Zibeline n°13 novembre 2008
Zibeline n°13 novembre 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°13 de novembre 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 9,8 Mo

  • Dans ce numéro : assises régionales... résister et construire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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60 LIVRES FÊTE DU LIVRE AUBAGNE TRETS Journées avec Rushdie Depuis 1981, le département des Écritures Croisées organise la Fête du Livre. Annie Terrier concocte dans le plus grand secret le programme de ces journées d’exception durant lesquelles les géants de la littérature se côtoient et acceptent de se plier au jeu des conférences. Une foule de passionnés afflue dans l’ancienne fabrique d’allumettes, se presse autour des stands, s’agglutine dans l’amphithéâtre. La voix de ces êtres que seul le papier faisait vivre s’élève, doublée par celle du traducteur lorsque les écrivains ne sont pas francophones. Les conférences s’enchaînent, la verve des intervenants ne s’épuise pas. Aucune limite à l’érudition du héros de la fête, Salman Rushdie, qui, avec humour et simplicité, accumule les anecdotes, les digressions, vogue entre les auteurs, les siècles, toujours juste, toujours profond dans ce badinage élégant et érudit. Salman Rushdie pratique à la perfection l’art de la digression, tout concourt à alimenter le flux magique des mots dans lequel évolue le conteur. Car il est un conteur, un enchanteur, un jongleur de mots hors pair, dans son œuvre comme dans ses conférences, ou plutôt ses conversations. Autour de lui la culture se fait humble et évidente à la fois, les universitaires présents font assaut d’analyses pertinentes et fines, joutes oratoires dans laquelle chaque volte brille. Pierre Pachet et Marc Porée provoquent à tour de rôle, évoquant l’élitisme de classe en littérature, l’écart entre les ventes et la qualité, le choix de la langue, les influences et confluences… Sans illusion sur le nombre des lecteurs, Rushdie définit la bonne littérature par sa « capacité à faire entendre des choses que nous n’entendrions nulle part ailleurs ». Si la littérature n’a jamais suscité qu’un intérêt minoritaire (elle n’est pas un média demasse),sonimpactn’arienàvoir avoir la quantité des ventes. Certains livres ont profondément marqué leur époque alors qu’ils ne connaissaient pas de gros succès de librairie, comme ceux de William Blake. Un grand texte ouvre des portes et induit une façon de percevoir le monde. Mais la lecture est avant tout un acte intime, comme l’écriture, ce besoin profondément humain de raconter une histoire, de laisser une trace. Le choix de la langue de l’écriture aussi importe : ainsi, l’anglais par sa flexibilité aurait la capacité de s’adapter à toutes les formes de pensée du monde. Avec humour, Rushdie remarque : « on est des post coloniaux, mais, je ne me sens pas tel ». Altaf Tyrewala, quant à lui, souligne que l’anglais lui a permis de se distancier de sa réalité immédiate. L’homme aux Histoires Le 17 oct, Salman Rushdie a inauguré la Fête du Livre en compagnie de son traducteur Gérard Meudal et de l’écrivain Altaf Tyrewala. Une occasion pour l’amphithéâtre bondé d’aborder véritablement son œuvre. Chacun de ses dix romans mêle avec une habileté rarement égalée Histoire et histoires, épopées et contes, avec un humour tendre, un sens infaillible de l’image. Le roman est-il moribond ? Salman Rushdie sourit : il n’existe pas de genre plus riche ! Il se souvient, amusé, des(contre) indications de Lewis Carroll, selon lesquelles une bonne histoire commencerait par un début, passerait par un milieu et s’achèverait sur une fin. Il est évident que la transmission orale d’un conte ne se limite jamais à ce schéma : des modifications, des retours en arrière, des rapprochements avec un évènement récent renversent le récit et l’enrichissent tandis qu’il passe de main en main. Pensif, l’écrivain émet une hypothèse selon laquelle un conte pourrait partir de l’Inde, traverser l’Europe et naviguer jusqu’en Amérique du Sud. Ce qui