Zibeline n°10 jui/aoû 2008
Zibeline n°10 jui/aoû 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°10 de jui/aoû 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 8,6 Mo

  • Dans ce numéro : Festival d'Aix, de vives voix.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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42 MUSIQUE LA ROQUE D’ANTHÉRON ORANGE Nikolaï le Grand Un gros orage a failli remettre en cause le concert du 20 juillet au festival de La Roque d’Anthéron… Miraculeusement, la pluie a cessé de tomber à l’approche de 21 heures. Il aurait été fâcheux de ne pouvoir assister au triomphe de Nikolaï Lugansky dans Rachmaninov ! Nikolaï Lugansky X-D.R Dans la cohorte du public, qui s’installe lentement sur les immenses gradins du parc du château de Florans, on a pris soin de se munir du poncho fourni par les bénévoles à l’entrée. Chacun prie pour que la mince toile plastifiée le protège d’une averse soudaine. Mais l’orage est passé et ne reviendra plus ! Dimitri Liss et l’Orchestre de l’Oural débutent, avec un poil de retard, par une pièce de Liadov, prélude à une affiche exclusivement russe. On attend la vedette ! Nikolaï Lugansky se fait un peu désirer et chacun frémit à Sacrés tuyaux l’idée du poids du programme que le pianiste va interpréter : les Concertos n°1 et n°3 de Rachmaninov ! Bientôt le tsar des claviers s’installe et attaque à pleins poignets le long thème en fa dièse mineur, sorte de portique sonore qui fut autrefois au générique de feue l’émission littéraire Apostrophe. L’artiste regorge de puissance et ses doigts courent avec netteté sur les touches enchaînant arpèges, gammes et octaves… Rien n’est laissé au hasard : c’est du grand piano qui n’oublie pas de chanter ! Le travail sur le son de Lugansky est somptueux, tempéré par un usage subtil des pédales. Tant de virtuosité laisse le public pantois ! Après les fameuses Danses Polovtsiennes jouées par une formation instrumentale dans son jardin avec Borodine, le pianiste revient pour la folie digitale de l’opus 30. Entre des instants d’une grande tendresse, un chant d’une clarté souveraine, ce ne sont qu’éclairs fulgurants où les accords se succèdent à l’allure des ailes d’un oiseau mouche, des battements de phalanges qui défient les lois de la mécanique corporelle… Après un final à couper le souffle deux Préludes en bis de Rachmaninov, clôturent un programme brillant et assurent le triomphe du Russe. JACQUES FRESCHEL Ascension chromatique 0 pour un Faust populaire m Abdel Rahman El Bacha, est un adepte des marathons pianistiques. On se souvient de son intégrale du piano de Chopin donné dans l’ordre chronologique… et par cœur ! Le 25 juillet, le Libanais proposait d’enchaîner 24 Préludes de Bach, Chopin et Rachmaninov dans l’ordre croissant des tonalités. Pari réussi ! Abdel Rahman el Bacha X-D.R Tout commence par le 1er Prélude en do majeur du Clavier bien tempéré de Bach. Le jeu est souple, avec pédale, un peu tiré vers le romantisme, comme si déjà le pianiste préparait Chopin : pas métronomique, avec un poil de rubato. De fait, c’est dans Chopin, qu’au fil des 72 pièces enchaînées plus de trois heures durant, le stakhanoviste se montre le plus à l’aise. Dans sa lente progression par demi-tons vers l’aigu, la confrontation des styles s’avère intéressante. Chaque ton, majeur puis mineur, apparaît, s’affirme ou s’estompe, plus évasif… de Bach à Rachmaninov. El Bacha s’acharne à unifier le tout, le contraste des langages harmoniques, la différence des styles d’écritures s’échelonnant sur deux siècles d’histoire de la musique. Au fil des trois concerts entrecoupés d’entractes, pour cette rituelle Nuit du piano, le public se prête au jeu, entre dans le rythme de l’artiste, reconnaît deci de-là quelque opus célèbre et reste Formidable succès pour le Faust de Gounod, mis en scène par Nicolas Joël, le 2 août aux Chorégies d’Orange, et pour la somptueuse distribution vocale emmenée par Roberto Alagna et Inva Mula Un immense buffet d’orgue plaqué contre le mur du théâtre antique sert d’unique décor au Faust