Zibeline n°11 septembre 2008
Zibeline n°11 septembre 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°11 de septembre 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 11 Mo

  • Dans ce numéro : Festivals des Musiques Interdites.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 THÉÂTRE AVIGNON OFF Pourquoi mon Dieu ? Gérad Gélas a mis en scène le roman de Saphia Azzeddine Confidences à Allah. Une première oeuvre d’une force peu commune, monologue intérieur d’une algérienne misérable, alliant une violente crudité langagière à l’évocation d’une vie terrible, transcendée heureusement par une force vitale exceptionnelle. Alice Belaïdi, une jeune comédienne étonnante, incarne seule en scène la jeune bergère infanticide, et amène dans les cercles d’enfers nauséabonds : ceux des diverses prostitutions qu’elle traverse. Bestiale, forcée, assumée, dominante, hypocrite, sa sexualité est toujours décrite comme l’unique moyen de survivre à la violence d’un monde où s’offrir est interdit, mais où le désir des hommes est incontournable : Jbara doit en passer par là en baissant la tête, en fermant les yeux Plaisanterie fine Ils pourraient sans mal se revendiquer de Dada ou de Queneau, mais préfèrent cultiver leur style, décalé et bien à eux. Chacune de leur apparition est un objet scénique non identifié qui entraîne le spectateur dans une réjouissante gymnastique de l’esprit, une stupéfiante mécanique de situations et de mots, à en tomber littéralement accro. Avec Panorama commenté, François Hiffler, Pascale Murtin et Bettina Atala, tiercé gagnant de la compagnie Grand Magasin, nous invitent à observer le monde via une grille de lecture de leur cru. Telles des sentinelles aux aguets, nous voilà scrutant le paysage au travers et en bouchant ses narines. La mise en scène de Gélas, discrète, permet à la comédienne de donner à voir l’évolution de la jeune femme, perdue, a de la baie plastifiée d’une toile de tente un brin surdimensionnée. Hautement improbable et résolument low-tech, un tableau lumineux recense les événements qui se déroulent sous nos yeux. Et soudain, l’incroyable survient : aidée par l’intervention malicieuse de quelques collaborateurs dispersés sur le site, l’activité en apparence désordonnée du monde s’avère, une fois traduite sur ledit tableau, obéir à un magique principe de symétrie ! Une logique tout à la fois implacable et carrément loufoque qui, sous le couvert de l’humour, égratigne les schémas de pensée qui tendraient à tout rationaliser, à tout faire entrer dans Justes ou Terroristes ? Diastème, qui vient de sortir son premier long métrage (voir Zib 10), rêvait depuis vingt ans de mettre en scène Les Justes, pièce écrite par Albert Camus à partir d’un fait réel, l’attentat commis à Moscou en 1905 sur le Grand Duc, l’oncle du Tsar… pièce représentée pour la première fois en 1949. Du 5 au 27 juillet, il en a proposé une mise en scène au Chêne Noir à Avignon. On retrouve dans la pièce trois des acteurs du film Le Bruit des gens autour. Frédéric Andrau, excellent Yanek que jouait Serge Reggiani à la création de la pièce. Tour à tour grave, fragile et fort, il sait remarquablement traduire les doutes puis la détermination de son personnage. Face à lui, Dora -Jeanne Rosa, dont le jeu un peu hésitant au début, se libère dès le deuxième acte, pour la transformer en une magnifique héroïne tragique- et Stepan, l’irréductible, à qui Jean-Edouard Boziak prête une remarquable énergie, faisant vibrer son personnage Manuel Pascual meurtrie, soumise, dans les divers lieux qu’elle traverse, et qui sont symbolisés simplement par quelques accessoires. Un bémol cependant, non négligeable : la forme de la prière, efficace littérairement puisqu’elle permet une adresse évidente à un interlocuteur absent, (et muet quoique omnipotent), devient franchement gênante à la fin du roman quand elle aboutit à la soumission