Zibeline n°16 mars 2009
Zibeline n°16 mars 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°16 de mars 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 11,2 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... culture et éducation en lutte.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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48 ARTS VISUELS MUSÉE ZIEM CAC ISTRES Que la cire perdure ! Découvrir ou revoir les sculptures en bronze de Joan Miró, les confronter à d’autres pièces contemporaines ou des objets quotidiens… une proposition du musée Ziem Coproduite avec les musées des Beaux-Arts de Carcassonne et de la Chartreuse de Douai, l’exposition présente une trentaine de sculptures dont vingt-cinq en bronze issues de la collection de la fondation Miró de Barcelone. Réalisées entre1966 et 1983, en dehors de la pièce polychrome ouvrant la visite, chacune conserve en totalité l’aspect brut de l’alliage. Surprenante cette uniformité qui contraste avec l’image plus connue du Miró extravagant ! La friction des formes, des matières et des couleurs hétérogènes disparaissant au profit de l’unité plastique, l’œuvre recouvre le statut plus traditionnel de sculpture/socle, et perd du même coup sa fonction d’excitateur d’images mentales. Le surréaliste Miró semble rentrer dans le rang malgré le choix de la fonte à la cire perdue ! À priori les accidents provoqués par cette technique, ainsi que le souhaitait l’artiste, ne transcendent pas suffisamment la matière pour compenser le déficit de sens. Ou bien faut-il y regarder de plus près, abandonner l’ensemble de l’assemblage ? Ce dernier conserve le plus souvent une évocation figurative humaine ou animale, toujours ambiguë. Ailleurs, quelques vitrines présentent les objets glanés par l’artiste (courge, compas de tailleur de pierre ou simple bûche de bois, cuillère, assiette, cornière métallique…) et il est étrange de voir ces objets quotidiens et vernaculaires transmutés à travers cette matière réputée noble… Figés comme ils l’auraient été à Pompéi ? Il faut donc faire un crochet à l’étage supérieur par la galerie des arts et traditions populaires du musée, afin de suspendre encore le temps. Au retour, les sculptures de l’artiste surréaliste semblent plus étran-gement familières… Fidèle à son principe d’ouverture sur d’autres champs de l’art, le musée complète la visite par une sélection d’œuvres issues de ses collections. Au rez-de-chaussée plusieurs sculptures d’artistes contemporains (Pons, Milner, Jaccard, Bertholin, Valabrègue) présentent d’autres voies du réemploi, du détournement, de l’assemblage ou du ready-made. Au premier étage, une série de photographies en noir et blanc ouvre sur des portraits d’artistes dans leur atelier. On reconnaît les plus célèbres : Magritte, Dali ou Léger, Picasso par André Villers ou Lucien Clergue, ainsi que d’autres figures actives de l’art contemporain au sud de la France, tels Claude Viallat, Marie Ducaté, Traquandi, Mezzapelle dont les œuvres sont présentes dans les collections du musée. CLAUDE LORIN La métaphore de l’objet Miró Jusqu’au 03 mai Musée Ziem, Martigues 04 42 41 39 60 www.ateliermuseal.net Joan Miró X-D.R. Frederic Clavere, Fokker, 110x160 cm, 2008 Orange au désespoir Vanités, pessimisme, orange et noir bitume. Peintures récentes et une installation sur un étage : Frédéric Clavère est au Centre d’Art Contemporain d’Istres Les monstruosités dépeintes par Jérôme Bosch et bien d’autres imagiers condamnaient notre vie terrestre pour en espérer une meilleure audelà. Avec Frédéric Clavère, point de paradis à venir, l’horrible reste à terre comme en témoigne la fabrication des images. Avec l’impact chromatique provoqué par le duo infernal orange minium/noir bitume cher à l’artiste, nous prenons en pleine figure le leurre des images, qu’elles eussent été fabriquées depuis des siècles ou bien qu’elles s’exhibent et s’insinuent dans notre quotidien à travers divers simulacres. En modifiant le format de la toile, et surtout en substituant les couleurs originales d’œuvres antérieures imaginées par Philippe de Champaigne, Ensor, Manet, Artemesia Gentileschi, Frédéric Clavère glisse entre l’œil du spectateur et la mise en scène peinte un filtre paradoxalement évident. Un philtre rétinien en quelque sorte, un acte de sorcellerie visuelle, qui instillerait de l’impur dans la peinture. Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem (Visite l’intérieur de la Terre et en te rectifiant tu trouveras la pierre cachée) ou l’acronyme Frederic Clavere, Je t'aiderai, 99x144,5 cm, 2008 alchimique et franc-maçon V.I.T.R.I.O.L. Faire le vitriol signifie en alchimie séparer le pur de l’impur de la matière philosophale. Que peut le peintre (lui-même par nature maître de la représentation et des illusions) si ce n’est proposer la vanité d’un Je t’aiderai en plusieurs langues mais à l’avenir ultra pessimiste ? Ou bien transformer la décollation d’Holopherne en un accouchement monstrueux et fatal dont le sens outrepasse l’imagerie mythique (on supprime encore de nos jours en certains lieux sur cette terre les nouveaux-nés jugés infâmes et inutiles). Il s’agit donc de peindre la stupéfaction. Tant le vitriol est corrosif pour la matière, autant l’orangé s’avère irritant pour la rétine et le penser. Nabokov aurait raison : il n’y a que la fiction qui dise le vrai. Alors c’est quoi ce german underground du titre ? CLAUDE LORIN V.I.T.R.I.O.L. german underground Frédéric Clavère jusqu’au 20 mars Centre d’Art Contemporain Intercommunal, Istres 04 42 55 17 10 www.ouestprovence.fr
