Zibeline n°16 mars 2009
Zibeline n°16 mars 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°16 de mars 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 11,2 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... culture et éducation en lutte.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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66 PHILOSOPHIE LE BONHEUR Comment être heureux ? Tiens, un titre racoleur : ça fait vendre… mais on est un gratuit ! Alors pourquoi ce titre ? Parce qu’en temps de crise, il est bon d’essayer d’y voir plus clair sur les liens entre l’état économique, social et écologique de la planète et notre état mental. Bien ambitieux ! ben oui, et vive l’ambition ! Nous ferons donc quelques brèves remarques issues de trois auteurs sur la question du bonheur. Exercice très périlleux puisqu’il s’agit d’une question existentielle majeure, et puisque chacun peut balayer d’un revers de main les arguties philosophiques : « et bien moi j’aime cette personne et voilà le bonheur ». Que rajouter, sachant que les autarcies d’Epicure ne valaient guère mieux ? Alors rajoutons ! On a coutume de présenter ce dont on parle comme une des notions clé de la philosophie. Alors on n’y échappera pas : oui le bonheur est une question essentielle. Pour la raison existentielle évoquée plus haut, mais aussi parce que la philosophie est amour de la sagesse et que le rapport entre cette dernière et le bonheur est étroit. Détachement Le sage vise la vie bonne dans la pure contemplation des idées essentielles ; c’est ce détachement qui origine le philosophe planqué dans sa tour d’ivoire. Rien de tel pour être Tonkin Prod. heureux que de se détacher des contingences de la vie sublunaire, désordonnées (le cycle de la nature, les actions humaines) : tout change, naît, périt et se corrompt, c’est la pagaille, on n’y comprend rien, rien de tel pour s’angoisser. Tandis qu’il y a quelque chose à espérer de la sphère des étoiles fixes par exemple, pour reprendre ici quelques schèmes d’Aristote ; et puis la question de l’être est tout de même plus consistante et immuable que celle de la reproduction des crevettes à marée basse (quoique) ! Alors, pour être heureux n’écoutez pas les prédictions des économistes sur le capitalisme, ne lisez aucune bêtise sur le bonheur, moquez-vous de vos existences terrestres… on sait où cela conduit. Amen ! Ceci dit sur le plan pratique les épicuriens et les stoïciens nous offrent de belles philosophy-box pour jouir. Déjà en ne cherchant pas à jouir. Rien de pire que le plaisir qui conduit à la frustration. On sait que pour Epicure le bonheur est le plaisir ; d’où l’assimilation du jouisseur à l’épicurien ; beau contresens quand on se rappelle le plaisir pour Epicure, un verre d’eau et deux olives : il faut prendre du plaisir à ce que je peux toujours avoir, se contenter de ce que l’on a ; et puis exercer son âme à ne pas s’inquiéter ; car l’inquiétude et l’angoisse, source du malheur, sont des superstitions ; et comme je suis un être raisonnable… Et si ta femme et tes enfants meurent cramés dans l’incendie de la maison alors que tu étais parti cueillir tes olives, dis-toi que la mort fait partie de la vie et que c’est le destin ; j’accepte ce qui arrive en me disant que ça devait arriver… c’est moins triste ! Balancier Sans parler de dialectique, on résumera les éternels mouvements de balanciers du plaisir : d’un côté je jouis de tel plaisir, et la frustration naît quand l’objet n’est pas là (objection : je peux jouir et ne pas être frustré quand il n’est pas là ! Mais peut-on prendre du plaisir à quelque chose qui ne nous a pas manqué ? Débat ouvert… qu’on referme avec la parenthèse). De l’autre côté du balancier, je désire tellement cet objet (cf. l’Albertine de Proust) que quand je l’obtiens je m’en lasse ; tout ça pour dire que le bonheur hors les stoïciens semble une vaste supercherie. Et puis