Zibeline n°13 novembre 2008
Zibeline n°13 novembre 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°13 de novembre 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 9,8 Mo

  • Dans ce numéro : assises régionales... résister et construire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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04 POLITIQUE CULTURELLE ARCADE ÉTANG DES AULNES L’Arcade chez Milhaud L’Agence Régionale des Arts du Spectacle retrouve ses anciens murs, tout près de la Rotonde, dans l’ancienne demeure de Darius Milhaud… À sa création en 1974, l’ARCAM 1 résidait déjà au Logis du Bras d’Or. Mais lorsqu’en 2000 ses missions d’accompagnement se sont élargies, passant de la danse et la musique à l’ensemble du spectacle vivant, elle a cédé la place au commissariat qui occupait déjà le rez-de-chaussée du bâtiment. Le 20 octobre 2008, l’ARCADE s’empare de la totalité des murs restaurés et les ouvre au public, aux artistes, au monde professionnel de la culture. Et le Logis apparaît comme un îlot de mémoire, un refuge au cœur du nouveau Quartier Sextius, univers urbanistique singulier que l’on traverse comme un monde virtuel, avec l’impression déstabilisante de parcourir une maquette d’architecte… Un lieu ressource L’Agence, présidée par Alain Hayot 2 et par le Directeur Régional des Affaires Culturelles, François Brouat, est le fruit d’une collaboration entre l’État et la Région. Mais la Ville d’Aix a financé une grande partie des travaux d’aménagement, confirmant sa volonté explicite, voire démonstrative, d’« investir dans la culture, l’intelligence et la beauté », comme l’a expliqué Maryse Joissains 3. Si Marseille (Provence) est élue capitale culturelle, l’Université, la Fac de Lettres, le Rectorat, la DRAC et l’ARCADE continuent d’habiter la petite ville, sans doute parce qu’elle sait les retenir et être fière d’être intellectuelle… Car abriter l’Arcade n’est pas un mince avantage : Messieurs Brouat et Hayot ont rappelé le caractère unique, exceptionnel, de ce partenariat entre l’État et la Région PACA. Depuis plus de trente ans l’Agence aide à l’aménagement du territoire par la Culture, organise la formation professionnelle des métiers du spectacle, dispense auprès du public une information concrète et fiable sur le spectacle vivant. Et veille à un équilibre raisonné des budgets entre production, diffusion et création. Observatoire régional, plateforme d’accompagnement de l’emploi culturel, elle aide à mieux comprendre, et donc à mieux gérer, les arts du spectacle. Le nouveau bâtiment Au rez-de-chaussée, des bornes multimédias, des ordinateurs dispensent pour le public des informations à la carte sur l’offre de spectacles, les compagnies et les lieux. L’endroit, agréable, invite à la promenade le long des vidéos permanentes (ouverture du lundi au vendredi, 9h-12h30, 14h-18h). Au premier étage les bureaux dupersonnel. Et au sous-sol des salles de travail : pour accueillir les stagiaires en formation professionnelle, des conférences, mais aussi des concerts, des lectures, des moments conviviaux. Ainsi, le soir de l’inauguration, la maison de Darius Milhaud fut rendue à la musique. Juste avant l’ensemble de saxophones et le quatuor de mandolines, le Président Vauzelle fit entendre sa note discordante en fustigeant le désengagement actuel de l’État : la culture n’est pas un luxe dont on pourrait se passer en période de crise, mais une nécessité absolue au maintien de la cohésion sociale, de la vie en commun. Dans ce refuge ouvert sur le = Le logis du bras d'or, nouveaux locaux de l'Arcade X-D.R monde, qui veille à la mémoire et prépare l’avenir, on ne saurait qu’entendre sa mise en garde… AGNÈS FRESCHEL 04 42 21 78 00 www.arcade-paca.com 1 Agence Régionale pour la Coordination des Activités musicales et Chorégraphiques 2 Vice-Président du Conseil Régional PACA délégué à la Culture et à la Recherche 3 Maire d’Aix-en-Provence et Présidente de la Communauté d’Agglomérations du Pays d’Aix. Les rois des Aulnes C’était une promesse du Président Guérini lors des Assises de la Culture tenues l’an dernier (voir Zib 4) : le domaine départemental de l’Étang des Aulnes allait être