Zibeline n°13 novembre 2008
Zibeline n°13 novembre 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°13 de novembre 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 9,8 Mo

  • Dans ce numéro : assises régionales... résister et construire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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64 LIVRES L’enfer à fond de train Depuis sa sortie, le dernier roman de Mathias Enard fait beaucoup parler et écrire ; les uns sont dithyrambiques, les autres le vouent aux gémonies. De quoi éveiller la curiosité et vous jeter dans le courant tumultueux de Zone ! Son illustre prédécesseur Apollinaire, dans le poème éponyme, ouvrait le recueil Alcools sur une errance dans Paris, balade désespérée en quête d’une impossible modernité, collage cubiste d’impressions et de digressions qui mêlait lieux et époques, légendes, Histoire et anecdotes. Une révolution poétique marquée formellement par l’abandon de la ponctuation. Enard à son tour relate une errance. Jouant des anaphores, des accumulations, des associations d’idées ou de souvenirs, gommant lui aussi majuscules et points, il nous embarque dans le convoi bringuebalant et apocalyptique de son narrateur. Francis Servain, un espion spécialiste de la zone méditerranéenne, et particulièrement de la mouvance islamiste en Algérie et au Moyen- Orient, a raté son avion. Du coup, il prend le train de nuit pour Rome, afin d’y effectuer sa dernière mission. Le roman démarre en gare de Milan et sera sans arrêt jusqu’à Rome Termini. Durant les quelque 500 kms de ce voyage au bout de la nuit, le narrateur va devoir affronter ses démons sans pouvoir descendre de voiture : « il va falloir se laisser porter jusqu’à Rome et continuer la bataille, le combat contre les Troyens grands dompteurs de cavales, contre moi-même mes souvenirs et mes morts qui m’observent en ricanant ». Dans cette évocation flamboyante et torturée, le passé guerrier de Francis en Bosnie resurgit, et avec lui toutes les guerres, tous les massacres, du sac de Troie au conflit israélo-palestinien, en passant par le génocide arménien ou la Guerre d’Espagne… Et le convoi qui emmène Francis vers son destin n’est pas sans en rappeler d’autres. Bref, c’est à une traversée des tragédies méditerranéennes que ce périple épique invite, à un parcours vertigineux aussi de la littérature, dont certains auteurs ou personnages reviennent en boucle, comme la cadence d’un train qui roule. Homère, Achille, Joyce, Genet, Céline et tous les autres, scandant la course vers l’abîme, à tombeau ouvert. Une fresque violente et splendide dont on ne sort pas indemne. FRED ROBERT Zone vient d’obtenir le Prix du Salon du Livre de Beyrouth Mathias Enard était présent aux Tables Rondes des Rencontres d’Averroès (voir page 70) Zone Mathias Enard Editions Actes Sud, 21,50 euros. Rushdie l’enchanteur Lorsque Gérard Meudal, son traducteur, présente le roman, c’est avec les accents de la fameuse lettre de Madame de Sévigné, « c’est le plus… le plus… » On sourit un peu, facilité oratoire de l’hyperbole, admiration parfois excessive pour ce que l’on a longuement travaillé… Puis on se pend aux volutes et aux estampes de la couverture de l’édition Plon… une plume semble avoir tracé les premiers mots… « Aux dernières lueurs du jour finissant, le lac miroitant… ». Un monde digne des mille et une nuits s’ouvre alors. C’est un conte, une histoire, une fable, un voyage qui nous mène par toutes les terres connues et inconnues, l’empire Moghol au cœur des Indes merveilleuses, Florence, en proie aux rêves de puissance des Médicis, écrin précieux de l’Italie où la parfaite beauté d’une Simonetta inspire Botticelli, et le Mundus Novus de la Renaissance où l’or coule à flots, et où le temps se module à volonté (l’on peut même y vivre trois cents ans !) … Réflexions sur le pouvoir, la manière de