Zibeline n°16 mars 2009
Zibeline n°16 mars 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°16 de mars 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 11,2 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... culture et éducation en lutte.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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68 SCIENCES ET TECHNIQUES DARWIN QUINSON MUSÉUM Darwin, du neuf ou de la poule ? 2009, la France décrète l’année Darwin. Que peut bien motiver ce soudain réengouement pour le célèbre naturaliste anglais et son œuvre ? Est-ce la commémoration du bicentenaire de sa naissance, ou des 150 ans de son travail On the Origin of Species by Means of Natural Selection, or the Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life (L’origine des espèces) publié pour la première fois à Londres le 24 novembre 1859 ? Si l’œuvre de Darwin a largement contribué à la fondation de la biologie moderne, il semble injuste de lui attribuer la paternité de la théorie de l’évolution. Lamarck (1744-1829) en a largement la primeur qui publie, il y a 200 ans (1809), sa Philosophie Zoologique sans pourtant mériter aujourd’hui de commémoration. C’est d’ailleurs son grand-père Erasmus et son maître Robert Edmond Grant (1793- 1874) qui incitent Darwin à développer les thèses évolutionnistes de son illustre prédécesseur. En cela, il ne peut être considéré ni comme un « innovateur » théorique ni comme un subversif luttant contre les thèses créationnistes de l’obscurantisme religieux. L’expérience malheureuse de quelques-uns de ses prédécesseurs sévèrement réprimés par la religion incite Darwin à n’enfourcher les thèses évolutionnistes qu’avec prudence et discrétion, d’autant que ses études l’avaient nourri des thèses adaptationistes religieuses de Paley. Il n’est pas impossible que ce soit l’étroit passage de sa vocation théologique à celle de naturaliste qui ait induit plus tard sa théorie de la sélection naturelle. Et si… ? Si on fait preuve d’optimisme, on peut imaginer que cette année Darwin a pour but progressiste de réaffirmer les thèses évolutionnistes au moment où la théorie créationniste semble se revigorer dangereusement. Enfoncer le clou de « l’égalité du vivant » n’est jamais un luxe, bien qu’en astrophysique la thèse idéaliste et tout aussi créationniste du « bigbang » ne soit guère battue en brèche. Ce regain d’intérêt pour Darwin peut être un concours de circonstance numérique (1809, 1859, 2009 tout neuf) lié à une volonté d’attirer l’attention du grand public sur les sciences biologiques actuelles et en particulier la génétique, fille « naturelle » du darwinisme. Mais si on est d’humeur légèrement atrabilaire, on entraperçoit dans cette entreprise aussi bicentenaire que spectaculaire, un possible glissement des thèses de la « sélection naturelle » vers leurs anciennes interprétations « socio-biologiques », relookées aujourd’hui sous le terme plus neutre de neurogénétique. Cette soudaine exhumation ne tend-elle pas à laisser imaginer que les lois que Darwin avait tirées de l’étude de mollusques marins pourraient être soudain appliquées à phénomènes sociétaux ? L’application de la génétique à des phénomènes ou caractères sociaux comme le « talent artistique » ou « la violence chez l’enfant » confinent à un évolutionnisme Tonkin prod. génétique qui permet l’émergence d’une nouvelle forme d’eugénisme, la théorie pseudo-scientifique des « dons » naturels. Ainsi le « principe de réussite » deviendrait dans le monde libéral une « règle de sélection naturelle ». Les règles de « sélection biologique » transposées à la société permettraient de valider les lois eugéniques de « sélection du meilleur » et, pourquoi pas, le tri génique de « l’adaptation ou inadaptation sociale », voire la « loi du meilleur » ou la « loi du plus fort ». Principes que prônent malheureusement déjà certains dirigeants politiques. Instaurer l’évolutionnisme religieux pour combattre la religion du créationnisme ne permet-il pas d’inculquer dans les consciences une justification scientifique du « sélectionnisme génétique » ? et de généraliser le principe de l’horreur humaine… et on tuera tous les affreux ? YVES BERCHADSKY Face aux faits Le département des Alpes de Haute-Provence proclame un véritable intérêt pour la culture scientifique, avec ses trois sites exceptionnels : le centre d’Astronomie de Saint-Michel l’Observatoire, le musée ethnologique de Salagon, et le musée de la Préhistoire de Quinson. C’est dans ce dernier que se célèbre l’année Darwin, au rez-de-chaussée de l’exceptionnelle collection permanente dont les pièces uniques servent ici à illustrer le propos. Quoi de mieux pour comprendre les principes de l’évolution des espèces (variation, exception, ressemblances..) que la collection de crânes d’hominidés du musée, ceux des mammifères préhistoriques, les reconstitutions du T.Rex ou de la machoire du Mégalodon ? À ces pièces impressionnantes s’ajoutent des crânes actuels de phacochères aux défenses entortillées, et des espèces naturalisées, tatou, ornithorynque, pangolin, tout aussi sidérants de développements surréalistes… et des bornes interactives, un film, des panneaux, des livres pour enfants enchaînés à de petites tables dont le siège adulte est proscrit… La muséologie, simple, permet d’entrer au cœur de la démarche darwinienne, en observant des cas, en s’en étonnant, puis en s’attardant sur la théorie élaborée en 1859 parce qu’elle seule pouvait expliquer la réalité du constat. Sur les murs, les panneaux rendent hommage aux précurseurs fixistes convaincus que la « création » des espèces interdisait leur évolution, malgré
