminé du point de vue archéologique. Lors de fouilles récentes, l’équipe de Fixot et Pelletier a tenté de restituer la topographie de la basilique dans ses premiers temps. D’anciennes prospections avaient montré l’existence d’une nécropole antique sur les lieux, hors des limites urbaines, à l’emplacement d’une ancienne carrière. La fouille a mis en valeur la présence d’un édifice, peut-être couvert. Il partait de ce qui est l’esplanade actuelle devant l’abbaye, mais à un niveau plus bas que le sol d’aujourd’hui, pour se prolonger vers le sud, dans l’ancienne carrière. C’est l’actuelle chapelle St André à l’intérieur des cryptes, qui marquait l’axe et l’entrée de cette construction. Un mur percé de différentes ouvertures, un vestibule, une area, tout cela délimitait un espace d’inhumation. La fonction cimetériale est donc bien attestée. Mais les tombeaux des martyrs n’avaient pas leur place en ce lieu. La recherche au travers des textes -pour comprendre ce qui a été mis à jour- a permis de faire un constat très éloigné de ce que les traditions hagiographiques avaient établi au sujet de la localisation. Il n’y a aucun texte de contemporains permettant d’identifier le martyre de Victor et de ses Abbaye Saint-Victor Robert Valette compagnons à Marseille (le père Moulinier répondait que l’évidence rendait la précision inutile). D’autre part les sources comme Grégoire de Tours ou Venace Fortunat signalent la présence d’un culte à Victor mais ne l’identifient pas à l’actuelle abbaye. Les tombes présentées comme celles de Victor et de ses compagnons n’ont donc que peu de chance d’être les bonnes ! Pire, l’affirmation que l’abbaye a été créée par Jean Cassien (on sait qu’il édifia un monastère pour les hommes et un pour les femmes) est elle aussi en cause. En effet, il faut attendre l’abbé Isarn, le grand rénovateur du monastère au XI e siècle, pour lire que l’abbaye a été fondée par Saint-Victor. On l’aura compris : les fouilles de l’édifice ne permettent pas de convenir, pour l’heure, de sa présence dans les murs de l’abbaye ! RENÉ DIAZ La Chapelle Saint Andre Robert Valette
ÉCHANGE ET DIFFUSION DES SAVOIRS HISTOIRE 71 X-D.R. Sa contribution, à l’hôtel du département le 5 février, intervenant dans le cycle sur la violence, portait sur le thème de la peur dans nos sociétés. Citant Wittgenstein : « le langage a le pouvoir de rendre tout semblable », elle constate que nous négligeons d’analyser réellement les situations en nous laissant submerger par nos impressions, et surtout en étant dupes de notre langage. Les mots et les faits Premier responsable : le système médiatique qui distille la peur. Il focalise sur les atteintes aux biens et interprète les scènes de violence comme de véritables menaces pour l’ordre social : on parle de guérilla, d’émeutes... Il induit ainsi des représentations dramatiques et anxiogènes. Il confisque aussi le débat : les discussions sur la violence n’ont plus de place. Les causalités, les contextes disparaissent devant la statistique, l’identification des délits et la description du dommage. Si la conférencière rappelle que la mauvaise réputation des villes est un lieu commun de la littérature, elle montre que la peur suscitée est un instrument de domination, de construction de l’ordre social. Cette peur, qui gît dans les mots et dans les représentations, doit cesser de nous abuser. Présentant une évolution de la démographie mondiale, Sophie Body-Gendrot fait le constat d’une explosion des pays en voie de développement, d’une diminution du poids relatif de l’Europe en même temps que son vieillissement. Cette situation a des conséquences importantes pour nos sociétés : le recours à l’immigration semble inévitable. Pourtant, seulement 200 millions d’habitants, sur les 6, 5 milliards qui peuplent la terre, ne sont pas nés dans le pays qu’ils habitent ! Prenant l’exemple de Miami, prise de panique face à l’arrivée massive des boat people cubains en 1981, elle montre que, depuis, la ville a retrouvé tout son équilibre et réussi à intégrer ces populations. En fait, au-delà des craintes, l’immigration est une bonne affaire ! Apport culturel, économique, et, pour les populations migrantes, à terme, une ascension sociale et une reconnaissance politique. Représentations anxiogènes de la violence urbaine Avons-nous raison d’avoir peur de la violence, de l’immigration, des quartiers pauvres ? Pour y répondre, Échange et Diffusion des Savoirs avait invité Sophie Body-Gendrot L’intégration En Europe la situation la plus anxiogène, pour les médias, concerne les musulmans. Mais la France s’en tire mieux que ses voisins : si en Angleterre 81% des musulmans se disent d’abord musulmans puis ensuite Anglais, en France ils se considèrent autant Français que musulmans. Les difficultés de l’intégration varient en fonction des contextes généraux (économique, politique…), mais c’est l’angoisse du déclassement vécue par les populations cohabitant avec eux qui est le principal ressort de l’hostilité. Hostilité encore accentuée par la recherche du sensationnel et de la caricature (islam égale islamisme) des médias. L’État, lui, néglige les nouveaux venus pour distribuer des ressources aux populations déjà installées. Dans les zones délaissées -les quartiers sensibles de nos villes- la peur est identifiée à des lieux, à des situations. Elle est donc différente de la peur fantasmée, extensive, de la classe moyenne, ou des personnes âgées qui réclament un surplus de sécurité. Nécessité de l’action Cependant, insiste Sophie Body-Gendrot, les populations sont capables de réduire l’angoisse en identifiant les peurs. C’est le cas après les attentats (New York, Londres, Madrid…) : les populations ne se laissent pas submerger ; au contraire, elles redécouvrent la solidarité, l’entraide. Cet isolement de l’angoisse, cette volonté de dépasser le contingent se retrouvent dans nombre d’expériences urbaines. Après le constat d’une augmentation de la violence, d’une dégradation des conditions de l’existence à Mexico, elle raconte comment, dans une ville aussi dangereuse et statistiquement criminelle, des expériences ont prouvé que l’on pouvait changer les choses. C’est le cas d’un quartier très pauvre, faro del oriente, où la culture (théâtre, expositions, concerts…) a permis de faire vivre ensemble les populations et de voir diminuer la violence. Concluant son exposé, l’oratrice a insisté sur l’importance des associations, sur le volontarisme qui doit conduire les populations à ne pas désespérer. Des actions de régulation, la mobilisation de personnes de la communauté susceptibles de désamorcer les conflits ont la capacité de transformer la vie des habitants. Réussite du groupe Alors que les médias et le personnel politique construisent une société irréelle mais bien commode pour y trouver leur place, Sophie Body- Gendrot en appelle à la prise en main, à l’éclosion de la conscience, à la réflexion, à l’identification des dangers réels et au refoulement de la peur. Dans tous les cas, on constate que seules les sociétés humaines débarrassées de l’illusion de la réussite individuelle au détriment du groupe, de l’argent aux dépens de la vie en communauté, peuvent se donner les moyens de se réguler. Et, bien évidemment, les positionnements politiques qui permettent de faire triompher des carrières ou des intérêts particuliers ne peuvent être compatibles avec de telles expériences ! RENÉ DIAZ



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