Zibeline n°12 octobre 2008
Zibeline n°12 octobre 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°12 de octobre 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 11,2 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... Marseille Provence 2013.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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78 ÉDUCATION ÉCOLE DE LA DEUXIÈME CHANCE L’E2C en lumière C’est l’école où l’on va quand on a échoué au collège, qu’on s’est trompé de voie, qu’on décide de s’intégrer à la vie active. A l’école de la 2 e Chance, de stage en remise à niveau, on finit par y voir plus clair et on reprend confiance En 1995, Edith Cresson a proposé au sommet des chefs d’État de Madrid un Livre Blanc, adopté par les ministres de l’Éducation. Il s’agissait de lutter contre l’exclusion des Jeunes. En 2000, au Conseil Européen de Lisbonne, les 15 états sont invités à réduire de moitié en dix ans le nombre de personnes qui n’ont pas continué leurs études au-delà de la 3e. Dès juillet 1995 Marseille et les collectivités territoriales étaient candidates. En 2001 la première École s’installait sur le domaine des anciens abattoirs de St Louis, sur 4 ha de terrain. Les locaux ont fait l’objet d’une réhabilitation intelligente par l’architecte Philippe Reby avec 2800 M2 de verrières qui ouvrent l’ensemble sur le ciel. De l’immense terrasse plein sud, on domine les ports, Notre Dame de la Garde et la tour de Zaha Hadid : de quoi vous faire pousser des ailes ! Des structures ouvertes et flexibles L’E2C est une association financée par toutes les collectivités territoriales, par la Chambre de Commerce et, depuis une loi votée en août dernier, par la taxe d’apprentissage. Elle a de l’argent, et accueille dans de très bonnes conditions des stagiaires de 18 à 25 ans sortis du système scolaire depuis au moins 1 an, et orientés par les Missions Locales. Son but : remédier aux défaillances scolaires, lutter contre la dévalorisation de la notion de travail, faire respecter les règles sociales. Les intégrations se font tout au long de l’année. Après avoir subi des tests pour évaluer ses compétences, le postulant participe à des remises à niveau durant 6 semaines non rémunérées, puis, si le bilan est positif, il obtient le statut de stagiaire de la Formation Professionnelle, avec une rémunération dont le montant varie. Ainsi à son rythme il pourra progresser avec un enseignement individualisé en maths, français, anglais, informatique et sport. Les groupes de travail sont composés de 12 élèves. Très vite des stages en entreprise sont proposés pour affiner le projet professionnel. Dans l’entreprise le stagiaire a un tuteur, peu à peu il s’ouvre sur le monde du travail et s’intègre à la société. À l’École il est suivi par un formateurréférent qui le guidera durant un an après sa sortie, tant pour sa recherche d’emploi que lors de son intégration à une entreprise. Ses acquisitions et ses progrès sont notés dans un Carnet de Compétences, soutenu devant un Stéphane Pessemesse Stéphane Pessemesse Stéphane Pessemesse jury à l’issue de la formation, mettant en évidence les qualités du stagiaire : sens du contact, capacités d’organisation, compétences... Des équipes entreprenantes Lionel Urdy est le directeur général, il est en relation avec 700 entreprises par an : « La France est le pays où ces écoles se développent le plus. Toutes les écoles fonctionnent selon le même principe en s’adaptant à la réalité du terrain. À Marseille on travaille essentiellement avec les artisans et les TPE ». Ainsi une association RéseauE2C France a été créée en 2004, proposant des projets pédagogiques communs ; d’après Lionel Ourdy ce sont 4500 jeunes qui devraient être concernés cette année. Les formateurs ne sont pas issus de l’Éducation Nationale, ils viennent souvent du monde de l’entreprise. Recrutés sur dossier et entretien, ils effectuent 35 heures de présence dans l’École, ont un bureau sur place pour travailler, recevoir les élèves. Un lieu ouvert et inventif Dans le cadre de la politique de la ville, l’école s’ouvre aux quartiers : centre aéré le mercredi et pendant les vacances. Un