Zibeline n°12 octobre 2008
Zibeline n°12 octobre 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°12 de octobre 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 11,2 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... Marseille Provence 2013.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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62 LIVRES Quand elle est ouverte Souvenirs, souvenirs… Qui ne regrette pas, parfois, la folie de l’adolescence ? On a beau savoir que l’imprégnation hormonale y est pour beaucoup, on éprouve, de temps en temps, la nostalgie de cette période où tout semble possible. Si la joie y est violente, la souffrance ne fait pas de cadeau non plus. L’adolescence de Nathalie Kuperman se vit sous le signe de la tristesse, d’une vie déjà à la dérive ; mère sévèrement déprimée qui ne pense qu’à fuir dans le sommeil, père occupé par des amours complexes et lointaines, enfance détraquée par une agression sexuelle… Heureusement qu’il reste les fantasmes, sous la forme du séduisant Mick Jagger. tre fan du rocker le plus déjanté du siècle, ça aide à vivre ! L’idole se prête docilement à tous les rêves de la jeune fille et, à ce stade, on peut croire qu’il s’agit d’imagination et pas encore d’hallucinations. Qui ne sauraient tarder. C’est Conte contemporain Petit déjeuner avec Mick Jagger Nathalie Kuperman Petit déjeuner avec Mick Jagger Nathalie Kuperman Éditions de l’Olivier, Figures libres, 14 euros Il était une fois une fillette qui avait perdu son doudou ; il était une fois une maman qui avait perdu son amoureux ; il était une fois une famille qui se retrouvait sens dessus dessous… Sans toi évoque la perte et la douleur, le deuil de la séparation. Sauf que ce sont les images qui le disent : pleines pages et doubles pages montrent les corps désemparés, les visages que le sourire a désertés, la maison à l’envers, l’invasion de l’obscur… Le trait stylisé et les grands aplats de couleur évoquent de façon très expressionniste la violence du chagrin et la brutalité de la perte, telles que peuvent les ressentir des enfants. Sans mots, durant pratiquement la totalité de l’album. Ceux-là viennent plus tard, sur une double page aux allures de liste ou de litanie ; une série de sans, qui inscrivent le manque avec pudeur, entre les lignes : « Sans mes crayons de couleur la feuille est D’ici mais d’avant Les nouveaux mystères de Marseille entraînent le couple Signoret et Baruteau, le journaliste subtil du Petit Provençal et le commissaire fin gourmet, dans une nouvelle enquête qui permet au lecteur de plonger avec délices dans le Saint-Marcel des tout débuts du XXe. Ce sont les bugadières et leur gouaille joyeuse, qui usent leur vie dans la lessive des eaux glacées de l’Huveaune, le curé, digne de celui de Cucugnan dans ses sermons, les chasseurs de sanglier, les ouvriers de la verrerie, les « esprits forts » du club des Libres Penseurs qui se heurtent aux bigots, les « buveurs d’air » de Marseille et leurs randonnées pédestres. La vie palpite dans ce polar bien construit, dans lequel l’enquête prend les accents de Marseille, sans pour autant céder aux sirènes d’une couleur locale plaquée. Le lecteur se délecte des promenades aux ruines romaines de Saint- Marcel où les enfants de Raoul Signoret rêvent de rencontrer des « gaulois », mais surtout dans l’énoncé MVP rS4ns ts,. Sans toi textes de Claudine Galea dessins de Goele Dewanckel éditions du Rouergue, 18 euros Le guet-apens de Piscatoris Jean Contrucci Ed Lattes, 15 euros justement cet aspect qui est le moins convaincant ; les projections dans la vie d’une Nathalie adulte qui intéresse moins que l’ado en crise. C’est un des écueils de l’autobiographie, même romancée, de l’autofiction comme on dit ; Kuperman a réussi à retrouver ces moments si particuliers de l’adolescence, entre lubies et errances, entre acmé de joie et plongée de désespoir. Indéniablement, ça sonne juste. Il était périlleux de vouloir, en plus, raconter l’adulte qu’elle sera. On aurait préféré partager, comme dans la vraie vie, un moment avec un être en devenir, sans être accablé par un futur asphyxiant. On aurait aimé une porte entrouverte, juste pour imaginer que Mick Jagger est derrière. SYLVIA GOURION Nathalie Kuperman était présente aux Littorales, les 11 et 12 octobre à Marseille. malade », mais aussi : « Sans toi le piano est fermé et noir », et finalement : « Sans toi le temps passe ». Et puis un jour, c’est l’embellie. Alors l’album déploie ses pages dans une euphorie de couleurs chaudes. Les images et les mots se retrouvent enfin pour raconter le bonheur retrouvé. Papa revient. Tout est bien qui finit bien. Comme dans les contes. Dans ce beau livre, intense et poétique, Claudine Galea, pour les textes, et Goele Dewanckel, pour les dessins, illustrent avec finesse et sans mièvrerie les aléas de la vie de famille. Sa fin heureuse, pas forcément réaliste mais qu’importe, donnera espoir aux jeunes lecteurs. FRED ROBERT gourmand de recettes succulentes, comme celle des pieds paquets de l’auberge de la Pomme, le Chalet de l’Huveaune. En cela, Jean Contrucci rejoint avec bonheur, la grande lignée des enquêteurs amateurs de plats savamment cuisinés, les Montalbano, les Pepe Carvalho… Pour ceux qui n’avaient pas encore eu le bonheur de rencontrer Raoul Signoret et son oncle dans les précédents mystères de Marseille, voici une belle occasion de les découvrir, face à une Strega italienne que le destin n’épargne pas et des familles qui n’ont rien à envier à celles des tragédies grecques… Un très agréable moment de lecture ! MARYVONNE COLOMBANI
Le petit blues de la côte Est Dans le dernier volet de sa trilogie du New Jersey, l’écrivain américain Richard Ford met à nouveau en scène son personnage narrateur récurrent, Franck Bascombe. Agé de 55 ans, cet Américain ordinaire est devenu agent immobilier ; il vient d’être abandonné par Sally, sa deuxième épouse, souffre d’un cancer de la prostate, s’inquiète pour ses deux enfants, Paul et Clarissa. Bref, durant les deux jours qui précèdent la fête de Thanksgiving, période angoissante pour tous les gens en crise, Franck procède à « l’état des lieux ». Un bilan plus que mitigé. D’autant qu’en cette année 2000, les USA s’apprêtent à élire G.W. Bush, que le personnage exècre. Rien de très folichon a priori. Mais le héros moyen de Ford ne se départit jamais d’un sens aigu de l’ironie et de l’autodérision. Il faut accepter de plonger dans le flux de conscience de cet homme entre deux âges, désabusé, mais bien vivant. 700 pages pour relater 2 jours et demi de l’existence de Mr Bascombe ! Certains prendront peur à la vue de ce pavé touffu, semé de phrases longues La vérité des lectures d’enfants L’album est un genre peu noble, assimilé au seul monde de la petite enfance, comme si le fait de « lire » des images était dévalorisant. Ces préjugés privent de bien de découvertes. L’album a depuis longtemps, sous son apparente innocence, produit de nombreuses œuvres dont la qualité plastique rivalise avec la profondeur des propos. Ici, l’image est tout aussi chargée de sens que les mots imprimés, tout est langage, il n’y a pas d’illustration, mais une écriture qui se coule dans des modes différents. Il se nomme Ferdinand, mais les enfants l’ont surnommé Raspoutine, à cause de son aspect. Il n’est qu’une ombre grise dans l’encoignure de la vitrine d’une pâtisserie, aux traits nets et clairs, aux grands aplats lumineux qui rejettent le personnage dans un angle de la page, avec