imaginé par Nicolas Joël. Cette idée permet aux personnages de se mouvoir au pied de majestueux tuyaux de montre, comme dans un château fantasmagorique, sur une terrasse bordée de balustres, sous des arches ouvertes au rez-de-chaussée… Et les symboles qu’on associe d’ordinaire à l’instrument sacré se prêtent au chef-d’œuvre de Charles Gounod. Car chez le musicien, davantage que chez Goethe, l’opus s’attache au combat de Dieu contre Satan. Dans la fosse, habitué des lieux, Michel Plasson défend avec le talent qu’on lui connaît la grande musique romantique française. À la tête de l’Orchestre de Radio France, il sculpte une texture tantôt tranchante ou fondue, soutient des chœurs magistraux (près d’une centaine de choristes issus des opéras d’Avignon, Nice, Toulon et Toulouse) et le magnifique plateau vocal. Une lutte pour l’ut ! En tête d’affiche, Roberto Alagna était inévitablement attendu dans un rôle qui ne lui va plus comme un gant, surtout depuis que le ténor s’est tourné vers des emplois plus lourds. Alors, disons-le tout de suite, la star, le soir de la première, a loupé son contre-ut (celui dit de « la présence ») ! Sur ces fameux mots, Roberto a du s’emmêler les cordes, ébahi par la concentration et la mémoire phénoménale du musicien. Car tout est joué par cœur ! On imagine le travail fourni en amont, les heures passées au clavier à enchaîner toutes ces pages, à en extraire la quintessence afin de bâtir une trame cohérente. Au final, le public ne s’est pas trompé, et salue la performance par une ovation debout ! J.F. hésitant vraisemblablement entre une voix mixte (poitrine/tête) ou un simple falsetto… Hormis ce bémol, le reste a été magistral ! Qui d’autre que lui peut chanter le français avec une telle évidence, clarté dans l’articulation, générosité dans l’émission ? Et quel métier ! On n’est pas de ceux qui jugent une prestation à l’aune d’une seule note… D’autant que, lors de la représentation télévisée captée le lendemain, on a entendu le ténor distiller un habile do, suave et léger… Dans ce contexte, Inva Mula a subjugué le public. Que ce soit dans les sobres couplets du Roi de Thulé ou dans le flamboyant Air des bijoux, puis au fur et à mesure que le drame accable Marguerite, la soprano a montré l’étendue de son talent, sa splendeur vocale, sa pure émotion théâtrale. Que dire également de l’immense stature du Méphistophélès campé par René Pape ? Les gradins du théâtre romain vibrent encore de son effrayant Veau d’or ! Et Jean-François Lapointe (Valentin), formidable baryton d’opéra, a complété un plateau vocal à la hauteur du lieu et de l’œuvre. Car Faust est un vrai opéra populaire, regorgeant de mélodies célèbres. Mais il exige, pour les chanter des voix exceptionnelles. JACQUES FRESCHEL
Un oratorio à la scène Le parti pris de mettre en scène l’oratorio Belshazzar de Haendel au festival d’Aix s’est avéré judicieux : l’habile scénographie de Christof Nel, la direction millimétrée de René Jacobs ou l’aisance du contre-ténor Bejun Mehta en ont scellé le triomphe Un spectateur qui serait arrivé en retard lors d’une représentation de Belshazzar au Grand Théâtre de Provence, au milieu d’une vaste fugue chantée en anglais à la gloire du Divin ou lors de l’Amen conclusif, aurait eu de quoi tiquer ! En effet, ces pages sont caractéristiques d’un genre particulier : l’oratorio sacré. À la différence des opéras (joués avec décors, costumes et mise en scène…), ces drames, souvent historicobibliques, n’étaient pas représentés. Est-ce pour autant un sacrilège que de les « monter » ? Non ! Cette nouvelle production du festival d’Aix prouve le contraire ! Certains oratorios possèdent une telle intensité dramatique que les porter à la scène ne nécessite pas un insurmontable effort d’imagination. Cela les rend, du reste, plus abordables. Belshazzar est de ceux-là ! L’histoire de ce tyran babylonien, vaincu par Cyrus libérateur du peuple juif, possède de nombreux ressorts dramatiques que la mise en scène de Christof Nel a su habilement exploiter. Un décor vertical en fausse perspective sert de terrain de jeu aux pantomimes d’un roi coiffé d’une improbable couronne d’opérette ; à des acrobates hommes de main du pouvoir, au chœur siégeant parfois, face au public, comme son propre miroir… Certains effets sont captivants, comme ce mur dégoulinant de sang, soudain dressé à l’avant-scène, alors qu’un instant plus tôt le vin coulait à flots lors d’une bacchanale… Côté musique, le style alternant récits et airs ne diffère pas de l’opéra, et l’utilisation de l’anglais (à la différence de l’italien pour l’opéra) semble clairement renouer avec la tradition de Purcell. Dans la fosse, les instruments La boucle est bouclée anciens de l’Akademie für alte Musik Berlin font merveille. Dirigé avec précision et souplesse par René Jacobs, l’orchestre richement doté fournit une vaste palette d’accompagnements : orgue feutré, basse de viole, cordes pincées de clavecins et de théorbes, trémolos de violons, contre-chants de hautbois et flûtes… Les voix du RIAS-Kammerchor sont homogènes et les solistes admirables. De la distribution, on retient la performance rare d’un contre-ténor au timbre chaleureuxei 43 et puissant aux aigus assurés et séduisants : Bejun Mehta (Cyrus). À ses côtés, l’élégant ténor léger Kenneth Tarver, roi perverti par le pouvoir, brille par son aisance corporelle. Neal Davis, noble vengeur, émeut par son style de baryton mélodiste (mais manquant de grave), Kristina Hammarström (alto) campe un prophète Daniel tout en noblesse de ton. Enfin, la soprano Rosemary Joshua, dans le rôle cornélien de la mère du Tyran, regorge de vérité expressive. JACQUES FRESCHEL Premier ouvrage représenté il y a 60 ans dans la cour de l’Archevêché, Cosi fan tutte justifie à lui seul l’hommage rendu aux fondateurs du Festival d’Aix Parfois le destin d’une œuvre ne tient qu’à un coup du sort. C’est ce qu’à du se dire Mozart au début de l’année 1790 lorsque le formidable accueil réservé à son opéra bouffe au Burgtheater de Vienne pour son ultime collaboration avec le librettiste Da Ponte fut littéralement éclipsé par le décès de Joseph II. Deuil oblige, les théâtres ferment et l’activité reprend, Cosi est déjà oublié et sa longue vie pressentie un lointain souvenir… À Aix l’auditoire comblé n’a sans doute pas eu à se poser ce genre de question, profitant pleinement de la qualité de la distribution fort jeune mais réussie. Judith Van Wanroij dans le rôle de la femme de chambre Despina fut sans nul doute l’étoile de cette soirée. Outre ses talents scéniques, cette soprano hollandaise place remarquablement bien sa voix et donne une impression de légèreté dans les aigus, vocalisant à FESTIVAL D’AIX souhait. De là à éclipser Fiordiligi et Dorabella ? N’exagérons rien, mais Sofia Soloviy et Janja Vuletic, au demeurant de très bonnes interprètes, paraissent légèrement en retrait de leur soubrette ! Et les hommes dans tout ça ? Une analyse analogue est de mise, avec en tête le puissant Don Alfonso (William Shimell) devant Guglielmo (Edwin Crossley- Mercer) et Ferrando (Finnur Bjarnason). La Camerata de Salzbourg se veut précise et fidèle à une authenticité orchestrale sous la baguette d’un Christophe Rousset plus à son aise dans les récitatifs au piano-forte qu’à la direction. Bien qu’il intervienne peu, le chœur affiche une jolie présence et une belle homogénéité, avec parfois un petit bémol pour les aigus (le festival souhaite avoir son propre chœur en reconduisant tous les ans les mêmes artistes, ce qui sera bénéfique). La mise en scène originale du cinéaste Abbas Kiarostami n’a pas dérouté le tout Aix, alternant décors classiques, film en fond de scène aux inflexions contemporaines parfois surprenantes mais bienvenues (un petit point devenu voilier s’approchant inexorablement vers nous) et jeu d’ombres chinoises servies par la palette de lumières de Jean MUSIQUE Kalman. Un succès éclatant pour cette école de la vie qu’est Cosi. FRÉDÉRIC ISOLETTA Cosi fan tutte a été joué du 4 au 19 juillet au Théâtre de l’Archevêché Elisabeth Carecchio Elisabeth Carecchio



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