Zibeline n°16 mars 2009
Zibeline n°16 mars 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°16 de mars 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 11,2 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... culture et éducation en lutte.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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64 LIVRES PHILOSOPHIE Le pouvoir des Fables Une petite anthologie rigolote et rigoureuse ça fait toujours du bien en philosophie. Celle-ci en plus est à deux euros, qui dit mieux ! Ce sont seize textes qui vont piquer chez les grands auteurs des passages où ils se laissent aller enfin à des exemples concrets : quand la philosophie fait l’épreuve du concret, de l’anecdote. Ainsi Descartes doit-il recourir au panier de pommes dans sa « réponse aux 7 e objections » des Méditations pour faire comprendre sa méthode. Le geste philosophique inaugural de la pensée rejette les idées mortes pour se vider la tête comme on ferait avec un panier de pommes susceptibles d’en contenir quelques-unes pourries, et éviter ainsi que celles-ci ne corrompent les pommes saines. Plus classique sera le choix du mythe de Prométhée dans le Protagoras de Platon ; l’occasion de rappeler les qualités individuelles de l’homme que lui apporte Prométhée avec la technique, et celles collectives apportées in extremis par Hermès sur mandat salvateur de Zeus : la politique, afin que l’espèce ne disparaisse pas. À ce texte pourrait répondre, plus loin dans l’anthologie, l’extrait du De cive de Hobbes où il est question de la moquerie : le rire signifie bien que les hommes se plaisent à la vie en société, sans laquelle il n’y aurait pas de railleries ; or, ce plaisir de la compagnie est pour lui le ferment de la compétition, Cette pensée politique de l’émancipation se dresse sur le terrain de la pédagogie afin de bouleverser les conceptions communes de l’enseignement. Le maître doit-il toujours creuser l’écart entre lui et ceux qu’il enseigne ? L’apprenant doit toujours être dans une situation de savoir qu’il ne sait pas ? C’est la conception classique de la pédagogie, que Rancière remet en cause : « La distance que l’ignorant a à franchir n’est pas le gouffre entre son ignorance et le savoir du maître. Elle est simplement le chemin de ce qu’il sait déjà à ce qu’il ignore encore, mais qu’il peut apprendre comme il a appris le reste, qu’il peut apprendre non pour occuper la position du savant mais pour mieux pratiquer l’art de traduire, de mettre ses expériences en mots et ses mots à l’épreuve, de traduire ses aventures intellectuelles à l’usage des autres et de contre traduire les traductions qu’ils lui présentent de leurs propres aventures. Le maître ignorant […] s’appelle ainsi non parce qu’il ne sait rien, mais parce qu’il a dissocié sa maîtrise de son savoir. Il n’apprend pas à ses élèves son savoir, il leur commande de s’aventurer dans la forêt des choses et des signes… » Les propos de Rancière s’articulent à une conception et par-là de la division, de la violence et du conflit ; d’où la guerre de tous contre tous. Autre réponse violente à Platon est le texte de l’Ethique à Nicomaque par la patiente distinction d’Aristote entre l’action volontaire et de l’action involontaire ; cette distinction doit se référer au moment où elle s’accomplit et il est illusoire de vouloir définir la vertu en soi comme le fait Platon. Jeter sa cargaison pardessus bord en cas de tempête : l’anecdote d’Aristote montre le véritable coup de théâtre du temps, qui réfute l’idéalisme platonicien. Toujours contre Platon, mais rien ne se fait sans lui, le rappel des provocations individualistes de Diogène rejetant toute contrainte sociale : se masturbant en public il se disait qu’il serait aussi bon de se faire passer la faim en se frottant le ventre à terre ! Dans le même genre intempestif est le poème de Lucrèce sur l’amour dans un passage du De natura : le jaloux ne perçoit pas les choses pour elles-mêmes mais les métamorphose en autant d’indices possibles. Et de conclure par le non moins intéressant Proust et les signes de Deleuze, qui définit la philosophie comme aventure de l’involontaire… REGIS VLACHOS Émancipation subtile Cette dernière publication de Rancière est réjouissante et stimulante. Réjouissante est la forme, l’écriture claire et percutante sur des questions complexes et risquées ; et stimulante la pensée qui ne s’abandonne pas à la morosité des retournements de vestes ou des fatalités du monde de la politique entendue ici comme art du vivre ensemble, et visent à dépasser la pensée émancipatrice classique. Celle-ci analyse l’enseignement comme une relation de celui qui connaît les rapports de domination vers celui à qu’il faut les montrer, et qui vit dans une situation d’aliénation. Rancière explique qu’il y a un savoir de l’aliéné qui n’est pas réductible aux schémas dominants… Cette pensée pédagogique politique est également articulée à une pensée de l’art ; la condamnation platonicienne de l’art souligne le paradoxe du spectateur, nécessaire au spectacle mais envisagé dans une situation de servilité intellectuelle : regarder n’est ni connaître ni agir… La question du spectateur rejoint donc celle de l’enseigné, et sous-tend celle d’un artiste « ignorant » qui seul ouvrirait des portes… REGIS VLACHOS 5i la philosophie m'était contée aeeon a G. as 11ar3wan 2 € Phi Si la philosophie m’était contée présenté par Guillaume Pigeard de Gurbert Librio, 2 euros Jacques RancnTe l2= Le 1aor ; ne Le spectateur émancipé Jacques Rancière La Fabrique, 13 euros
