Zibeline n°15 février 2009
Zibeline n°15 février 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°15 de février 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 11,2 Mo

  • Dans ce numéro : l'art visuel en crise.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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60 LIVRES LITTÉRATURE Refaire le voyage Montréal, mai 2003. Avec la complicité de sa tante Jacqueline, Pierre Anhoury est venu au Québec réaliser l’interview de Virginie Mesropian, sa nounou bien-aimée, la gouvernante restée 68 ans au service de sa famille. Depuis longtemps, il attendait le moment où Jija serait prête à lui livrer ses souvenirs d’une enfance bouleversée par le génocide et l’exode. Avec elle, il a refait le long et douloureux voyage, de 1909 à 1935, pour qu’à travers cet itinéraire individuel survive la mémoire d’un peuple meurtri. Pour lutter aussi contre un certain négationnisme ambiant qui le hérisse. « Comment tu t’appelles ? - Je ne sais pas. - Quel jour tu es née ? - Je ne sais pas. » Ce que sait Jija, c’est qu’elle avait 6 ans en 1915, à Erzeroum, en Arménie. Et elle raconte le début des massacres, la fuite, la mort de certains proches, la séparation d’avec les autres et son existence ensuite, ballottée dans tout le Moyen-Orient Lorsque le clown paraît Les fêtes sont terminées mais ce n’est pas une raison pour se priver d’un beau livre ! Celui qui vient de paraître aux Editions Maison, coécrit par François Cervantes et Catherine Germain, est une petite merveille. Le clown Arletti, vingt ans de ravissement a aussi de quoi ravir tous les lecteurs. Les amateurs de photographie se délecteront de ses clichés superbes. Souvent pleine page, souvent sur fond noir, les images captées en coulisse ou sur scène par l’œil complice de Christophe Raynaud de Lage restituent en beauté la présence poétique et décalée du clown Arletti. Quant aux amateurs de mots, ils trouveront dans ce livre à 2 voix des perles. On connaît le talent d’écrivain de Cervantes. Il se déploie ici encore une fois, toujours dans cet entre deux de l’intime et de l’universel, qui vise à rendre la plus parlante possible une expérience de création très particulière. Cervantes part du Paradoxe du paradigme Voici un bien étrange et érudit propos : questionner au plus près le concept de transparence -via des domaines aussi divers que la philosophie et l’esthétique, les sciences économiques, la cybernétique et technologies de l’information, l’épistémologie des sciences sociales, l’anthropologie-, interroger des œuvres d’art anciennes et contemporaines. La danse aussi, manquerait la musique. Les seize auteurs, professeur d’université, chercheur, doctorant, ingénieur, thésard, maître de conférences, doublé d’artiste pour certains, ont mené leurs réflexions lors d’un séminaire durant une année universitaire dans le cadre du LESA (Laboratoire d’Etudes en Sciences des Arts) de l’Université de Provence dirigé par le philosophe Michel Guérin. Leurs biographies respectives sont rassemblées en fin d’ouvrage. Alors amis lecteurs accrochez-vous à vos concepts, à moins de faire preuve de pure poïétique. Car l’objet ordonné en trois chapitres principaux, concepts, percepts, expériences, regorge de portes d’entrée. Après une mise en place redoutablement théorique de d’orphelinats en familles d’accueil, avant de poser, enfin, sa valise chez les Anhoury à Beyrouth. Sur la vidéo, la vieille dame minuscule évoque sans pathos les atrocités dont elle a été le témoin, ses souffrances, ce qui donne une grande force au propos. Le livre qui accompagne aujourd’hui le DVD a été réalisé en hommage à cette femme qui a choisi de veiller sur les enfants des autres plutôt que de fonder une famille, car elle préférait « souffrir seule ». L’album transcrit fidèlement les mots de Jija, morte quelques mois après l’entretien. Il s’enrichit des précisions historiques apportées par Claire Mouradian et d’une agréable iconographie : cartes, photos anciennes, dessins de Dupuy et Berbérian, clichés extraits du film… Bref, il se feuillette comme un carnet de voyage. Un voyage hélas sans retour. FRED ROBERT principe qu’« un clown, c’est une œuvre », et il relate magnifiquement les étapes de la naissance d’Arletti, le