Zibeline n°11 septembre 2008
Zibeline n°11 septembre 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°11 de septembre 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 11 Mo

  • Dans ce numéro : Festivals des Musiques Interdites.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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52 ARTS VISUELS HESPARE INSULAIRE Se relocaliser Vous avez dit morose ? Conjoncture défavorable ? Art contemporain en déshérence ? Révisez votre jugement ! La preuve. Deux nouveaux lieux se sont ouverts très récemment à Marseille. Deux philosophies en faveur de l’art contemporain qui ont en commun de s’ouvrir sur des publics variés comme de vouloir travailler en relation avec leur quartier d’implantation. Se relocaliser au lieu de délocaliser ? L’idée d’une île Le quartier Belsunce/Canebière, en cours de rénovation, s’enrichit d’une nouvelle galerie d’art contemporain privée. Installée dans un immeuble du XVIII e siècle en cours de réhabilitation, dans le haut de la rue Vincent Scotto, In Sul ai Re bénéficie de la visibilité de la grande avenue et de la proximité du cinéma Les Variétés. Une première manière d’approcher le grand public selon le souhait de sa directrice, Christiane Bray qui souhaite ouvrir le plus possible ses espaces tant aux différentes formes d’art contemporain qu’au visiteur non initié. Ainsi le monde de l’entreprise est convié à se frotter à la culture artistique (location hors horaires de la galerie) et à ses arcanes financières : « il s’agit d’informer les entreprises sur le mécénat et la défiscalisation, ce qui concerne aussi les collectionneurs comme les associations. » Domaine connu puisque Christiane Bray a été responsable administratif notamment auprès de l’université Paul Cézanne. Christiane Bray dans sa galerie insulaireC.Lorin Mais « la présentation des œuvres à un public élargi » se fera aussi à travers des ateliers d’histoire de l’art, mais où est-donc la JoKonde ? Réservés aux jeunes enfants, ils se dérouleront sur deux demi-journées pour les initier à la lecture de l’œuvre d’art, à la création du passé comme contemporaine. « Mon travail principal est de rendre intime l’œuvre d’art. Je ne veux pas faire de cloisonnement des genres, des styles ou même générationnel. Je veux montrer des œuvres d’artistes vivants. Je fonctionne au coup de cœur. ». Plusieurs projets sont en cours d’élaboration ou de négociation, en particulier avec des partenaires du quartier comme des projections vidéo sur les murs extérieurs. Mais la peinture ou les pratiques conventionnelles composent le fonds principal de la programmation. Cette première saison s’articulera autour de la problématique du corps et ses territoires. Début octobre c’est YannDenais, un jeune artiste issu de l’École des Beaux-Arts de Luminy qui accrochera ses peintures aux cimaises d’In Sul ai Re. Mais pourquoi In Sul ai Re ? « Je vois les domaines de l’art comme des îles qu’il faut relier. ». L’Hespare fait vivre ! Sylvie Testa a choisi « de passer de la sécurité à l’insécurité », c’est-à-dire d’enseignante en arts appliqués à celui d’artiste indépendante. Et vient d’ouvrir un espace atelier géré par l’association Trois dans le quartier des Grands Carmes. Le projet articule la création contemporaine avec la mixité sociale. « Nous voulons mêler selon les projets arts visuels, sonores, poésie et art de la table, au moins pour les valeurs de convivialité et toutes les possibilités de tisser des liens, entre riches et pauvres. ». En juin dernier, l’inauguration a réuni des créateurs de ces différentes disciplines avec en tête d’affiche les poètes et écrivains Julien Blaine, Sébastien Lespinasse, Emboligol, Stéphane Nowwak et Didjeko ; les combos Karma Cramé, Latino swing, Stéphanie Sagna pour la chanson ; pour les arts plastiques, Stéphanie Testa présentait ses peintures en écho avec l’art aborigène alors que Nicolas Girbal proposait un atelier de cartes à poster avec le public : « l’objet de cet atelier est de revenir à un mode de fabrication personnalisé, non industriel et poétique de cartes qui seront envoyées dans le Le poete Dijeko photographié par Agnès O. Martins à l’inauguration de l’atelier Hespare monde entier. ». Après ce coup d’essai, plusieurs projets sortent des cartons comme le prochain atelier public sur le thème du carnet de voyages, d’autres en cours d’élaboration à propos de l’Afrique notamment. Alors que la conjoncture s’annonce peu favorable aux nouvelles initiatives culturelles, les incertitudes matérielles et budgétaires ne semblent pas entamer l’enthousiasme de Sophie Testa : « Avec Hespare, on part à chaque fois de zéro. Et puis nous ne travaillons pas avec des outils coûteux. L’idéal serait de travailler sans subvention publique mais uniquement en mécénat. ». Mais pourquoi Hespare ? En occitan, hespare gool signifie pariétaire, une plante comestible et médicinale. Une forme d’alternative aux pratiques dominantes ? CLAUDE LORIN In Sul ai Re 35 rue Vincent Scotto 06 09 70 11 59 http://desirdetoiles.over-blog.com Atelier Hespare 14 place Marceau, 3 e 06 50 95 60 36 http://hespare.canalblog.com
