Zibeline n°12 octobre 2008
Zibeline n°12 octobre 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°12 de octobre 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 11,2 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... Marseille Provence 2013.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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70 HISTOIRE LES RENCONTRES D’AVERROÈS Pour cette 15 e édition, les Rencontres abordent de front leur problématique essentielle la Méditerranée est-elle une frontière, une coupure, un lien entre l’Islam et l’Occident ? Les Tables Rondes exploreront les questions soulevées aujourd’hui par ces relations, et les perspectives qui se dessinent. Nous avons voulu, en prélude, en rappeler l’histoire et les fondements philosophiques, souvent mal connus… La Méditerranée au Moyen Âge Longtemps mer romaine ou grecque, la Méditerranée fut bouleversée par l’arrivée des Arabes. Si Mahomet et les quatre premiers califes imposent l’Islam dans la péninsule arabique, Muâwiya, fondateur de la dynastie omeyyade installée à Damas, conquiert la Syrie, la Palestine et l’Egypte. L’extension musulmane prend la direction de l’orient et du Nord, au contact de l’Empire Byzantin. À l’Ouest, l’Afrique du Nord est gagnée et, en 711, l’Espagne Wisigothique tombe aux mains du berbère Tarik Ben Ziyad -à l’exception d’une mince frange septentrionale. L’Islam a jeté à bas les anciennes dominations et inscrit sa marque sur les rives méditerranéennes. Un lac disputé entre puissances régionales Cette conquête se réalise sur terre mais aussi sur mer. Si l’océan indien est connu des Arabes, la Méditerranée leur est encore étrangère. Muâwiya a compris le danger Byzantin (Alexandrie a été temporairement reprise en 645). Il décide la construction d’une flotte capable d’attaquer la Nouvelle Rome. Il recrute des marins chrétiens (coptes, syriens, palestiniens) et utilise les chantiers de construction locaux. En 655, cette initiative débouche sur une victoire mémorable au large de Phoenix, en Asie Mineure : la flotte byzantine est anéantie. Poussant son avantage, l’Islam conquérant intervient au cœur de l’Empire Byzantin mais, par trois fois, en 668, 673 et 717, il échoue. Cette guerre navale a des conséquences notables. La première est de relancer le dynamisme de Byzance et, par rebond, un changement d’attitude des Arabes : désormais ils œuvrent pour l’unification des conquêtes sous le sceau de l’Islam et de l’arabisation. Les conquérants se fondent alors dans la population locale qu’ils dominent. Bousculée par ce nouvel ennemi, Byzance a aussi réagi. L’unification de l’Empire s’accentue : le grec devient langue unique et une nouvelle législation s’impose. Les campagnes connaissent un renouveau tandis que les villes et le commerce déclinent. L’organisation militaire est réformée : les populations sont appelées à se défendre (les mercenaires sont délaissés) et le Basileus (nouveau titre de l’Empereur) dispose d’une flotte à Constantinople même. Mais le plus important pour l’avenir tient dans le repli du monde byzantin sur lui-même. Le commerce byzantin se limite aux terres d’un Empire largement pourvu de ressources pour permettre l’autosuffisance. Mais le ferment de transformation, et pour tout dire de déclin à terme, provient de l’installation des étrangers qui assurent le commerce international dans les ports de l’Empire. C’était mettre le gouvernail dans la main du commerçant occidental ! Dans le même temps, la papauté a fait alliance avec les Francs et institué un nouvel empereur, Charlemagne, forcément rival de l’autre. La fracture politique et culturelle de la chrétienté s’accentue ! La mer musulmane Dans le monde musulman, avec la révolution de 750, la Méditerranée a changé de statut. Les Abbassides ont renversé les Omeyyades et le califat se déplace de Damas à Bagdad (fondé en 762) : l’équilibre géostratégique est modifié. La Méditerranée se retrouve à la marge. Les courants commerciaux quittent l’Egypte et la Syrie au profit de l’Irak et du golfe persique. C’est l’heure du fractionnement du califat et, paradoxalement, de la deuxième poussée de l’Islam. L’Espagne, devenue Al- Andalus, a son propre calife à partir de 756. L’Ifrîquiya, la Tunisie actuelle, accueille, elle, les Aghlabides. Ces deux puissances organisent des raids maritimes, soit pour conquérir de nouvelles terres (les Baléares, la Corse, la Sardaigne, la Crête, la Sicile au début du IX e siècle), soit pour le pillage ou la piraterie. La Méditerranée est coupée en deux : à l’Est Byzance préserve sa puissance, à l’Ouest la Méditerranée est devenue une mer musulmane. Cette domination est aussi le résultat d’une progression technique : des navires à deux mâts et voiles triangulaires, utilisés pour la guerre comme pour le commerce, sillonnent les mers escortés de bateaux à rames de moindre taille. Un changement a lieu au début du X e siècle. La maîtrise des îles et le repli de l’Empire byzantin permet la mise en place d’un trafic entre le Proche-Orient, la Sicile et Al- Andalus. La Méditerranée s’enchâsse dans un commerce ouvert sur l’Asie ! Les déplacements y sont aisés. Les échanges permettent la diffusion de techniques, de produits (des plantes comme l’abricotier, le citronnier…) et d’une culture musulmane largement imprégnée de l’héritage gréco-romain. D’autant que dans les cités florissantes de l’Islam, l’élite urbaine (marchands et fonctionnaires lettrés notamment) s’adonne à l’adab : tout en restant fidèle à l’Islam, s’appuyant sur la médecine, les sciences de l’antiquité et la philosophie, elle s’inscrit dans un système culturel où la raison et la science tiennent un rôle majeur. Ce rayonnement explique pourquoi les occidentaux commencent à chercher, auprès des intellectuels musulmans, leurs racines antiques. La Méditerranée ne cesse pas d’être un champ de bataille au X e siècle. Cependant les marins musulmans et byzantins ont laissé la voie libre aux chrétiens occidentaux. C’est toute l’histoire des siècles qui suivent de consacrer le triomphe des latins, bien au-delà du lac méditerranée. RENÉ DIAZ
71 Averroès philosophe S’il y a bien une époque où le débat sur le sexe des anges avait du sens c’est bien celle d’Averroès : nous sommes en plein Moyen Âge, science, philosophie et théologie ne sont pas séparées et les spéculations officielles sur les forces obscures -l’éther, les esprits animaux- ont libre cours ! À cette confusion s’ajoute dans la tradition orientale l’héritage de textes attribués à Aristote, philosophe de la matière et du sensible, alors qu’ils expriment des vues totalement opposées correspondant à Plotin, philosophe de la procession des âmes et de l’émanation. Bel handicap spéculatif pour les Arabes, qui ne manqueront pas de le combler avec Averroès ! De ce malentendu, dont le philosophe arabe Avicenne fera la synthèse grandiose, se forgera la pensée islamique au travers du paradigme néoplatonicien et déductif, philosophie qui confortera l’esprit même du Coran. En bref, on part d’une intelligence supérieure dont émanent et dérivent les intelligences subalternes ; la matière dans ce cadre là est seconde, elle n’est qu’une simple possibilité de la forme (cette synthèse avicennienne avec sa médecine et sa psychologie marquera fortement la théologie chrétienne, notamment les dominicains et les franciscains). Rien de tel chez Aristote où prime la matière et où l’intelligence est réduite à une simple possibilité issue de la complexion organique. Arrive Averroès (Abu al-Walid Ibn Rushd, né à Cordoue en 1126) qui sera le premier connaisseur d’Aristote sur lequel il établira un formidable travail de philologie : vérification des manuscrits transmis, comparaison, traduction, commentaires. Ce travail est le premier trait constitutif de sa modernité, à une époque où l’on s’encombrait d’erreurs d’attributions de manuscrits, avec leur lot de traductions approximatives et de contresens. De cet énorme travail se construit chez le philosophe andalou (et donc arabe à l’époque) une vision du monde tendant à reconnaître que la recherche rationnelle et la loi révélée appartiennent à deux champs cognitifs séparés. Il ouvre ainsi la possibilité de la naissance d’une pensée inductive qui partirait des faits, de l’expérience pour remonter à la loi. En bref, Averroès sépare délicatement Aristote et le Coran