Yegg n°89 mar/avr 2020
Yegg n°89 mar/avr 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°89 de mar/avr 2020

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 12,6 Mo

  • Dans ce numéro : focus sur la grossophobie.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 20 - 21  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
20 21
CÉLIAN RAMIS crimination grosssophobe – à peine trouve-t-on quelques thèses ou études, bien éloignées du grand public. Le témoignage On ne nait pas grosse de Gabrielle Deydier a posé la première pierre d’un mouvement jusqu’ici cantonné à Internet et aux réseaux sociaux  : enfin, les concernés prennent la parole et sont relayés par les grands médias. », explique Gras politique. Mars-Avril 2020/yeggmag.fr/20 Dans On ne nait pas grosse, publié en 2017, Gabrielle Deydier raconte sa vie de grosse. Oui, grosse. Comme elle le dit dans Télérama, début février 2020  : « C’est essentiel d’être clair avec les mots. À vous de voir si vous y mettez ou non une connotation péjorative. Moi, en tout cas, je suis grosse, c’est factuel mais je ne suis pas que cela. » Quelques jours plus tard, le 25 février exactement, l’émission de France 2, Infrarouge, diffuse le documentaire Daria Marx, ma vie en gros. Elle est le sujet et la narratrice. Comme Gabrielle Deydier, elle se situe en introduction  : « Je m’appelle Daria Marx, j’ai 38 ans, je suis grosse pour de vrai. Ni ronde, ni voluptueuse, ni pulpeuse, juste grosse. » Le mot est posé. Il divise, il fait peur. Quand on le dit, on sent les visages se crisper, les corps se figer. A-t-on dit un gros mot ? Non, répond Gras politique en couverture de son livre. On interroge plusieurs femmes, membres des Elégantes courbes qui, le 8 mars, défilaient à Bruz, lors du Festival des Courbes. Zorica, 48 ans, n’est pas à l’aise avec le terme  : « Je n’aime pas, je préfère dire enrofocus bée ou ronde. Pour autant, j’aime qui je suis, j’assume mes rondeurs. » De son côté, Elisa, 37 ans, explique que dire grosse ne lui pose plus de soucis aujourd’hui  : « Ce n’est plus un mot qui me fait du mal. Mais je trouve qu’il y a des termes plus adéquats, plus jolis. On peut dire en forme, en courbe ou plus size. Dans grosse, en fait, il faut changer la négativité, que ce ne soit plus péjoratif. » Et enfin, pour Marie, 58 ans, « il faut appeler un chat un chat, oui je suis grosse par rapport aux standards établis, par rapport à l’IMC. » L’IMC désigne l’indice de masse corporelle. On considère une personne en surpoids quand celui-ci est supérieur ou égal à 25 et on considère une personne obèse lorsque celui-ci est supérieur ou égal à 30. QUE CACHE LA PEUR DU MOT ? Aurait-on peur de dire grosse comme on a peur de dire féministe ? Pourtant, les militantes revendiquent le droit à l’égalité, le droit à la dignité. Elles dénoncent les inégalités entre les individus et les discriminations qui en découlent, et pointent les impensés. De nombreux combats d’hier et d’aujourd’hui prouvent l’importance des mots. Nommer fait exister. Que nous dit notre peur de les prononcer à voix haute ? Pourquoi hésite-t-on avant de dire qu’une personne est noire ? Pourquoi hésite-t-on avant de dire qu’une personne est grosse ? Dans quel état se met-on si une personne est grosse et noire ? Depuis l’enfance, on nous apprend à bannir ces mots de
notre vocabulaire sans nous expliquer pourquoi. On forme un tabou sur le tabou. Sans le terme, on n’en parle pas. On met un mouchoir sur le problème. Parce qu’on considère que c’est un problème. On est projeté sans préavis dans la grossophobie (tout comme dans le racisme, le sexisme, le validisme, les LGBTIphobies, etc.) et on nous dépossède des savoirs et connaissances nécessaires pour éviter de cautionner et de faire perdurer des fléaux aux conséquences dramatiques sur les personnes concernées. Paradoxalement, ces silences se transforment en remarques mesquines et haineuses, en regards méprisants et culpabilisateurs. On accumule les clichés à leur sujet  : elles sont fainéantes, manquent de courage et de volonté, tout comme elles manquent de dynamisme et de compétences, elles sont malodorantes, bêtes, méchantes ou au contraire très gentilles et drôles, mal habillées, sans vie sexuelle ou sentimentale mais des bons coups au lit. La liste dressée par Gras politique n’est pas exhaustive  : « Il s’agit d’une partie de la charge mentale que les gros portent chaque jour  : l’exigence de ne pas ressembler aux clichés que la société leur colle aux bourrelets. » Au quotidien, il y a les stéréotypes qui heurtent, qui blessent et qui traumatisent. Mais aussi les infrastructures, nullement pensées pour les personnes obèses. L’exemple le plus flagrant est certainement celui des transports en commun dans lesquels les sièges ne sont pas adaptés. Dans les écoles, même combat. Dans les hôpitaux, on n’en parle pas alors qu’il faudrait puisqu’ils ne sont pas équipés de lits prévus pour des personnes de plus de 120 kilos. DES VIES SEMÉES D’OBSTACLES Dans le documentaire, Daria Marx livre « l’histoire intime du petit peuple des gros ». Elle a hors norame focus Elles sont célèbres et grosses et les médias font d’elles des symboles du Body Positivisme, parfois à leur insu. La chanteuse Yseult a récemment exprimé son refus d’être un étendard, par lassitude d’être réduite au fait d’être noire et au fait d’être grosse. Elle assume son corps, elle le dit, elle le montre. Mais elle veut être reconnue pour son talent de chanteuse. Un discours largement compréhensible ! D’autres personnalités comme Beth Ditto ou Lizzo militent activement pour la normalisation des corps gros, de la graisse dans le dos, des vergetures, des fossettes dans les fesses, etc. Qu’elles se revendiquent engagées contre la grossophobie ou non, elles ont une influence sur les mentalités, cassant les codes de la beauté unique, les injonctions à la minceur et les assignations à se faire discrètes. Certaines, comme l’ancienne leadeuse du groupe Gossip, se servent de leur notoriété pour créer des lignes de vêtements pour les personnes en surpoids et obèses. Parce que dans la mode aussi il est important de briser les frontières et d’affirmer que toutes les morphologies sont à valoriser. Gaëlle Prudencio a commencé en tant que blogueuse, en 2007, spécialisée dans la mode grande taille. Elle a lancé le challenge French Curves et aujourd’hui, une marque de vêtements en Wax, Ibilola, fruit de toutes ses rencontres avec le mouvement Body Positive, dont elle est une des portes paroles, et l’acceptation de soi. Sur les réseaux sociaux qui voient fleurir de nombreux comptes prônant la valorisation de tous les types de corps, elle fait partie de ceux qui influencent massivement. Tout comme celui de la mannequin et activiste body positive Lotte Van Eijk. Novembre Mars-Avril 2019/yeggmag.fr/21



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :