Zibeline n°10 jui/aoû 2008
Zibeline n°10 jui/aoû 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°10 de jui/aoû 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 8,6 Mo

  • Dans ce numéro : Festival d'Aix, de vives voix.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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40 MUSIQUE Nicolae Bretan est né en Transylvanie en 1887. Anti-nationaliste, il composa de nombreux Lieder et des opéras entre 1921 et 1942 dont il écrivit lui-même les livrets en roumain, en hongrois ou en allemand. Bretan subit le joug des deux grandes dictatures du XX e siècle. La famille juive de sa femme fut persécutée par les nazis et lui-même a été mis à l’index une fois la Roumanie livrée au stalinisme. Réduit au silence à partir de 1948, ses opus ne seront réhabilités qu’à partir des années 1990, soit plus de 20 ans après sa disparition en 1968. Deux de ses opéras ont ainsi été redécouverts sur la scène de l’opéra de Marseille : des opus condensés, en un acte, chantés en version de concert. Le MUSIQUES INTERDITES Requiem au camp de la mort Le festival Musiques Interdites a investi l’Opéra de Marseille pour deux soirées. Le 11 juillet, le théâtre lyrique a fait salle comble pour entendre une bouleversante interprétation du Requiem de Verdi donné dans un contexte historique et tragique : au camp de Terezin en 1944 Terezin fut un camp de transit que les nazis voulurent faire passer pour un « ghetto modèle ». Son intendance quotidienne était autogérée par les juifs. Au demeurant, cette sombre vitrine ne dissimule nullement l’implacable génocide mis en œuvre dès 1942 : sur 140 000 internés, 90 000 furent envoyés à Auschwitz et 33 000 périrent sur place. La population du camp comportait une forte proportion de musiciens issus de Bohème. Des orchestres et chorales, tolérés par les nazis, donnèrent des concerts, en particulier pour les visites de la Croix-Rouge, où des mascarades étaient organisées, films de propagande à l’appui, afin de faire taire les rumeurs qui commençaient à grandir en Europe sur l’horreur de la solution finale. En 1944, un projet voit le jour : jouer le Requiem de Verdi. Le chef d’orchestre Raphaël Schächter réunit des musiciens présents sur place et, tant bien que mal, un quatuor de chanteurs qui changera au fil des départs des convois vers les camps d’extermination. Les répétitions et l’exécution de cette Messe des morts ont été racontées par un jeune juriste rescapé : Opus exhumés Le lendemain, 12 juillet, le programme a donné l’occasion de découvrir deux opéras oubliés d’un compositeur roumain Nicolae Bretan Joseph Bor. C’est à partir de ce récit que Michel Pastore imagine un oratorio qui, sur le plateau nu de l’Opéra de Marseille, a pris la forme d’un rituel puissant. premier, Golem, narre l’aspiration d’une statue de terre à la vie et à l’amour pour la fille de son créateur. La révolte de la créature est soutenue musicalement par un récitatif continu, syllabique et près du texte, qui se développe avec un lyrisme expressif, dans la lignée du postromantisme européen. Si le second opéra Arald, s’avère plus mystérieusement symboliste, sa forme (ABA) se révèle étonnante, rare pour une œuvre lyrique. L’opus a donné l’occasion à Jean-Philippe Lafont, dans un air imposant (Bretan était baryton d’opéra), de faire la démonstration de tout son talent, fort bien secondé par le ténor Jean-Luc Viala, la basse Roman Vocel et la soprano Delia Noble qui a rempli courageusement son contrat malgré une lourde laryngite. Un programme dense L’affiche de cette soirée a été complétée par l’œuvre d’un artiste qui a survécu aux camps de la mort. Paul Aron Sandfort composa, peu avant sa disparition en e Agnès Mellon Une prière universelle De fait, la liturgie