Zibeline n°12 octobre 2008
Zibeline n°12 octobre 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°12 de octobre 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 11,2 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... Marseille Provence 2013.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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68 PHILOSOPHIE La prochaine conférence d’Échange et diffusion des savoirs au Conseil Général aura pour orateur Dany-Robert Dufour. Le sujet en sera la tragédie anthropologique inédite résultant de la marchandisation sans cesse croissante du monde ; le flux des marchandises, l’éloge du seul égoïsme consumériste a comme conséquence pour Dufour l’apparition d’un homme nouveau Philosophie de la crise Préparons le terrain, déplaçons-le et interrogeons-nous : Crise de quoi ? Quelles sont les valeurs de la civilisation marchande ? Et comment son idéologue préféré l’a formulée ? Qu’est-ce que Smith a vraiment dit ? Wall Street crashed, grâvure de Arthur Lumley (1837 - 1912) published in 1874/Tnkn Prod/istockphoto On s’accorde en effet à faire remonter les principes libéraux au livre d’Adam Smith, Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, qui pose l’égoïsme comme condition du fonctionnement de l’économie libérale avec sa fameuse citation : « ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité mais à leur égoïsme… ». Ainsi, cette théorie est devenue idéologie et toute tentative d’intervention collective dans les affaires économiques est tenue pour une hérésie : il ne faut pas convaincre avec des bons sentiments ou une réflexion collective l’égoïsme entrepreneurial, par nature égoïste. Smith en contexte Il faut prendre un peu de temps pour examiner la théorie smithienne, puisque le moins que l’on puisse dire est qu’elle guide nos vies à l’extrême absurdité de la situation actuelle. Examinons son contexte philosophique et moral. Smith a écrit deux livres : La théorie des sentiments moraux en 1759 et La richesse des nations en 1776. À bien des égards il n’y a rien d’original dans sa philosophie morale, qui ancre la pratique humaine dans un rapport à soi et non dans une visée du bien public. Les grands penseurs empiristes anglo-saxons de l’époque comme Shaftesbury, Hutcheson, et surtout David Hume, ont déjà détruit les anciennes conceptions de la philosophie morale ; en bref on déjà montré que ce n’est pas par rapport à une norme de la pratique, une idée du bien (collectif) défini rationnellement, que l’homme agit ; Hume a déjà, dans son Traité de la nature humaine 30 ans auparavant, montré que la morale ne naît pas de la raison : « … puisquelamorale a une influence sur les actions et les affections, il suit qu’elle ne peut procéder de la raison ; en effet, la raison, à elle seule, comme nous l’avons déjà prouvé, ne peut jamais avoir une telle influence. ». Par ailleurs, Mandeville avait dès 1714 posé tous les fondements du dogme libéral dans sa Fable des abeilles : il était
69 une fois un royaume des abeilles qui était un modèle de prospérité, leur pratique sociale s’accordait bien avec leur nature. Seulement il apparut que cette prospérité de leur système général reposait sur l’existence de vices particuliers qui, grâce au besoin de luxe, l’intensité de la demande et la concurrence, etc., entretenait le commerce et l’industrie. Les abeilles voulurent joindre à cette naturelle et heureuse prospérité la vertu qui leur manquait. Jupiter, pour leur malheur, exauçant leur vœu, entraîne instantanément leur ruine. Hors de tout enjeu moral ? Si tout a été dit avant lui, pourquoi parle t-on de Smith ? À cause de trois malentendus : le premier, très répandu, est celui de l’ignorance de ses illustres prédécesseurs… L’autre est son accaparement par les économistes qui ont vu en lui le premier à dissocier économie et philosophie, pour présenter l’économie comme science, c’est-à-dire hors de tout enjeu moral. Le troisième est celui des critiques du libéralisme : ils pointent la supercherie de l’entreprise smithienne, en s’appuyant sur le fait qu’aucune société ne peut fonctionner sur des stricts paradigmes économiques (égoïsme et profit), sans valeur morale. Et bien non, l’économie smithienne s’articule