Yegg n°87 janvier 2020
Yegg n°87 janvier 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°87 de janvier 2020

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 17,7 Mo

  • Dans ce numéro : musiques actuelles, sexisme amplifié.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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CÉLIAN RAMIS chacun. » Il n’y a rien d’universel et de figé dans les féminités, tout comme dans les masculinités, dépassant le cadre normatif et restrictif imposé. Comme le dit $afia Bahmed-Schwartz, monter sur scène quand on est une femme, c’est se mettre en danger et c’est déjà transgresser une norme. Celle de la gentille fille qui reste à sa place et ne se met pas dans la lumière. Pour ne pas attirer l’attention. Pour Alice, faire du rock, c’est aussi un acte transgressif. Et pour Dana, Paola et Irène, être en soutien-gorge sur scène, « c’est pour être à l’aise. » Comme à leur habitude, elles partent d’un acte spontané  : « On ne se pose pas la question pour les mecs. Ils se mettent torses nus et personne dit rien. Alors que nous, on nous demande pourquoi on se met en soutifs. » Puis, elles prennent du recul, selon leurs propres dires. Elles conscientisent le geste, qui devient militant  : « Ça va avec nos morceaux. Pour essayer de désexualiser les corps de femmes. Et on n’a jamais eu de réflexions par rapport à ça. Alors, on imagine bien que certains se rincent l’œil mais en tout cas, devant nous, ils se taisent. Peutêtre que comme on a des paroles féministes, ils osent pas… » LE RAPPEL À L’ORDRE, À TRAVERS LA MÉDIATISATION Tant mieux. Il n’est pas à souhaiter que les violences s’amplifient. Malheureusement, on constate en parallèle que quand les médias Janvier 2020/yeggmag.fr/28 focus s’en mêlent, à long terme, les musiciennes sont sans cesse ramenées à leur sexe et à leur genre. Comme dans tous les domaines de la société, quand elles cherchent et commencent à se faire une place, on leur rappelle quelle elle est, cette fameuse place, selon la hiérarchisation des sexes. Docteure en sciences du langage à l’université Rennes 2, Claire Lesacher présentait, lors de la conférence organisée par la FEDELIMA, les expériences médiatiques de deux rappeuses à Montréal (dont elle a changé les noms). La première, c’est Mathilde, elle a commencé le rap pour faire rire son entourage. La seconde, c’est Dalia, et elle, clairement, a utilisé le rap pour parler de la sexualité féminine. Elles attisent la curiosité des médias qui vont très rapidement les remettre dans le cadre restrictif  : « Déjà, les discours et intérêts des médias s’adossent au fait qu’elles sont des femmes avant d’être des artistes. Les articles sont titrés par exemple « Les filles au franc parler ». Mathilde explique combien elle s’est sentie enfermée dans un rôle de bimbo écervelée. Les médias étaient focalisés sur les moments où elle disait chatte et bite. Elle, elle ne se reconnaissait pas. Dalia indique que les médias se sont focalisés sur l’aspect sexuel et ont fini par lui reprocher. Le constat, c’est que les logiques médiatiques semblent alimenter la visibilité des rappeuses sur et pour l’aspect sexualisant. Et en plus, il y a l’idéologie selon laquelle ce n’est pas sérieux de parler sexualité. »
Résultat  : il y a un risque pour ces artistes de rester à la marge. Lors de la conférence proposée par HF Bretagne, les expertes ont également mis en interrogation la responsabilité des maisons de disque et des attaché-e-s de presse  : comment décrivent-ielles les artistes ? La chanteuse et guitariste de SheWolf amène sa réponse quelques heures plus tard  : « Ça nous fait chier d’être présentées comme un groupe de rock 100% féminin. » Et pourtant, c’est le point sur lequel accentuera la presse, comme le souligne Pumpkin qui au lendemain d’un concert lit dans Ouest France que « des petites dames qui chantent du hip hop, il n’y en a pas partout. » « ON N’EST PAS LIBRE UNE SEULE SECONDE EN FAIT » De son côté, $afia Bahmed-Schwartz témoigne également de mauvaises expériences avec la presse. « L’image des femmes est différente de celles des hommes. Dans tous les domaines. - L’an dernier, je participais à un concert pour Arte. Un journaliste voulait faire une vidéo avec une interview, à la Konbini. Il a commencé par me poser des questions sur mon père. Je lui dis qu’il me fait prendre des risques donc je ne veux pas répondre à ses questions à la con. Il a continué l’interview. Sur mes origines, mon genre, ma famille, mon orientation sexuelle… J’avais juste envie de parler de musique, de performance ! Les artistes femmes, on accepte les interviews et on accepte de jouer le jeu car on a besoin de visibilité et puis que si on dit non, on passe pour des hystériques, des rabat-joies, etc. Je trouve qu’avec les journalistes, y a toujours un moment où le consentement est vague, aussi vaporeux que les images. », relate l’artiste. Carole Boinet est rédactrice en chef adjointe aux Inrockuptibles et écrit principalement dans la rubrique Musiques. Invitée à participer au débat par HF Bretagne, elle soulève que la presse est le reflet d’une société  : « Si le journalisme ne va COTE FOLKLORE Le 15 janvier 2020, la presse révèle que le Pennsoner du bagad d’Auray, Loïc Le Cotillec, âgé de 24 ans, a été mis en examen pour viols (au moins trois personnes) et harcèlement, entre mai et septembre 2019. Lors de notre rencontre, Laurie Hagimont, coordinatrice d’HF Bretagne, nous explique recevoir énormément de témoignages de violences sexistes et sexuelles dans le milieu des musiques traditionnelles bretonnes  : « Le constat est en train de se faire. Il n’est pas encore objectivé. On va traverser ce sujet cette année. Pourquoi ? Qu’est-ce qui fait ça ? Est-ce qu’il y en a plus que dans les musiques actuelles ? Que dans les autres musiques ? On n’a pas encore les réponses. Mais on a envie de comprendre et pour cela, on va travailler avec les programmateurs, les artistes, les écoles, etc. » Dans son communiqué publié sur les réseaux sociaux, la structure rappelle focus que les personnes victimes ou témoins de violences sexistes et sexuelles peuvent se rendre sur la plateforme de signalement pour échanger de manière anonyme avec des policier-e-s formé-e-s, qui peuvent les orienter et les aider à déposer plainte. Et apporte son soutien aux victimes  : « Nous ne pouvons en aucun cas nous substituer à la parole des victimes et des témoins. Un immense merci à celles et ceux qui ont le courage de parler. Nous espérons que cela aidera celles et ceux qui n’y arrivent pas encore, constituera un sévère avertissement à celles et ceux qui participent à la mise en œuvre de cet environnement et provoquera les remises en question qui sont désormais une nécessité absolue (…) Nous sommes nombreuses et nombreux à ne plus vouloir faire ce genre de constat et à vous soutenir. Vous Décembre n’êtes 2019 pas/yeggmag.fr seul-e-s/19 ! Toutes et tous ensemble. » Décembre 2019/yeggmag.fr/29



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