Zibeline n°14 déc 08/jan 2009
Zibeline n°14 déc 08/jan 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°14 de déc 08/jan 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 8,7 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... la culture en cadeau.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 64 - 65  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
64 65
64 LIVRES PHILOSOPHIE À vos amours Nous renouons avec la question pourquoi ?, titre de la jolie collection des éditions Aléas Que tous les titres de cette collection se proposent de commencer par la question pourquoi a de quoi déconcerter : la poser, n’est-ce pas réactualiser l’énigme des causes finales qui nous épargne de comprendre et nous fait fuir la bonne question, qu’est-ce que ? À quoi bon se demander « pourquoi vivre » si nous ne savons pas ce qu’est la vie ? C’est le privilège de la philosophie de poser des questions déroutantes et, comme l’écrit Vladimir Biaggi dans l’avant-propos de chacun des volumes de cette collection, le « pourquoi » recouvre la « grâce de ces questions infantiles dont la gravité et la radicalité déstabilise et fait chanceler l’évidence de ce qui s’impose de fait par l’épaisseur de l’habitude et le poids de l’opinion ». Pourquoi aimer de André Simha est certainement la question la plus bête de cette collection ! Et d’ailleurs l’auteur l’avoue : nous aimons pour des raisons obscures et indiscernables ; et puis on n’a pas le choix d’aimer ou pas ! On serait presque poussé à refermer le livre à ce stade, comme s’il s’agissait d’une bonne blague mais… Pourquoi n’est pas forcement une interrogation sur les causes mais sur le sens. Dans un langage kantien, on peut dire que cette affaire du pourquoi n’est plus celle de l’entendement qui va chercher les causes, mais celle de la raison qui, dans ses envolées existentielles, se pose des questions qui la dépassent. (pas clair ? il fallait lire la double page sur Kant de septembre !). Se poser la question du « pourquoi j’aime » revient donc à se demander : ça fait quoi à ma vie, qu’y-a-t-il en moi qui se modifie ? Suis-je dans une quête de liberté ou d’aliénation par l’assouvissement sexuel, ou(purement ?) intellectuel et platonique ? De plus « pourquoi aimer » est de la même nature que « pourquoi vivre », or « la raison n’a pas à choisir de vivre mais de s’interroger sur la meilleure manière de vivre ». La question du pourquoi n’est donc pas ici une recherche des causes premières, mais des effets (pour quoi) : l’affaire introductive et justificative étant réglée, on peut continuer la lecture ! Passion de joie La richesse et l’érudition de ce livre ne quitte pas le fil directeur spinoziste : l’amour est une passion de joie, et donc une action ; son sens est l’épanouissement de notre puissance d’exister. S’il nous diminue, que nous souffrons, c’est que nous désirons dans le premier genre de connaissance : celui où l’on vit dans l’ignorance des causes qui agissent sur nous, celui où nous sommes objet et non sujet, où nous vivotons intellectuellement sans chercher à nous connaître ni à comprendre le monde. Alors le désir est souffrance, il est désir parce que nous manquons : « mémoire et imagination creusent le réel pour le confronter à une figure qualifiée de complète » … mais illusoire. Sautons cent pages et interprétons : de cette ignorance peut surgir le masochisme ; car pourquoi aimer c’est aussi pourquoi haïr, pourquoi faire mal : peut-être parce que « marqués du signe de Caïn les hommes ne cessent de manier des signes qui répètent la violence primitive ». Et terminons sur des réponses à cette question : pourquoi aime-t-on puisque l’amour qui naît du désir s’éteint avec sa satisfaction ? Voie platonicienne : le désir amoureux n’étant qu’une étape dans l’ascension vers l’amour de la pure beauté, l’amour doit se séparer du désir et le transcender. Voie don juanesque ou communiste : il faut dissocier l’amour et la possession, donc renoncer à la propriété privée de l’outil de production du désir ; le désir pur refuse toute concession ou repentir ; il est social et non plus exclusif ! Libre interprétation et (re)belle lecture ! RÉGIS VLACHOS Pèlerinage au musée La charge de Bernard Deloche dans ce très amusant exemplaire de pourquoi ne va certes pas nous dégouter d’aller au musée ; c’est un pamphlet subtil et éclectique au titre éloquent : Pourquoi (ne pas) aller au musée ? commence par une attaque en règle de la réalité muséale, suivie d’une défense par un comparse dans l’autre moitié de l’ouvrage. Bernard Deloche ne néglige aucune des pistes qui le poussent en tant que philosophe et muséologue (à l’apostasie inspirée !), à ne plus aller au musée ; de bien belles pages sur l’oxymore incarnée qu’est le musée, glorifié comme lieu du plaisir désintéressé, de