Zibeline n°11 septembre 2008
Zibeline n°11 septembre 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°11 de septembre 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 11 Mo

  • Dans ce numéro : Festivals des Musiques Interdites.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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06 POLITIQUES CULTURELLES La culture du mépris Prolégomènes Le concept de mépris fut d’emblée éclairé par Michel Guérin, philosophe et esthéticien : dans la société d’Ancien Régime, le mépris était organisé en « cascade de castes ». L’ordre social était immanent et ne reposait pas sur le mérite, et chacun méprisait son inférieur « naturel ». Les sociétés démocratiques, fondées sur l’égalité, ont ensuite amené l’émulation, l’ambition, puisque l’ordre n’était plus donné mais à conquérir. Or aujourd’hui nous vivons, selon Michel Guérin, dans des sociétés cyniques, où cette ambition dynamique, de mouvement, s’est pervertie, où l’utopie, l’idéal, sont moqués. Chacun prend l’autre de haut, le rabaisse, le nie (jusqu’au génocide). Au sommet des États, de notre État, on affiche comme valeur suprême l’argent qui, justement, n’a pas de valeur intrinsèque (pas d’autre valeur que d’être une monnaie d’échange). La pudeur, la vertu, le bien public, l’éducation, le lien avec les morts et le passé, en même temps que la capacité d’analyse et d’indignation, tout cela s’étiole, n’est plus posé comme fondement de civilisation. Et entraîne à la fois une « sécheresse de cœur », « une aridité sémantique » et une « stérilité intellectuelle » certaines. Le constat C’est à cet endroit que la notion de mépris intéresse le monde culturel : Renaud Ego, qui a coordonné le numéro de la Pensée de Midi avec Michel Guérin, le précise clairement : « la question de la rentabilité de la culture méprise l’objet même de la culture, qui est de faire vivre la langue, la pensée, l’art. » Il se traduit par une relégation des artistes et des auteurs dans les marges, et un principe d’inattention, puisqu’ils sont indignes d’attention sociale, étant au mieux des exceptions. Constat qui rejoint le combat que Jack Ralite mène depuis tant d’années ! Le sénateur communiste fit un bilan terrifiant, à la fois des théâtres « voués à devenir des entreprises », des droits d’auteur foulés aux pieds au profit des intérêts des producteurs, et de la réalité quotidienne de l’assemblée législative. Selon lui, les lois résultent aujourd’hui de compromis entre les lobbies, et non d’une réflexion sur la démocratie et le bien public. L’homme est traité en variable d’ajustement, tandis que le marché est présenté comme une constante inaliénable. Sans alternative. Dans le monde culturel le « Taisez-vous » s’impose : on appauvrit et méprise les intermittents, on licencie le directeur de Chaillot sans un mot, on restreint dangereusement les budgets sous prétexte de RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques), on s’occupe des programmes, on attaque En plein Festival d’Avignon et le jour de la Fête Nationale, la Pensée de midi avait invité les artistes de la région, et en particulier ceux du spectacle vivant, à assister et participer à un débat autour de sa dernière publication : un ouvrage collectif intitulé Le Mépris (voir Zib 10). Le débat, inattendu, fut profondément fructueux… La, pensée de midi Le Mépris clm.rHie. Minn. les œuvres, et le Président trouve « anormal de s’emmerder à la Comédie Française » (il a parfaitement le droit de s’ennuyer au théâtre, mais pas de trouver cela anormal : le chef de l’État n’a pas à décider de la norme culturelle, surtout lorsqu’il « s’emmerde » devant du Lagarce mais fête son élection avec Johnny et Mireille Mathieu, et brandit le disque de sa femme sur le parvis de l’Elysée). Les propos de Jack Ralite rejoignaient ainsi ceux d’Alain Hayot, qui avait introduit la rencontre : le Vice Président de la Région PACA, délégué à la culture, expliqua pourquoi il était là, et pourquoi la Région s’intéressait ainsi aux débats d’idées. Selon lui il est urgent de mettre en débat les politiques publiques. Car le désengagement de l’État n’est pas dû à un pragmatisme financier, à une simple courte vue, à un aveuglement : il est politique, et relève d’une volonté très consciente d’exclure les enjeux culturels du champ d’action de l’État. Les remèdes Le « comment résister » souleva bien sûr des problèmes : si chacun était d’accord pour lutter, dialoguer, penser la culture, les remèdes envisagés semblaient différents. Jack Ralite proposa de s’en référer non aux intellectuels organiques (ceux qui passent à la télé) mais « de se fier, éperdument, aux experts du quotidien » (ceux qui font les choses dans le réel). Michel Guérin parla de restaurer l’humanité, la « considération », de combattre le narcissisme, et présenta l’art, « forcément généreux », comme un contrepoison à la « sécheresse de cœur ». C’est alors que les artistes commencèrent à prendre la parole. Claire Lasne d’abord, qui participait au débat. La metteur en scène semblait illustrer, par sa posture même, les propos sur l’endroit où se tiennent les artistes. Directrice d’un Centre Dramatique National, invitée du Festival d’Avignon pour sa Mouette, elle apparaissait pourtant d’emblée comme marginale : fumant cigarette sur cigarette, gagnée par l’émotion, quittant par instants la salle, et impliquant sa propre histoire, personnelle, douloureuse, dans le débat d’idée. Et levant quelques lièvres. Elle nota bien sûr que le geste artistique n’est pas forcément généreux. Que le mépris a envahi le monde de la création. Que celle qui existe aujourd’hui, parce que les moyens lui en sont donnés, ne fait pas vraiment dans la générosité. Que les artistes se méprisent énormément entre eux. Plus qu’ailleurs. Et méprisent à leur tour les techniciens, ou les administratifs, les médiateurs culturels. Qu’en tant que femme et artiste, elle est victime depuis toujours d’une double condescendance, qu’elle