bel et bien sur une morale définie dans sa Théorie des sentiments moraux ! Morale et intérêt Rappelons sur quoi s’appuie Smith. L’ordre social ne dépend pas de l’action volontaire des individus. On peut le voir dans les doctrines où la règle préexiste et finalement l’individu s’y conforme : c’est bien que la raison est exclue de l’action. Une véritable philosophie morale de l’action devrait saisir cette dernière comme individuelle, et en même temps non intentionnelle, son sens dépassant cal Adam Smith Théorie dcs sentiments moraux AO ALFA SM ITFI\RICHESSE 6ESNATIONS No. 1-M, rem.Ke, le domaine de l’action volontaire. On ne peut donc pas sortir de la sphère individuelle pour formuler une question de théorie sociale. Hume l’avait déjà démontré. La véritable innovation de Smith est de refuser en fait les théories classiques de l’intérêt, où les économistes réduisent pourtant souvent sa pensée. Pour eux on n’agit pas rationnellement mais par intérêt, et c’est comme ça que fonctionne l’ordre social ; cette théorie, dont une des variantes sera l’utilitarisme, pêche non pas en ce qu’elle est immorale -on n’en est plus là ! -, mais parce qu’elle se mord la queue et présente comme présupposé la solution du problème ; elle oublie que c’est l’ordre social qui nous rend utilitariste en non l’inverse. Par ailleurs, l’intérêt me fait considérer l’autre comme un autre moi et non comme un autre que moi ; et on se perd ainsi dans une projection insoutenable dans les sentiments d’autrui : j’aide cette personne car elle deviendra pour moi une assistance probable future et c’est toujours bon à prendre... ! Mais, plus grave, l’intérêt ne rend pas compte des jugements que nous portons et de nos passions, ce qui est une véritable faille pour qui veut expliquer les comportements humains ; quels intérêts ai-je à compatir à l’accouchement de cette femme, moi homme qui ne connaîtrai jamais cette souffrance ? Quel intérêt ai-je à envier les puissants, puisque l’attente d’un bienfait de leur part est improbable ? La morale de Smith La réponse de Smith est le sentiment de sympathie, ici un rapport d’analogie avec la passion des puissants. C’est donc toute la théorie des sentiments moraux qui va comprendre les actions humaines à partir de ce seul sentiment de sympathie. Quand je fais quelque chose, c’est la sympathie envers l’autre qui guide mon action : « les homme sont toujours plus disposés à sympathiser avec notre joie ». Je modère mes passions par rapport à l’autre : voilà une vraie théorie individuelle des passions qui rend compte de l’agir. Mon action n’est convenable que pour autant qu’elle est capable de rencontrer la sympathie ; aucune règle formelle de morale ne préexiste à mon jugement et à mon action ; et en même temps ces derniers ne sont pas de l’intérêt. L’égoïsme n’est pas le seul mot de la théorie smithienne : il n’est qu’une des modalités possibles et infimes de l’agir humain ; il rend compte d’un ordre politique et économique mais se fait déborder par toutes les possibilités de l’agir humain et des ses jugements. Nous ne sommes pas que des sujets marchands sous une main invisible : même Smith n’a jamais dit ça ! RÉGIS VLACHOS Dany Robert Dufour Les vices privés font-ils le bien public ? jeudi 13 novembre 18h45 Hôtel du département Dany-Robert Dufour Arnaud Fevrier Partager le savoir Après un cycle consacré à la guerre, Échange et diffusion des savoirs s’intéresse aux Emprises de la violence dans les sociétés en paix. Violence de l’illettrisme avec la première conférence d’Alain Bentolila le 16 oct (voir Zibeline 11), mais aussi violence économique, judiciaire (le juge Jean-Pierre Rosenczveig se demandera comment rendre justice aux enfants et aux jeunes le 20 nov), culturelle, violence de l’espace public… Des conférences tenues par des spécialistes, ce qui explique leur niveau, mais destinées à éclairer une pensée générale, ce qui explique leur succès. Elles sont suivies avec bonheur et intérêt par des néophytes, tant la clarté des propos est généralement de règle, et les thèmes abordés en prise avec nos préoccupations contemporaines. 04 96 11 24 50 www.cg13.fr/modes-de-vie/culture/conferences.html



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