Yegg n°90 jui/aoû 2020
Yegg n°90 jui/aoû 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°90 de jui/aoû 2020

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 42

  • Taille du fichier PDF : 12,2 Mo

  • Dans ce numéro : décryptage, l'urgence féministe.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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la victime sera devenue coupable. Coupable de ne pas pouvoir prouver son non consentement avec des marques de coups ou de strangulation par exemple, coupable d’être sortie de chez elle, coupable d’avoir été dans l’espace public, coupable d’avoir été souriante face à cet homme, coupable d’avoir été polie, coupable d’avoir entamé une conversation avec cet homme, coupable d’avoir dragué cet homme, coupable d’avoir porté une jupe, coupable d’être montée dans cette bagnole, coupable de ne pas avoir dit non assez tôt (on se rappelle pourtant que le consentement n’est pas immuable…), coupable d’avoir porté un string. En 2018, en Irlande, un homme de 27 ans, accusé de viol par une jeune femme de 17 ans, est acquitté par le tribunal. Parce qu’il a apporté la preuve du consentement de celle qui l’accuse  : elle portait un string. Tollé général, l’affaire provoque l’indignation et lance le #ThisIsNot- Consent. Pour autant, les mentalités n’évoluent vraisemblablement pas. « Les habits ne sont pas un consentement. Traduction  : je peux, NE PAS porter de ceinture de chasteté avec serrure cinq points et NE PAS forcément avoir envie de sexe. Je peux dire NON, sans que ça veuille dire OUI. Pardon, je ne prends pas les auditeurs pour des débiles, mais visiblement, certains messages ont du mal à passer. Pour preuve, cet acquittement, dans une affaire de viol, à la cour d’assises des mineurs de l’Aveyron, il y a quelques jours. Le non consentement de la victime a été jugée difficile à établir. Elle avait 13 ans. Elle était déficiente mentale… Comme elle, une femme sur trois subira des violences sexuelles et/ou physiques au cours de sa vie – ce sont les chiffres de l’OMS. », scande Giulia Foïs dans sa chronique. La question est latente  : pourquoi dans les affaires de violences sexuelles, les victimes sont sans cesse retoquées au motif que leur non consentement est difficile à prouver ? FORTES PRESSIONS Dans l’enquête réalisée par Nous Toutes, on constate qu’elles sont nombreuses à subir, au cours de leurs vies sexuelles et affectives, de la pression et des violences. D’ordre psychologique notamment puisque 49% des femmes Juillet - Août 2020/yeggmag.fr/20 focus déclarent qu’elles ont déjà subi des propos dévalorisants de leur partenaire sur le fait qu’elles n’avaient pas envie d’avoir des rapports sexuels. Mais aussi des violences sexuelles  : 53% des femmes déclarent avoir fait l’expérience avec un ou plusieurs partenaires d’un rapport sexuel avec pénétration non consenti. Beaucoup de femmes ont adressé des commentaires à Nous Toutes à la suite du questionnaire. « Ce questionnaire a montré à quel point ce que nous pensions être normal ne l’était vraiment pas. », « En répondant « oui » à certaines questions, j’ai pris conscience qu’elles ne m’avaient jamais été posées… Que j’ai vécu, pendant les 50 premières années de ma vie (! ! !) des faits sans avoir dit « oui », en totale inconscience que j’étais en situation d’avoir un avis. » ou encore « J’ai répondu en me disant être exempte de tout ça et pas concernée vraiment, et bien non, j’ai subi maintenant je m’en aperçois, sur des choses que je croyais normales et c’était moi qui n’était pas à la hauteur. » Parce qu’à force d’entendre qu’on est coincées, qu’on est frigides, qu’on est répugnantes avec notre gros ventre, nos grosses cuisses et notre cellulite et qu’on devrait s’estimer heureuse qu’un homme veuille bien nous baiser, on finit par s’en convaincre et par se dévaloriser. En tant que femmes, nous avons intégré que nous étions au service de l’autre, que l’homme avait des besoins et des désirs bien supérieurs aux nôtres et qu’il était normal de se forcer un peu pour faire plaisir à l’autre, en s’oubliant soimême. Leurs besoins sont colossaux, nous ne pouvons les satisfaire entièrement. Nous culpabilisons. Nous craignons qu’ils aillent voir ailleurs car nous ne sommes pas assez bien pour eux. Nous avons intégré la charge mentale, la charge émotionnelle, toutes les deux superbement expliquées en BD par Emma, et la charge sexuelle, également, à découvrir dans le livre de Caroline Michel et Clémentine Gallot. Elles en résument la définition (qu’elles développent évidemment tout au long du bouquin)  : « Prenez une grosse dose de pression sexuelle qui empuantit l’air ambiant, agrémentez de stéréotypes solides rabâchés dès l’enfance et vous obtiendrez la charge sexuelle. » Plus loin, elles expliquent  : « Les femmes, dès l’enfance, font
CÉLIAN RAMIS l’apprentissage de la dépossession de leur désir. La voracité, l’animalité, la sensualité sont tolérées chez les nourrissons de sexe masculin mais pas chez les filles. » Elles citent la pédagogue et autrice féministe Elena Gianini Belotti qui écrit en 1994 dans Du côté des petites filles qu’à l’adolescence, « la femme doit être asexuée, passive et consentante. » Sans oublier la sociologue Marie Duru-Bellat  : « Les femmes sont imprégnées de signification hétéronomes  : dès l’adolescence, elles calent leurs désirs et comportements sur ce qui est anticipé du partenaire masculin pour répondre à ses attentes (…). La définition de la focus sexualité « normale » reste le fait des garçons et leur marge de manœuvre demeure très limitée, que ce soit pour choisir elles-mêmes ce qui leur ferait plaisir ou refuser la sexualité qu’on leur impose comme une évidence (…). La sexualité hétérosexuelle est avant tout une sexualité masculine, régie par ce que le désir masculin exige pour son excitation et sa satisfaction. » C’EST NORMAL, C’EST COMME ÇA Résultat  : on intègre notre rôle, on se convainc que c’est normal, poussées au cul par la culture du viol. Juridiquement, un viol est caractérisé par un acte de pénétration sexuelle commis sur une victime avec violence, contrainte, menace Juillet Novembre - Août 2019 2020/yeggmag.fr/21



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