BALLE` NATIONAL OE MARSEILLE Direction Frédéric Flamand combat en surjouant sa fragilité, ce qui est pour elle un moyen efficace et amusant de transformer le mépris des hommes de pouvoir en une sorte de paternalisme bienveillant… Elle affirma également que le pouvoir de décision, qui orientait les choix culturels, n’était plus du tout dans les mains des artistes, mais des programmateurs ou des politiques. Qui se sont approprié l’argent, détiennent la vérité et se foutent du public. Propos relevés par Jean-Michel Grémillet, directeur de la Scène Nationale de Cavaillon présent dans la salle, qui affirma que les programmateurs passaient leur vie à se battre pour les artistes, et ne s’appropriaient rien… Françoise Chatôt, directrice du Gyptis (Marseille), intervint aussi dans le débat, confirmant que les artistes se sentent « ramenés à l’état de choses ridicules », mais que « Sarkozy n’a fait que cristalliser un esprit ambiant ». Que le fait même d’avoir régulièrement à solliciter des subventions met les artistes dans la position d’être méprisés. Elle releva que tout le système repose sur des inféodations aux collectivités territoriales ou aux programmateurs, et des mises en concurrence entre les artistes. À cela Alain Hayot, concerné au premier chef, répondit que la décentralisation amenait malheureusement les collectivités à être les relais de la politique gouvernementale. Que le candidat Nicolas Sarkozy avait pour projet de supprimer le ministère de la Culture, et que le Président n’y avait sans doute pas totalement renoncé… et qu’il n’y avait que deux positions possibles : soit composer avec la politique de l’État, l’appliquer en corrigeant au mieux ses erreurs, soit rompre et s’installer dans la radicalité. Et qu’avant cela il fallait penser, réfléchir à une ambition commune pour éviter justement la concurrence… D’autres questions Dans le jardin du cloître Saint Louis, en parlant avec les artistes après le débat, d’autres questions surgirent. D’abord, on se demanda si le monde culturel, qui aime tant les Ors des Cours et pratique le népotisme sans état d’âme (le nombre de fils d’artistes dans le monde culturel est impressionnant) n’en était pas resté à un modèle d’ancien régime, avec cascade de mépris et hiérarchie quasi immanente… Plus sérieusement, on releva les marques du mépris que chacun pratique. La violence de certains regards, quand les artistes (plutôt les vieux) sont traités de ringards, quand d’autres (plutôt les jeunes) sont jugés naïfs, quand ceux qui prennent des risques, s’emparent des textes à bras le corps ou sortent des répertoires entendus, sont accusés de faire des concessions au public, de sacrifier à la lisibilité… Et chacun avoua sans peine que, pour ne pas être victime de ces mépris qui sont les premiers symptômes d’une mort culturelle programmée (puisqu’ils précèdent la suppression des subventions), il avait parfois sacrifié au goût du jour, et cherché à faire entrer ses créations dans les cadres imposés de politiques culturelles qui ne correspondaient pas à son propos… Et finalement on en conclut que tous les intervenants avaient eu raison : Michel Guérin d’en appeler aux valeurs humaines et à l’art généreux, Claire Lasne de réclamer que le pouvoir soit redonné aux artistes, Alain Hayot de faire confiance à la résistance intérieure et au débat public, et Françoise Chatôt de refuser la mise en concurrence. Effectivement il s’agit bien, de façon vitale pour les artistes, d’en finir avec la soumission, et d’agir ensemble, en cessant de se servir des querelles esthétiques pour céder au narcissisme et se permettre de mépriser l’autre. AGNÈS FRESCHEL VEC Métamorphoses 1 Flamand - Campana La Cité radieuse/Flamand - Perrault Herman Schmerman - Pas de deux I Forsythe Sextet I Malandain Tattoo/Kelemenis Por vos muero 1 Duato Somewhere/Lestel Té TO Té I Endo 18 & 19.8° CHARLEROI (B) 21.09 THESSALONIQUE (GR) 24.09 RCACHON (F M : OUVERTURES Cartes Blanches aux danseurs 16 & 17.12 19 & 20-12 AMUR (B) BRUXELLES (B) 9.01 METZ [F] 15 & 16.01 MULHOUSE (F) 29 a 31-01 AIX EN PROVENCE (F) 6.02 GAP } ; SEILLE (F) BNM : OUVERTU Blanch ='LOUVA':++'-NEUVE {Bj 15 & 16.04 ROUEN (F) 28 & 29.04 MILANO (I) 8>10-05 LASP S{E) ILL CREATIONS : Success Story li (D A.N.C.E}, Annabelle Ochoa Lucinda Childs à venir : SAO PAULO tBR], PORTO ALEGRE }BR), RIO DE.JANEIRO (BR}OLI]E1VBLIRG (CO, FLORENCE II)



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