Zibeline n°16 mars 2009
Zibeline n°16 mars 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°16 de mars 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 11,2 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... culture et éducation en lutte.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 58 - 59  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
58 59
58 LIVRES LITTÉRATURE Les âmes blessées Pour son cinquième opus, l’auteur et documentariste Xavier-Marie Bonnot a délaissé l’Écailler du Sud pour l’éditeur parisien Belfond, mais a gardé le goût du roman policier. Les âmes sans nom plongent le lecteur dans une enquête entre l’Irlande et Marseille, doublée d’une descente dans les entrailles du terrorisme. Le souffle court, on desserre la tension grâce aux descriptions naturalistes balayées par le vent des côtes irlandaises ou les embruns méditerranéens… Un roman policier et d’espionnage donc, sinueux par son découpage spatio-temporel, et complexe par ses multiples ramifications dans les milieux politiques et policiers. On en perdrait presque son franglais ! Mais l’auteur n’est pas un novice et offre une galerie de portraits convaincants -dont le héros De Palma dit le Baron, « un flic à l’ancienne, un matador qui passe les bornes » - grâce à des fondations en béton : travail documentaire et historique fouillé, écriture nerveuse et Au fil de Belsunce De son séjour à Marseille, Nathalie Bontemps semble avoir gardé la nostalgie de ce quartier populaire qui s’étend sous la gare Saint-Charles et abrite toujours, malgré travaux et réhabilitations, nombre de petits hôtels meublés et d’immeubles autrefois prestigieux, aujourd’hui décatis. Elle réside actuellement à Damas, où l’ont conduite ses études et son travail de traductrice de l’arabe ; mais son Hôtel Coup de soleil et autres récits de Belsunce rappelle son passage dans le quartier, son observation minutieuse, amusée et émue des choses et des gens ; de ces lieux et de ces gens modestes, à peine visibles parfois, dont on parle si peu, qu’on ignore et méprise le plus souvent, qui fondent pourtant l’humanité de ce carrefour des migrants, des touristes et des simples passants. De ses souvenirs, de ses promenades est née cette chronique charmante d’un hôtel et de son patron, Ouais, mais c’est dur d’y travailler, parfois même le dimanche, de se lever à 4 heures du mat’, d’attendre les licenciements, les fermetures de sites, l’accident grave aussi. Les angoisses, les frustrations, l’« aliénation du travail salarié », Jean-Pierre Levaray connaît bien : depuis plus de 30 ans, il est ouvrier de fabrication dans une usine de produits chimiques près de Rouen. Lorsque l’usine AZT, classée Seveso comme celle où il travaille, a explosé à Toulouse, il n’a plus hésité, il s’est mis à écrire. Cela a donné Putain d’usine, paru en 2002, récit sans concession d’une « vie déjà si courte et que le taf grignote doucement. » Aujourd’hui, c’est l’adaptation en bande dessinée de ce roman qui a été sélectionnée pour le Prix des Lycéens et Apprentis de la région PACA. Aux mots de Levaray se sont ajoutés les dessins noir et blanc d’Efix, au fil d’une longue et fructueuse collaboration, malgré la distance, entre le scénariste et dialogues au vocabulaire imagé, intrigues et meurtres à répétition qui laissent peu de répit. D’autant que la connexion entre les secousses politiques, les réseaux anti-terroristes et la presse semble un gage de succès, au vu de la tornade provoquée par la trilogie de Stieg Larsson… Dès les premières pages, Xavier-Marie Bonnot plante le décor (Marsiho, Dublin, Belfast, la Bretagne), l’époque (années 80 et aujourd’hui) et les personnages (Barbara, Sean, Anne, Quéré, Martel…). Et c’est là que la lecture se complique, car les « âmes sans nom » se multiplient comme des petits pains avec moult pseudonymes et autres patronymes de guerre. On serait tenté de dessiner soi-même un arbre généalogique, histoire de ne pas perdre le fil de l’enquête, et de poursuivre avec l’auteur une réflexion plus large sur la notion de résistance à l’ennemi. