Yegg n°90 jui/aoû 2020
Yegg n°90 jui/aoû 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°90 de jui/aoû 2020

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 42

  • Taille du fichier PDF : 12,2 Mo

  • Dans ce numéro : décryptage, l'urgence féministe.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Nous Toutes. Loulou Robert en arrive à la même conclusion. De nombreux extraits sont parlants et bien argumentés, nous ne pouvons les exposer ici, le livre étant actuellement en relecture et corrections. La maison d’édition accepte que nous en choisissions un seul, court  : « Non, rien n’est gris. Le viol n’est pas gris. Le sperme n’est pas gris. Le sang n’est pas pris. La douleur n’est pas grise. La culpabilité n’est pas grise. La manipulation n’est pas grise. Les prédateurs ne sont pas gris. » Elle explique qu’au départ, la zone grise lui était confortable. Une manière de la soulager quelque peu de sa honte. Une façon de déformer la réalité. Elle fait éclater les barreaux de cette zone grise qui n’aide pas les victimes. Non, cette zone grise, elle protège les agresseurs, les violeurs. Elle est une invention, un schéma, un outil de la culture du viol. APPRENDRE AUX ENFANTS À RESPECTER LEUR CORPS ET CELUI DES AUTRES « Ce n’est pas un petit sujet, le consentement. Quand on ne l’apprend pas, ça peut avoir des répercussions dramatiques. On peut en parler dès le plus jeune âge. La planche dessinée d’Elise Gravel qui explique le consentement aux enfants est parfaite, elle est super bien adaptée. », signale Biance Brienza. En effet, l’autrice et illustratrice canadienne propose en neuf cases dessinées d’aborder le consentement à destination des enfants. Ainsi, on peut lire  : « Si l’autre personne ne te répond pas oui, ne lui fais pas de câlin. Elle est peut-être trop gênée pour te dire non. Elle a peut-être peur de te faire de la peine. Ça ne veut pas dire qu’elle veut un câlin ! Pas de oui = pas de câlin. C’est la même chose pour les bisous, les caresses, donner la main et cette règle s’applique aussi aux grandes personnes. Les adultes non plus ne devraient pas te toucher sans ta permission. Ton corps t’appartient et le corps des autres leur appartient. Tu ne peux pas toucher les autres sans leur permission et les autres ne peuvent pas te toucher sans la tienne. » En lisant cette courte bande dessinée avec des enfants ou en leur diffusant la vidéo Le consentement expliqué aux enfants, réalisée par Blue Seat Studios, des discussions peuvent s’amorcer, ou non. Aucune obligation. Simplement, oui, il est possible d’en parler avec Juillet - Août 2020/yeggmag.fr/30 focus des enfants. « Il n’y a pas besoin d’attendre l’adolescence. On peut leur apprendre à respecter leur corps, qu’il est à eux. Bien sûr, ce sont des enfants alors on se heurte parfois à des limites comme mon fils qui me dit « C’est mon corps, mes besoins donc je ne prends pas de bain. » Après ça, c’est dur d’expliquer que là non en l’occurrence, il n’a pas le choix il va aller se laver… Mais bon, le message passe. Et on peut en parallèle leur apprendre à respecter le consentement de l’autre. Le oui, le non, c’est important. Et ça vaut aussi pour le corps des parents, moi je n’aime pas que mes enfants pensent que mon corps est un arbre. Je n’ai pas envie qu’ils m’escaladent ! Attention, là, je donne juste des pistes, il n’y a pas de recettes miracles. », s’exclame Bianca Brienza. Elle ne veut pas rajouter d’injonctions aux parents. La réponse parfaite n’existe pas. C’est un cheminement et chacun-e fait à sa façon. « Se renseigner pour comprendre les injustices, c’est déjà un pas pour y remédier. Il y a pas mal d’infos maintenant sur les inégalités entre les femmes et les hommes, pas mal de podcasts qui font du bien, des illustrations du quotidien. Et c’est important. Et les inégalités commencent dès le plus jeune âge. La socialisation différenciée, les stéréotypes de genre, etc. On remarque que généralement les filles manquent de confiance et qu’elles sont socialisées à faire plaisir aux autres. Rien que de dire non, ça leur coûte. Et ça implique de connaître ses limites et de les respecter. Par notre socialisation, on ne nous met pas dans des situations favorables pour nous protéger. Si on veut faire bouger les lignes, je pense que ça passe non pas par de nouvelles injonctions à faire peser sur les femmes, mais par l’information. », conclut-elle. LA VOIE DE L’ÉMANCIPATION Le savoir est empouvoirant. Mais il n’est pas suffisant. Aujourd’hui, l’émancipation des femmes est abordée à toutes les sauces. Mais pouvons-nous réellement parler d’émancipation quand nous ne percevons pas ce qui fonde la base de notre consentement ? Bien sûr, sur certains points, on peut parler d’émancipation et ce serait violent de penser le contraire. Mais dans quelle mesure est-ce que l’on s’affranchit
