Zibeline n°11 septembre 2008
Zibeline n°11 septembre 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°11 de septembre 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 11 Mo

  • Dans ce numéro : Festivals des Musiques Interdites.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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64 LIVRES ROMANS Tempête en mère Parce qu’elle ne supporte plus « cette impression de vivre avec des éclats de bombe sous la peau », avec « la guerre en elle » et la peur aussi, parce que son nouvel amour la bouleverse et lui donne envie de fuir, parce qu’elle veut mettre sa mère au centre de son prochain spectacle et tâtonne, Lea, 38 ans, chorégraphe perfectionniste et torturée, prend la route. Pressée par une urgence indicible, elle roule vers l’océan, vers la petite cité portuaire où vit sa mère. Elle roule malgré l’avis de tempête annoncé, et bientôt les éléments furieux. Car, par cette nuit d’ouragan, il faut laver les ombres. Comme le précise Jeanne Benameur en exergue, cette expression, en photographie, « signifie mettre en lumière un visage pour en faire le portrait ». Pour Lea et sa mère, réfugiées dans la chambre obscure par une nuit de tourmente, il s’agit aussi de révéler un passé tu, lourd, et par les mots enfin dits, de se laver de la culpabilité et de la peur. La mère réapprend la parole, la fille retrouve le fil de sa danse, et de sa vie. Un ballet auquel elle saura désormais intégrer le faux pas, où l’erreur aura enfin sa place… Dans ce roman bref, tendu comme un corps de danseuse, palpitant comme un cœur de mère et d’amoureuse, Jeanne Benameur dessine le portrait en creux d’un couple hors normes. Au rythme haletant de phrases souvent elliptiques, que des tableaux arrêtent sur image, elle lève le voile sur la passion d’une femme et sur le poids écrasant des secrets de famille. La romancière était l’an passé en résidence à Manosque (voir page 60) ; c’est là que ce texte émouvant, dédié « à celle qui m’a appris à écrire et à lire » est né. FRED ROBERT Laver les ombres Jeanne Benameur éditions Actes Sud 15 euros Sentir Bombay qui palpite Jeanne Benarnrlu'.av les oAll]1L` Comment rendre compte d’une totalité, comme la vie d’une mégapole, sans être didactique, sans accumuler les redites, en restant vivant, intéressant, drôle ? C’est le tour de force qu’avait réussi Altaf Tyréwala dans un premier roman écrit en anglais : Aucun dieu en vue. Les chapitres courts empruntent tour à tour la voix d’un nouveau personnage qui croise le précédent. Par cet enchevêtrement rapide, l’agitation, le fourmillement de Mumbai (nom moderne de Bombay), ses scandaleux écarts de richesse, ses tensions s’orchestrent en une vaste polyphonie qui permet au lecteur d’appréhender la voix même de cette ville. Avec subtilité, chaque personnage est doté d’une voix unique, particulière, le « je » s’efface parfois pour une troisième personne, qui plonge dans la conscience du protagoniste ou se contente de l’approcher par une observation extérieure de ses gestes et de ses mots. Le vocabulaire suit aussi les mêmes variations. L’épouse qui a renoncé à la poésie côtoie le fakir, le tueur, l’agent de police, l’homme d’affaires, le marchand de chaussures et son rêve américain, le médecin raté avorteur… et tous les autres. Le roman de Tyréwala palpite ainsi d’une vie singulière et multiple. La farandole se résout en une boucle dans laquelle vivent indéfiniment tous ces héros quotidiens qui portent en eux des amorces d’histoire, de roman. Pas de transcendance : la vie dans sa foisonnante complexité suffit. Aucun dieu en vue, certes, mais un remarquable écrivain à découvrir, qui sera aux Écritures Croisées aixoises pour présenter son second roman traduit en français (voir page 62). MARYVONNE COLOMBANI Aucun Dieu en vue Altaf Tyréwala éditions Actes Sud 20 euros Rêve étrange Véronique Ovaldé est une des rares jeunes romancières françaises qui travaille sa langue. Qui fasse varier les modes narratifs, qui tente vraiment, sans artifice, le point de vue interne, qui cherche de nouveaux modes de paroles rapportées, de ponctuation, et brise la linéarité temporelle. Tout en écrivant vraiment des romans : avec des personnages, une intrigue, une progression narrative, un ancrage dans le réel et l’Histoire, et des incursions discrètes, suspendues, irrésolues, dans le merveilleux. Avec Et mon cœur transparent elle a écrit un roman nettement plus léger que ses précédents : noir, bâti comme un polar, fondé sur des mystères qui s’élucident progressivement. Les actions des personnages, décrites sans que l’on ait accès à leurs états d’âme, guident le lecteur vers la résolution progressive d’une intrigue construite avec les chausse-trappes et fausses pistes propres au roman policier : dans un pays froid, glacé et lent, qui ressemble au réel sans s’y confondre, un homme prénommé Lancelot, qui s’est éveillé à la vie en rencontrant Irina, perd sa femme et découvre que cet amour était un mensonge. Mais l’était-il ? Véronique Ovaldé sera présente aux Correspondances de Manosque, pour une lecture croisée avec Carole Martinez (voir page 60). AGNÈS FRESCHEL Et mon cœur transparent Véronique Ovaldé Éditions de l’Olivier 18 euros tra Véroniq Ovald t m