définitivement attribué aux artistes, pour devenir un lieu de résidence et de création… C’est CG13 chose faite depuis le 16 octobre : le domaine y a accueilli l’Agence de Voyages Imaginaires (Cie de Philippe Car, voir page 16) pour qu’elle répète et crée son nouveau spectacle, Le Bourgeois Gentilhomme. Le lieu est accueillant et confortable, et tout y est fait pour que les compagnies en résidence n’aient plus à penser qu’à la création : chambres fonctionnelles, décor naturel propice, cuisine sur place, et une salle de répétition modulable et équipée qui permet de concevoir techniquement la lumière et les sons dans des conditions équivalentes à de grandes salles de spectacle. Le lieu, géré directement par le département, est unique en France en ce sens. Une initiative saluée par Bernard Latarjet, à qui Jean- Noël Guérini a renouvelé sa confiance totale et son soutien sans faille, pour un projet de Marseille Provence Capitale Culturelle qui « ne saurait se passer de lui », et d’un « véritable rayonnement sur tout le département, d’Arles à… Toulon ! ». Un avertissement pour ceux qui souhaiteraient, une fois la victoire accomplie, changer les axes du projet, son territoire et l’équipe victorieuse ? Le domaine de l’Étang des Aulnes, à Saint-Martin de Crau, ne saura toutefois combler le manque criant de salles de répétition pour nombre de compagnies marseillaises, nomades par nécessité, à l’heure où la Criée s’exile, où le studio Kelemenis met la clé sous la porte de ses résidences de chorégraphes, et où la Minoterie, terre d’accueil des compagnies régionales, est plus que jamais menacée d’expulsion (voir page 6)… La liste d’attente des compagnies pour s’installer en résidence est déjà longue ! A.F. Domaine départemental de l’Etang des Aulnes www.cg13.fr/modes-de-vie/culture
ASSISES RÉGIONALES POLITIQUE CULTURELLE 05 Résister et construire Les assises de la culture, organisées par la région PACA depuis six mois dans les 6 départements, se sont conclues par une longue journée au Dock des Suds, réunissant tous les acteurs culturels autour de tables rondes et d’ateliers L’ambiance La prise de parole n’y fut pas facile, et de nombreux participants regrettèrent de ne pouvoir s’exprimer et trouver ensemble des réponses à leur détresse. Visiblement désespérés, les artistes ont poussé des cris accusateurs de douleur et de révolte, face à des responsables politiques territoriaux… qui les soutiennent bien plus qu’ils ne les oppriment. Révoltés même contre ceux qui tenaient la tribune, pourtant acteurs culturels comme eux (plus gros ? plus soutenus ? plus parisiens ?), ceux qui écoutaient dans la salle ont pris à partie… ceux-là même qui se réunissaient pour les défendre. Mais malgré les amertumes et insatisfactions, au milieu d’accusations inutiles du public et de propos parfois lénifiants des intervenants, quelques paroles essentielles furent prononcées. Ce qui, dans ce cadre, officialise l’acte de résistance à la politique culturelle gouvernementale actuelle : la voix de la région Paca est à ce titre essentielle (voir encadré). Démocratisation En matière de politique culturelle, divers éclaircissements historiques et génériques furent amenés au cours des interventions. Guy Saes rappela que le ministère des affaires culturelles était né à une époque où les œuvres de l’esprit étaient censées participer au prestige de la France, et que démocratiser la culture consistait alors à faire connaître la « grande » culture au peuple, ce qui n’est plus le cas au-jourd’hui. Michel Dufour, ancien secrétaire d’État au patrimoine et à la décentralisation culturelle, souligna que celle-ci n’avait pas été conçue pour amener à l’actuel désengagement de l’État, mais pour donner les clefs aux Régions afin qu’elles puissent mener à bien la politique de la Nation à l’échelle territoriale. Les questions de participation des artistes et des acteurs culturels à la démocratisation de la culture, dont Nicolas Sarkozy a dit qu’elle était un échec, se trouvèrent donc posées en d’autres termes : si chacun s’accorda à reconnaître, ou à prôner, la nécessité d’une médiatisation de la culture, les intervenants furent nombreux à refuser la culpabilisation, prétexte