Zibeline n°11 septembre 2008
Zibeline n°11 septembre 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°11 de septembre 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 11 Mo

  • Dans ce numéro : Festivals des Musiques Interdites.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 66 - 67  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
66 67
66 LIVRE ROMANS Soixante ans de la vie d’une femme La romancière Annie Ernaux sera à l’honneur aux Correspondances de Manosque (voir page 60). Emmanuelle Devos y proposera une lecture de La place, un de ses romans « autosociobiographiques » les plus connus, qui inaugure les thèmes –famille, appartenance sociale et trahison...– et le style qui sont sa marque. Une écriture aux confins de l’intime et de l’universel, fondée sur la mémoire et sur l’idée qu’écrire, c’est exister et témoigner. À cet égard, on ne peut que saluer son dernier opus, bilan d’une vie sobrement intitulé, comme le chef-d’œuvre de Virginia Woolf, Les années. Un livre conjuratoire, qui débute par l’énoncé de la mort à venir, au futur de la certitude absolue. Alors, puisque « toutes les images disparaîtront », puisque « s’annuleront subitement les milliers de mots », pour ne pas sombrer corps et biens, pour que « le dictionnaire accumulé du berceau au dernier lit » ne s’élimine pas tout à fait, place aux souvenirs et aux images, de la naissance, en 1941, à 2006. L’évocation de cette traversée de plus d’un demi-siècle s’appuie sur une série de photos prises à différentes époques et décrites avec cette neutralité distante et ironique chère à Ernaux, arrêts sur images récurrents qui permettent de faire le point sur une évolution, un parcours, comme le font aussi les récits de repas de famille qui ponctuent le texte. Pourtant, loin de se cantonner à cet ancrage individuel et familial, l’ouvrage adopte une visée plus large. Au travers de l’itinéraire d’une femme, c’est celui de toute une génération qu’il suit : aspirations de l’après-guerre, Les années Annie Ernaux éd. Gallimard, 17 euros progrès matériel et course au confort, luttes féministes, manifestations… jusqu’aux désillusions des décennies 1990 et 2000. Ernaux embrasse magistralement les années enfuies, dans la distance du « elle » et la solidarité du « nous », du « on ». Un beau panorama, général et si personnel à la fois. FRED ROBERT Jeune à tout âge ? Les Littorales s’inscrivent cette année sous le double signe de la littérature destinée aux jeunes, et de celle qui parle de la jeunesse. Claudine Galéa était à ce titre désignée pour ouvrir la manifestation : écrivant pour les enfants, les ados et les adultes, son roman le plus marquant est sans doute Jusqu’aux os (2003), qui décrit avec une force émotionnelle peu commune l’anorexie d’une fille de quinze ans, son premier amour, absolu et douloureux, et son terrible rapport à sa mère. Dense, écrit pour les adultes en de longues phrases qui déploient leur souffle, le roman émeut aussi, profondément, les jeunes filles. Posant ainsi avec acuité la question d’une spécificité souhaitable (ou non ?) de la littérature jeunesse. Rouge métro, que Claudine Galéa lira au Théâtre de Lenche le 10 octobre (voir page 16), appartient à l’autre famille : celle de la littérature spécialisée. Construit vers la révélation finale de l’acte de violence qui a traumatisé une adolescente, le roman fait alterner deux voix aux temporalités distinctes : une d’avant l’évènement, l’autre d’après le traumatisme. Les voix bien sûr se rejoignent au bout du voyage. Conçu pour des lecteurs plus jeunes (13/14 ans), le livre pourtant choisit les mots justes, des rythmes inattendus. Parfois un peu répétitif, dans la succession peu variée des voix intérieures. Pour les plus jeunes encore, les enfants, Claudine Galéa a écrit À mes amourEs. Un petit bijou, illustré par Thison, qui donne la parole à une fille dotée de deux mamans. L’homosexualité féminine, et la parentalité qu’elle implique, y sont abordées avec une fraîcheur rafraîchissante, une poésie de la simplicité, une naïveté reconstruite et retrouvée dans le plaisir. Un livre que les ados détesteraient sans doute, mais qui ravira les adultes ! A.F. à Mes amourEs Ed du Rouergue (zigZag), 6,50 euros Jusqu'aux os Claudine Galéa Jusqu’aux os Ed du Rouergue (la Brune), 11,50 euros Rouge Métro Ed du Rouergue (doAdo Noir), 7,50 euros
67 La double voix de la peur Guillaume Guéraud est un auteur marseillais qui affectionne la littérature pour ados, en particulier la noire. Aux deux sens du terme : celle qui repose sur des tensions, des suspenses, et celle qui se penche vers les actes, les faits, les sentiments les plus sombres. Ce qui, dans la littérature pour ado, n’est pas forcément facile à manipuler : l’horreur et le frémissement y sont assez bien admis, mais pas l’humeur noire, suicidaire, autodestructrice, qui pourtant touche tant d’ados. Je ne mourrai pas gibier, et La Brigade de l’œil (voir Zibeline 5), ont fait un certain bruit dans la sphère de la littérature jeunesse. Le Contour de toutes les peurs, paru également dans la collection doAdo Noir, au Rouergue, met en scène un adolescent de quatorze ans confronté à la violence, et à ses propres peurs. Le véritable dédoublement narratif de Clément, fait entendre à la fois sa voix intérieure, en prise aux sentiments les plus noirs, et un récit factuel qui le mène de l’agression jusqu’au jugement de l’agresseur. Le roman avance, bien construit, haletant, parfaitement à la portée d’un lectorat adolescent. Guillaume Guéraud sera présent aux Littorales consacrée à la jeunesse (voir page 58). Le Contour de toutes les peurs Guillaume Guéraud Ed. le Rouergue (doAdo Noir), 7,50 euros A.F Comment plonger sans faire de plat Une plongée en apnée dans un monde familier, proche et pourtant hermétique ; celui des adolescents, en bande, livrés à eux-mêmes au cœur de l’été marseillais. Pourquoi marseillais ? Parce