« Je ne veux plus rien subir. Ayant vécu un viol, je sais ce que c’est de subir à 300%. Je me démerde pour vivre avec un minimum de contraintes. Je fais ce que je veux. Tant que je ne fais de mal à personne. » des normes et injonctions dues à notre sexe et à notre genre ? Dans La charge sexuelle, Caroline Michel et Clémentine Gallot signalent  : « Dépasser le souci de soi pour passer d’objet désiré à sujet désirant, c’est d’abord cesser de se voir uniquement à travers le regard de l’autre, mais aussi s’interroger sur ses besoins, ses désirs, ses limites et surtout, parvenir à les formuler. Cela revient aussi à questionner ses fantasmes, par exemple, l’érotisation de la violence, au lieu de les considérer comme immuables. Un obstacle supplémentaire, quand le soin de l’autre passe, nous le verrons, parfois avant le reste. » La journaliste Giulia Foïs affirme que l’on peut être actrice de sa vie. « Je ne veux plus rien subir. Jamais. Quand on subit réellement, c’est très rare. Ayant vécu un viol, je sais ce que c’est de subir à 300%. Dans chaque situation où j’ai l’impression de subir, je récupère de l’air quand je comprends quelle est ma part de responsabilité. », nous dit-elle. Sa responsabilité dans le viol subi lorsqu’elle avait 17 ans ? Aucune. Mais ça, elle ne l’a pas intégré sur le coup. Ni même le lendemain ou le surlendemain. Le viol, le procès, l’accusé acquitté, l’après. Elle n’a pas consenti au viol, elle n’a pas consenti à l’après. Elle relate cela dans Je suis une sur deux, dont la quatrième de couverture commence justement en offrant le choix au lectorat. On peut lire le livre. On peut ne pas lire le livre. « Un oui n’a de valeur que si on peut dire non. Face à une figure d’autorité, il vaut quoi le oui ? », répond Giulia Foïs. Le violeur en face d’elle cette nuit-là à Avignon, l’asperge de lacrymo et la menace avec un cutter. « Ma vie a pris un chemin de traverse et je ne l’ai pas décidé. Longtemps, je suis restée sur focus l’itinéraire bis et ça c’était sans mon consentement. Aujourd’hui, j’ai une vie que je ne changerais pour rien au monde. Au détail près que je ne prends plus le métro après 22h. On a intégré la peur des espaces publics. Je ne veux plus avoir l’estomac noué, je ne prends plus le métro. Oui, c’est injuste, quelle énergie, quelle créativité, quelle fatigue… pour avoir la vie qui nous plait. On a rien fait de mal et on doit sortir une énergie de dingue pour avoir une vie « normale », douce et légère. Une vie qui ne coûte pas à chaque pas. Je n’ai pas consenti au viol et à la suite. Mais ma vie d’après, je l’ai eu, je l’ai et elle est chouette. », argumente la journaliste qui un jour, en tant que journaliste, réalise pour Marianne une enquête sur les violences sexuelles. Les témoignages, les interviews, les rencontres vont l’aider à comprendre ce qui lui est arrivé  : « Ça m’a sauvée. De comprendre que dans le viol, ce n’est pas vous le problème. Et là, vous déplacez la colère contre ce monde qui autorise, voire encourage, le viol. » Pendant son travail sur cette thématique, elle croise la route de Me Katz. Il lui dit alors  : céder, ce n’est pas consentir. « Je pesais alors 10 tonnes de moins. Oui, j’ai cédé mais je n’ai pas consenti. Je ne voulais pas du viol, je voulais vivre. Et pour pouvoir vivre, je devais lâcher mon corps. Ça, ça a tout changé. Tout ! Je me suis alors démerdée pour vivre avec un minimum de contraintes. Je fais ce que je veux. Tant que je ne fais de mal à personne bien sûr. Ça donne que je suis freelance à vie. Je ne veux pas de la vie de bureau, je veux aller au travail quand je veux, je ne veux pas me retrouver à passer la journée avec des gens que je ne supporte pas. Ce qui ne veut pas dire que je ne sais pas travailler en équipe. Je sais le faire. Dans mes contrats, je demande Juillet - Août 2020/yeggmag.fr/31



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