partenariat avec l’Éducation nationale permet l’utilisation du mur d’escalade, du gymnase… Deux écoles primaires de la Calade profitent d’échanges avec les stagiaires qui font Chris Bourgue du soutien scolaire encadrés par leurs formateurs. Des cours d’escrime sont dispensés par Pascal Marullaz, Maître d’Armes, devenu formateur à l’E2C parce qu‘il venait y enseigner ce sport ! Il a proposé aux élèves ingénieurs de l’ECM (Ecole Centrale de Marseille) de pratiquer l’escrime à l’E2C avec les stagiaires. Un autre partenariat avec la Fac de psychologie cognitive impulsé par un prof de Français, Philippe Del Bianco, a été entrepris : des étudiants viennent pour essayer de faire progresser les jeunes. Des conférences sont également organisées régulièrementdans l’amphithéâtre. Ainsi un cycle de forums pour le développement des quartiers, Chances et quartiers, a été mis en place pour réfléchir à la création de services de proximité, au développement des activités culturelles, à la réhabilitation des logements et l’amélioration des conditions de vie. En mai dernier le sociologue Robert Castel, directeur de l’EHESS (Ecole des Hautes Études de Sciences Sociales), a proposé une réflexion sur l’image que les media donnent des quartiers Nord de Marseille. Le 22 octobre le 4ème forum aura pour thème le rapport à l’emploi et à l’entreprise dans ces mêmes quartiers. Tout le monde peut être invité ! EnseptembrelethéâtredesBernardines a présenté son festival Les Informelles après une résidence de nombreux
artistes, occasion d’échanges, d’interview, durant une semaine. Tous les stagiaires ne se sont pas sentis concernés mais certains ont saisi l’occasion de s’interroger sur l’art contemporain. À noter que Mireille Guerre, directrice des Bernardines a commencé au printemps des ateliers de lecture orale et de prise de parole, et que cette collaboration devrait se poursuivre avec des ateliers d’écriture cette année. Un atelier journal animé par Frédéric Guey, formateur de français, a sorti son 1er numéro en juin. Son nom Chances et quartiers. Au programme : l’école de la République ! Suivent témoignages, conseils, sondage. Hors les murs De nombreuses activités permettent une ouverture d’esprit et des échanges enrichissants dans d’autres lieux. Un projet pédagogique nommé Hippocampe veut réconcilier avec les Maths par un travail avec l’IREM (Institut de Recherche et d’Études Mathématiques) dans les locaux de Luminy. 24 stagiaires ont passé 3 jours sur des problèmes pratiques et ludiques comme le laçage des chaussures, le transfert d’un canapé d’une pièce à l’autre, la monnaie européenne... L’École a été contactée par l’institut Arc en ciel de Marseille qui scolarise non-voyants et malvoyants pour favoriser des contacts entre individus de milieux différents ayant connu l’exclusion. Les stagiaires ont été invités à vivre « à l’aveugle », les yeux bandés durant une journée et même s’initier au Tore Ball, jeu de ballon un peu spécial puisqu’il y a une clochette dans le ballon et que c’est au bruit que l’on se guide ! Très régulièrement des sorties sont réalisées : visite de Musées, de lieux historiques, séjour à Hambourg... On ne s’ennuie pas à l’E2C ! Et après ? Les statistiques sont encourageantes : 60% de CDD ou CDI signés à la sortie de la formation. Line Debaille, directrice du Pôle Entreprises, insiste sur l’accompagnement individuel des ex-stagiaires en recherche d’emploi. Pour ceux qui se retrouveraient au RMI entre 25 et 30 ans, le dispositif ChancEmploi expérimente avec le soutien du Conseil Général une formation de 18 mois, actuellement en phase bilan. À suivre ! CHRIS BOURGUE www.e2c-marseille.net Un restaurant ! Une filière Restauration forme aux métiers de bouche et connexes. Un vrai restaurant fonctionne le midi sur réservation, le service y est impeccable et les prix très modérés… 04 96 15 80 62 Rencontres Jocelyn et Hilel Chris Bourgue Ibrahima est un solide garçon de 24 ans. Au départ il avait raté 2 fois le BEP Productique et mécanique au lycée Léonard de Vinci. Il a participé à un projet académique de remise en forme physique durant 5 mois : le sport au service de l’insertion. Entré comme