que ça se passe à Marseille, que les minots habitent les quartiers nord et qu’ils font les cons au bord de l’eau… À part ça, ils pourraient être de Tanger, de Haïfa ou de Naples. Signes distinctifs : une jeunesse inouïe, corps et cœur déchaînés, une liberté presque totale, le désir d’aller jusqu’au bout, l’envie d’en découdre avec le destin. Et puis, en toile de fond la mer. La nôtre… Du haut de sa terrasse et du fond de sa solitude, un flic les observe, fasciné par leur ardeur à défier la mort et les adultes dans de nouveaux jeux interdits. Le spectacle de leur jeunesse effrontée le distrait de sa misère métaphysique et de ses troubles pancréatiques qu’il soigne -du moins les premiers- par de grandes rasades de vodka. Car c’est un flic comme on les aime ; revenu de tout, blessé à mort par la vie, tendre et pathétique, caustique et impulsif. Un beau spécimen de littérature ! L’histoire nous accroche bien mais l’écriture surtout nous fait plonger. Maylis de Kerangal travaille son réalisme au moyen d’une écriture très poétique, de métaphores violentes et inédites. Le réel reste ce qu’il est ; cruel et brutal mais relooké par un style qui nous fait trouver belle la laideur. Baudelaire est sans doute passé par là… Ce n’est certes pas le lecteur qui s’en plaindra, car si la jeunesse supporte sans difficulté le soleil de midi, la charogne, elle, nécessite une métamorphose esthétique pour devenir respirable. Surtout en plein cagnard. SYLVIA GOURION mayl is de kerangal Corniche Kennedy Maylis de Derangal Éditions Verticales, 15,50 euros Incarner l’Histoire On n’a pas toujours lu les romans dont chacun connaît le titre. Les Enfants de minuit, chef-d’œuvre de Salman Rushdie publié en 1981 est (relativement) peu lu des Français, qui aiment bien la nouveauté. Les Anglais, quant à eux, viennent encore, il y a quelques mois, de l’élire Best of Bookers. C’est-à-dire, à peu près, qu’il est pour eux leur meilleur Goncourt. Le succès du roman repose sur un alliage rare, et parfaitement réussi : celui de l’Histoire et de la fiction romanesque. Saleem Sinai, enfant (laid) né à l’heure exacte de l’Indépendance de l’Inde (le 15 août 1947), en est la métaphore : jubilant comme elle, souffrant comme elle, morcelé, mutilé, émasculé quand Indira Gandhi déclare l’Etat d’urgence (1975). Avec lui, au jour de l’Indépendance sont nés mille enfants indiens qui communiquent, les Enfants de Minuit : si Saleem Sinai est l’Inde dans sa chair même (de musulman), les autres aussi, plus ou moins, ressentent dans leur corps et leur histoire personnelle les évolutions de leur pays, et savent traverser les miroirs, se joindre en esprit ou changer de sexe… Cruel, extrêmement pessimiste politiquement (son personnage ira jusqu’à l’ésperectomie, l’ablation de l’espoir), le roman n’en est pas moins drôle, sans doute parce que la férocité s’exerce également à l’encontre du narrateur, double de l’auteur en bien des points. Les péripéties s’enchaînent, les personnages sont campés comme dans un roman d’aventure, le style est vif, rapide, et le merveilleux le plus irréaliste se mêle à la description presque naturaliste de la ville indienne. Un grand roman à (re)lire, vite, avant d’aller écouter Rushdie à la Fête du livre d’Aix (voir page 62). A.F. Salman Rushdie Ixs Exfsnss de vrrirrrrit Les enfants de Minuit Salman Rushdie Ed. Stock, 1981 Livre de Poche Biblio, 8 euros



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 1Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 2-3Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 4-5Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 6-7Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 8-9Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 10-11Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 12-13Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 14-15Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 16-17Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 18-19Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 20-21Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 22-23Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 24-25Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 26-27Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 28-29Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 30-31Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 32-33Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 34-35Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 36-37Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 38-39Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 40-41Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 42-43Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 44-45Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 46-47Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 48-49Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 50-51Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 52-53Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 54-55Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 56-57Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 58-59Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 60-61Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 62-63Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 64-65Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 66-67Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 68-69Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 70-71Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 72-73Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 74-75Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 76-77Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 78-79Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 80-81Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 82-83Zibeline numéro 11 septembre 2008 Page 84