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Monsieur Enervé, sorte de monarque analphabète, intransigeant et magnanime à la fois. De courts chapitres égrènent les temps forts d’une existence de labeur, de tracasseries administratives, de soucis de santé, mais également d’amitié, de discussions et de cafés dans la cuisine, avec les vieux amis ou les touristes de passage. Ces textes brefs et poétiques tissent en filigrane le roman d’une vie, empreinte de générosité, de tolérance. Malgré l’exiguïté des chambres, malgré la modestie des lieux, à Belsunce, n’en déplaise aux esprits chagrins, on vit, on vibre, on aime… sous l’œil bienveillant de la Vierge au coin de la rue. FRED ROBERT C’est beau une usine la nuit le dessinateur qui a lui-même connu ce genre de travail et s’en déclare marqué à jamais. À l’arrivée, un roman graphique dense, sauvage, de 120 pages et 17 chapitres, où défilent les temps forts, souvent terribles, de la vie à l’usine. Si la couverture de l’album reflète la sombre beauté de l’usine la nuit, c’est nettement la violence, la dureté des conditions de travail, l’âpreté des rapports avec la direction qui dominent dans les vignettes inspirées des photos de Levaray. Ombres et contrejours, vues d’ensemble de la machine broyeuse d’humanité, gros plans sur les cernes des yeux fatigués, les échappées dans le clair restent rares. La falaise blanche d’Etretat, c’est pour les autres. Belle réussite donc pour cette adaptation, où le trait nerveux et efficace de l’un a su rendre l’univers désespéré et pourtant combatif de l’autre. FRED ROBERT Les âmes sans nom Xavier-Marie Bonnot Ed. Belfond, 20 euros Hôtel Coup de soleil et autres récits de Belsunce Nathalie Bontemps illustration de couverture : Kamel Khelif éditions P’tits Papiers, 12 euros. Putain d’usine texte de J.-P. Levaray, dessins d’Efix éditions Petit à petit, 12,90 euros
Voies sans issue Comment vivre et mourir à bas bruit ? L’époque n’est certes pas propice au rêve. Tout juste si on parvient à vivoter et encore sans trop faire de vagues, sans avoir trop de prétention à être. Quatre personnages vont en faire la démonstration. Chacun dans un domaine différent : Vincent, cadre déglingué de moins en moins performant ; Elisabeth, vieille mère indigne qui se laisse pourrir dans un mouroir ; Jeanne, prise au piège d’une famille pathologique, et enfin Anatole, personnage emblématique de tous les réfugiés, de tous les persécutés du monde. Le combat sera rude et il se termine parfois mal. Mais c’est la vie. La vie moderne pour le cadre sans dynamisme, la vie tout court pour les autres. La structure narrative entremêle les différents récits sans que, finalement, ce choix ne se justifie ; quatre nouvelles auraient pu constituer un recueil et créer un système d’échos, peut-être plus solides à distance que juxtaposés en tranches. Mais l’écriture est travaillée, riche d’images fortes : « Aujourd’hui je n’ai plus rien. À qui vais-je proposer de venir s’asseoir aujourd’hui à ma table, moi qui ne possède rien d’autre que des visages morts dans la poche intérieure de mon pardessus… » Toutes évoquent le vide, la déréliction, la désagrégation de l’être, toujours par l’intérieur, comme cet homme qui constate : « Je me défais comme une pelote de laine. » Et tout l’art de Frédérique Clémençon consiste à créer avec ce qui se détruit. Peut-être est-ce pour cela qu’elle tisse entre eux ses récits ? SYLVIA GOURION Traques Frédérique Clémençon Editions de l’Olivier, 16 euro Histoires de solitude et d’allégresse L’écriture d’un recueil de nouvelles est un exercice périlleux : s’il faut des idées, originales de préférence pour assurer la fameuse « chute finale », le style n’est pour autant pas à négliger. Donc, pour être un bon nouvelliste, talent littéraire et imagination doivent se fondre harmonieusement. De plus, la brièveté exigée par ce type de texte demande une précision de vocabulaire, une finesse dans la narration et un sens du rythme que bien peu parviennent à doser. L’imagination ne manque pas à Stefano Benni. À partir de situations modernes, il est capable d’entraîner le lecteur à la limite des territoires fantastiques ; qu’est-ce qui pousse le chien Boomerang à rejoindre son maître quelle que soit la distance que ce dernier met entre eux ? Un amour dévoué ou une volonté de persécution ? Mieux encore, on part d’un personnage surnaturel : une jeune sorcière de huit ans, promise à un mariage avec Belzébuth luimême se transforme, après une série de désillusions, en une jeune femme qui conclut, pragmatique : « Je n’ai pas fait la connaissance du diable, mais je suis déjà sortie avec un électricien, un employé de banque blond et un joueur de volley. » D’autres nouvelles sont poétiques, cyniques ou désopilantes. L’écrivain dispose de plusieurs registres dont il joue en maître. Les styles sont tout autant travaillés, en adéquation parfaite, chaque fois, avec le sujet. Un recueil de belle facture qui réjouira les amateurs de belles histoires bien racontées. SYLVIA GOURION La grammaire de Dieu Stefano Benni Traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli Actes Sud, 21,80 euros STI:TAN F La Gramrn$i d 59 Survivant malgré tout Le village de l’allemand ou le journal des frères Schiller a fait couler beaucoup d’encre depuis sa sortie en janvier. Il y est question de culpabilité et