en sombre projection sur un Un homme à la mer Ce court roman contient tous les ingrédients des grands romans de la tradition latino-américaine, foisonnant d’une vie mouvante et polymorphe, réussissant à tenir le pari impossible de montrer Mexico dans sa complexité actuelle et historique. Érudit et subtil, il met en scène un héros citadin par essence, Urbina ! Culture indigène et culture moderne se mêlent, s’étagent en strates de sens, comme la ville qui se développe aussi bien horizontalement que verticalement. Ce ne sont pas seulement les souterrains du métro qui donnent un aperçu de la richesse du mélange des civilisations, mais aussi le ciel dans lequel un télégraphiste de la fin du XIXe, projetait une ville aérienne composée d’aérostats… Urbina, quant à lui, accumule les échecs : il a perdu son travail, sa petite amie, son appartement ; il se livre à de longues marches dans la ville, qui parfois n’ont d’autre but qu’elles-mêmes, avec son sempiternel blouson noir, mine d’objets oubliés, réceptacle d’un inconscient réifié. L’Etat des lieux Richard Ford éditions de l’Olivier, 24 euros Raspoutine Texte Guillaume Guéraud, dessins de Marc Daniau éditions du Rouergue, 13,50 euros Le naufragé du Zócalo (Hombre al agua) Fabrizio Mejia Madrid Ed. les allusifs, 15 euros 63 qui sinuent comme les digressions du héros, ses allées et venues dans le temps, ses analyses du marché immobilier local. Mais si l’on accepte de se lancer et de suivre le fil de cette conversation que Bascombe entretient avec le lecteur, alors on jubile, on savoure. Et on voyage. Vers l’Est, loin de la Floride ou de la Californie, loin de New York ou de Chicago, là où, hors saison, il n’y a rien à voir sauf l’océan et le ciel. Richard Ford fait ici l’état des lieux au sens premier. Les trajets en voiture de Franck sont autant d’occasions de mettre le New Jersey au premier plan. Une région en pleine évolution, avec ses zones abandonnées, ses vieux immeubles à détruire, ses parcelles de campagne pour l’instant intactes. L’espace extérieur, plus qu’un simple paysage, semble la métaphore du mood de Franck. Une atmosphère quelque peu désenchantée, parfois sombre, mais qu’un rayon de soleil peut éclaircir d’un coup. Comme l’humour illumine la prose de Ford. FRED ROBERT espace clair, la boite cabossée des aumônes… Les dessins expressifs privilégient le mouvement, l’attitude signifiante au détail, la fluidité des formes, les couleurs douces, humaines, avec une remarquable palette de gris colorés. Comment apprend-t-on que Raspoutine n’aime pas les choux de Bruxelles, comment retrouve-t-il son nom, comment apprenons-nous que tout être est doté d’une richesse et a droit à la dignité ? Aucune mièvrerie dans ce récit qui pourrait appartenir à notre quotidien. L’histoire a l’éclatante et évidente profondeur des choses simples. Une éducation du regard et de l’âme, un livre à mettre entre toutes les mains, des grands et des petits. MARYVONNE COLOMBANI Quatre parties composent l’architecture du roman, la Mer, l’Eau, l’Air, le Feu. Les grandes catastrophes naturelles de la ville complètent cette structure quasi alchimique. Le Zócalo, place centrale de Mexico, est avec ses énigmes le lieu d’ancrage symbolique de ce personnage. Car Mexico ne peut être quittée, même si c’est « une ville où tout s’enfonce, s’inonde et se précipite ». La Vierge de Guadalupe peut venir frapper à votre porte le soir. Parfois, un nuage s’installe dans votre appartement… Ce roman fascinant palpite de voix multiples comme un tableau de Frida Kahlo ou une fresque de Diego de Rivera. À lire et à relire absolument ! Le prix Antonin Artaud du Mexique 1995 ne pouvait être mieux attribué ! MARYVONNE COLOMBANI



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