du personnage, et à son renoncement à la liberté. Sur scène la tendresse envers l’imam polygame est encore plus palpable et la génuflexion laisse un goût amer : les bondieuseries musulmanes ne sont pas plus légitimes que les catholiques. AGNÈS FRESCHEL Confidences à Allah a été créé au Chêne Noir du 5 au 27 juillet des cases, histoire d’en finir avec ce(ux) qui sort(ent) du rang. Parti du petit bout de la lorgnette, ce commentaire de panorama offre ainsi un savoureux point de vue sur le monde. Inattendu, et drôlement pertinent ! LAURENCE PEREZ Panorama commenté, observation publique d’un paysage par Grand Magasin, a été présenté du 12 au 14 juillet dans le cadre du Festival Contre courant de la CCAS à l’île de la Barthelasse, Avignon de révolutionnaire sans état d’âme de toute la douleur subie en prison, comme si chaque coup de fouet reçu l’avait vidé de son humanité. Seule Linh Dan est peu convaincante dans le rôle de la grande Duchesse qui veut faire se repentir Yanek. Mathieu Morelle Historique Ils sont déjà sur scène, ombres discrètes qui s’agitent derrière un drap blanc, légèrement inquiétants, tandis que l’orchestre patiente dans un coin. Qui sont-ils ? Certainement les malades mentaux qui attendent qu’on leur raconte l’histoire du communisme. Moscou, 1953, ambiance hôpital psychiatrique. À la veille de la mort de Staline, un écrivain russe est chargé de transmettre aux malades l’idéologie communiste. Dans ce grand centre d’expérimentation de l’humain qu’est cet hôpital baigné d’une lumière glauque, Victor Quezada-Perez offre une mise en scène outrée, transcendant le texte de Matéi Visniec en langage clownesque, absurde et délibérément grinçant. Les acteurs/acrobates de la Cie Umbral ne laissent aux spectateurs aucune minute de répit, rythmant d’un rock électro-acoustique les reprises des hymnes populaires des Chœurs de l’Armée Rouge. D.M. d La sobriété de la mise en scène donne au début du spectacle l’impression d’une succession de tableaux presque figés : décor réduit au minimum, jeu des acteurs hiératique, conférant à l’ensemble un rythme très lent. Mais peu à peu, le spectateur est gagné par la puissance du texte, la course à la mort des personnages, l’histoire d’amour tragique entre Dora et Yanek, l’engrenage infernal, et la cadence s’accélère jusqu’au point d’orgue de l’image finale : Dora, résignée, soufflant une à une les bougies et rendant ainsi l’espace à l’obscurité, laissant le spectateur en tête à tête avec son questionnement sur le terrorisme, la justice, l’oppression, le sacrifice. ANNIE GAVA ET DOMINIQUE HIGEL Les Justes a été jouée au Chêne Noir du 5 au 27 juillet Histoire du communisme racontée pour des malades mentaux a été joué du 10 juillet au 2 août au Collège de la Salle
11 Tous en cœur Installés sur les gradins de la Posada, posée dans la cour du Collège de la Salle, les spectateurs zieutent les décors. Quelques tables rondes occupées au centre, des caisses, et un orchestre qui patiente. Et ça déboule de tous côtés, en marcels blancs, visages poudrés, bretelles de rigueur ou robes affriolantes. Girel, Pénible, Toinet, Francine, Margot, Malou, la tante Clarisse (ah ! la tante clarisse)… ils sont tous là les personnages de Vincent Scotto, jouant et chantant les succès de l’opérette avec entrain, transformant un Petit Cabanon, les Pescadous, le Plus beau de tous les tangos du monde ou le Cane cane Canebière en airs jazzy que reprend le public entraîné. Un dépoussiérage du texte bienvenu, une mise en scène survoltée de Fred Muhl, le jeu plus que convaincant des formidables comédiens… pari réussi pour une troupe des Carboni en grande forme ! D.M. Un de la Canebière a été joué, dansé et chanté du 10 juillet au 2 août au Collège de la Salle Effet loupe Elles s’appellent Georgia, Margaret, Brenda, Frances et Julia, sont américaines et redoutables. Toutes cinq habillées de la même robe