Vivre à Genève n°59 fév/mar 2015
Vivre à Genève n°59 fév/mar 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°59 de fév/mar 2015

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Ville de Genève

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 7 Mo

  • Dans ce numéro : Locazik festival... fêter les jeunes talents musicaux !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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« Il faut se défaire des attentes de la société. Tout le monde a de la valeur, est libre. On doit s’autoriser à être ce que l’on veut être, envers et contre tout. Rien n’est figé.» Frédéric Baillif, un certain regard sur la jeunesse Fréderic Baillif, cinéaste genevois de 41 ans, est l’invité des Promotions citoyennes 2015 le 23 février au Théâtre du Léman. Cette soirée marque l’accès à la majorité civique des jeunes à Genève. En conviant les jeunes à cette soirée, les autorités souhaitent les accueillir officiellement dans cette nouvelle étape de leur vie. Frédéric Baillif partage son regard d’artiste sur la jeunesse. Le Service de la jeunesse, en collaboration avec l’Association des communes genevoises, organise les Promotions citoyennes pour sensibiliser aux droits et obligations des nouveaux citoyens et citoyennes et contribuer au développement de l’esprit civique. Chaque année, le témoignage de personnes ayant un parcours de vie particulièrement marquant pour la communauté précède une deuxième partie de soirée, plus festive. Cette année, Frédéric Baillif présentera Tapis Rouge, son premier long-métrage de fiction créé avec Kantarama Gahigiri. Le film a été sélectionné en compétition internationale dans le cadre du Festival Tous Ecrans et a remporté le prix TV5 Monde de la meilleure fiction francophone. Il a aussi été présenté aux Journées du film de Soleure au sein de la compétition Prix du public. « Rien n’est figé : s’autoriser à être soi » Basé sur l’expérience personnelle des protagonistes, ce road-movie raconte l’histoire de jeunes qui décident d’écrire un film avec la complicité d’un travailleur social hors murs. En théorie, les travailleurs sociaux hors murs vont à la rencontre des jeunes là où ils se trouvent. Ils soutiennent 10 VIVRE À GENÈVE N°59 les projets développés par les jeunes eux-mêmes. Dans le film, tout ce monde s’embarque donc dans une aventure qui les emmène jusqu’à la Croisette, en plein festival de Cannes. La fiction rejoint la théorie de l’action sociale. Mis en place lors d’ateliers d’improvisation avec des jeunes comédiens, le scénario est à cheval, justement, entre la réalité et la fiction. Il montre le quotidien d’un quartier, les difficultés et les ambitions de ces jeunes garçons insolents et fragiles. « Comme dans le scénario, j’ai fait confiance à ces jeunes » raconte le cinéaste. « Dans ce métier, nous savons ce que c’est que de prendre des risques. Je les ai regardés dans les yeux, sans calcul, et je les ai suivis. Nous sommes arrivés à bon port tous ensemble. » Éducateur cinéaste Trois extraits du film choisis par le réalisateur diffusés pendant les Promotions citoyennes permettent de lancer la discussion. Les questions posées à l’équipe du film auront été préparées par une classe de l’ECG Ella Maillart, qui aura pu visionner le film et rencontrer le réalisateur en amont. Une entrée gratuite est offerte à tous les jeunes participant à cette soirée pour découvrir le film dès sa sortie dans les salles obscures. « Lors des Promotions citoyennes, mais aussi dans mes films, en particulier Tapis Rouge, j’aimerais faire passer un message auprès des jeunes. Il faut se défaire des attentes de la société. Tout le monde a de la valeur, est libre. On doit s’autoriser à être ce que l’on veut être, envers et contre tout. Rien n’est figé.» Le travail avec les jeunes, Frédéric Baillif le connaît bien. Diplômé de l’Institut d’études sociales (IES), il mène conjointement ses études d’éducateur et une carrière professionnelle de basketteur. Après avoir découvert la caméra dans le cadre d’un cours sur les outils de médiation pédagogique, il décide de se lancer dans la réalisation et se forme en autodidacte notamment à New York. Son premier documentaire, Sideman, trace le portrait d’un jeune musicien prodige exilé à New York. En 2006, il remporte le prix « Vision du réel » avec le documentaire Geisendorf. Au cœur de la Ville de Genève, dans le parc Geisendorf à la mauvaise réputation, il s’approche des jeunes du quartier. La rencontre est passionnante et les personnages, âgés de 17 à 21 ans, sont captivants. Deux ans plus tard, Le Fond et la Forme pose un regard sans condescendance sur les modèles éducatifs occidentaux. Frédéric Baillif considère ce documentaire entre l’Europe et l’Afrique, comme l’affirmation de son cinéma et le moment charnière entre son passé d’éducateur vers sa vie de réalisateur. Avec Tapis Rouge, il passe à la fiction. « Faire du cinéma m’a permis de désapprendre ce que j’avais appris à propos de la jeunesse et de sa place. En travaillant avec des jeunes acteurs non professionnels, je renoue avec l’accompagnement et j’apprécie de pouvoir faire émerger leur créativité ». Son nouveau projet est d’ailleurs de retravailler avec des comédiens amateurs, sans tabou, mais cette fois avec des personnes âgées dans un … EMS !