expliquerait les ressemblances entre le style narratif de Salman Rushdie, combinant irrationnel et vraisemblable, et to b celui de Gabriel García Márquez, considéré à ce jour comme le représentant du réalisme magique. Altaf Tyrewala émet cependant, sourire aux lèvres, une réserve à cette analogie : l’intervention du surnaturel, très présente dans les romans sud américains, s’avère rarement nécessaire en Inde, tant S. Rushdie X-D.R M. Poree, P.Pachet, S. Rushdie, G. Meudal, A. Tyrewala X-D.R « Y a-t-il des sujets prédestinés, comme le Cachemire, qui vous attendent ? » Il n’y a pas de sujet qui soit une obligation, Saul Bellow lors d’une controverse mémorable avec Günter Grass, affirmait « nous n’avons pas de responsabilités, que de l’inspiration ! ». Et lorsque les sources d’inspiration livresques sont évoquées, innombrables, de Calvino à Dante, de Lucrèce, Ovide à Boulgakov, Rushdie tranche : la question de l’influence s’amenuise au fil du temps, c’est l’humour qui reste l’élément essentiel, pour l’auteurcommepourlelecteur.Àlaquestion sur son inépuisable capacité d’enthousiasme et d’émerveillement, de bonheur, Rushdie sourit encore : « il y a un magasin, mais je garde le secret de son adresse ! ». Puis, plus sérieusement : « il faut faire votre travail, l’art, c’est cacher le labeur pour montrer le plaisir ». Celui des spectateurs de ces journées fut immense et enchanté… MARYVONNE COLOMBANI Voir critique du dernier roman de Salman Rushdie, L’enchanteresse de Florence, page 64. tout ce qui s’y passe à chaque coin de rue peut paraître invraisemblable ! Salman Rushdie souligne également l’influence directe de Balzac : il s’est inspiré de l’entrée en matière d’Eugénie Grandet pour Shalimar le clown. Ses influences cinématographiques, son admiration sans bornes pour chaque film de Godard n’ont également jamais été relevés. Il confie au passage ses rêves secrets de devenir une rock star, sa participation à un album de U2, mais nie cependant toute collaboration avec Madonna ! À propos d’influence, Altaf Tyrewala avoue avec plaisir celle de Salman Rushdie sur son œuvre. Qui lui a renvoyé le compliment le plus sincère que puisse faire un écrivain : « J’ai tellement aimé ton roman (Aucun Dieu en vue, voir Zib 11) que j’aurais aimé l’avoir écrit moi-même. » SUSAN BEL
61 Un gant à relever Le théâtre des Ateliers participait aussi à la Fête du livre. Le titre des journées s’avérait être celui d’une conférence de Salman Rushdie, donnée à Yale en 2002, Franchissez la ligne. Alain Simon, directeur du théâtre, se livre à une lecture sobre et expressive qui sert magnifiquement le texte de Rushdie ; l’humour, l’ironie douce amère, la finesse, l’érudition prodigieuse de l’écrivain connaissent ici un deuxième souffle. Alain Simon joue des silences, des interrogations muettes au public, s’efface pour servir ce grand texte. La transgression des frontières s’avère la condition même de l’évolution, et dans un vaste mouvement d’appropriation du monde, l’écrivain montre combien franchir les limites implique transformation, dépassement, enrichissement. Il dénonce, en même temps qu’il passe au scalpel, les intolérances, les étroitesses insupportables qui nous sont contemporaines. Analyse du monde, mais aussi véritable art poétique : la littérature, c’est la capacité de rapprocher, de trouver des échos, de nous fondre dans les multiples facettes de la réalité, abolissant le temps et l’espace. Les mécanismes les plus profonds de la littérature ne nous renvoient-ils pas à notre propre réalité ? Une analyse subtile du 11 Septembre nous renvoie à nos attitudes, nos responsabilités, à cette « époque frontière » dans laquelle nous avons le choix d’être des miroirs de l’intolérance et de la violence ou des défenseurs des principes de liberté, ne cédant pas à la peur que l’on tente de nous inculquer, restant nousmêmes. Relèverons-nouslegant ? « J’espère que nous passerons l’épreuve » conclut Salman Rushdie. MARYVONNE COLOMBANI Franchissez la ligne a été lu aux Ateliers (Aix) par Alain Simon 10 18 Salman Rushdie Franchissez la ligne..., Des planches et des créneaux La BD fait partie du paysage de Trets depuis 16 ans. Mêlée d’abord aux manifestations concernant les écrivains de Provence, elle a pris, depuis trois ans, un petit air d’indépendance, avec son propre festival, Des Remparts et des Bulles. Pendant deux jours, sous l’égide des services culturels de la ville et de la librairie d’Aix-en-Provence, Album, le château accueille sous ses voûtes romanes un choix éclectique d’une grande qualité. La première journée une foule de passionnés, souvent des adultes, se presse autour des artistes, nombreux, qui accordent à chacun commentaires et dédicaces. Puis les enfants déferlent, retrouvent leurs héros, découvrent de nouveaux graphismes. Il y a des ateliers, l’un qui présente les différentes techniques des coloristes de BD, l’autre, dirigé par Nathalie Demazeau, qui invite les plus petits à utiliser le pastel et la peinture en composant des portraits à la manière de Saulnier Blache. Le lendemain, plus calme, offre une bourse aux BD. Quelques artistes sont restés, pour le bonheur des visiteurs. La page blanche du livre se lisse d’un revers de main, quelques traits s’esquissent, aléatoires, pour le profane, et, comme par magie, naissent des personnages, des paysages, uniques. On se souviendra aussi de l’exposition de Olivier Thomas, l’auteur de Sans pitié. Chacun sera surpris du contraste entre l’univers sombre de la BD et celui des tableaux accrochés. Tous les supports et toutes les techniques sont employés avec bonheur, encre de chine, fusain, simples stylos feutre, huiles sur toile ou sur bois, comme cette belle tête émergeant de l’ombre… café musical, gros plans sur une guitare, expression concentrée du contrebassiste, convives joyeux dans l’atmosphère cordiale du lieu où se produit le Trio de la BD… Monde préparatoire aux histoires, certes, mais qui constituent un ensemble original et indépendant. M.C. La jeunesse a quinze ans Pour la quinzième année consécutive, le centre de congrès Agora d’Aubagne accueille les journées du livre jeunesse Les élèves des écoles, collèges et lycées rencontrent les écrivains sur lesquels ils ont travaillé ; les enfants assistent à des spectacles, comme Titi nounours et la soupe au pilipili, tre le loup… et des lectures, dont la qualité et l’originalité séduisent grands et petits. Des parcours sinuent entre les stands, le livre devient objet de quête, de surprise, de rire et d’émerveillement. De petits fascicules concoctés par les bibliothécaires de la médiathèque d’Aubagne et de la bibliothèque départementale guident les indécis ; des espaces de paroles, d’expression, de rencontres, permettent encore une approche dynamique et intelligente de la lecture. L’invitée d’honneur du salon, Suzanne Janssen présente un choix éclectique de planches originales de ses illustrations d’album, avec ses personnages aux têtes démesurées et expressives… Entretiens, chocolats littéraires, aiguisent l’appétit des lecteurs et apportent un regard souvent neuf sur la littérature jeunesse. La littérature ne mène-t-elle pas à tout, même aux sciences, avec les ateliers scientifiques et les ouvrages de vulgarisation ? Un genre gagne ses lettres de noblesse et une place de plus en plus large dans le paysage des livres, l’album. Un mini colloque lui est consacré le 15 nov. Les éditeurs parrainent leurs poulains, les libraires défendent leurs coups de cœur, et les visiteurs sont gagnés par l’effervescence. Tous, avec gentillesse et talent se plient à la cérémonie de la dédicace, conseillent les jeunes lecteurs et leurs parents. Le livre s’avère souvent récompense, on lui sacrifie son argent de poche, on découvre avec un infini plaisir de nouvelles œuvres d’un écrivain que l’on apprécie, on lui parle, il ou elle vous sourit, et c’est une voix encore plus vivante qui s’adresse à vous lorsque, enfin de retour, vous vous plongez avec délices dans Le Livre… M.C. Les journées du livre jeunesse se sont déroulées du 13 au 16 nov à Aubagne



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