Yegg n°85 novembre 2019
Yegg n°85 novembre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°85 de novembre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Yegg Magazine

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 14 Mo

  • Dans ce numéro : agricultrices à part entière.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CÉLIAN RAMIS trois, tout comme le fait de pouvoir exprimer des questionnements, des réflexions, des ressentis et de se rendre compte qu’ils sont communs au groupe, et plus largement au genre féminin. « J’aime bien le partage de vécus entre nous. On partage les mêmes soucis sur nos fermes et avec les mecs, les nôtres mais aussi les voisins, etc. On est contentes de partager. Je me posais des questions et je me suis aperçue que je n’étais pas la seule à me les poser. C’est intéressant de pouvoir échanger. Ça permet aussi de prendre du recul. Sur certaines choses par exemple, seule, je serais allée à la confrontation mais ça ne fait pas avancer le schmilblick. En parler avec les autres agricultrices et réfléchir ensemble, ça permet d’aborder ça plus calmement et de rééquilibrer ce qui ne va pas. Ça m’a beaucoup aidée à me rendre compte de certaines difficultés et ça m’a aidée à les exprimer. Ça me titillait intérieurement et on en a parlé. Puis, chez soi, on re-négocie. Ça nous a déjà permis de changer l’organisation à la maison. Maintenant, c’est Cyril qui emmène les enfants à l’école le matin. On partage mieux et ça soulage. », analyse Stéphanie, précisant ensuite en rigolant  : « Bon, c’est moins facile quand on est enceintes et qu’on allaite… Mais bon, c’est de l’organisation de couple ! » Novembre 2019/yeggmag.fr/26 focus FORMATION ET TRANSMISSION La formation apparaît également comme un élément essentiel à la construction de leur légitimité et de leur émancipation. Lynda Renaudin ne s’en cache pas, elle a beaucoup appris sur le tas mais cela n’était pas suffisant. Sa formation lui a permis d’appréhender de manière globale une exploitation et de faire des stages dans une autre ferme, afin d’avoir un regard extérieur. « La formation, c’est très important. Et j’ai vraiment envie de conseiller aux femmes qui voudraient se former mais n’osent pas, de se renseigner sur ce qui existe, les aides, etc. et de ne pas s’arrêter aux difficultés de la garde d’enfants, de la répartition des tâches durant cette période-là, etc. Je crois que ce qui est important, c’est de communiquer, de parler, ne pas se retrouver seules dans ce qu’on fait. Parce qu’on peut vite être isolées. », explique-t-elle, en concluant  : « Quand on montre qu’on a des connaissances et des compétences, le genre s’efface et on se fait reconnaître en tant qu’agricultrice dans sa globalité. Dépasser le premier regard, c’est important. » Tout comme Stéphanie Guilloteau met un point d’honneur à éduquer ses enfants dans le respect des autres et de soi, et de l’égalité, Marie Edith Macé insiste sur la transmission au travers de deux exemples. Le premier, lors d’une journée des Elles ouverte aux filles en études pour devenir cheffes d’exploitation  : « On leur a parlé de la formation tracteur faite entre nous et elles ont dit qu’elles voulaient faire ça ! Le fait qu’on suppose que les filles ne savent pas et/ou ne peuvent pas faire
du tracteur, c’est un vrai frein. Là, elles étaient très enthousiastes et demandeuses. » Le deuxième, lors d’une intervention au lycée agricole du Rheu auprès des premières années de BTS avec qui le groupe a fondé un partenariat (l’établissement scolaire a déjà dans le passé mené des travaux sur l’égalité entre les femmes et les hommes)  : « On leur a demandé de se positionner Hommes ou Femmes selon les questions. On a demandé « Qui fait du tracteur ? », bon tout le monde mais du coup pour la société, ce sont les hommes qui font du tracteur. On a demandé « Qui fait les clôtures ? » et un garçon est allé se placer du côté « Hommes » et a dit sous forme de blague « Si on veut qu’elles soient droites ». Là, je lui ai dit que c’est par rapport à ces blagues que la société n’avance pas. Il a écouté, il a compris et il a dit « Ok, vous avez raison, j’avais pas pris conscience de ça. » Parce que la société nous a appris que le rose et les poupées sont pour les filles et que le foot et le bleu sont pour les garçons. Ça crée des inégalités entre les femmes et les hommes. Comme dit une expression d’une copine espagnole, il faut chausser les lunettes violettes. On est alors plus à l’écoute des choses. » Ainsi, les échanges ont permis d’aborder la question des représentations sur les rôles et les assignations des hommes et des femmes dans les fermes et de pouvoir mettre à plat les idées reçues qui perdurent encore dans la société. LANCÉES DANS UNE DYNAMIQUE D’EMPUISSANCEMENT ET DE PARTAGE Les premiers résultats de l’enquête donnent une idée des profils des paysannes, adhérentes de l’Adage 35 et fondent la matière pour les entretiens en cours de réalisation. Tous les échanges et partages d’expériences, les interventions, les données quantitatives et qualitatives constituent désormais une base solide sur laquelle s’appuie les agricultrices des Elles pour impulser la suite de leur belle dynamique. « Elles veulent travailler à travers deux axes  : la communication, les moyens et les supports pour partager en dehors du groupe avec les femmes et les hommes au sein et en dehors de l’association. Que ce soit à travers du théâtre, des illustrations… Elles veulent que ce soit palpable par et pour tout le focus monde. Elles veulent aussi explorer l’axe des interrogations et des recherches  : souvent, on constate que ce sont des femmes qui sont à l’initiative de cercles vertueux, à l’origine des changements, etc. Elles veulent interroger ça  : est-ce vrai ? Comment s’appuyer là-dessus ? Est-ce transférable à tou-te-s ? Cette année, nous avons été soutenues par le Département. Puis on a fait une demande pour le groupe Les Elles pour avoir un financement de la part du ministère de l’agriculture sur les trois prochaines années (GIEE, disposition national d’obtention d’aides financières,ndlr) et ça a été accepté cet été. C’est tout frais. C’est une bonne nouvelle et une bonne reconnaissance. », se réjouit Anaïs Fourest. Elles entendent bien déplacer des montagnes. Et ce, avec humilité. Ensemble, elles œuvrent à la visibilisation de leur présence et de leur travail sur les fermes et leur valorisation, en rééquilibrant au mieux la répartition des tâches. Pour que la répartition des tâches ne mène pas à la dévalorisation de la personne qui les entreprend. Parce que la partie invisible du travail – les tâches domestiques, l’éducation des enfants, la charge mentale, etc. – reste portée par les femmes, peu importe les générations, comme le souligne à juste titre la coordinatrice du groupe. Petit à petit, elles mettent sur la scène publique les notions de capacité de prises de décisions, de réalisation des envies et des besoins, de l’importance des formations. Pour les connaissances, pour soi et pour la confiance et le sentiment de légitimité. Pour s’émanciper du regard de la société qui doit se déplacer et déconstruire les préjugés. Novembre 2019/yeggmag.fr/27



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