actuel de la baisse des subventions et de la destruction des compagnies indépendantes. Autonomie Catherine Marnas, qui pourtant travaille sur le territoire gapençais depuis 15 ans et ne rechigne jamais à médiatiser son travail, rappela qu’un artiste avait le droit de ne pas travailler en ce sens, et avait besoin de se nourrir hors des territoires où le pouvoir public avait tendance à le cantonner pour lui assigner une mission sociale. Thierry Fabre, plus théoriquement, avança l’idée qu’il existe trois « strates de culture » : une qui relève de l’anthropologie, des arts du faire (cuisine, vêtements, convivialité) ; une qui relève de la mémoire, du patrimoine, des héritages ; et une autre qui produit des œuvres, intellectuelles ou artistiques. Cette troisième strate a une nécessité d’autonomie ; il affirma que celui qui crée est hors de la dimension politique, et qu’il y a un réel danger à vouloir subordonner la création au politique : si on se méfie généralement des volontés de subordination fascistes, les plus dangereuses pour les artistes sont aujourd’hui les bien pensantes, celles qui en voulant démocratiser l’art ne laissent plus aux artistes la place de décider de ce qu’ils veulent créer, imposant leurs projets propres. Francis Peduzzi affirma lui aussi que l’art est éminemment singulier et personnel, tandis que dans l’autre atelier Hortense Archambault rappelait que le Festival d’Avignon était né d’une idée d’artiste, d’un manifeste esthétique (contre le théâtre bourgeois) relayé ensuite par le politique. Et que les choses devaient aller en ce sens. Mise en commun Des paroles qui rejoignaient donc le discours introductif de Michel Vauzelle, affirmant la nécessité d’une indépendance des artistes, mais le danger extrême à supprimer la compétence culturelle des Régions, ce qui est prévu par la réforme des collectivités locales. Alain Hayot rappela également la nécessité à produire une pensée construite sur la culture, sa démocratisation et sa territorialité : il y a urgence à construire un lieu de mise en commun où l’État ne puisse plus séparer ses interventions, couper tel budget, nommer un tel, en sauver un autre. Le service public de la culture est particulier dans le sens où il introduit beaucoup de concurrence entre les acteurs culturels. Il faut aujourd’hui, face au danger, dépasser les clivages avoir une attitude commune. AGNÈS FRESCHEL L’Appel À l’issue de ces journées, la région Paca a lancé un Appel officiel à la résistance contre la politique culturelle gouvernementale « Sous couvert de lutte contre le déficit public, le gouvernement conduit une action qui, décision après décision, nous permet de découvrir sa véritable logique : démanteler les valeurs fondatrices de la République avec destruction pan par pan des services publics dans leur mission de lutte contre les inégalités et de régulation économique et sociale. Cette politique est conduite avec énergie et brutalité. Elle s’appuie sur l’ultralibéralisme qui peut, lorsque ses intérêts vitaux sont en jeu, se donner des aides publiques considérables pour faire face aux conséquences des crises financières dont il est lui-même responsable. […] En organisant des assises régionales de la culture, la Région PACA a voulu manifester son refus déterminé de cette politique à partir d’une concertation générale ». La Région prend ensuite un certain nombre d’engagements : défense d’un projet de loi en matière d’art, de culture et de territorialité affirmant la compétence de collectivités territoriales et l’indépendance des artistes ; promesse de rencontres régulières en 2009, création d’une « conférence régionale du développement artistique et culturel ». Elle conclut par un Appel à la résistance nationale et invite « les élus et les acteurs de la vie artistique et culturelle des autres régions à la rejoindre [pour] réaffirmer la place centrale de l’art et de la culture dans une société de liberté et de progrès… ». Acte majeur donc, s’il est suivi d’effets par les Régions, presque toutes à gauche, qui pourraient se transformer ainsi en instances de résistance aux décisions centrales.



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