i MICHEL FOUCAULT PHILOSOPHIE 65 Dès le tome 1 de L’Histoire de la sexualité, « la volonté de savoir », Foucault nous prenait déjà à contre-pied : allait-il faire l’histoire de « l’hypothèse répressive » qui pèse sur le sexe dans notre monde judéo-chrétien ? Cela aurait été trop simple pour ce grand intempestif : déjà parce que c’est un leurre de faire de l’interdit du sexe « l’élément fondamental et constituant à partir duquel on pourrait écrire l’histoire de ce qui a été dit à propos du sexe à partir de l’époque moderne. » Deuxième contre-pied quant à l’idée de répression que l’on fait reposer traditionnellement sur un pouvoir institutionnel : pour Foucault le pouvoir réside dans les moindres interstices du champ social, des rapports humains : « et c’est de cette image qu’il faut s’affranchir, c’est-à-dire du privilège de la loi et de la souveraineté, si on veut faire une analyse du pouvoir dans le jeu concret et historique de ses procédés. » Car cette Histoire de la sexualité fait l’historique du lien noué entre l’obligation de dire la vérité et les interdits qui pèsent sur la sexualité : Foucault plongera dans ces trois tomes aux origines de la pensée grecque et romaine, afin de voir comment les hommes élaborent un savoir sur eux-mêmes. Là aussi le philosophe bouleverse le fameux « connais-toi toi-même » (gnothi seauton) qui a été paradoxalement saisi dans notre morale comme un moyen de renoncer à soi : puisque notre tradition séculaire a toujours vu dans la loi extérieure le fondement de la morale (et du pouvoir), Foucault s’intéressera lui à l’epimeleisthai sautou, qui est le souci de soi. Joli défi de se demander comment le respect qu’on se porte à soi-même peut être la base de notre morale. Réflexion sur le pouvoir et condition de production des discours -qui induisent ce que les hommes pensent et font à une époque donnée-, tels sont les maîtres concepts de la recherche foucaldienne. Plus généralement, Foucault interroge la notion de vérité, qui n’est plus l’adéquation du discours et de son objet, l’objet n’étant pas séparé des cadres dans lesquels nous le connaissons. Dans Nietzsche, la généalogie, l’histoire Foucault critique l’explication causale dont pour lui les historiens ont la superstition : « il faut séparer la singularité des évènements de toute singularité monotone […] nous pensons les choses humaines à travers des idées générales que nous croyons adéquates, alors que rien d’humain n’est adéquat. » Ce travail conduit à démonter l’idée même du cogito qui affirme pouvoir Viennent de sortir les deux derniers volumes de cours de Foucault au collège de France qui éclairent l’œuvre qu’il laissa avant de mourir : les trois tomes de l’histoire de la sexualité Le sexe, le pouvoir, le cogito rapporter toute chose à un état de conscience. D’ailleurs son ouvrage le plus célèbre, Les mots et les choses, sera une attaque contre la phénoménologie : il y a pour lui une irréductibilité totale entre l’être et le je pense : « aussitôt, en effet, que le Je pense s’est montré engagé dans toute une épaisseur où il est quasi présent, qu’il anime mais sur le mode ambigu d’une veille sommeillante, il n’est plus possible d’en faire suivre l’affirmation que Je suis. » (Les mots et les choses). Ainsi son travail met en lumière le fait que l’histoire des idées est loin de la philosophie : un règlement administratif est parfois plus révélateur que le Discours de la méthode ! À une origine transcendantale de la pensée selon Kant et Husserl, Foucault oppose une origine empirique et contextuelle : le discours n’est pas soutenu par la conscience mais par les classes sociales, les intérêts économiques, les normes les institutions et règlements. Il aurait rajouté l’habitus aussi, s’il avait lu Bourdieu. Un humanisme est néanmoins possible qui fait l’économie des insoutenables idées de nature humaine et de privilège de la conscience, qui nous empêchent de voir jusqu’où il est possible de penser autrement. RÉGIS VLACHOS Mt411E7. YI1LGAfl:r LEf.Oi7W:ry DE LA 1EHITE MICHEL FOUCAULT histoire de la sexuouilé fweq de, " *pl Is. A11C11EL RACAL LT I.F GOLYHRkFMEST DF tifli FT DES AL7RF5 « Puis-je dire, en effet, que je suis ce langage que je parle et où ma pensée se glisse au point de trouver en lui le système de toutes ses possibilités propres, mais qui n’existe pourtant que dans la lourdeur de sédimentations qu’elle ne sera jamais capable d’actualiser entièrement ? Puis-je dire que je suis ce travail que je fais de mes mains, mais qui m’échappe non seulement lorsque je l’ai fini, mais avant même que je l’aie entamé ? Puis-je dire que je suis cette vie que je sens au fond de moi, mais qui m’enveloppe à la fois par le temps formidable qu’elle pousse avec soi et qui me juche un instant sur sa crête, mais aussi par le temps imminent qui me prescrit ma mort ? Je peux dire aussi bien que je suis et que je ne suis pas tout cela ; le cogito ne conduit pas à une affirmation d’être, mais il ouvre justement sur toute une série d’interrogations où il est question de l’être. » (Les mots et les choses).



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