P O R T R A I T «Genève est une ville-monde, et le cinéma est un miroir du monde. Les deux sont faits pour dialoguer. » Isabelle Gattiker, l’art de révéler le monde Depuis le 1 er janvier 2015, Isabelle Gattiker est la nouvelle directrice du Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH). Un poste taillé sur mesure pour cette jeune femme passionnée qui, à seulement 36 ans, prend les rênes de l’une des plus importantes manifestations genevoises. Isabelle Gattiker fait partie de ces personnes qui savent raconter. Le récit est fluide, plein de finesse, souvent drôle. Fille de diplomate, elle grandit entre Berne, Rome, Paris, Bogota et Strasbourg. De cette enfance qu’elle qualifi e de « nomade », elle conserve « un regard pluriel sur le monde et une grande curiosité ». Mais c’est aussi durant ces années que naît son engagement pour les droits humains. Car entre 1989 et 1993, son père est affecté à l’Ambassade de Suisse à Bogota, en pleine guerre civile. Elle vit alors sous le bruit des bombes, des coups de feu et dans la peur de l’enlèvement. Face à cette violence et à l’injustice subie par la population apparait en elle très tôt le sentiment « qu’il n’est pas possible de vivre dans un monde tel que celui-ci, qu’il faut agir et changer les choses ». Un leitmotiv que l’on retrouve aujourd’hui intact chez elle. La naissance d’un festival essentiel A 18 ans, Isabelle Gattiker s’installe à Genève pour étudier l’histoire et multiplie en parallèle les stages dans différents festivals. C’est ainsi qu’elle rencontre Léo Kaneman à Cannes ; une rencontre importante, déterminante. En novembre 2002, il lui propose un projet un peu fou : créer avec lui un événement sur les droits humains, alliant projections de films et débats. L’idée est de réunir les nombreuses personnes qui s’engagent à Genève en faveur des droits humains et de leur offrir une tribune d’expression. L’objectif est aussi de présenter de grands films qui diront mieux que quiconque l’état du monde. Après quatre mois de travail intense, la soirée de lancement du premier FIFDH réunit Barbara Hendricks et Sergio Vieira de Mello. « Ce soirlà, on a su que quelque chose de très fort se jouait ». C’est en effet la naissance d’un festival qui deviendra l’un des événements les plus importants dédié aux droits humains. Des projets plein la tête Isabelle Gattiker quitte le festival en 2005 pour développer ses propres projets de films consacrés aux droits humains. Elle devient l’assistante du cinéaste Amos Gitai, puis productrice, se spécialisant dans « des films d’auteur engagés et audacieux ». Elle enseigne également pendant 5 ans à l’ECAL et à la HEAD. Le cinéma donc, toujours le cinéma. « Parce qu’il est un outil extraordinaire pour bousculer les consciences. Et un véritable miroir du monde ». Un défi et un honneur En 2013, Isabelle Gattiker est de retour au FIFDH en tant que directrice adjointe, avant d’être nommée directrice du festival. « Un défi et un immense honneur» explique la jeune femme. Si elle entend rester fidèle à la formule qui a fait le succès de la manifestation (un film, un sujet, un débat), elle déborde de projets. Cette treizième édition porte d’ailleurs déjà sa signature. Elle prendra ainsi ses quartiers à Pitoëff, afin d’offrir au public et aux associations un espace de rencontres et d’expositions. Nouveaux lieux Et puis, « en ces temps de repli, le Festival va s’ouvrir à de nouveaux lieux, de nouveaux modes d’expression et étendre son influence ». Avec notamment des projections dans les quartiers et des lieux traditionnellement fermés tels que le centre de détention de la Clairière, l’hôpital de jour des HUG et la clinique de Belle-Idée. Mais aussi avec une plus grande ouverture sur le monde grâce à l’utilisation des réseaux sociaux, permettant notamment aux personnes sur le terrain d’intervenir lors des débats. On l’aura compris, Isabelle Gattiker entend expérimenter, décloisonner, innover. Mais en gardant toujours la même volonté : celle de rendre compte du monde et de sa complexité. www.fifdh.org N°59 VIVRE À GENÈVE 11



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