travail d’artiste accompli par Catherine Germain pour disparaître, se laisser envahir par l’autre, la créature. Il évoque aussi son métier d’auteur de théâtre et la spécificité de cette langue qui « donne la parole aux revenants ». Un théâtre empreint de magie, où corps et langage sont indissociables. Quant à Catherine Germain, elle retrace elle aussi la genèse émouvante d’Arletti ; elle donne également la recette du blanc de clown et explique les étapes de son long rituel de maquillage. Album illustré, manuel pratique pour clown débutant, recueil de souvenirs pour fans, essai sur le théâtre (avec croquis et notes de répétition en prime), ce livre est tout cela à la fois. Et bien plus encore… FRED ROBERT Guérin, le lecteur pourra entreprendre l’ouvrage en quelque point de son choix sans grave préjudice de compréhension, puisque chaque participation, conclue par une bibliographie nourrie, est indépendante des autres. En ignorer certaines pour les moins opiniâtres serait se passer d’angles d’analyse singulièrement pénétrants (à travers le prisme de l’économie pour Carine et Elisabeth Krecké, les machines optiques selon Pierre Bauman, la transparence brumeuse et l’art contemporain par Jean Arnaud…) donc de lectures inouïes car impensables communément. Mais il vous faudra outrepasser votre retenue envers des langages ou des tournures a priori rébarbatifs et abscons : la transparence prendrait-elle sens au risque de l’opacité ? Dans sa préface, Michel Guérin prévenait « c’est au lecteur seul qu’il incombe de tirer éventuellement la conclusion, s’il en est une. » Et s’il y en avait plusieurs ? CLAUDE LORIN vl.e+i-PIN MM.Nwe rowh ah en. mHnJnitJ’avais six ans en Arménie… Virginie-Jija Mesropian édité par Pierre Anhoury et Claire Mouradian éditions L’Inventaire, 22 euros 1 Le clown Arletti, vingt pi) ans de ravissement ra François Cervantes et Catherine Germain EC Editions Maison, 20 euros La transparence comme paradigme ouvrage collectif sous la direction de Michel Guérin 332 pages, 13 ill. coul. Publications de l’Université de Provence, 2008, 29 euros www.univ-provence.fr/wpup
Poésie et Chamanisme « L’esprit du climat souffle la tempête, l’esprit du climat disperse la neige, et Narsuk, l’enfant démuni de la tempête, fait trembler de ses plaintes les poumons de l’air (Esquimaux Copper) ». Yves di Manno a enfin publié une magnifique traduction de la somme de Jérôme Rothenberg : un recueil de textes issus des traditions orales des tribus dites « primitives » des quatre coins du monde, des récits d’initiation chamaniques aux épopées africaines, des chants péruviens aux légendes irlandaises, qu’il rapproche des réalisations les plus novatrices de la poésie contemporaine -poésie sonore, performances, théâtre total... Cette anthologie à double entrée, nous invite à lire, et à lier, ces deux extrêmes de l’histoire de la poésie : langage originel d’avant la poésie, et langage d’après la poésie, une fois la « poésie occidentale » enterrée. Publié dans les années 60, dans la mouvance de la Beat Generation, le projet était politique. Il niait l’hégémonie de la civilisation occidentale, accusée d’une arrogance insupportable s’appuyant sur l’illusion du progrès technique et du rationalisme, et récusait une poésie qui en était le miroir, épuisée et racornie par l’esprit analytique, et par un polissage normatif stérilisant. Car Rothenberg poursuit, dans Pour l’amour de l’Art Aller jusqu’au bout pour trouver du nouveau, procéder à un long dérèglement de tous les sens pour extraire de ses propres profondeurs le minerai incandescent qui se transformera, dans les mains de l’artiste, en œuvre immortelle. Baudelaire et Rimbaud auraient sans doute compris cette démarche… Au XIX e on fumait de l’opium, on cherchait dans l’acmé de plaisirs interdits des sensations nouvelles…. Mais au XXI e siècle ? Que faire ? Surtout dans une société extrêmement policée, à tous les sens du terme. La marge de dérèglement sensoriel de l’artiste devient très étroite. Puisque tout a été tenté, que reste t-il comme liberté ? C’est cette question qu’explore le roman de Pia Petersen. Iouri est un « vrai » artiste, un de ceux qui vivent pour créer, dont la vie même est une pure création, aux dires ce voyage à travers une culture