de filiation. Est-on responsable des crimes de ses parents, doit-on en payer la dette ? L’Islamisme a-t-il des racines dans les violences des Nazis ? Boualem Sansal ne tranche pas, mais écrit un magnifique pamphlet contre le mensonge, un roman qui fustige tous ceux qui pensent qu’on peut réparer en oubliant. Deux frères sont arrivés jeunes en France pour y faire leurs études. Le père allemand et la mère algérienne sont restés au village, près de Sétif, de sinistre mémoire. L’ainé, Rachel, a réussi : marié, cadre, bagnole, carte de crédit : vie de « papier musique ». Malrich, lui, a 17 ans, banlieusard, apprenti mécano, copains de galère. Deux mondes parallèles. Le 25 avril 1994 tout bascule : une nouvelle boucherie en Algérie a tué leurs parents. Rachel décide d’aller làbas, pour faire son deuil, sans rien dire à personne. Il va découvrir le passé soigneusement caché de son père : criminel de guerre nazi, responsable de la mort atroce de milliers de gens ! À partir de ce jour Rachel parcourt l’Europe sur ses traces ; il perd l’appétit, sa femme, son boulot, et endosse la culpabilité des crimes à la place de son père. Il lit tout ce qu’il trouve sur le nazisme et la Shoah, va visiter tous les camps de la mort. Il consigne ses étâts d’âme, son écœurement dans un journal que son jeune frère recevra en héritage après son suicide. Le livre se compose des voix des 2 frères qui se parlent au-delà de la mort par journal interposé. Le journal de Rachel ouvre les yeux de Malrich, lui donne une conscience politique en éveillant un sentiment de révolte et une envie de lutter contre l’islamisme qu’il associe au nazisme : « C’était du pareil au même. » Il part lui aussi en Algérie retrouver ses amis d’enfance, prendre en compte tout le lourd passé de sa famille, pour enfin tenter de vivre, sans aveuglement, sans déracinement, sans dénégation, comme un homme. CHRIS BOURGUE Le Village de l’Allemand Boulem Sansal Gallimard, 17 euros 1.1 : 111.1.1C1 : 1)1 l'11.I.I:1I1\I1, 1 RI. : i 111 111..4 Vieil Rencontres littéraires radiophoniques en public La Caravelle 34 quai du Port 13002 Marseille - 17 h 30 entrée libre jeudi 26 février reparlait de littérature ? François Bégaudeau jeudi 5 mars Les ne du roman Jean-Marie Blas de Robles & Charlie Galibert Marseille Renseignements : 04 96 12 43 42



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 1Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 2-3Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 4-5Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 6-7Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 8-9Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 10-11Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 12-13Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 14-15Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 16-17Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 18-19Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 20-21Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 22-23Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 24-25Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 26-27Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 28-29Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 30-31Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 32-33Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 34-35Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 36-37Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 38-39Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 40-41Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 42-43Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 44-45Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 46-47Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 48-49Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 50-51Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 52-53Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 54-55Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 56-57Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 58-59Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 60-61Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 62-63Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 64-65Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 66-67Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 68-69Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 70-71Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 72-73Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 74-75Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 76-77Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 78-79Zibeline numéro 16 mars 2009 Page 80