65 Grandir en cave Twist, jeune adolescente intelligente, particulière, est enlevée par un malade et retenue prisonnière dans une cave durant cinq années… L’intrigue, qui semble inspirée d’une série américaine ou de faits divers affreux, permet toutefois à Delphine Bertholon de signer un joli roman sur l’enfance, la douleur, et l’éveil du corps à l’amour. Car dans sa cave Twist grandit, devient pubère, se transforme, et l’auteur décrit ce passage et ses tourments avec une finesse certaine : la cave, à cet endroit, y semble une métaphore des carcans et interdits qui pèsent sur les corps des jeunes filles ; tout comme les regards des hommes, déviants, absents, pervers, symbolisent tout le mal que les mâles peuvent faire lorsque les filles accèdent pour eux (et non pour elles) au rang d’objet désirable. Le roman est construit en une succession de trois monologues entrecoupés de divers personnages : celui de Twist, habilement écrit en affinant le style comme si la langue de l’enfant progressait, est passionnant ; celui de sa mère, qui répète de longs cris de douleurs, est émouvant mais peu varié ; celui de Stanislas, jeune homme dont Twist est amoureuse, manque d’intérêt. Mais l’ensemble est haletant, et les 430 pages se dévorent d’un trait ! Delphine Bertholon sera présente lors des Littorales à Marseille (voir page 58). AGNÈS FRESCHEL Twist Delphine Bertholon Editions J.C. Lattès 18 euros Les déserts vibrants du cœur DELPHINE BERTHOLON Twist il. I.in, L Akli Tadjer a écrit un roman sur la paternité. La vraie, celle qui lie misérablement, indéfectiblement, tendrement, jalousement, douloureusement, un père à sa fille, lorsque celle-ci s’éloigne du logis familial pour y revenir simplement en visite, et avec un homme. La narration épouse le point de vue du père qui assume ses sentiments contradictoires et se dérobe en des agissements irrationnels et bougons… Plus rare, le roman s’attache comme incidemment à décrire la géographie imaginaire des immigrés parisiens, attachés à l’Algérie par des liens symboliques, des contes, mais profondément Parisiens (le narrateur en a l’argot discret et la syntaxe expéditive). Bien sûr, dans ce cadre-là, la relation de Mohamedavec sa « gazelle » de fille se complique : racisme ordinaire des parents du garçon, mas aussi, peu à peu, emprise sur Myriam d’un islamisme menaçant… Le roman, qui débute comme une comédie familiale, est interrompu par des contes qui retracent le passé des ancêtres Algériens, et peu à peu se dessine un drame originel. Qui rend cette relation père-fille, déjà si belle, terriblement émouvante… AGNÈS FRESCHEL Il était une fois peut-être pas Akli Tadjer Editions J.C. Lattès 17 euros AKLI TADJER ii était une fois peut-être pas.IL LALL Apologie des faibles ? Le court roman de David Descamps laisse un sentiment étrange. D’abord on éprouve une satisfaction évidente à découvrir un jeune auteur (c’est un premier roman, il a 35 ans) au style visiblement affirmé et construit, et à se retrouver dans un décor marseillais nettement plus familier et véridique que Plus belle la vie : la lumière marseillaise y est symboliquement opposée aux horizons bouchés des Flandres, lieux entre lesquels le narrateur se déplace, vers les profondeurs refoulées, puis vers la « joie pure » qui clôt le roman. Puis cette satisfaction se transforme en malaise : les personnages y sont tous des hommes, trentenaires (racontant leurs vingt ans), sans ambition, se promenant de plaisirs ratés en cuites décevantes, et de clitoris en fellation (les femmes n’y sont jamais envisagées comme sujets, mais comme « filles intéressantes » à draguer, ou mères envahissantes, sœur « vouée à s’occuper de la maison » …), n’ayant aucun goût pour l’étude, le monde, les autres hors leurs amis… mais ayant les moyens, doucettement, de vivre (sans luxe) de l’héritage de leurs parents. Exclus du monde fortuitement, mais n’ayant aucun désir d’y entrer, d’y participer. Le portrait est sans complaisance, et le titre les désigne explicitement comme des faibles. Mais la narration à la première personne, qui interdit la distance, met le lecteur mal à l’aise (surtout la lectrice ?), face à ses personnages velléitaires qui geignent et tournent en rond… David Descamps sera présent aux Littorales (voir page 58). AGNÈS FRESCHEL L’Apéritif des faibles David Descamps Les Allusifs (Québec) 13 euros



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