ENTRETIEN AVEC DÉMOSTHÈNE DAVVETAS ARTS VISUELS 53 Tenter le Tout Démosthène Davvetas vient de réaliser deux performances à la galerie Jean-François Meyer et au Passage de l’art. Ses dessins restent exposés jusqu’au début d’octobre Il fait aussi partager sa conception de l’art et de la vie, par le truchement de la performance comme écriture totale. Car pour Démosthène Davvetas tout semble se résoudre dans la monopolisation de toutes les esthétiques, l’art de la boxe inclus. C‘est l’Écriture Totale. Mais que faut-il résoudre ? Le chaman, philosophe, enseignant poète et performeur, nourri au sein de Joseph Beuys, nous en dit plus. Zibeline : On peut se douter de ce que signifie écriture totale, mais grafale ? Démosthène Davvetas : Mon travail est basé sur le verbe graphein, au sens de graver et tracer. C’est une écriture qui commence sur le papier, qui devient image, puis entre dans l’espace en trois dimensions où les gens vont participer par la lecture de poèmes. Ce qui m’intéresse c’est de commencer par l’illusion, par les deux dimensions. Voyez, tous ces personnages sont réalistes… On reconnaît Brecht, Herman Hesse… Ça commence par des photos et ensuite on passe à la réalité de l’espace, l’action et l’écriture dans l’espace : une phrase sortie de son contexte et utilisée dans l’espace devient autre chose. Je ne fais jamais une exposition sans performance ni une performance sans exposition. C’est pour ça que je l’appelle une écriture totale : il faut que ça passe de l’illusion en deux dimensions à la troisième dimension, du visuel pictural au visuel sculptural. La performance pour moi est une sculpture vivante. Quand avez-vous commencé ces sortes de rituels ? C’est Joseph Beuys, mon maître spirituel, qui m’a initié. Il a vu mes dessins et m’a dit : vas-y. J’avais vingt ans à cette époque, j’avais perdu mon père, il a joué ce rôle. Je lui dois moralement cette poussée d’énergie. En fait, à Athènes je suis passé devant une exposition d’art. Je ne connaissais rien à l’art. Tout d’un coup il y a un monsieur avec un chapeau qui est arrivé et qui m’a demandé : qu’est-ce que vous regardez ? Je regarde ce dessin parce qu’il me fait penser à la fluidité et à la philosophie d’Héraclite. Ses yeux sont devenus grands. Il m’a dit vous connaissez Héraclite ? J’ai dit c’est pas mon copain mais j’ai lu ses textes. Il m’a dit venez dîner avec nous. Donc je suis allé dîner avec eux sans savoir qui c’était. Ensuite je suis allé le voir à Düsseldorf et il m’a dit voilà pour toi une bourse, va et continue ces études là-bas. Je n’y croyais pas, c’était énorme. C’était un coup de pouce, quelque chose qui m’a poussé à me réaliser. À vingt ans certains n’auraient pas fait le pas ! J’en avais besoin. C’est un appel par ses yeux, son œuvre lumineuse m’a appelé. J’étais complètement possédé par lui, par son esprit, par ses paroles. C’était une démonisation totale ! Ça veut dire quand même que je cherchais au fond de moi-même. Encore aujourd’hui je m’intéresse aux rencontres du hasard parce que ça Démosthène Davvetas, dessin, techniques mixtes X-D.R Démosthène Davvetas, dessin, techniques mixtes X-D.R Démosthène Davvetas, dessin, techniques mixtesC. Lorin peut m’apporter des choses. Sinon c’est la fin. Je veux revenir au début, au point de départ. Toujours recommencer ? Oui, toujours, comme un Sisyphe, un Sisyphe fertile. Cet aller-retour c’est pour créer, arriver à quelque chose. Et le partager ? Certainement. La performance, c’est pour que le public entre en communication. S’il n’y avait pas cela, le public resterait immobile. Cela s’approche de la tragédie grecque. C’est un point de ma thèse. La performance commence par la tragédie parce que la tragédie était une action directe, et Joseph Beuys et tous les performeurs cherchaient la démocratie directe. Donc l’artiste avec le public fait encore comme s’il y avait un esprit collectif qu’on doit purifier. Il y a besoin d’énergie ? Certainement, parce qu’il faut sortir ce qu’on garde à l’intérieur jusqu’à faire créer le bébé. Chacun a un désir créatif, il faut le temps nécessaire pour lui donner une forme. Ensuite il faut le montrer. C’est ça la performance : montrer les formes. Un artiste, c’est quelqu’un qui a des idées -tout le monde peut avoir beaucoup d’idées-, mais l’artiste c’est celui qui donne forme aux idées. Ainsi le musicien, le poète… Tous les êtres humains sont créatifs, tous les êtres humains ont le droit à l’énergie, à la créativité du langage. Il faut que ça sorte pour le donner à la collectivité. Comment vous situez-vous dans la poésie contemporaine qui n’est plus seulement écrite mais parlée, criée… ? …. montrée, performée ! J’écris des poèmes mais ce n’est pas une lecture traditionnelle assis derrière une table. Je veux partager et tenter de changer la structure de la communication, pour une poésie directe. Un art dont la philosophie est la démocratie ? C’est ça, la démocratie directe. C’est-à-dire chaque individu a le droit au bonheur. Simplement il faut qu’il fasse le travail, pour pouvoir sortir le bébé qu’il a en lui. Et votre travail ? Mon travail c’est de provoquer les contractions ! Comme un rituel sacré ? C’est un rituel qui a seulement quelques formes générales, ce n’est pas un truc préparé comme le théâtre. PROPOS RECUEILLIS PAR CLAUDE LORIN Démosthène Davvetas a réalisé une performance le 2 septembre à la Galerie Jean-François Meyer avec la violoniste Christine Cross et la danseuse Tatiana Federspiel ; le 9 septembre à la Galerie du Passage de l’art, avec la chanteuse lyrique Muriel Tomao. Écriture totale, Grafale jusqu’au 10 octobre Passage de l’Art 04 91 31 04 08 Galerie Jean-François Meyer 04 91 33 95 01



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