Yegg n°88 février 2020
Yegg n°88 février 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°88 de février 2020

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 11,7 Mo

  • Dans ce numéro : valeurs hip-hop, danser les maux.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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funk) déboulent dans l’émission Soul Train et initient une danse empreinte de mouvements militaires et robotiques. C’est le début du popping, reconnaissable grâce à ses mouvements très carrés et ses contractions musculaires qui marquent le beat, le son, « comme du pop corn qui éclate ! » Le locking est un dérivé de cette danse  : « En fait, il y avait un mec qui n’arrivait pas à popper et quand les gens se moquaient de lui, il les pointait du doigt, c’est pour ça que dans le locking, on a souvent des mouvements comme ça avec les bras. » FUSION DE GENRES ET D’INFLUENCES On aurait pu en rester là. Le popping et le locking auraient pu n’être que des modes. Quelques temps plus tard, le break arrive. Nous sommes dans les années 70, à New York, et « c’est la première fois que les gens sont amassés comme ça, dans les quartiers. Quelque chose de nouveau se crée. ». Et ce quelque chose, c’est une Block Party. Ça éclot dans différents secteurs de la ville  : les DJs organisent des soirées en bas des immeubles et repèrent que c’est au moment du solo du batteur ou du percussionniste que les gens se mettent à danser. Ils vont rapidement se mettre à isoler ces parties, appelées « break », afin de créer des boucles avec ces morceaux  : « Ça donne naissance au break et à la musique hip-hop ». Là aussi, les influences sont multiples puisque les danseurs puisent leurs mouvements dans Février 2020/yeggmag.fr/18 focus CÉLIAN RAMIS les films de kung fu mais aussi dans la guerre des gangs qui sévit à New York, utilisant le « rocking » comme technique visant à faire croire aux flics que les membres dansaient en imitant le combat, sans se toucher. Les mouvements sont saccadés, la musique également. « Les battles vont naitre de la compétition entre la communauté afroaméricaine et la communauté latina. Selon l’histoire, ce serait plutôt les afroaméricains qui auraient inventé le break et les latinos les auraient défié. A force, les groupes essayaient de se renouveler et aller de plus en plus vers la performance, d’où les tours sur le dos, les mouvements plus acrobatiques. Ensuite, le break s’est fluidifié, réunissant l’esprit des clubs – parce que ça part des danses de clubs, puis de la rue – et l’esprit des battles. », souligne Anne Nguyen. En parallèle, il existe un gang dans le Bronx, les Black Spades, dont Afrika Bambaataa est le chef. Il crée l’Organization dans le but de proposer une alternative pacifiste aux différents gangs. En 1975, lorsque son cousin est tué par la police, il quitte les Black Spades et concrétise son organisation en la nommant Zulu Nation, qui réunit des jeunes dont les moyens d’expression sont la danse, le graffiti, le rap et le djing  : « Peace, love, unity and having fun. Ce sont les valeurs du hip-hop et c’est sous la houlette de ces valeurs que vont se rassembler les trois danses old school. La danse est alors une
alternative pour ne pas rentrer dans un gang. On peut arriver à un statut, sans avoir besoin de tuer. En battle, on se défie mais on mime, on ne violente pas. Et c’est par le biais des battles que le hip-hop sort du Bronx et se propage. » ARRIVÉE EN EUROPE ET ÉVOLUTION Les JI américains importent le hip-hop en Allemagne. En Angleterre, ça prend également et en 1984, TF1 lance une émission qui popularise le hip-hop en France. Mais aux Etats-Unis, dans les années 90, les journalistes commencent à le critiquer de manière péjorative  : « Là-bas, ça meurt quasiment. Alors qu’ici, ça continue. Le hip-hop monte sur la scène du théâtre. Depuis plusieurs années en France, il existe le groupe Black Blanc Beur, fondé par une ancienne danseuse classique, Christine Coudun, qui a rassemblé une trentaine de danseurs de Trappes focus La danse au cinéma et le féminisme. Fin février, le magazine « 20h30 le samedi », présenté par Laurent Delahousse après le journal télévisé de France 2, revenait sur la scène mythique de Et Dieu… créa la femme, dans laquelle Brigitte Bardot enflamme l’écran avec un mambo révolutionnaire. Révolutionnaire car l’actrice se montre libre et émancipée, sensuelle et sexuelle, loin de se préoccuper des regards et des jugements que l’on pourrait émettre sur elle, en tant que personne à part entière mais aussi en tant que femme, et donc réduite à une condition inférieure à celle de l’homme. Dans les années 50, forcément, ça déclenche de vives réactions et engendre des conséquences sur les mœurs. Le magazine se poursuit sur l’analyse d’un film culte, sorti en 1987. Ce film, c’est Dirty dancing et on l’a longtemps attribué à un film un peu cul-cul pour midinettes en mal de romances estivales. Désormais, il est défini comme féministe et la danse est le biais par lequel la jeune femme va s’émanciper et assumer son désir et sa avec qui elle a monté un spectacle. » Aujourd’hui, la compagnie compte une vingtaine de créations à son actif et des milliers de représentations et d’ateliers. Le hip-hop prend racine et poursuit son chemin. « On a beaucoup fait venir des danseurs américains, des pionniers, pour transmettre des informations. On a créé notre propre style ici et là-bas, ils n’ont quasi plus de break. Mais le flexing est né, le krump aussi. Le hip-hop est maintenant la fusion des différentes danses adaptées aux musiques d’aujourd’hui. Le beat a ralenti, c’est pour ça qu’on voit des vagues, des déplacements, des effets spéciaux dans les clips. Mais aux USA, c’est devenu de l’entertainment. », précise-t-elle. En marge de toute cette évolution, se trouvent différentes communautés qui ne se retrouvent pas dans les battles et vont alors créer et développer leur propre culture de la danse dans les LA DANSE AU CINÉMA sexualité. On regrette que l’émission n’aille pas plus loin dans l’analyse. Si on ne peut pas citer tous les films dans lesquels danser libère les esprits et les corps des injonctions et assignations normatives, on retient tout de même le court-métrage d’animation de Marie-Christine Courtès, co-produit par Vivement lundi !, Sous tes doigts. Un film qui montre une adolescente enfermée dans une colère dont elle ne parvient pas à définir la source qui va découvrir à travers la danse et les rituels l’histoire des femmes de sa famille parties de l’Indochine coloniale pour venir en France, où elles vont être isolées dans un camp de transit. C’est fort et puissant. À l’instar du film Les chatouilles, d’Andréa Bescond et Eric Métayer. À l’origine, c’est une pièce de théâtre dansée qui permet à la réalisatrice d’exprimer ses émotions et sa voix face aux violences sexuelles subies pendant son enfance. Dans le film, elle conserve les parties dansées. Une danse brute, une danse hip-hop sans concession, engagée et combattive.



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