qui ne sont pas censés faire bon ménage : la recherche de la vérité ne souffre pas de révélation. Schématiquement, que dit Averroès ? Le point de départ est classique et très délicat : d’où peut procéder l’intelligence, l’esprit qu’il y a en nous, pauvres humains qui sommes corruptibles ? Cette intelligence ne saurait se réduire à notre faculté de connaissance, à nous simples enveloppes mortelles. De plus, pour le néoplatonisme jusqu’à Avicenne, l’intellect humain n’a pas le pouvoir d’abstraire l’intelligible du sensible, de comprendre d’après ce qu’il perçoit. Pour Avicenne toute connaissance et toute réminiscence est une illumination, une émanation provenant de l’intelligence actrice ou agent, à savoir d’anges célestes, créatures émanatistes puisées chez Platon : Avicenne pose un Ange nécessaire à l’activation de la connaissance humaine. Arrive encore Averroès qui va tuer cet ange et purifier l’aristotélisme de tous les éléments platoniciens qui s’étaient greffés sur lui. Pour le philosophe de Cordoue il n’y a qu’une seule intelligence, Intelligence Agente séparée, divine et immortelle qui, en définitive, est la seule intelligence qui existe ; les intelligences humaines sont réduites à la simple potentialité issue de leur existence organique : ce qui vient de nous et disparaît avec nous est une simple disposition, appelée intellect passif, qui permet de recevoir l’éternelle émanation de l’Intellect Agent. L’âme humaine n’est aucune-ment autonome dans sa connaissance et son action. Excellent médiateur de la pensée grec-que Averroès voit l’individuation dans la matière et dans le corps. Inutile de préciser que l’Occident choisit la mystique avicennienne avec sa conséquence moderne de l’âme, prin-cipe de l’individuation. Ce qui rend possible Descartes. Et que combattra pleinement Spinoza, en affirmant avec force que l’esprit n’est rien d’autre que la conscience du corps ! RÉGIS VLACHOS Les rencontres d’Averroès s’articulent en trois programmes Les Tables Rondes à l’auditorium du Parc Chanot le 7 nov de 14h30 à 16h30 Entre Mahomet et Charlemagne, faille irréductible ou monde commun ? avec Ali Ben Makhlouf, Jocelyne Dakhlia le 8 nov de 10 h à 12 h Entre islam(s) et laïcité(s), fractures durables ou convergences possibles ? avec Cengiz Aktar, Abdennour Bidar, Mustapha Cherif, Franck Fregosi le 8 nov de 14h30 à 16h30 Entre djihadisme et occidentalisme, nouvel affrontement des blocs ou renaissance méditerranéenne ? avec Mathias Enard, Bruno Etienne, MohamedTozy, Nadia Yassine Averroès junior, destiné aux scolaires de tous les âges (voir page 77) Sous le signe d’Averroès, événements culturels RENCONTRES le 16 oct à 16 h à l’Alcazar Entre Europe et Méditerranée, le dialogue culturel en questions Conférence d’Alain de Libera le 17 oct de 9h à 17h30 à l’Alcazar Rencontres publiques du réseau Ramsès le 22 oct Médiathèque de Port de Bouc Salim Bachi Le silence de Mahomet éd Gallimard le 23 oct à 18 h à l’IEP (Aix) Islam et laïcité Franck Frégosi/Salim Bachi Le silence de Mahomet éd Gallimard le 26 oct à 14h Cinéma Utopia, Avignon Mathias Enard, Zone éd.Actes Sud le 27 oct à 14h Librairie Harmonia Mundi (Aix) Mathias Enard, Zone éd.Actes Sud le 4 nov à 19h30 aux Salins (Martigues) La Turquie en Europe ou hors d’Europe Thierry Fabre/Cenzig Aktar le 5 nov à 18h30 aux ABD (Marseille) La Turquie entre Europe et Méditerranée Cenzig Aktar/Michel Péraldi CONCERTS voir page 41 PROJECTIONS du 17 oct au 8 nov à l’Espaceculture Documentaires autour de la méditerranée le 18 oct à 17h au Méjan (Arles) MohamedKacimi L’Orient après l’amour (voir page 65) Le destin de Youssef Chahine le 22 oct au Mélies (Port-de-Bouc) Le dernier maquis de Rabah Ameur- Zaïmeche le 25 oct à La Garde MohamedKacimi L’Orient après l’amour (voir page 65) Une chanson dans la tête de Hany Tamba le 29 oct aux ABD Vidéos de Mounir Fatmi le 31 oct au Siège des Winners (Marseille) Hors Jeu de Jafar Panahi/Thierry Fabre/Christian Bromberger le 6 nov à Apt (voir page 46) Le destin de Youssef Chahine le 9 nov à La Friche Amours et révolution de Kamel Dehane sur Kateb Yacine Arezki Mellal/M. Ben Fodil



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