la délectation, et du grouillement populaire… alors qu’il reproduit l’ordre social existant de par sa fréquentation qui reste, par delà les discours républicanisant-démocratisant gnan gnan, essentiellement celle de catégories sociales privilégiées. Le comparse François Mairesse marchera sur des œufs pour nous convaincre d’aller au musée, bien conscient de la stricte composante d’habitus social des motivations de ce pèlerinage intellectuel. Forme de rhétorique bien plus distanciée. Intéressants moments sur le rapport problématique avec la société capitaliste : le musée est-il lieu d’accumulation de valeurs, la muséographie reproduisant en ce siècle les allées d’Ikéa, ou bien reste-t-il le fascinant réceptacle d’objets vrais présentant le curieux privilège de leur inaliénabilité ? Un rare lieu de calme et d’ennui sans sollicitation marchande ? Comment glander intelligemment, c’est vrai ça… R.V. AndrF SiP7ElA Pourquoi oiqKr P 7 irrw'i1wnpW'A1.5:Ati-Mk Pourquoi aimer André Simha Ed Aleas, coll Pourquoi ? 12 euros WORM 111:1.1H'Illi n Fruisvlig] fAI8E55E PmmluN fM prt1 oWroanunh Pourquoi (ne pas) aller au musée ? Bernard Deloche, François Mairesse Ed Aleas, coll Pourquoi, 12 euros
65 La démocratie tue aussi Comment le mensonge peut-il se substituer à la vérité de manière édifiante pour produire des effets de coercition spectaculaires ? C’est tout l’objet de « la propagande médiatique en démocratie », sous-titre de la somme de Chomsky et Herman La fabrication du consentement. Quand la réalité dépasse l’impensable, investigation empirique sur le concept de vérité… C’est un conseiller militaire présent au Vietnam qui parle : « Ce qui séduisait dans le mouvement révolutionnaire, c’est qu’il représentait une nouvelle forme de société, au sein de laquelle prendrait place une nouvelle redistribution des valeurs, et notamment du pouvoir, du statut de chacun, aussi bien que des biens matériels. » « Cette description et ce qu’elle implique fut intégralement soustraite à la vue de l’opinion américaine », et Chomsky de poursuivre rappelant l’insupportable réalité de l’histoire : « Une fois les accords de paix définitivement dans l’impasse, les États-Unis et leur régime client entamèrent leur œuvre de répression internationale, massacrant des dizaines de milliers de personnes… » Cette somme de Chomsky est une analyse méticuleuse des interventions étasuniennes en Amérique centrale (Salvador, Guatemala, Nicaragua) et Asie (Vietnam, Laos, Cambodge), et de ses répercussions dans les médias américains. Plus d’un million de morts en Asie sur la période 1965-1975, 200000 en Amérique centrale du seul fait de l’intervention nord américaine : aucune trace dans les journaux du même continent. C’est tout le fonctionnement de la propagande au sein d’une société démocratique et capitaliste qui est ici analysé. Propagande de mort Premier principe, la concentration capitalistique des médias : le marché réussit là où les États totalitaires sont échoué ; stratégie sans stratège terriblement efficace. Pourquoi une propagande est-elle nécessaire dans une société développée et libre ? S’en étonner revient à oublier les deux soubassements ténébreux de nos sociétés démocratiques : la nécessité de maintenir l’ordre social, ainsi que la sauvegarde d’un système capitaliste qui ne va pas de soi. Rosa Luxembourg le disait : si les gens savaient, le régime capitaliste ne tiendrait pas 24 heures ! Il faut donc discréditer toute autre forme d’alternative à ce système, et tous les moyens sont bons. Y compris les génocides. Cambodge 1973 : « Les tapis de bombes des B-52 ciblaient les zones les plus peuplées du Cambodge… des centaines de km 2 de terres fertiles à forte densité de population » ; c’est la phase I du génocide, occultée, on ne retiendra que la phase II, celle de Pol Pot, guère plus meurtrière. La destruction du Sud Vietnam par bombardement avant l’invasion terrestre : 150 000 morts… Les victimes sont « indignes d’intérêt » et on n’en parle pas : tout se résume au combat du monde libre contre le communisme… et aujourd’hui contre le terrorisme : un million d’enfant irakiens sont morts des conséquences de l’intervention. Manipuler la presse Chomsky et Edward Herman analysent la manipulation étatique de la presse dans la trame infiniment serrée des dispositifs du pouvoir. Les mensonges les plus grossiers y ont plus de valeur de vérité que les faits même : c’est toute la définition de l’aliénation que proposait Castoriadis : « Le sujet est dominé par un imaginaire vécu comme plus réel que le réel, quoique non su comme tel. » Dans La fabrication du consentement l’horreur des massacres se conjugue à l’horreur de leur occultation par la presse. Combat politique pour la vérité alors que constatait Jacques Bouveresse : « Les penseurs comme