latine, étrangère aux juifs, chantée dans ce contexte, offre un prisme étonnant, une distanciation foncièrement émouvante. L’impressionnant Dies irae (Jour de colère), le suppliant Donaeis requiem (Donne-leur le repos) ou le déchirant Libera me (Libère-moi) résonnent comme une prière universelle où l’inévitable mort annoncée n’exclut pas le fol espoir d’un possible salut. On le sait aujourd’hui, c’est leur propre Requiem qu’ont interprété ces musiciens juifs en 2007, un septuor sur un poème qu’il avait écrit en 1947 : Le Rabiot. Ce texte décrit l’état d’inhumanité dans lequel se trouve l’interné soumis à la faim. Pour cette création, Dominique Koudrine (récitante) Jean-Philippe Lafont X-D.R sursis : après l’exécution de l’œuvre devant Eichmann, ils ne furent pas séparés… on les regroupa dans des wagons à bestiaux en partance vers les chambres à gaz. L’engagement des artistes autour de ce projet de Michel Pastore est remarquable : l’Orchestre de l’Opéra de Marseille, le chœur Ad Fontes Canticorum sous la baguette de Cyril Diederich, Fabrice Luchini en récitant à la diction sobre et dont la présence scénique est toujours captivante. Côté solistes, dans cette liturgie désordonnée, interprétée au gré des répétitions de 1944, on retient les pâtes vocales puissantes de la mezzo, du baryton Jean-Philippe Lafont, le timbre ensoleillé du ténor Jesus Garcia investi dans son personnage de jeune allemand, démasqué et terrorisé, se cachant au milieu du chœur afin de fuir une mobilisation pour le front de l’Est. On s’incline également devant la générosité expressive de la soprano Sandrine Eyglier, en particulier dans son ultime et furieux « Libera me », déchirant chant du cygne crié à la face de ses bourreaux ! a été brillamment soutenue par des solistes de l’Orchestre Philharmonique de Marseille. La soirée s’est achevée par l’ultime Sonate pour piano de Victor Ullmann(1898- 1944). Ce musicien, également sorti de l’ombre, composa sur du papier misérable une vingtaine d’œuvres au camp de Terezin… avant son aller-simple pour Auschwitz. Sa sonate inachevée, interprétée par Valdik Polianov, oscille paradoxalement entre une esthétique néoclassique gaie et légère et un contrepoint obstiné qui se souvient de Bach. Une réelle découverte ! JACQUES FRESCHEL
LISZT OPÉRA AU VILLAGE NUITS D’ÉTÉ MUSIQUE 41 Bastide provençale et piano romantique 0 Parmi les nombreux « petits » festivals que notre région accueille l’été venu, celui consacré à la mémoire de Liszt au Château Saint Estève d’Uchaux (Vaucluse) est à découvrir : pour son cadre, sa convivialité et la qualité des artistes invités par Thérèse Français On débouche, au milieu des vignobles, par une longue allée qui fait face à la demeure : une bastide provençale et ses dépendances attenantes. Ce sont les maîtres des lieux qui accueillent le public cosmopolite se présentant par petits paquets devant une billetterie sommaire : une simple table plantée auprès d’un bassin. On parle anglais, allemand… À la nuit tombante, les deux ou trois cent personnes présentes s’installent sur les chaises alignées au pied d’un perron, situé contre le frontispice, sur lequel trône un piano de concert. Première surprise : c’est un Fazioli ! Ce piano de fabrication italienne connaît, depuis une vingtaine d’année, un vif succès auprès de pianistes comme Ciccolini, Brendel ou Hamish Milne Dmitri Simakov Herbie Hancock, en particulier pour sa sonorité claire et uniforme. Deuxième satisfaction : l’acoustique du lieu est excellente ! Le son se réfléchit contre l’angle adjacent à la façade et ne se perd pas. Enfin le 22 août, on découvre un pianiste de valeur, très peu connu chez nous. Hamish Milne est le cinquième invité de cette 11 e édition de Liszt en Provence, après Mikhaïl Rudy, Daniel Propper, Agnès