Zibeline n°11 septembre 2008
Zibeline n°11 septembre 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°11 de septembre 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 11 Mo

  • Dans ce numéro : Festivals des Musiques Interdites.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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70 LIVRES PHILOSOPHIE Qu’est-ce que la philosophie ? On est en droit de se le demander lorsque le titre d’un livre est Donner un sens à l’existence ou pourquoi Le Petit Prince est le plus grand traité de métaphysique du XX e siècle Ce commentaire de l’œuvre se présente en fait comme un recueil de bavardages. C’est le risque que court l’entreprise philosophique lorsqu’elle se donne pour ambition d’éclairer ce qui nous touche pratiquement, avec la noble exigence d’être accessible. On n’y apprend pas grand chose en fait, et ce n’est pas la reprise de formules empruntées à l’histoire de la philosophie qui fait illusion. On a affaire a une série de lieux communs, comme la « prétention de l’homme à se vouloir maître et possesseur de la nature », ou « le problème de l’incommunicabilité des consciences » dans le dialogue avec la rose, « le bon sens qui n’est pas la raison pure mais l’intelligence éclairée par l’amour », ou encore « l’apprivoisement qui n’est rien d’autre que cette disponibilité qui nous permet d’aller à la rencontre des autres, au-delà des préjugés et des apparences, cette ouverture d’esprit qui a besoin de temps pour recevoir et comprendre ». À s’engager sur le terrain de la morale, le philosophe dédaigne de fait le réel et dit des bêtises : ainsi ne lisons nous pas dans le commentaire du dialogue du Petit Prince avec le Roi que « le seul pouvoir légitime est celui qui n’exige de chacun que ce qu’il peut donner, qui est le seul moyen de reconnaître la valeur de ceux qu’on sollicite et de favoriser la collaboration » ; à ce compte-là, le pouvoir nazi était légitime ! Et puis encore : « ce pouvoir qui devrait être au fondement d’une vraie démocratie où chacun reste libre en obéissant aux lois dont le chef a fait comprendre la nécessité ». Il y a de quoi s’étonner d’une telle définition de la démocratie, mot qui désigne le pouvoir du peuple. Est-il bon de légitimer les préjugés des adultes, et de dire aux enfants que l’homme a besoin d’un chef ? Et le commentaire de la troisième planète habitée par un buveur : « nous sommes entièrement responsables de notre aliénation ». Faut-il donc mentir aux enfants ? Le philosophe devrait s’enrichir de la pertinence du psychologue, notamment celle de Bettelheim sur les histoires qui ont du sens pour les enfants, de celle du sociologue quand il faut comprendre la réalité de l’injustice du monde, de celle de l’historien pour connaître la réalité de notre histoire, du pouvoir, des expériences démocratiques, des massacres, des Versaillais, etc… mais on aurait dû se méfier : citer le médiatique et conformiste Raphaël Enthoven était déjà un mauvais signe ! RÉGIS VLACHOS Jean-Philippe Ravoux Donner un sens à l'existence on pourqum Le Petit Princent le plus grand trotte dc miwphyslquc du xx si2de Robert Laftmu Philosophie politique « La question est de savoir dans quelle société nous voulons vivre et quelle humanité nous ne voulons pas devenir, à défaut de savoir laquelle nous devrions être. Et la réponse à cette question passe, qu’on le veuille ou non, par des rapports de force et des luttes de pouvoir ». Cet étonnant ouvrage de Krivine et Bensaïd est d’une part une lecture événementielle de mai 68, et d’autre part une véritable mine d’analyses de notions comme celle de pouvoir, d’histoire, de violence ; une leçon de politique en bref. La richesse de 68 est justement d’éclairer des notions fortes de la philosophie politique qui gagne à s’enrichir de l’apprentissage du réel, à l’heure où certains philosophes ont retourné leur veste de subversivité. Joli titre en tout cas que ce Fins et suites qui invite à se tenir en alerte face aux « appels du possible qui viennent troubler le sens du réel ». Ce livre reprend une série d’articles produits aux fins des commémorations, tel le premier de 1988 qui plaint ceux qui sont nés en 1968 : « Tristesse pour celles et ceux qui n’auront pas connu d’autres passions, d’autres ambitions, d’autres projets à vingt ans que le réformisme sans réforme d’un Jospin, la république de pensionnat d’un Chevènement, le lyrisme mathématique d’un Rocard, la neutralité lisse d’un Fabius. Tristesse pour les tièdes et les tempérés. Tristesse pour ceux qui ne seront jamais révoltés, pas même à vingt ans ». Car la parole est aujourd’hui aux opportunistes, « reconvertis dans la pitrerie médiatique, et qui ont désormais tendance à considérer leurs émois de jeunesse avec la tendre commisération d’adultes enfin mûris, adultement vieillis et mûrement rancis ». Mais on le disait, le mérite de ce livre ne réside pas dans le seul pamphlet politique aux formules ciselées. C’est un modèle d’analyse de la notion de pouvoir, notamment quand il s’interroge sur le sang froid relatif des responsables de l’ordre. Faire de la philosophie politique, c’est justement s’arracher des considérations sur les qualités du chef pour penser politiquement ; car si en 1968 le pouvoir ne s’est pas acharné sur les grévistes c’est que « la classe dominante a parfaitement compris que l’opposition ne cherchait surtout pas à parvenir au gouvernement, portée par la vague montante d’une grève générale : tous