Yegg n°89 mar/avr 2020
Yegg n°89 mar/avr 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°89 de mar/avr 2020

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 12,6 Mo

  • Dans ce numéro : focus sur la grossophobie.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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F CÉLIAN RAMIS
Celle qui sème des grains de sable Originaire de Bruxelles, Joëlle Sambi Nzeba grandit de ses 5 ans à ses 21 ans en République Démocratique du Congo, à Kinshasa, avant de revenir en Belgique, pour ses études. Elle a longtemps pensé faire du droit, elle s’est orientée vers le journalisme. « J’ai plutôt été chargée de comm’, mais j’ai toujours été intéressée par la parole et l’écriture. J’ai été dans un réseau de radios libres à Bruxelles et j’ai adoré la radio. On est avec la personne. Ça a confirmé mon goût pour la parole, la voix et l’écriture. », précise-t-elle. En parallèle, son militantisme se construit au fur et à mesure  : « À 21 ans, je ne me disais pas féministe encore. On n’emploie pas ce terme au Congo. J’avais une conscience accrue des inégalités. J’étais déjà révoltée. » Au Congo, elle est identifiée différente en raison de son orientation sexuelle, de son genre et de sa classe sociale. En Belgique, s’ajoute la question de la race. « Je me suis intéressée à l’histoire de la Belgique et à l’histoire du Congo. J’avais une soif de savoir qui j’étais, d’où je venais. Quand je suis rentrée à Bruxelles, j’ai écrit cette phrase dans l’avion  : « Chez les assassins de mes pairs, je vais étudier. » Je milite dans les mouvements anti-racistes, anti-fascistes. Avec l’affirmation de moi en tant que lesbienne, les questions féministes sont arrivées. », explique l’autrice. Ce 12 mars, en terrasse d’un café, on discute avec elle de la non mixité et de la nécessité de ces espaces. Elle a côtoyé de nombreuses associations engagées à l’instar de Merhaba, une structure dédiée aux gays et lesbiennes issu-e-s de l’immigration. « Avant, je constatais effectivement une majorité blanche dans les groupes militants. J’ai vu beaucoup de lesbiennes et de personnes transgenres. Aujourd’hui, j’ai le nez dedans et je vois qu’il existe beaucoup de groupes racisés, noirs, arabes… Je viens de m’inscrire à un groupe WhatsAppqui réunit les personnes LBT congolaises. Je pense que les évolutions parallèles sont nécessaires. On ne vit pas tou-te-s les mêmes oppressions. Pour parvenir à grandir ensemble, il est nécessaire que chaque personne puisse saisir et appréhender la réalité de l’autre. On discute de ce que l’on vit entre nous, puis on en discute avec les autres. », explique Joëlle Sambi Nzega. Il est primordial que les réalités et les diversités soient prises en compte. Que les concerné-e-s puissent agir par elleux-mêmes, elle prend alors l’exemple du Café Congo à Bruxelles, un lieu tiers monté par des lesbiennes racisées dans lequel elles organisent ce qu’elles ont envie. « C’est génial qu’il y ait un Café Congo, c’est encore mieux s’il est reconnu d’intérêt général. », souligne-t-elle. En mars, elle était à Rennes en tant qu’autrice associée de déCONSTRUIRE, association anti-raciste et anti-sexiste, qui à l’occasion du 8 mars proposait une série d’ateliers autour des injonctions  : « Ça remonte à une recherche d’Aurélia (Décordé Gonzalez, fondatrice et directrice de la structure,ndlr) sur les guides pour les jeunes filles  : comment être de bonnes épouses, filles, mères… La base de ce qui était la place d’une femme dans la société. Aujourd’hui, les magazines féminins sont peut-être plus subtils mais tout concoure à dicter les normes. Les ateliers sont faits pour réfléchir et construire notre propre guide en 2020. On travaille avec un groupe de jeunes mais aussi d’adultes, majoritairement des femmes et des lesbiennes, et un troisième, à Fougères, dans lequel certaines personnes sont malades, à la rue, avec des déficiences mentales ou moteurs. Des personnes touchées dans leur corps et dans leur tête quelque part aussi. » Elle est touchée par ce qui en ressort. Elle n’est pas dans le jugement, elle est dans la conscience que chacun-e travaille à partir de ses vécus, son niveau de connaissances et sa manière de les exprimer. Oui, la théorie et l’information sont nécessaires pour comprendre et déconstruire  : « Avec les ateliers, on est dans du vécu, du réel, du rapport humain. Quand on fait ce travail avec des gens qui n’ont pas été écoutés au départ, on se rend compte qu’il y a une vraie envie. Ils accueillent nos propositions, on discute et on travaille sur l’écriture. Et à la fin, c’est super ! Pouvoir dire aux gens que c’est super ce qu’ils ont fait, c’est le grain de sable. Parfois, le grain de sable, il est indispensable. Sans ce grain de sable, le reste ne sera pas pareil. » I MARINE COMBE Mars-Avril 2020/yeggmag.fr/03



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