Chomsky estiment que la meilleure défense contre le mensonge, en particulier le mensonge politique, est, pour commencer, une connaissance précise des faits concernés ; et on peut dire que celle qu’il se donne la peine d’acquérir est tout simplement impressionnante. » (Peut-on ne pas croire, Agone, p 157). Le moindre éclat de vérité est sous condition politique disait Foucault ; et celle de la presse, au premier chef, prise qu’elle est, en sa foi naïve en une objectivité possible, dans les rapports de force des intérêts économiques de ses propriétaires et des intérêts de la nation. Les vérités de Chomsky, plus étayées que celles de ses détracteurs, sont elles aussi politiques et le revendiquent : pour des médias indépendants, condition absolue pour vivre dans une société réellement démocratique… et pacifique ! RÉGIS VLACHOS IrHQMSKY HERMAN LA FABRICATION DU CONSENTEMENT De la propagande mldiatigaa an democrafie Il n'auraieheppe p.raenne que a po.lulnt dimeeralleua affirme qua Ils midian sont Indopendents, dit.nninis a dieeuurlr te.rite el la loir* cennelr. r et non qu'Ils pansent le plus tapir de our tempo donner l'inres d'un'fond. lot que I.. nul wuh.il.nt que non. mou. le roarheed Iona qu'ILL sont anppaltiro d'empeser la Ircm des discute., dm ddelder se que le bon p.rmle. b droll da voir, d'enlarnlra au Cie penser, et de a par.l'op mitre A coupa dm campagne.. de prop+gande Contre-Feux Agone [change et diffusion des savoirs Saison de conférences 2008-2009 Emprises de la violence Regards sur la civilisalion contemporaine Conférences é 18h45 à PHütel du département des Bouches-du-Rhône 52 avenue de 5alnt-lust 13004 Marseille (Haro Saint-lusl - Parking gratuit] ENTREE LIBRE BANS 10 LIMITE DES PLACES DISPONIBLES jeudi 22 Janvier Françoise Choav, urbaniste & Olivier Mongin, philosophe Espace public et patrimoine local à l'heure de la mondialisation jeudi 29 janvier Alain Caillé. économiste et sociologue Démocratie, individualisme et/ou parcellitarisme [change et 11111 usi on des savoirs 16 rue Beauvau 13001 Marseille tél. 04 96 1124 50 - centact'tnaes-savoirs.er9 ^ Pour le répondant français des analyses de Chomsky, on conseille vivement les dossiers noirs chez Agone - http://survie.org/-Les-Dossiers-Noirs-.html La Fabrication du consentement De la propagande en démocratie Noam Chomsky – Edward Herman Ed. Agone, coll Contre-Feux, 28 euros I.. CONSEIL GENERAL



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 1Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 2-3Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 4-5Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 6-7Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 8-9Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 10-11Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 12-13Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 14-15Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 16-17Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 18-19Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 20-21Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 22-23Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 24-25Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 26-27Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 28-29Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 30-31Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 32-33Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 34-35Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 36-37Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 38-39Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 40-41Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 42-43Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 44-45Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 46-47Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 48-49Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 50-51Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 52-53Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 54-55Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 56-57Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 58-59Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 60-61Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 62-63Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 64-65Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 66-67Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 68-69Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 70-71Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 72-73Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 74-75Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 76-77Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 78-79Zibeline numéro 14 déc 08/jan 2009 Page 80