régner, de transmettre, un trône, une histoire, la manière de vivre avec ou par ses rêves, la manière de les transcender, de les oublier aussi, pour vivre réellement, toutes les questions de l’humanité se retrouvent posées là. Qui y répond ? Le roi Moghol, Akbar, capable d’aimer une ombre, le blond arlequin qui sauve sa vie par des histoires, l’un des trois amis florentins, le Squelette, maîtresse des parfums, Jodha, la reine qui n’existe pas ou, plus fascinante encore, Qara Köz aux yeux noirs, l’enchanteresse ? Ce conte philosophique et fabuleux met en scène aussi bien Machiavel, Amerigo Vespucci, ou les terribles sorcières de la mer Caspienne, capables de lancer des sorts grâce à leurs mixtures composées de caviar et de pommes de terre (l’écrivain est libre de ses anachronismes, n’est-ce pas ?). Salman Rushdie s’amuse ainsi aux jeux de miroirs, aux échos, aux reflets qui lui permettent de tisser des liens subtils entre les histoires, les villes, les êtres, de dessiner une véritable fresque universelle. C’est un roman monde, un très grand roman ! MARYVONNE COLOMBANI Salman Rushdie était présent à la Fête du livre des Ecritures Croisées (voir page 60) Salman Rushdie [il C `A l/ ! l CCIiI.'I : L’enchanteresse de Florence Salman Rushdie Edition Plon, 23 euros
65 Ironie facile « Depuis que le peu d’esprit des fous a été réduit au silence, la petite folie des hommes sages se pavane au grand jour… ». Cette jolie formule aurait de multiples axes de pertinence : celles des fous qui depuis des lustres dénoncent le capitalisme et des sages qui viennent d’en découvrir les malversations… Mais venons-en à nos moutons : c’est certainement à cette ironie shakespearienne que pensait Clément Rosset en composant cet écrit satirique en 1969 dont on se demande bien pourquoi les PUF le réédite. Quelle misère, pense Rosset à la lecture de plusieurs manuels de philosophie ! Comment des professeurs éminents de philosophie peuvent-ils écrire de telles niaiseries : « pour dialoguer il faut être deux… celui qui mélange matière et esprit mélange tout…. ». On en rigole au début puis le livre devient rapidement ennuyeux ; ironie inintéressante du pasticheur de manuels de philosophie sous le ton du naïf qui les prendrait au sérieux. Rosset nous lasse, il ne dit rien d’intéressant ; Contre les égarements Dans sa dernière livraison, La pensée de midi s’interroge sur les menaces de guerre qui s’accumulent sous les cieux méditerranéens Thierry Fabre pose la question de la réalité perçue au travers des médias : 10 soldats Français morts dans l’action suscitent un émoi que plus de 90 civils, femmes et enfants, morts sous un bombardement américain, toujours en Afghanistan, ne provoquent pas. Que sont donc ces guerres qui se mènent au nom de la liberté au travers du monde ? Et la Méditerranée, lieu de déséquilibres et d’affrontements, devenue théâtre où s’exacerbent les rancunes et les haines, sombrera-t-elle dans la violence ? L’orage n’a pas éclaté mais il menace ! Comme dans un geste apotropaïque, le numéro convoque des esprits pour nous aider à comprendre, et pour -désir fou mais combien louable- demander à l’esprit de garantir contre les égarements. C’est d’abord Stéphane Audoin- Rouzeau, spécialiste de la violence de guerre, qui explicite la généralisation de la violence dans les sociétés, notamment après les grands conflits du XX e siècle. MohammedTozy s’inquiète de la violence islamiste. Qui sont ces jeunes djihadistes marocains qui se détruisent dans une explosion d’abord tournée vers eux-mêmes ? Quelles sont donc leurs motivations ? Moustapha Safouan nous livre de bien intéressantes réflexions sur l’Egypte : Nasser, le libérateur, a éteint les Lumières égyptiennes avant que Sadate ne lance les islamistes La pensée de midi Désirs de guerre Espoirs de paix on le savait plus talentueux, mais à sa décharge il n’avait pas trente