Zibeline n°15 février 2009
Zibeline n°15 février 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°15 de février 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 11,2 Mo

  • Dans ce numéro : l'art visuel en crise.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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62 LIVRES LITTÉRATURE Chroniques sociales Le court roman de Fanny Guillon se présente sous forme de récits successifs, traçant ensemble le parcours de la vie d’une jeune femme, de 14 à 30 ans. Julie est un double romancé de l’auteur, une narratrice à la deuxième personne. Ce « toi » passe -comme Fanny Guillon l’a fait- d’un univers à l’autre : assistante sociale surtout, mais aussi conteuse, slameuse, écrivaine à ses heures, épouse, mère et amante. Ce parcours, attachant, permet au lecteur de naviguer dans les rues de Marseille, de côtoyer une misère sociale qu’il soupçonne et voit sans vraiment la regarder, la comprendre : les personnages de laissés pour compte qui traversent la vie professionnelle de la narratrice sont criants de vérité et de douleur, et les anecdotes qu’elle rapporte tiennent en haleine et en révolte contre l’insupportable misère matérielle et morale dont ils sont victimes. Les déboires sentimentaux de la narratrice s’y rattachent avec habileté, formant un portrait en mosaïque plus qu’attachant. Une lecture très agréable donc, malgré la langue, crue et brute, qui aurait sans doute mérité, au-delà de ce choix justifié, un travail stylistique plus fin. Une telle matière aurait gagné à ajourer les phrases, percuter les mots et les registres, et percer la misère d’illuminations lexicales : la richesse de l’expérience, de l’anecdote et de la réflexion ne suffit pas complètement à remplacer l’amour des mots. AGNÈS FRESCHEL L’effondrement Fanny Guillon Ed Tangentes, Marseille, 9 euros Le désert de l’amour « Il me faut t’écrire pour que tu disparaisses, pour que tout puisse se fondre au désert, pour que nous dormions enfin, immobiles et sereins, sans craindre de perdre de vue ta silhouette déchirée par le vent, le soleil et les pierres du chemin. O mère, il me faut ramener des profondeurs un monde enseveli pour y glisser ton nom (…). Mon lumineux cahier sera la grande fenêtre par où s’échapperont un à un les monstres qui nous hantent. » Ainsi s’ouvre le récit de Soledad. Comme ses aïeules, comme sa mère, comme ses sœurs avant elle, elle a reçu pour unique héritage une boîte magique qui renferme son don. Dans cette boîte, elle a trouvé un grand cahier, de l’encre et une plume. À elle revient d’écrire l’histoire de sa mère, Frasquita Carasco, la petite Andalouse qui avait trouvé, elle, dans le coffret miraculeux, des écheveaux de fils multicolores et était devenue une magicienne de la couture. Le récit suit donc la mère, fil conducteur de cette épopée familiale, des collines arides du sud de l’Espagne à l’arrivée sur le sol algérien. Heurs et surtout malheurs d’une tribu déshéritée, malgré -ou peut-être à cause ? - des dons quasi surnaturels de la mère et de chacun des enfants. Histoire chaotique et mystérieuse, dont le style épouse l’âpre poésie des confins désertiques, l’évidente beauté des mythes ancestraux. Réalisme et merveilleux s’enchevêtrent dans la trame de ce roman envoûtant, qui chante la douleur des mères, leurs sacrifices, leur force et leur courage aussi. À l’image de cette Frasquita en robe de mariée, qui tire sa charrette pleine d’enfants sans jamais s’arrêter. Un hymne superbe et émouvant aux mères et aux liens du sang, dont le cœur cousu est sans doute la métaphore. FRED ROBERT LE CeUR COUSU Le cœur cousu Carole Martinez Gallimard, 23 euros Le chant de l’Histoire C’est un tout petit livre mais une longue histoire. Elle a débuté aux Archives Départementales, à Marseille, par la lecture de lettres sur la marche des exilés Espagnols : le passage des Pyrénées, avec le souvenir de Guernica, des combats, puis l’arrivée au camp d’Argeles. À partir de ces archives Sara Sonthonnax a bâti tout d’abord un spectacle à deux voix complémentaires : dans Exilio créé au théâtre Gyptis en 2007, Miguel le libertaire et Pablo le combattant « ordinaire » croisaient leurs témoignages, en prose et en versets. Dans le livre publié aux éditions L’atinoir c’est la voix de Pablo qui a pris le dessus, même si celle de Miguel se laisse encore entendre en écho. La langue est toujours belle et impose sa force sensuelle et brutale. Sans complaisance l’horreur y est dite : celle des Fascistes qui, en janvier 39, contraignent au départ et imposent leurs visages rieurs et vulgaires, féroces, mais aussi celle des Républicains désaxés, dont certains violent des enfants, exécutent des déserteurs avant de fuir eux-mêmes. Mais c’est celle des Français surtout qui révolte, invisibles mais imposant aux réfugiés de mourir de faim et de froid sur la plage… Et la chaleur fugace, au détour de rencontres entre anciens combattants, puis tenace face aux rives mexicaines qui approchent… Exil et camps qui, par l’âpreté de l’évocation physiologique de la neige, du sable, du mépris, de la séparation, de l’oubli, font penser à d’autres goulags : l’enfer de Mauthausen, où mourront en masse les Républicains espagnols soigneusement livrés aux Nazis par l’État vichyste, mais aussi la honte d’aujourd’hui, nos centres européens de rétention, aux conditions quasi carcérales. A.F. Sara sonthon Eta x Exilio U.l:n ; oir Exilio Sara Sonthonnax Ed L’atinoir, coll L’atineur, Marseille, 6 euros
