Zibeline n°15 février 2009
Zibeline n°15 février 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°15 de février 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 11,2 Mo

  • Dans ce numéro : l'art visuel en crise.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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72 PATRIMOINE MANUFACTURES DE TABAC DE LA BELLE DE MAI La Belle et Hérodote Edmonde Franchi a créé un spectacle sur les manufactures de tabac de la Belle de mai, intitulé Carmenseita et créé au Toursky (voir Zib 13). Elle raconte son enquête La sonnerie résonne longuement, à l’autre bout de la ligne une voix de femme répond, oui, il s’agit bien de Madame…. -Je fais une enquête sur la manufacture de tabac… -Qu’est-ce que vous voulez ? ? ? -…j’aimerais en parler avec vous, si vous vouliez me faire part de votre expérience, on m’a dit que vous y avez travaillé pendant des années… -Pourquoi ça vous intéresserait ? ? ? Ça n’intéresse personne ! J’en ai assez d’être emm... par tous ces gens !!! -Eh bien, j’ai vécu toute mon enfance dans le quartier de la Seita, je suis née à la maternité de la Belle de Mai… -Qu’est-ce ce que ça me fait ? Vous croyez qu’il n’y a que vous ? Moi aussi ! Tout le monde est né à la maternité de la Belle de Mai !!! Edmonde Franchi part d’un grand éclat de rire… Tout le monde est né à la Belle de Mai !!! C’est sans doute comme ça qu’un exemple devient universel ! En Quête Elle raconte, et c’est un bonheur que de l’entendre, les recherches auprès des services officiels, universitaires, et enfin des gens, ces femmes dont l’histoire a été gommée, oubliée des discours d’inauguration de lieux consacrés à d’autres activités, passage de l’usine au pôle artistique en « friche » … Chacun se congratule, rien n’évoque le passé ouvrier de la « Jachère » ! La première réponse donnée « elles sont mortes », annule l’histoire. Une histoire qui n’est pas si vieille, la manufacture n’a définitivement fermé ses portes qu’en 1990 ! Le siècle dernier direz-vous ! Avec humour, l’actrice évoque les gens qui l’ont aidée, ce professeur d’histoire contemporaine de la faculté d’Aix, le personnel des archives, les CIQ et les journaux de la région, la Marseillaise, le Provençal, j’en oublie, le travail fastidieux, compulser les documents, inventorier les informations dispersées, et ces rencontres avec ces femmes… Non ! Elles ne sont pas mortes ! Edmonde Franchi renoue, par ce travail de fourmi, têtue, tenace, avec la signification première du terme « histoire » : à la manière d’Hérodote, elle se livre ainsi pendant plus de deux ans à une patiente et fructueuse enquête. Marseille ouvrière La Belle de Mai, c’est historiquement le berceau ouvrier de Marseille. Mais ce n’est pas seulement pour cela que le remarquable travail de l’artiste nous touche. Elle est allée à la rencontre, non pas de théories, d’abstractions creuses, mais des gens, qui, même s’ils se retrouvent dans Carmenseita des personnages de théâtre, n’en restent pas moins des personnes. De belles figures de femmes… Mais pourquoi s’attacher particulièrement aux femmes ? « Parce que j’en suis une ! », mais aussi parce que ce sont les grandes oubliées de l’histoire. On parle des ouvriers, de la condition ouvrière… tout ceci reste profondément masculin, même les revendications de syndicats comme la CGT ne plaçaient pas comme priorité l’émancipation de la femme. Traditionnellement, on n’évoque pas la fierté de la femme qui travaille, alors que les textes, certains auteurs mettent en avant celle des mineurs par exemple… La « grandeur de la classe ouvrière » s’est toujours chantée sans la femme, si ce n’est la mère courage, à la Gorki, à la Brecht : mais là, il ne s’agit pas de son travail, mais de son sacrifice… La femme ne connaît pas la fierté du travail, elle ne fait pas partie du mythe ouvrier ! Aliénation libératrice ? Cependant, par son travail, la femme s’est émancipée, elle gagne sa vie, sort de la maison dans laquelle elle Carmenseita Agnes Mellon était confinée. C’est sans doute paradoxal, mais ce qui, pour les hommes, représentait une aliénation, s’est avéré facteur d’émancipation pour les femmes. De même l’immigration n’a pas été vécue de manière identique : arrachement certes, mais aussi moyen d’échapper au carcan des traditions et de la famille… « Toutes les femmes que j’ai rencontrées ont beaucoup regretté d’avoir achevé ce travail. Il y avait les réunions au cabanon, les bouffes, les rires, l’entraide, les discussions… » Théâtre militant ? « C’est un peu comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir… Je ne fais pas du théâtre militant. Le théâtre que je pratique se veut détaché du discours militant. Le militantisme s’y infiltre dans la vie quotidienne : ce ne sont pas les grands évènements qui importent ici, mais ce qui est vécu au jour le jour. Je cherche à montrer la disparition d’un monde ouvrier. Les relations entre les gens étaient différentes, les rapports étaient plus solidaires. » L’historique des lois constitue l’ossature du spectacle, qui montre comment les conditions du travail influent sur le quotidien, comment le découpage du temps industriel a changé la vie dans ses rythmes, dans les relations avec les autres. L’instauration de la journée continue dans les années 1970/72, par exemple. « Ce que j’ai voulu montrer ce sont les petites personnes, celles qui ne sont pas l’objet de l’Histoire. L’histoire des luttes n’existe pas de façon détaillée, aucun document n’évoque l’évolution de la mécanisation, il n’y a pas d’évènement marquant, pas de 1515 ! » Il y a peu de photos, on ne se photographie pas au travail ! Il y a cependant de grandes figures comme celle de Marie Deleuil fondatrice du premier syndicat des cigarières, avec Victorine Aubert, Marie Bourgeuil, Marie Jay et Lautier Iram. « Les gens ne savent pas qu’ils vivent l’histoire quand ils la vivent, ou du moins très peu de personnes en ont conscience. » Le théâtre n’est pas qu’un spectacle « Ce qui est très important, c’est que j’ai toujours des relations avec ces femmes, on se téléphone, on s’écrit pour les vœux. La relation perdure au-delà du théâtre. Elles ne sont pas un sujet d’étude, mais des personnes, de vraies personnes. Le « prêt à parler », le « prêt à penser » de certains qui viennent demander des renseignements pour leur master et qui pensent « rebondir » à la manière des marsupilamis sur des « problématiques » s’enferrent dans des mots tout fait, c’est le contraire absolu de ce que j’ai voulu dans ma démarche comme dans la pièce Carmenseitas ! » Car Edmonde Franchi en réveillant la Belle endormie, fait revivre toutes les femmes… MARYVONNE COLOMBANI Carmenseita sera joué au Pennes-Mirabeau le 14 fév (Salle Tino Rossi), le 28 mars au comoedia à Aubagne et le 5 mai au Sémaphore à Port-de-Bouc
MARAIS DU VIGUEIRAT 73 i PATRIMOINE Une Zibeline aux marais Des marais ? Se promener dans des marais ? Marais, comme une terre plus ou moins inondée en proie aux moustiques et autres bestioles piquantes, ou mordantes, style serpents ? Marais, comme zone à paludisme et semblables réjouissances ? Marais, l’endroit insalubre dont on ne ressort qu’avec la malaria, la fièvre quarte, même quinte et des tonnes de boutons ? ? ? Comment une zibeline, animal délicat, pourrait concevoir une idée aussi folle ? Ce qui l’a touchée c’est que, comme elle, le marais fait partie des espèces, pardon, des espaces en danger. Lui aussi, comme la zibeline, est menacé d’extinction. Sauvegarde C’est pourquoi le Conservatoire du Littoral est devenu propriétaire du Marais du Vigueirat, le gardant de toute velléité constructive des promoteurs, et ce ad vitam aeternam. Mais « conserver », étymologiquement, signifie aussi protéger, préserver, sauver la vie à, observer, et respecter. Ainsi, environ 1000 hectares sont sauvegardés, entre le canal d’Arles à Fos et le canal du Vigueirat, à l’est du grand Rhône et au bord de la plaine de la Crau, jonction de deux écosystèmes très particuliers, celui du delta du Rhône et celui de la plaine steppique de la Crau. 286 espèces d’oiseaux, 771 espèces végétales, sont ici dénombrées ! Sans compter les quelques 1265 espèces d’invertébrés, 1161 espèces d’insectes… pour les chiffres les plus spectaculaires. Cette mosaïque de milieux naturels, marais, étangs, roselières (quel joli nom pour évoquer les champs de roseaux !), sansouires, scirpaies, ripisylves, bois de tamaris, est dotée de labels et de mesures de protection spécifiques, avec le classement en ZICO (Zone importante pour la conservation des oiseaux (UE)), ZPS (Zone de protection spéciale pour