Graziano et Sodi Braide. Ce soliste et pédagogue anglais, un peu pris à froid par les variations de l’Impromptu en si bémol de Schubert, révèle toute la sensibilité d’un jeu subtil et nuancé dans la Sonate en mi bémol majeur de Haydn. En seconde partie, ce fin musicien développe, avec sobriété et clarté de jeu, une profonde poésie dans la Première Année de Pèlerinage que Liszt a consacré à la Suisse. Si le virtuose manque d’un poil de cylindrée dans l’exigeant Orage, le reste de l’opus est joué avec un sens rare de la respiration et du chant. De plus, Hamish Milne n’est pas avare en bis, et donne de délicates pièces de Bach et Chopin qui clôturent favorablement la belle soirée… avant un passage obligé à la dégustation de crûs du château ! J.F. Un Opéra à la campagne Connaissez-vous Pourrières dans le Var, petit village entouré de vignobles et d’oliviers ? Ses habitants, loin d’être oisifs, s’y livrent à la création de petits opéras méconnus pour lesquels ils réalisent décors et costumes durant une année. Ils cherchent un opéra, choisissent le metteur en scène, contactent les interprètes, accueillent le public, tout cela avec professionalisme ! Les représentations ont lieu dans la cour du Couvent des Minimes construit au XVI e siècle et restauré avec amour et patience par Jean de Gaspary, son propriétaire, qui participe aux décors. La soirée en 3 parties commence sous les marronniers par un repas berrichon accordé au thème de l’opéra, accompagné des vins du terroir. Puis une Nuit Romantique, Au temps de Nohant, création de Christelle Neuillet et Bernard Grimonet, directeur artistique, reconstitue une soirée musicale chez George, entourée de ses amis Rossini, Delacroix et Pauline Viardot. Tout cela enlevé et joyeux, avec des airs de Schubert, de Liszt, Mozart, Glück, soulignant les goûts musicaux de l’époque. Enfin Cendrillon, opéra de 1904 de Pauline Garcia Viardot, fille d’un célèbre chanteur et soeur de La Malibran, dont le talent et la compétence ont couvert le XIX e siècle, puisqu’elle vécut de 1821 à 1910. Œuvre fraîche et délicate qui raconte une histoire de Cendrillon qui finit bien. Tout y est : père faible, sœurs cruelles, prince marivaldien travesti en valet, dans une scénographie efficace et une distribution de qualité. CHRIS BOURGUE Cendrillon a été joué dans le cadre de L’opéra au village à Pourrières du 17 au 24 juillet 0 Pauline Viardot-Garcia X-D.R. Côté Cour, de Naples à Séville Brigitte Peyré et Muriel Oger-Tomao ont convié à une balade intimiste dans la cour tranquille du Musée Granet. Grâce à leur amitié complice et leur tessiture jumelle, elles passent avec malice du premier au second soprano quand elles sont en duo, mélangeant ainsi leurs tessitures et leurs registres, l’une chantant où l’on attendait l’autre ! Mises en scène avec finesse et humour par Bernard Colmet, elles ont enchanté le public. Les airs étaient variés : Donizetti et Rossini qui avaient composé pour leur amie Pauline Viardot, chansons napolitaines de Paolo Tosti, zarzuelas de Francisco Barbieri ; le thème intemporel de l’amour romantique en accord avec la nature revenait souvent, bien sûr, mais aussi la nostalgie des amours défuntes ou l’attente de celui qui ne vient pas. Sensualité et fantaisie étaient soulignées par la subtilité du piano de Marie-France Arakélian qui n’a pas hésité à participer au jeu dramatique ; ainsi le trio s’est montré décapant. Inoubliable : La pastorella delle Alpi de 49 Rossini, air dans lequel Brigitte Peyre, parfaite bergère, appelle ses chèvres en imitant leurs bêlements, telle Manon dans ses collines ! CHRIS BOURGUE Ce concert a eu lieu le 17 juillet au musée Granet (Aix) B.Peyre et M. Oger-Tomao Gilles Mickaelis



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