Le chemin de l’harmonie NON ! Elle ne peut pas mourir ! Car c’est par la mort d’Ellana que débute le roman ! Pour la première fois, Pierre Bottero ne suit pas une chronologie linéaire, mais entrecroise les temps, la trame complexe des destins, que chaque personnage forge. Il est préférable d’avoir lu les épisodes précédents, pour goûter toutes les facettes de cette aventure poignante. Ellana a grandi, mère, maître marchombre à son tour, elle perçoit à quel point apprendre à l’autre passe nécessairement par une réflexion sur soi, sur son propre apprentissage. C’est pourquoi elle va devoir revenir aux origines pour se reconstruire et se trouver. La quête des personnages de Bottero est toujours, à travers des aventures magnifiquement imaginées, une quête spirituelle et humaine, profondément. C’est sans doute pour cela que ses jeunes et moins jeunes lecteurs le suivent avec passion. Ils savent qu’à toute question, deux réponses sont toujours possibles, « celle du savant et celle du poète », et surtout, qu’« Infinie et lumineuse,/La voie du marchombre se déroule./En soi. » Pour tous ceux qui ne sont pas encore précipités sur le dernier livre de la dernière trilogie de Pierre Bottero, parce qu’ils étaient malades, hors du monde, surchargés de travail ou de loisirs, il n’y aura plus d’excuse ! Et si vous faites attention, vous trouverez des échos entre les différentes séries, ainsi, la prairie dévoreuse se trouvait déjà dans la superbe trilogie de L’Autre. Ouvrez le volume de la « Prophétie », et partez sur le chemin des Marchombres, avec de la poésie et de l’aventure, sans modération ! MARYVONNE COLOMBANI La traversée de la nuit August Brill, critique littéraire à la retraite, est cette nuit, une fois de plus, en proie à l’insomnie. Installé dans le Vermont chez sa fille à la suite d’un accident de voiture, il est le troisième d’un trio de blessés de la vie. Dans cette maison, trois générations de malheureux cohabitent. Katya, sa petite-fille, 23 ans, qui ne se remet pas de la mort en Irak de son ex petit ami et avale DVD sur DVD pour essayer de distraire sa dépression. Miriam, sa fille, 47 ans, divorcée, malheureuse, qui doute d’elle-même et de son travail de biographe. Et puis, il y a lui, avec sa jambe en capilotade, sa toux persistante de vieux fumeur, ses envies pressantes et ses insomnies. Lui qui a perdu sa femme bien-aimée, sa jeunesse, ses illusions. Pour parvenir au bout de la nuit sans se laisser submerger par les fantômes, l’ancien critique s’invente des histoires. Récit dans le récit : se juxtaposent aux micro péripéties d’une nuit blanche les mésaventures d’Owen Brick, projeté pendant son sommeil dans une Amérique parallèle en pleine guerre civile. On ne suivra pas ce héros malgré lui jusqu’au bout, car son histoire réveille les souvenirs d’autres histoires de guerre, et de rencontres et d’amour et de ruptures. Le narrateur, au bout du compte, est loin d’être « seul dans le noir ». Et lorsque le jour point, c’est comme s’il faisait plus clair dans sa tête et dans son cœur ; « ce monde étrange continue de tourner. » Quoiqu’on retrouve dans les aventures d’Owen Brick le goût pour l’absurde grinçant du romancier new yorkais, ce roman n’est sans doute pas un grand Auster. On prend pourtant plaisir à suivre les méandres de la pensée insomniaque ; on goûte la nostalgie désabusée d’un personnage qui n’est sûrement pas très éloigné de l’auteur ; et on savoure la tendresse et l’espoir malgré tout. Fred Robert PAUL AUSTER SEUL DANS LE NOIR 63 Ellana, La Prophétie Le pacte des Marchombres vol 3 Pierre Bottero Ed. Rageot 19,50 euros Seul dans le noir Paul Auster éditions Actes Sud, 19,50 euros Hélas, Hellas ! Il est en quête de lui-même, il a 17 ans, « on n’est pas sérieux » à cet âge, murmurerait Rimbaud… Le propos de ce roman d’initiation est plutôt sympathique, un jeune homme en proie aux incertitudes part en Grèce sur les traces d’un père prématurément disparu. Quelques notations drôles sur la vision frelatée des touristes, l’arrivée au nouvel aéroport d’Athènes, une opposition entre les « parthénons » de plâtre et la vie réelle des contemporains, un air de rébétiko, du vrai, tout ceci aurait pu constituer l’étoffe d’un roman à la fois critique et léger. Était-il alors nécessaire de plaquer artificiellement des théories et des poncifs sur les personnages ? Le décor est grec, mais fallait-il à tout prix avoir recours au thème oedipien de l’inceste ? Le rythme de la narration se perd dans de longues et pesantes digressions philosophiques… L’écriture romanesque n’est pas celle de l’essai, on écrit en gommant, en biffant l’inutile… « Où que j’aille, je porte en moi la Grèce comme une blessure » écrivait Séféris… On aurait aimé retrouver cette sensible douleur des origines. Maryvonne Colombani Les Lèvres d’Athènes Yannis Youlountas Ed. La Gouttière, 15 euros



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