Yegg n°85 novembre 2019
Yegg n°85 novembre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°85 de novembre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 14 Mo

  • Dans ce numéro : agricultrices à part entière.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 28 - 29  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
28 29
CÉLIAN RAMIS Novembre 2019/yeggmag.fr/28 C’EST QUOI AVOIR L’AIR FRANÇAIS-ES ? Qu’est-ce qui définit un-e individu ? Son origine ? Sa couleur de peau ? La langue qu’ielle parle ? Nos racines sont-elles un frein dans nos relations aux autres ? Comment connecter nos cultures et nos singularités à celles d’autres personnes ? La pièce chorégraphique We Are Monchichi (W.A.M), présentée du 15 au 19 octobre au Triangle dans le cadre du festival Marmaille, interroge la multiplicité de nos identités et explore les manières dont elles peuvent entrer en résonnance et/ou en confrontation avec l’autre. Elle est taïwanaise et vit à Paris. Il est italien et vit à Berlin. Elle est issue de la danse classique, contemporaine et traditionnelle chinoise. Il est issu d’un peu toutes les danses, avec une appétence particulière pour le hip hop et le breakdance. Son prénom veut dire « poème intelligent ». Son surnom, donné par sa grand-mère, est « Marcolino ». Shihya Peng et Marco di Nardo interprètent We Are Monchichi, adaptée de la pièce originale Monchichi créée en 2010 par Honji Wang et Sébastien Ramirez, fondateurs de la compagnie Wang Ramirez. « C’est leur histoire à eux. On a travaillé avec les dramaturges pour l’adapter à nous. », souligne Marco di Nardo, à la suite d’une représentation au Triangle. Shihya culture Peng poursuit  : « On a passé des auditions pour que les chorégraphes voient si le duo fonctionne. Car nous ne sommes pas un couple dans la vie, comme eux le sont. Mais les conflits, les disputes, l’amour amical… ça, ça vient de nous deux, c’est notre propre histoire. » Les deux danseurs parlent d’échanges, de mélanges, d’ouverture. Ils abordent là leurs expériences avec la compagnie, précisément pour ce spectacle. Mais leurs propos font écho à ceux délivrés tout au long de la chorégraphie. LA GÉNÈSE DE MONCHICHI Honji Wang est née à Francfort de parents coréens. Sébastien Wang est français avec des origines
espagnoles. Leurs parcours sont différents, leurs danses aussi. Ils partagent leur vie ensemble, la scène également, en tant que chorégraphes et danseurs. Dans une vidéo diffusée sur le site de Konbini le 26 mars dernier, le duo revient sur l’origine de Monchichi, leur première pièce. « Dans ce spectacle, c’est vrai qu’on parle beaucoup de multiculturalisme, de là où on vient, de nos origines. Comme c’était présent à ce moment-là dans le début de notre rencontre, on s’est dit que c’était intéressant d’aborder le sujet. », explique Sébastien Ramirez. Honji Wang complète  : « Mais en fait, c’est aussi un clash culturel en général, de où on vient. Parce que la culture de où on venait, c’était la « subculture ». De monter sur scène, faire des pièces de théâtre, c’était pas du tout notre milieu culturel. Qu’est-ce qu’on veut communiquer à travers la danse en fait ? La danse hip hop, la danse contemporaine, la danse classique… » La danse comme langage à part entière, comme moyen d’expression et de compréhension, comme outils de savoirs et de mélanges. À l’instar de leurs trajectoires et de leurs racines qui cristallisent bien souvent de nombreuses tensions composées de clichés et de préjugés racistes. « Le nom (du spectacle,ndlr) est venu parce que quand j’étais petite, j’ai grandi dans un endroit, un quartier en Allemagne, où il n’y avait pas beaucoup d’allemands. Ils pouvaient pas prononcer mon nom ou ils me demandaient comme je m’appelle. Et parce que les européens ne font pas trop d’efforts pour prononcer les noms étrangers, il a dit ‘on dirait « Monchhichi » (peluche que nous appelons le plus souvent « Kiki », ndlr) parce que tu es petite, tu ressembles à un petit singe’. Alors, il m’a appelée Monchichi. » Une anecdote qu’Honji Wang dévoile dans l’interview mais aussi dans le spectacle Monchichi et son adaptation We Are Monchichi. FAIRE TOMBER LES CLICHÉS… Dans W.A.M, les stéréotypes se confrontent et le jeune public s’en amuse. Parce que l’humour est une pièce maitresse de la création du duo Wang Ramirez, conservée à merveille par le duo Peng di Nardo. Ils s’observent, se jaugent. Il y a du « Suis moi je te fuis, fuis moi je te suis » dans leur jeu de ping pong diffus qui ressemble à une tentative d’apprivoisement de l’autre. Il y a de la séduction, de l’incompréhension, des rapprochements, des culture écarts, des tensions, de la méfiance et puis les barrières tombent. Par le dialogue, les témoignages croisés de l’intime et des vécus qui s’expriment par les voix et les corps en mouvement quasi permanent. « On ne comprend pas quand tu parles. Tu parles français comme une vache italienne. Moi, je voulais passer pour une française. », dit Shihya Peng, qui précisera plus tard  : « J’ai adopté la France et la France m’a adoptée. Je sais que je n’ai pas l’air d’une française. » Elle, on la prend pour une chinoise ou une thaïlandaise. Lui, on lui renvoie dans la tronche son amour pour « la pasta » et sa « mamma ». Les italiens conduisent comme des fous, les chinois mangent les chiens. « Je suis taïwanaise !!! », s’écrie-t-elle  : « Je suis en France depuis 7 ans. Nous, nous mangeons avec les baguettes et les français mangent la baguette. » Le spectacle explore la confrontation des êtres en raison des préjugés et fait la part belle aux jeux de mots et au comique de situation, mais aussi aux mélanges de styles musicaux, de langues et surtout de danses. On passe d’une danse de salon à du hip hop, d’un tango et d’une salsa revisité-e-s à du contemporain et des arts martiaux à du classique. Avec légèreté, puissance et fluidité. …POUR RENCONTRER LES AUTRES Résultat  : une pièce tendue, sensible, esthétique, drôle, subtile et intelligente. Qui met les pieds dans le plat sans s’excuser et c’est ce qu’on aime. L’équilibre est parfait. Ils partagent l’espace, tour à tour dans l’ombre et la lumière et expriment leur singularité et leur individualité au-delà des clichés sur leurs réelles ou supposées origines. Ainsi, ils trouvent leur place dans le duo qu’il soit amical, amoureux et/ou artistique et gagnent de leurs enrichissements mutuels. Un brassage des genres qui s’effectue dans un décor épuré où les danseurs sont simplement accompagnés d’un arbre sur le plateau. « C’est un symbole de connexion entre la vie et le ciel. Et puis c’est un symbole de la vie aussi. », conclut Marco di Nardo, rejoint à ce propos par Shihya Peng  : « C’est la vie, ça ressemble à la vie. Les racines, les branches qui poussent… » N’ajoutons rien. Vivons. Ensemble. I MARINE COMBE Novembre 2019/yeggmag.fr/29



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :