Yegg n°90 jui/aoû 2020
Yegg n°90 jui/aoû 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°90 de jui/aoû 2020

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 42

  • Taille du fichier PDF : 12,2 Mo

  • Dans ce numéro : décryptage, l'urgence féministe.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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été pratiqués par des médecins, qui auraient prétexté des opérations bénignes pour se faire ensuite rembourser par la Sécurité sociale. La politologue le dit  : « Le ventre des femmes a été racialisé. » Rappelons qu’en France, à cette même époque, les femmes n’ont pas le droit d’avorter. En parallèle, à La Réunion, « les journaux révèlent que des avortements auraient été pratiqués non seulement sans consentement, mais sur des femmes enceintes de trois à six mois, et qu’ils auraient souvent été suivis de ligature des trompes, toujours sans consentement. » L’affaire ne s’arrête pas à une escroquerie médicale et financière. Elle est politique. Profondément politique. C’est un contrôle des naissances orchestré par les gouvernants. L’autrice analyse les événements sous le prisme du féminisme décolonial. Parce que là aussi rappelons qu’en France, les femmes militent pour le droit à l’avortement et à la libre disposition du corps. Quand le scandale se répand dans la presse, les militantes du MLF (Mouvement de Libération des Femmes) ne s’en saisissent pourtant pas. « On ne peut pas comprendre la politique de contrôle des naissances des années 1960 – 1970 dans les DOM si on ne tient pas compte de la longue histoire de la gestion du ventre des femmes dans les colonies esclavagistes et postesclavagistes, si on n’aborde pas les politiques de l’Etat, du capital et du patriarcat, et les liens qui existent entre administration de la reproduction, migrations et force de travail. », souligne Françoise Vergès. Juillet - Août 2020/yeggmag.fr/26 focus « On atteint un summum de non respect du consentement pendant les accouchements. Autour des femmes enceintes, on cumule les stéréotypes... » Elle poursuit quelques pages plus loin  : « C’est en ayant organisé de manière industrielle une ponction sur les sociétés africaines pendant plusieurs siècles que le capitalisme a pu se construire. Et la source invisible de cette ponction n’est autre que le ventre des femmes africaines, dont les enfants sont capturés pour être déportés. La reproduction de la main d’œuvre sera donc assurée par des millions de femmes africaines dont le travail ne sera pas reconnu dans l’analyse de la reproduction et de la division internationale du travail. La focalisation, tout à fait légitime, sur les conditions de vie et de travail de femmes esclaves et sur la reproduction des corps esclavagisés dans les colonies où l’enfant était automatiquement propriété du maitre a contribué à l’effacement de ce premier acte de dépossession du ventre des femmes. C’est sur ces liens entre reproduction, division internationale du travail, organisation de la traite et des migrations et viol que je veux revenir dans ce chapitre pour comprendre l’héritage de la gestion des naissances dans les DOM au XXe siècle. » Le patriarcat est racialisé. On a hiérarchisé les sexes mais aussi les couleurs de peau. Et cela continue. Les femmes blanches ont quitté leur rôle de mères au foyer pour aller travailler. Elles ont confié leurs enfants aux femmes racisées, qui occupent désormais les postes les plus précarisés financièrement et socialement (aides soignantes, femmes de ménage…). Côté sexualité, on érotise et on fantasme les corps des femmes racisées que l’on qualifie « d’exotiques ». On nourrit autour de leurs sexualités des stéréotypes racistes et sexistes, toujours très empreints de pensées colonialistes. Les non blanc-he-s sont inférieur-e-s, on possède l’intelligence, on possède l’argent, on possède les corps des femmes non blanches. Dans ce contexte, il est impossible d’imaginer que leur consentement soit respecté. En 2020, des avortements et stérilisations sans consentement sont toujours pratiqué-e-s à travers le monde, notamment sur les femmes vivant avec le VIH. Les femmes sont toujours réduites à une fonc-
tion d’objet, dénué d’esprit, d’intelligence et de curiosité. Et donc d’avis et de ressenti. L’idée de l’esclave noir qui ne ressent pas la douleur des coups de fouet n’est jamais bien loin… LAISSEZ-NOUS FAIRE, MADAME Par là, nous nions encore et toujours l’existence du corps des femmes et leur capacité à choisir. L’IVG, la contraception, la grossesse, les poils, le sexe des femmes, la sexualité… Il faut livrer bataille en permanence. Sur tout et notamment sur tout ce qui touche au corps des femmes. On considère que les femmes ne savent pas et c’est très bien comme ça. Et face au secteur médical, les témoignages dénonçant des violences à l’encontre des femmes se multiplient. Ainsi, lors du confinement, l’association Parents & Féministes et le collectif Tou-te-s contre les violences obstétricales et gynécologiques alertent les médias et la population sur les conditions d’accouchement et d’hospitalisation à la maternité. Le communiqué relate des maltraitances, violences gynécologiques, actes médicaux pratiqués sans consentement ni information, négligences, propos culpabilisants et sexistes « des faits intolérables, inhumains, qui ont été rapportés en grand nombre. » Les deux structures précisent  : « Cela s’est passé en France, en 2020, dans des maternités. Ces actes ont été déjà dénoncés par le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes dans son rapport du 29 juin 2018. Force est de constater que rien n’a changé depuis. Pire encore, l’épidémie a peut-être accentué l’usage de ces pratiques. » Sur le site de Parents & Féministes, les témoignages sont édifiants, comme celui de Lilou par exemple qui explique n’avoir reçu aucune demande de consentement pour la péridurale et avoir été endormie là encore sans son consentement (l’équipe médicale dira le contraire à son mari). Nombreuses sont celles qui ont entendu les médecins leur dire qu’ils agissent pour leurs intérêts à elles, leur santé à elles, la santé de leur bébé. Certes, on ne remet pas en cause le professionnalisme. On dénonce en revanche le paternalisme. Cet air de dire « vous ne savez rien, moi je sais, arrê- Et le polyamour ? « Ce qui pour moi allège la charge sexuelle dans le polyamour, c’est tout cet apprentissage autour du consentement. J’ai appris que je pouvais dire « oui » ou « non » à n’importe quel moment, affirmer que j’aimais mieux telle ou telle pratique, proposer des plans à plusieurs, embrasser des filles si elles étaient d’accord, solliciter un contact ou au contraire en refuser un, aussi anodin soit-il. Et la communication est également au centre du polyamour. » Juliette, 35 ans, témoigne dans le livre La charge sexuelle de Caroline Michel et Clémentine Gallot. Ses propos poussent à la réflexion. Sortir du cadre hétéronormatif lui a permis de découvrir, explorer, identifier, assumer, affirmer, essayer, dans un cadre de respect et de bienveillance envers soi et envers les autres. L’apprentissage ne s’est pas instantément. Et l’affranchissement des normes a été progressif. « On veut se préserver focus les un-e-s les autres, ne pas se faire souffrir, on se dit les choses, on se dit oui, on se dit non. Mais pour autant, dans le polyamour, la nana nous a expliqué qu’au tout début, quand elle flirtait avec un autre mec, elle se sentait quand même obligée de répondre à certains codes. Alors même qu’elle était dans une configuration avec des codes de transparence, de communication, de respect et moins de non dits. Tu réinventes en fait. Alors que dans l’hétérosexualité, tu fais avec ce qu’on t’a donné, donc c’est plus compliqué Pour autant, elle était soumise à ça au début. Même quand on s’assume, il y a toujours une part de toi qui vient te rappeler les normes. Ça te ramène toujours à ce que tu as appris gamine. Mais c’est certain, on a plein de choses à apprendre du polyamour. », nous précise Caroline Michel. Oui, plein de choses à apprendre. Clairement.



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