69 Crânes de sangliers Frédéric Exubis « l’épaisseur du temps » historique constatée par Linné, et la variété de la vie répertoriée par Buffon. Hommage aussi aux évolutionnistes : Lamarck bien sûr, qui constata l’évolution des espèces sans la relier à la sélection naturelle, et Wallace, qui travailla avec Darwin et lui apporta nombre de ses études de cas. Mais surtout, les panneaux entrouvrent des portes vers l’avenir : en montrant comment Mendel et la génétique ont permis de confirmer Darwin, et ses généalogies approximatives, fondées sur la ressemblance (arbres cladistiques) faute de preuve de descendance ; en explorant des endémismes liés à l’insularité par exemple, ou en s’attachant au gigantisme reprenant le flambeau de l’expo sur le Yeti de 2007… Aucun point d’interrogation n’est dissimulé : le tableau de l’évolution humaine en regorge, et aucune causalité ne cherche à s’établir. Si les espèces évoluent globalement sur le principe de la variation entre générations, nul n’est capable de dire pourquoi et quand elle surgit… Hasard en tant que variation génétique et nécessité dans la sélection naturelle peuvent tenter d’expliquer l’évolution des espèces ; mais à bien regarder le tatou à 9 bandes, qui produit systématiquement des quadruplés identiques, on se demande encore à quelle nécessité il a bien pu obéir… AGNÈS FRESCHEL Les sciences de l’évolution De Darwin aux biotechnologies du 6 fev au 15 dec Musée de préhistoire des gorges du verdon Quinson (04) 04 92 74 09 59 www.museeprehistoire.com Pourquoi Darwin ? L’exposition de Quinson s’est inaugurée très officiellement le 5 février, par un discours enthousiaste du Président du Département. Jean- Louis Bianco affirma les raisons de cet hommage appuyé que le musée va rendre pendant un an au naturaliste anglais à travers diverses manifestations. Il a choisi d’honorer Darwin parce que 40% des citoyens américains remettent en cause la théorie évolutionniste pourtant désormais parfaitement vérifiée ; parce que « nous sommes en face d’une régression dramatique de la pensée, d’un refus de la science » ; parce que les Américains, qui imposent une loi divine, ne sont pas « très différents de la théocratie iranienne. » Les Sciences de I OvOIuliOfn Mais aussi parce que la sociobiologie n’est pas l’œuvre de Darwin mais une déviation de sa pensée, qui confond sélection naturelle et loi du plus fort, et se permet de justifier « le libéralisme intégral, la loi de la jungle, voire l’eugénisme. » Enfin, il s’agit d’honorer Darwin parce « qu’on peut aujourd’hui penser que l’humanité est entrée dans une autre phase de son évolution, on peut penser que les instincts sociaux aboutiront non plus à l’élimination mais à la protection des moins aptes, des voisins » … Darwin utopiste ? A.F. J.-M. Reymond, P.Tort, J. Gagnepain, J.-L. Bianco, S. Chaumont Frédéric Exubis alvin aux biolecMnologie5 c Du muséum au théâtre Même si les motivations de cette année de commémoration restent floues, elle a le mérite de solliciter la gent « créative » autour d’un thème philosophique et scientifique. Les Zibelclaustros ne se plaindront pas que les manifestations pullulent pour évoquer notre Darwin Wood. Ainsi, la pièce Quelque chose vous turlupine Monsieur Darwin ? de Clara Bensoussan mise en scène par Caroline Steinberg trouve une place de choix dans ce cadre. D’une pédagogie très vivante et sympathique, on sent tout de suite que cette production de l’Association Esprit Toile de fond prend ses racines dans un rapport direct à la curiosité enfantine. En effet, ce texte est né à la suite d’ateliers que Clara Besoussan anime pour les élèves de CM2 au Muséum d’Histoire Naturelle de Marseille autour du rapport de la science et du théâtre. La mise en scène de cette comédie scientifique de Caroline Steinberg est aussi mouvementée en son début que la vie de Darwin. Le premier acte évoque le voyage d’étude de cinq ans qu’il mena sur le Beagle de 1831 à 1836. Le deuxième acte présente la reconnaissance que son voyage lui apporta, puis le rude combat contre l’obscurantisme conjoint à celui contre la maladie. Lentement, avec le vieillissement et les doutes du chercheur déclinant, le rythme dramatique ralentit et se colore d’une pointe de nostalgie dubitative. L’expérience de pédagogie théâtrale de Caroline Steinberg permet une mise en écho du contenu textuel et de la scénographie. D’une forme de commedia dell’arte qui s’appuie sur une forte sollicitation du public, la pièce tend vers un appel au questionnement philosophique et religieux. Les acteurs assurent sans faillir un jeu vif et nerveux. Une pièce hilarante, émouvante et questionnante, à prescrire sans réserve aux Zibelcurieux et autres Zibulons de 7 à 107 ans. YVES BERCHADSKY Quelque chose… a été créé au Carpe Diem (Marseille) du 6 au 7 fév et sera reprise du 17 au 19 avril au Divadlo (69 rue Sainte Cécile, Marseille 5e, 04 91 25 94 34), et le 29 mai au Hang’Art (106 bis Bd. Françoise du Parc, Marseille 4 e)).



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