ans quand il commit ce livre. Par ailleurs on s’aperçoit bien vite qu’il est de mauvaise foi. Il est des philosophes à railler sérieusement tant ce qu’ils disent aux étudiant et lycéens peut se résumer parfois à : le scepticisme c’est pas bien, d’autres sont caricaturés alors même qu’ils défendent des thèses profondes et novatrices. On ne comprend alors pas la méthode de Rosset et on décroche : ainsi de la profonde esquisse d’une théorie des émotions de Sartre caricaturée par : « le peureux fuit devant l’ours… » À qui veut s’initier à la philosophie on conseillera l’Anti manuel de philosophie de Michel Onfray où la joie, l’impertinence et les éclats de rire sont au service de textes profonds et d’une pensée limpide et radicale. Si vous avez trouvé mieux faites le moi savoir. Vraiment ! RÉGIS VLACHOS sur le devant de la scène. Violence encore au travers de la langue arabe classique, celle du Coran, qui permet de légitimer les pouvoirs contre le peuple. Remarquable enquête aussi de Michel Péraldi sur la condition migrante, où l’on peut comprendre quels espoirs se nichent chez ces hommes en partance, qui sont bien différents des épouvantails qu’exhibent trop souvent les T.V. Quant à la conclusion de Thierry Fabre, elle appelle à résister à l’esprit du temps, au mépris, au cynisme, à fonder une communauté méditerranée sur l’empathie, la compréhension et l’intelligence, à sortir de la guerre pour espérer la paix. RENÉ DIAZ Des rencontres autour de cette parution sont organisées à Marseille, Aix, Toulon (voir page 67). Désirs de guerre Espoirs de paix La pensée de Midi, n°26 Actes Sud, 17 euros Ecrits satiriques Clément Rosset Editions Puf, 14 euros De la recherche à temps perdu C’est l’histoire d’une longue errance intérieure ; un homme, que les autres désigneront sous le nom de « Plisse », se retrouve à déambuler dans une grande ville qui pourrait être Marseille. Il se souvient d’être parti, d’avoir quitté une femme qui pourrait être la sienne. Le début du roman le trouve à la recherche d’une « petite caisse en bois », métaphore possible d’un lieu où se regrouper, se rassembler afin de tenter de restaurer une unité bien compromise. Suite à une rixe entre SDF, il atterrit dans un drôle d’institut où il est diagnostiqué « amnésique ». Le texte, écrit essentiellement à la première personne, plonge le lecteur dans la conscience du personnage : les perceptions du dehors lui parviennent de manière fragmentée, incertaine et filandreuse. Les rencontres avec les autres patients qui pourraient être ceux de n’importe quel hôpital psychiatrique l’amènent parfois à se retrouver, le plus souvent à se perdre encore plus loin. Il y a là toute une galerie de malades mentaux, de personnel du monde psychiatrique assez ressemblants. On suit donc ce Plisse dans ses déambulations mentales et physiques, sans lien, sans objet : tout devient sensations, attention soutenue aux signaux émis par le corps. L’angoisse est omniprésente ; celle de savoir qui l’on est, ce que l’on a fait, ce que l’on va devenir. L’aspect forcément décousu de la narration se prolonge et s’amplifie par un usage continu de l’imparfait qui dilate à l’extrême le temps et fait de chaque instant une éternité. C’est sans doute une des faiblesses du roman ; le lecteur peut accepter d’être perdu, de suivre les pérégrinations d’un amnésique en quête de lui-même, sous conditions : soit de suppléer par la beauté de l’écriture à la traditionnelle succession narrative, soit d’être pris et emporté par la force des personnages, par l’originalité des actions. On reste là incertain, vaseux et flottant, comme quelqu’un qui aurait désappris à être. SYLVIA GOURION On peut attendre longtemps à l’horizontale Ivan Apostolo Presque lune, 19,50 euros her,Aperbla On peut attendre longtemps ili à l'horizontale 11 Piro.*.



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