les compteurs étaient réglés sur l’échéance présidentielle de 1972. Il ne fallait surtout pas bousculer le calendrier » ; et même lorsque Mitterrand répondit chiche au chantage de la démission de De Gaulle, en présentant un gouvernement provisoire qui n’avait d’autre but que la sortie élégante du mauvais pas dans lequel s’était mis le vieil homme, qui du coup rengaina son referendum : « parmi ce personnel politique, le sens de la raison d’Etat reste, somme toute, la chose du monde la mieux partagée ». Et les deux marxistes de répéter que l’on a toujours injustement reproché à Marx son déterminisme historique alors que ce déterminisme est bien au contraire la trame de la rhétorique néolibérale. C’est bien elle qui présente ce monde comme le seul Donner un sens à l’existence... Jean-Philippe Ravoux édition Robert Laffont, 15 euros possible, et le capitalisme comme devant nécessairement advenir, « escamotant par la-même la bifurcation évènementielle et dissolvant la pluralités des possibles dans la fatalité du fait accompli ». C’est lumineux, politiquement et philosophiquement. RÉGIS VLACHOS BENSAÏD KRIVINE 1968 FINS ET SUITES 1968 fins et suites Daniel Bensaïd et Alain Krivine Nouvelles édition Lignes, 12 euros
Illettrisme et violence Échange et diffusion des savoirs a invité, pour sa première conférence de la saison, le linguiste Alain Bentolila pour parler de l’illettrisme. Dans le cadre d’un cycle sur L’emprise de la violence sur nos sociétés contemporaines Le problème de l’illettrisme n’est pas mince : il conjugue tout à la fois un débat sur le destin social de l’individu, ainsi que celui du caractère disciplinaire que comporte le retour à la bonne vieille école d’antan avec sa fixation sur les seuls socles communs que l’on veut imposer à l’école. Si le problème de nos sociétés actuelles, que chacun peut toucher du doigt, est celui de la ghettoïsation et de l’absence de mixité sociale, alors l’illettrisme est vraiment une cause majeure de la dégénérescence actuelle de notre monde. Reste alors à s’interroger sur la cause de cette cause et sur le paradoxe d’une société plus éduquée qu’il y a 40 ans : il y a plus d’illettrés chez les vieux que chez les jeunes. Les mots manquaient aussi : était-on aussi violent ? Autre problème : la maîtrise de la langue est-elle strictement prépondérante dans la capacité d’un Joyeuses incertitudes C’est encore un immense éclat de rire au sein d’une lecture sérieuse que nous propose cette dernière livraison des éditions Parenthèses, qui reprend le cycle de conférences programmées par Échange et diffusion des savoirs. Éclat de rire à la lecture de Pascal Picq : on continue de dire que les espèces s’adaptent, ce qui expliquerait les mutations morphologiques ; par exemple l’homme se serait redressé pour voir au dessus des hautes herbes dans la savane « et je vous rappelle qu’il ne fait pas plus de 1,20 met que les hautes herbes font plus d’un mètre. Se Lexiques de l’Incertain Ouvrage collectif sous la direction de Spyros Théodorou Ed Parenthèses, coll. Savoirs à l’œuvre 17 euros redresse-t-il pour voir les prédateurs ? Il n’est pas besoin d’être un grand naturaliste : les prédateurs chassent de nuit et ils ne se mettent pas dans la savane debout : coucou les proies on arrive ! ». Très drôle. Aussi étonnant que cela puisse paraître Darwin est donc un gros mot en paléoanthropologie, on n’aime pas l’incertain et le hasard ; comme le singe. C’est vrai quoi, on retrouve systématiquement des fossiles d’humains et jamais de singes, même à 7 millions d’années ! Ça ne peut être un singe, se disent les scientifiques, puisqu’il y a trace d’évolution : « les bonobos et les chimpanzés ont aussi évolué. Quand certains demandent pourquoi le singe n’a pas évolué ils provoquent un ricanement des babouins dans les savanes ». Pas mal ! Et sur le sexisme : « n’avez-vous pas remarqué l’idéologie des images de la préhistoire ? L’homme est devant la caverne, il attend le troupeau, la femme est derrière avachie… en espérant que son héros va ramener un bout de mammouth !... On justifie ainsi ce qui se passe aujourd’hui, évidemment… ». Très fort ! Bon. On s’attarde là sur un article, mais vous pourrez aussi aller piocher dans l’astrophysique et comprendre que, lorsque Einstein a dit « c’est la plus grosse erreur de ma vie », il ne comprenait pas que l’univers a une histoire, le bêta ! Et chez la douzaine d’autres contributions lumineuses de spécialistes en histoire, politique, architecture, etc… dans ce magnifique Lexiques de l’incertain. R.V. 71 individu à s’insérer socialement ? N’est-elle pas également ce « capital » culturel qui permet aux élites de rester entre elles ? Un réseau de contraintes symboliques permet d’exclure ceux qui pourraient être tout aussi efficaces mais qui ne parlent ou n’écrivent pas bien. C’est ce que nous ne manquerons pas de demander le jeudi 16 octobre à 18h45 à Alain Bentolila, professeur à l’université Paris V, qui animera une conférence intitulée Maîtrise de la langue et destin scolaire à l’hôtel du département (entrée libre dans la limite des places disponibles) R.V.. Échange et diffusion des savoirs 04 96 11 24 50 Bentolila drfp odilejacob Cv vErg de irnure ita Samedi 2n septëmb/re 2008 de-10h0üà }Shin Joûrriéep ❑_r-tes ouvertes\i. I Istituto Italiano di Culture MARSEILLE 6 rue Fernand PAURIOL MARSEILLE 5e www.i icmarsig I ia.esteri.it i is marsigl is @esteri.it



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