injustement taxée d’archaïsme, une utopie du langage cherchant sa vérité et son efficacité dans un rapport immédiat au corps, au souffle, à la danse, à la parole, et à la ritualité magique. Certes, l’entreprise est discutable, et par le choix arbitraire de textes hétérogènes, et parce qu’il faut feindre d’ignorer que toute la poésie, occidentale ou non, et pas seulement depuis Rimbaud ou Tzara, a poursuivi ce rêve d’un langage visionnaire et organiquement lié au monde et aux hommes. Mais le livre reste, plus de quarante ans après sa parution, incroyablement stimulant. D’abord par la richesse de la compilation de ces textes inconnus et magnifiques, au charme mystérieux et à la vitalité réjouissante. Tantôt oniriques, tantôt drôles ou obscènes, les cosmogonies et les épopées, les récits de transes et les extases, les guérisons fabuleuses, les incantations rituelles, les nuits immenses et les jours clairs, les chevaux et les yacks, nous emmènent dans des mondes oubliés, où la plus grande naïveté coïncide avec l’abstraction pure, où la continuité des vivants et des morts, de l’esprit et du corps, de l’homme et des bêtes, estompe la séparation entre réel et irréel, où le langage ramène aux hommes la réalité obscure des de sa compagne, totalement fascinée par le monstre sacré qu’est son amant. C’est elle qui dévoile lentement, comme dans une enquête policière, le mystère de la création. Elle observe le petit monde de l’art contemporain d’un regard admiratif : « l’idée de vivre dans le milieu artistique me plaît, c’est comme d’être dans une perpétuelle foire aux monstres et c’est étrange et magique. » et parfois malicieux : « c’est une grande personnalité dans le monde de l’art et chaque minute qu’elle consacre à quelqu’un compte. » Mais elle se laisse lentement envahir par la folie de l’artiste. Au point de la justifier et de la soutenir là où lui-même aurait peutêtre attendu un garde-fou… SYLVIA GOURION Le Bégaudeau nouveau est arrivé On l’attendait, on l’espérait et il l’a fait ! Drôle, érudit, malicieux, cet antimanuel de littérature va enterrer définitivement notre bon vieux Lagarde et Michard, et tous ceux qui ont tenté de le suivre. Bien écrit, dans une langue précise et franche, « la présence des femmes a tout changé, comme quand une cousine s’invite à un regardage de pornos en groupe… émasculés se sentent les écrivains mâles », qui permet de saisir l’essentiel des enjeux de l’écriture dite « féminine ». Ensuite, il est bien construit, comme un vrai manuel, mais illustré d’images décalées qui donnent à cogiter. Si la forme est classique, le contenu l’est moins et répond à toutes sortes de questions fondamentales ; « l’écrivain peut-il être une femme ? », « L’écrivain est-il beau et riche ? » ou, plus angoissante, « y a-t-il une vie après la littérature ? » Curieusement, c’est en chahutant la littérature et ceux qui la produisent que François Bégaudeau donne des éléments de réflexion sur cette drôle de manie qu’est l’écriture. Une belle leçon pour ceux qui pensent encore qu’un manuel se doit d’être sérieux pour instruire… Voilà donc un petit bijou à s’offrir de toute urgence, et à laisser traîner à côté du micro-onde. Surtout si vous avez un ado à la maison qui passe son bac français cette année. La moyenne n’est pas garantie mais il se pourrait qu’il prenne enfin goût à la lecture ! SYLVIA GOURION 61 rêves, des visions, des esprits. Mais la plus belle réussite de cette « anthologie active » tient dans l’échange d’énergies entre les « techniciens du sacré », des poètes ancestraux aux poètes contemporains. Elle nous permet de redécouvrir l’étonnante inventivité expérimentale et novatrice des premiers, et la profondeur et le vertige des seconds, les uns par les autres. Comme si dans ce transfert, ce transport, d’un âge à un autre, d’une langue à une autre, avaient opéré les communications mystérieuses et les pouvoirs thaumaturges du chamanisme... AUDE FANLO pays tip saia7a7ugaaj sa7 Les Techniciens du sacré Jérôme Rothenberg trad. Yves di Manno 9f Ply A José Corti, 33 euros êE of Iouri Pia Petersen Actes Sud, coll. un endroit où aller 21,80 euros Antimanuel de littérature François Bégaudeau Editions Bréal, 21euros y3 TZ



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