stagiaire à l’E2C il effectue une remise à niveau d’un an et obtient le BAPAT (Brevet d’Aptitude Professionnelle d’Animation Technique), diplôme d’animateur niveau 5. « J’ai un peu galéré pendant 3, 4 mois, puis j’ai eu un contrat avec l’ADAP 13 pour encadrer des jeunes de 11 à 21 ans. J’ai obtenu un Diplôme d’Éducateur Sportif sur concours. J’avais rien et j’ai maintenant BAC+1 ; je suis heureux mais c’est le monde du travail qui est dur ». Actuellement Ibrahima touche les ASSEDIC et espère trouver un poste fixe. Table ronde Line Gillet, formatrice d’anglais à temps partiel, évoque avec un groupe de 7 élèves leur parcours sur le Chemin des peintres de l’Estaque et leur rencontre avec Gérard Meylan, l’acteur-fétiche de Guédiguian : un projet de formation à la prise de vue doit se mettre en place. Où en sont-ils ? Sabrina reprend une formation coiffure et veut acquérir les bases pour les concours, Aurélie veut devenir ambulancière, Mimi, depuis peu en France, auxiliaire de vie. Mélanie a collé le BAC deux fois et garde un mauvais souvenir du lycée. Chérif et Florent parlent de leur expérience avec les non-voyants de l’Arc en Ciel : « c’était compliqué pour eux mais étonnant de voir comment ils se débrouillent. » Du coup Chérif veut travailler avec des gens en difficulté. Quant à Florent, étranger de l’Europe de l’Est, il est musicien : il s’est formé en climatisation mais son vœu est de devenir pompier. Tous ont été contents de parler d’eux, d’être écoutés dans une ambiance détendue. 79 Jocelyn a 28 ans. Il est arrivé de Madagascar à l’âge de 4 ans et a vécu dans un quartier difficile. Il se rappelle les années durant lesquelles il a travaillé à raison de 9 heures par jour, 6 jours et demi par semaine pour une société agro-alimentaire ! « Même issu de l’immigration, j’avais envie de savoir, c’est ce qui m’a sauvé : il faut être assez fort dans sa tête pour ne pas tomber dans l’argent facile… Ma plus grande fierté a été de signer mon contrat ! ». Grâce à l’aide de l’E2C il a obtenu un poste de gestion des bâtiments de la Savine, gérés par la LOGIREM, il s’occupe de l’entretien et de la sécurité, il rappelle les règles de propreté et les dates du paiement des loyers. Son engagement au service des autres le pousse dans le syndicalisme et il participe aux forums Chances et quartiers. Son enthousiasme et sa force sont communicatifs et nul doute qu’il progressera encore. Il a d’ailleurs entamé une VAE (Validation des Acquis de l’Expérience). Hilel, 21 ans, est maman d’une petite fille qu’elle élève seule. Après une rupture de 4 ans de sa scolarité, elle peut désormais laisser son enfant dans de bonnes mains pour reprendre des études et perfectionner son français, reprendre confiance. Elle participe avec intérêt aux activités du journal. Fatima a 20 ans. Après sa 3 e elle avait tenté une formation de fleuriste mais ça ne lui plaisait pas. Elle fait une remise à niveau en 4 mois à l’E2C, deux stages de caissière : « Grâce à eux, j’ai remonté et j’ai obtenu un poste à Carrefour Grand Littoral : c’est ce que je voulais ! ». Une cellule d’écoute et de conseils Deux personnes travaillent avec Anna Lynn- Rodriguez, responsable du Pôle Vie Collective, qui parle de leur action : « Beaucoup de jeunes viennent de familles pauvres avec une accumulation de problèmes : surpopulation, mauvaise santé, découragement. Il faut leur apprendre à vivre en groupe et ça commence par le respect des locaux et la courtoisie. Souvent il faut régler les problèmes de santé : chaque stagiaire subit un bilan à son arrivée. Selon les besoins ils sont orientés vers un gynécologue, le planning familial. Parfois des problèmes de violence conjugale sont évoqués avec beaucoup de pudeur et il faut de la délicatesse pour orienter vers un psychologue, un avocat… Au début certains sont hargneux, d’autres trop malléables ou soumis… C’est un travail d’écoute… Il faut leur redonner confiance. » L’E2C offre à ceux qui le souhaitent un hébergement gratuit sur place avec de bonnes conditions de travail, mais les stagiaires doivent rentrer chez eux le week-end et pour les vacances.



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