les oiseaux (UE)), Natura 2000 en cours, réserve naturelle en cours, site naturel protégé du Conservatoire du littoral, et la prestigieuse reconnaissance de l’EMAS. Sentier des cabanes X-D.R Calèche Marais du Vigueirat-B.Dumas Développement rural durable La protection du site ne signifie pas cependant technique d’embaumement destinant les lieux à une autre mort ! Le site s’inscrit dans un contexte social, les activités agricoles antérieures aux projets ont été maintenues, élevage extensif (chevaux, taureaux de race Camargue, moutons), apiculture… 40 emplois ont été crées sur le site. Des partenariats se sont mis en place, (agriculteurs, association d’insertion, CPIE, entreprise touristique, chasseurs). Tout ceci est relayé par un programme d’éducation à l’environnement, avec des formations, BTS, IUT, en relation avec les universités et les écoles d’ingénieurs. 3000 scolaires locaux par an, sont reçus. La création d’un pôle d’activité touristique vient parachever cette politique d’emploi et d’éducation, avec ses 15 Kms de sentiers de découverte, ses visites guidées à pied ou en calèche. (100 000 visiteurs annuels sont attendus !). Une éducation par l’exemple Le site a bénéficié sur la période 2003-2007 de la structure européenne de coordination Life Promesse qui a financé à hauteur de 2 millions d’euros le projet d’écotourisme en mettant en place des actions pour réduire l’impact des activités touristiques sur l’environnement, dans les domaines de l’eau (récupération, assainissement naturel), des déchets (tri sélectif, compost, recyclage), de l’énergie (production d’énergie renouvelable, réduction des émissions de gaz à effet de serre, isolation…), des transports (réduction de la pollution des véhicules, utilisation des chevaux de trait). Le public est aussi attiré par des manifestations artistiques, lors de festivals d’été tels que les Envies Rhônements. Chut ! visite ! Si l’objectif initial et prioritaire est la préservation du patrimoine naturel, la sensibilisation à l’écoresponsabilité et à ses implications pratiques ne peut que contribuer à le renforcer. C’est à cela aussi que s’attache la dynamique équipe des « Amis des marais du Vigueirat » qui gèrent le site. Une zone « sanctuaire » qui couvre 9/10 e du territoire ne peut accepter plus de 10000 visiteurs par an, et bien sûr, dûment guidés. Mais toute une partie est aménagée pour une découverte passionnante du site de sa faune et de sa flore : le sentier des cabanes qui abrite des jeux interactifs, des explications simples, des énigmes, des histoires de moustiques des villes et de moustiques des champs (eh oui, le rat n’est pas unique en ce domaine !) ; des promenades en calèche, larges chars à ban, permettent de découvrir, avec de riches commentaires, sur 8 kms, une faune variée : petits chevaux blancs de Camargue, qui, à l’instar de Crin Blanc, vivent libres toute l’année quelque soit le temps ; taureaux camarguais avec leurs boucles d’oreilles, (si vous voulez savoir pourquoi, rendez-vous sur le site du Vigueirat !) ; cigognes et leurs nids impressionnants ; vols de flamants roses, oiseaux aux noms délicieux, le pinson des arbres, la rousserolle, la bouscarle de Cetti… et peut-être même pourrez-vous apercevoir un ragondin ou un sanglier. Les animaux sont moins craintifs, l’odeur des chevaux de trait, hue cocotte !, masquant celle, terrible, des hommes ! Les sentiers de l’Etourneau sont accessibles aux familles. Si vous avez oublié vos jumelles, on vous en loue dans le sympathique point d’accueil où l’on trouve des produits régionaux bio et quelques bons bouquins sur la nature, les animaux, l’écologie, les différentes réserves de la Camargue. Du lever au coucher du soleil, la nature s’offre à vous, mais, chuuuut !!! Apprenez le silence, le vôtre, pour écouter celui des plantes et des animaux ! MARYVONNE COLOMBANI Les Marais du Vigueirat Ouvert du 1er février au 30 novembre Les sentiers de l’Étourneau Visites libres tous les jours du lever au coucher du soleil Visite guidée Palunette Avec un guide naturaliste Sortie en calèche au cœur du marais Sur réservation Visites sanctuaire à pied au cœur du marais Sur réservation Sorties crépusculaires 04 90 98 70 91 www.marais-vigueirat.reserves-naturelles.org/



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