immonde couleur pêche dont nous ne voyons d’abord pas grand chose. Ce sont les visages qui frappent, car rien n’apparaît sinon les masques grimaçants des actrices maquillées à outrance dans un décor vertical où niches et trappes montrent autant qu’elles suggèrent. Des visages de baby doll, mais version trash. Car ces demoiselles sont d’honneur, au mariage d’une des leurs, et quel plus grand plaisir que de médire à tout va, s’apitoyer sur soi-même, dézinguer les autres -les hommes surtout-, et finalement s’apercevoir que la quête du bonheur est souvent vaine. La pièce d’Alan Ball, scénariste remarqué d’American Beauty et créateur de l’excellente série Six Feet Under, aurait pu être plus acide, un brin plus caustique et dérangeante. Qu’importe ! La mise en scène de Marie-Laure Malric, ainsi que la scénographie et les costumes d’Adeline Caron accentuent la dynamique visuelle et permettent aux (excellentes) actrices, véritables marionnettes humaines, d’appuyer le Belge et drôle Dernier jour et dernière représentation ce soir-là au Théâtre des Doms, haut lieu de la culture belge à Avignon. Sur scène un duo bruxellois déjanté, Eno Krojanker et Hervé Piron. Deux artistes qui vont tester les résistances et les limites du rapport comédiens/spectateurs au cours d’un petit déjeuner orageux un soir de carnaval. Autant laisser le titre de côté, c’est une bizarrerie de plus. Car ces deux-là vont les accumuler, débutant par un simulacre de repas qui se termine dans le sang (de cerise) ; ce pourrait être un début et une fin en soi. Mais le propos prend de l’ampleur lorsque les deux compères se mettent à suivre à la lettre les indications enregistrées sur cassette d’un mystérieux admirateur, reçue le jour-même. Foin des conventions lorsqu’il s’agira de jouer, à la demande donc, Don Quichotte (désopilant), la Mouette de Tchekhov avec l’aide d’une spectatrice ou l’ébahissement devant un ciel étoilé. Tout est habilement orchestré, et le public séduit et hilare ! D.M.':, - : Petit déjeuner orageux un soir d’orage a été joué du 7 au 27 juillet au Théâtre des Doms trait jusqu’à la caricature. Elles se régalent, dessinant la trame d’une Amérique oscillant entre puritanisme et décadence. D.M. Cinq filles couleur pêche a été donné du 10 juillet au 2 août au Théâtre de l’Etincelle. À voir également au Théâtre Toursky les 17 et 18 octobre (voir page 16) X-D.R Jean-Paul Lozouet Baroque Abolir les tracas… Avouez que l’idée à de quoi séduire. Surtout lorsque l’auteur du texte s’appelle Fred Vargas, et que l’on s’apprête donc à se débarrasser (pas tout de suite, il y a une méthode, ou du moins des astuces) des « menus emmerdements de l’existence ». Au nombre desquels l’Amour, la Guerre, la Religion, le Sens de la vie, le Librearbitre… À l’origine de L’Abolition des tracas, deux ouvrages, Petit traité de toutes les vérités sur l’existence (2001) et Critique de l’anxiété pure (2003), que l’auteure a « écrit pour rire » et qu’elle a donné « pour rire » à son amie réalisatrice et metteure en scène Lulu Menase. On retrouve avec bonheur l’univers de Fred Vargas, ses mots et jeux de mots, qui dérident et font réfléchir le public complice qui participe à ce long voyage introspectif et poétique. Portée par une mise en scène un peu répétitive parfois, Oriane Littardi est seule sur scène, plantée dans un décor de chantier archéologique conçu par Jo Vargas, peintre décoratrice et sœur jumelle de Fred ; elle s’empare du texte et se l’approprie, envoyant promener d’un geste large « les économistes surfins » qui l’emmerdent, élaborant au fil de savoureuses digressions la méthode « scientifique » de l’éradication des fameux tracas. Un bon conseil, jetez donc aux oubliettes votre « mallette à outils de pressions » ! DOMINIQUE MARÇON L’Abolition des tracas s’est joué du 10 au 21 juillet aux Ateliers d’Amphoux



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