c’est Platon qui le dit : « cet homme, comme tous ceux qui désirent, désire ce qui n’est pas actuel ni présent ; ce qu’on n’a pas, ce qu’on n’est pas, ce dont on manque, voilà les objets du désir et de l’amour. » (Banquet) Bonheur de savoir En bref, on voit bien que ce qui nous rend malheureux c’est de penser que l’on est libre : on pose trop de choses comme dépendantes de nous ; se dire, comme les stoïciens, que rien ne dépend de nous puisque nous sommes déterminés, c’est déjà faire preuve de sagesse. Spinoza retiendra ça dans sa célèbre formulation : « les hommes se figurent être libres parce qu’ils ont conscience de leurs désirs et ignorent les causes qui les déterminent. » Dès lors, le vrai bonheur ne réside pas de cette fausse liberté où je crois que j’ai choisi ce métier ou ce conjoint parce que je l’ai voulu : ce choix était déterminé par des causes que j’ignore ou que j’ai tout le loisir d’explorer dans une analyse. Notre véritable humanité ne s’acquiert que dans la compréhension des causes qui font ce que nous sommes, des relations des hommes entre eux et de la causalité de la nature. Peut-il y avoir un vrai bonheur dans l’ignorance ? Comment peut-on vivre sans savoir pourquoi la lune ne nous tombe pas sur la tête ? Comment peut-on vivre sans savoir pourquoi il y a tant de misère sur la planète ? Suisje plus heureux en me disant que c’est comme ça et qu’on n’y peut rien (pour les actions humaines, pas pour la lune !) ou en comprenant ce qui pourrait faire que ça change ; vaste question : nous préférons la lucidité de la compréhension, même si René Char disait que la lucidité est la blessure la plus proche du soleil. Être heureux c’est un choix entre le souci de la vérité ou l’insouciante ignorance. En tout cas c’est Spinoza qui le dit, et pas mal d’autres philosophes comme Descartes. Voie rationaliste du bonheur. Bonheur d’agir Ceci dit, et sauf à considérer le bonheur humain dans une existence d’huître, pour être heureux il faut se bouger, intellectuellement d’abord : savoir et agir. La question
67 du bonheur surgit tout droit de la liberté et de sa dimen-sion projective pour Sartre : si je cherche à être heureux c’est que je me projette sans cesse dans ce que je ne suis pas. C’est la dimension de néantisation de la conscience : être sur le mode d’être ce que je ne suis pas ; contrairement à l’être qui est ce qu’il est. En bref, être heureux c’est réaliser qu’on est malheureux et qu’il faut agir, et que quelque chose ne va pas dans ma vie ; incessante insatisfaction qui nous fait avancer. Et on peut dépasser un bonheur strictement égoïste, que Jung reprochait à Freud, pour s’insérer dans un projet qui rapproche des autres hommes. Et se demander quel monde on veut pour ensuite réaliser l’absurdité de celui qu’on vit, et dans le même élan le changer vraiment. Si l’élan est absent c’est que le projet manque aussi. Bref, être heureux c’est encore, toujours, une question de révolution ! REGIS VLACHOS Sénèque Lettre à Lucilius « Tout ce qui doit arriver fatalement à l’homme qui résiste, cesse d’être une fatalité pour l’homme qui accepte. Je te le dis : quiconque reçoit de bonne grâce les ordres qu’on lui donne, échappe à l’aspect le plus pénible de la servitude, qui est de faire ce qu’on ne voudrait pas. L’homme malheureux n’est pas celui qui fait quelque chose sur commande, mais celui qui le fait à contrecœur. Disposons-donc notre esprit de manière à vouloir tout ce que les circonstances exigeront, et surtout de manière à penser sans tristesse à la fin de notre existence. Nous devons nous préparer à la mort avant de nous préparer à la vie. La vie est approvisionnée de manière suffisante, mais nous, nous sommes toujours insatiables de ses ressources : nous avons le sentiment que quelque chose nous manque, et nous l’aurons toujours. Ce ne sont ni les années, ni les jours qui font que nous avons assez vécu : c’est notre esprit. J’ai