ENTRETIEN AVEC NADEIJE LANEYRIE-DAGEN Un monde nouveau Quelles transformations s’opèrent dans les modalités de la représentation artistique au tournant du Moyen Âge vers la Renaissance ? Spécialiste de cette période, Nadeije Laneyrie-Dagen signe un bel et érudit ouvrage dans la collection Beaux Livres chez Flammarion : L’Invention de la Nature, qui fait logiquement suite à L’Invention du Corps chez le même éditeur. Nous l’avons rencontrée à l’Espace Leclere lors de la conférence proposée par Jean-Noël Bret et Art Culture et Connaissance. ARTS VISUELS 49 Zibeline : L’Invention du Corps nous menait jusqu’au XIX e siècle. L’Invention de la Nature s’arrête au début du XVI e avec Vinci ou Dürer. Des changements fondamentaux s’opèrent donc dans cette période dans les œuvres d’art ? Nadeije Laneyrie-Dagen : Dans L’Invention du Corps j’ai cherché à savoir quand on est passé du signe du corps à la description, à la véritable envie d’imiter le corps et pourquoi. Au Moyen Âge un ciel c’était de l’or ou du bleu, puis on voit apparaître des nuages… Vous vous attachez un peu, à la manière de Daniel Arasse, à l’analyse de très nombreux détails qui composent ce qu’on appelle un genre, le paysage. Daniel Arasse choisit dans le tableau ce qui est là, ne se voit pas mais finit par se remarquer, et fait que ça donne un autre sens au tableau. Mon problème est plutôt de faire des zooms sur ce qui n’est pas tout à fait un détail, car je cherche ce qui est au cœur du sujet. Vous procédez par une analyse extrêmement fine et par comparaison… Ma méthode est d’abord descriptive sans paraphraser le tableau. Il faut regarder au plus près ces œuvres car ce n’est pas un hasard si on met un moulin, un oiseau à l’horizon. Ainsi vous attirez notre attention sur l’importance de choses apparemment anodines comme ce vol d’oiseaux qui exprime un élément naturel difficile à peindre : l’épaisseur de l’air, plusieurs siècles avant Cézanne. Cennino Cennini a été un des premiers à donner des conseils aux peintres pour la représentation des éléments. Par exemple partir d’un caillou pour en faire une montagne. Cela veut dire aussi qu’on prend déjà un modèle dans la nature. Comme ça ne suffit pas, on va aller dans la nature pour en faire des dessins, des aquarelles. Le premier christianisme a fait de notre terre un corridor d’attente vers la vraie vie qu’est le paradis. Donc, on ne va surtout pas aimer cette vie ! Au XII e siècle ça commence à changer pour des raisons sociologiques. Banquiers et marchands, le populo grasso comme on dit en italien, aimerait bien qu’on leur laisse un tout petit peu apprécier cette vie, se promener dans la nature. Saint-François d’Assise, fils de banquier, s’il a renoncé à l’argent, n’a pas renoncé au monde qui est l’œuvre de Dieu. Il s’est mis à louer frère soleil, sœur lune… Justement, vous commencez par analyser dans votre livre les quatre éléments. La pensée du Moyen Âge est scholastique, abstraite, théorique. On pense en terme des quatre éléments, de ceux qui composent le corps de l’Homme et qui donnent les Humeurs. L’Air, le Feu, l’Eau, la Terre avec un grand T. Mais ce n’est pas tout à fait la même chose lorsque vous faites tomber une goutte d’eau Andrea Mantegna, La Priere au jardin des Oliviers (detail), vers 1456-1460, tempera sur bois. Bourges, musee des Beaux-Arts dans votre verre, que vous recevez une douche lorsqu’il pleut beaucoup. Tout ça serait l’Eau ? Moi, je vois plein d’eaux. Par cette nouvelle attitude d’observation, les artistes passent donc d’une figuration symbolique à une représentation plus naturaliste ? Cela se fait progressivement et très rapidement : on peut suivre sur presque dix ans le passage du ciel d’or, en Flandres, vers un palissement de l’horizon et voir apparaître les premiers nuages ; puis vers le sud en Italie. Vous avancez aussi l’idée que le peintre serait ainsi le premier savant ? Celui qui regarde (le peintre) ne peut se contenter d’un système théorique. Son regard le mène vers une représentation qui classe les choses. Hors la première des attitudes scientifiques c’est l’observation. Donc le peintre, premier observateur, est d’une certaine manière le premier savant ! Incomplet, puisqu’il ne va pas expérimenter, ou bien, si c’est le cas comme Léonard de Vinci, il abandonne la peinture. Là vous quittez l’esthétique, le poétique, l’imaginaire. C’est pourquoi je me suis arrêtée à Vinci et à Dürer. ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CLAUDE LORIN Conférence donnée le 23 janv à l’Espace Leclere, www.damienleclere.auction.fr Art, Culture et Connaissance 06 87 92 91 09 (Voir critique livre p 61) Nadeije Laneyrie-Dagen est professeur d’histoire de l’art à l’Ecole Normale Supérieure. Elle s’intéresse au passage entre le Moyen Âge et le premier âge moderne. Elle a publié notamment L’Invention du Corps chez Flammarion et aux éditions Larousse les incontournables Lire la peinture : Dans l’intimité des œuvres, Dans le secret des ateliers. Elle travaille actuellement à une histoire générale de l’art, et en projet une participation à un ouvrage collectif sur la représentation des enfants chez Mazenod-Citadelles. Lucas Cranach l'Ancien, Le Martyre de Ste Catherine (detail), 1505, huile sur bois, 112x95cm. Budapest, Library of the ReformedC



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