vécu, très cher Lucilius, autant qu’il suffisait ; convive rassasié, j’attends la mort. Porte-toi bien. » Épicure Lettre à Ménécée « C’est un grand bien, croyons-nous, que le contentement, non pas qu’il faille toujours vivre de peu en général, mais parce que si nous n’avons pas l’abondance, nous saurons être contents de peu, bien convaincus que ceux-là jouissent le mieux de l’opulence, qui en ont le moins besoin. Tout ce qui est fondé en nature s’acquiert aisément, malaisément ce qui ne l’est pas. Les saveurs ordinaires réjouissent à l’égal de la magnificence dès lors que la douleur venue du manque est supprimée. Le pain et l’eau rendent fort vif le plaisir, quand on en fut privé. Ainsi l’habitude d’une nourriture simple et non somptueuse porte à la plénitude de la santé, elle fait l’homme intrépide dans ses occupations, elle renforce grâce à l’intermittence de frugalité et de magnificence, elle apaise devant les coups de la fortune. Partant, quand nous disons que le plaisir est le but de la vie, il ne s’agit pas des plaisirs déréglés ni des jouissances luxurieuses ainsi que le prétendent ceux qui ne nous connaissent pas, nous comprennent mal ou s’opposent à nous. Par plaisir, c’est bien l’absence de douleur dans le corps et de trouble dans l’âme qu’il faut entendre. » Sartre L’être et le néant « Car il faut ici inverser l’opinion générale et convenir de ce que ce n’est pas la dureté d’une situation ou les souffrances qu’elle impose qui sont motifs pour qu’on conçoive un autre état de choses où il en irait mieux pour tout le monde ; au contraire, c’est à partir du jour où l’on peut concevoir un autre état de choses qu’une lumière neuve tombe sur nos peines et nos souffrances et que nous décidons qu’elles sont insupportables. L’ouvrier de 1830 est capable de se révolter si l’on baisse les salaires, car il conçoit facilement une situation où son misérable niveau de vie serait moins bas cependant que celui qu’on veut lui imposer. Mais il ne se représente pas ses souffrances comme intolérables, il s’en accommode, non par résignation, mais parce qu’il manque de la culture et de la réflexion nécessaires pour concevoir un état social où ces souffrances n’existeraient pas. Aussi n’agit-il pas […] souffrir et être ne font qu’un pour lui ; sa souffrance est la pure teneur affective de sa conscience non-positionnelle, mais il ne la contemple pas. Elle ne saurait donc être par ellemême un mobile pour ses actes. Mais tout au contraire, c’est lorsqu’il aura fait le projet de la changer qu’elle lui paraîtra intolérable. Cela signifie qu’il devra avoir pris du champ, du recul par rapport à elle et avoir opéré une double néantisation : d’une part, en effet, il faudra qu’il pose un état de choses idéal comme pur néant présent, d’autre part il faudra qu’il pose la situation actuelle comme néant par rapport à cet état de choses. Il lui faudra concevoir un bonheur attaché à sa classe comme pur possible - c’est-à-dire présentement comme un certain néant ; d’autre part, il reviendra sur la situation présente pour l’éclairer à la lumière de ce néant et pour la néantiser à son tour en déclarant : je ne suis pas heureux. » SARTRE L'être et le néant [change et diffusion des savoirs Saison de canlerences 2008-2009 Emprises de la violence Regards sur lactuilisation contemporaine Conférences 4161145 a l'Hôtel du deeartement ties Bouches-flu-Rhone 52 avenue de Saint-lest 13004 Marseille MMeiro Saint-lest - Parking gratuit] ENTREE LIBRE BANS ! IMITE DES PERCES DISPONIBLES jeudi 12 mars Bernard Stiegler, philosophe Eire adulte. Pour une écologie des générations jeudi 26 mars Jacques Donielot, sociologue ne la prevention sociale de la délinquance à la dissuasion urbaine du crime Eck ange et dlneSidn des savoirs 16 rue Beauvau 13001 Marseille lei. 04 96 11 24 50 - contact ares-sauoirs.erg T CONSUL GENERAL.eae.ewu..an



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