Var-Matin n°2015-12-06 dimanche
Var-Matin n°2015-12-06 dimanche
  • Prix facial : 1,50 €

  • Parution : n°2015-12-06 de dimanche

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : SCIC Nice-Matin

  • Format : (277 x 395) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 61,5 Mo

  • Dans ce numéro : larges vainqueurs 53-23 du SU Agen, les Rouge et Noir n’ont pas vraiment forcé.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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var-matin France Dimanche 6décembre 2015 Lundi Leschefsd’Étatetdegouvernement se succèdent à la tribune de la Conférence Climat pour une mélopée de bonnes paroles et d’engagements en carton-pâte. Au moins sont-ils réellement des décideurs,même si ceux qui parlent aujourd’hui ne seront pas ceux qui auront àrendredes comptes demain. Une des caractéristiques de l’écologie politique et scientifique est qu’elle voit se déployer dans les médias toutes sortes de personnalités àlalégitimitécontestable. De prétendus experts s’érigent en climatologues,des associations gauchistes et des politiques démonétisés avancent masqués sous les couleurs environnementales,les familles royales justifient leurs listes civiles en se proclamant écologistes, des « people », pour vendre un album ou un film, s’affichent sur les plateaux télé en tenant des discours alarmistes et quitteront peutêtreles studios dans leur luxueux et polluant quatre-quatre. Nombreux sont les membres de l’éliteécolo à engendrer davantage d’émissions de carbone qu’une famille modeste ne pourrait imaginer le faire. Une des difficultés du politique est d’être REGIONALES SignéRoselyne Le regard de Roselyne Bachelot sur l’actualité interpellé par ces interlocuteurs qui manient parfois l’injure souvent la culpabilisation, toujours la démagogie. Il n’yapas un autre secteur de l’action publique à voir se déployer autant de contempteurs faibles sur le fond et inconséquents sur la forme. Entre stars écologisées et gourous fulminants,nos chefs sont pris en otage et tentent, tant bien que mal de s’acquérir leur bonne grâce. Quand on pense que, pour parler climat, en février dernier,notreprésident de la République s’est rendu en voyage officiel à Manille escorté par deux actrices, on se demande s’il faut rire ou s’indigner.Les deux peut-être ? Mardi Eurostat nous apprend que le chômage dans la zone euro est à son plus bas niveau depuis janvier 2012. Hélas,pour la France, le désastre est consommé. Le chômage baisse dans 24 États et augmentedans 4dont la France. Mais le pireest que nous enregistrons en octobrelaplus forte hausse du continent soit 0,3%. Depuis un an, l’Union européenne a enregistré 2millions de chômeurs de moins dont 1,3 dans la zone euromalgré une augmentation de 120000 en France, deuxième État le plus peuplé. Non seulement nous ne participons pas àladynamique de reprise mais nous la plombons. La Franceest « le » problème de l’Europe au même titre que la Grèce, l’Espagne ou l’Italie,encoreque ces pays voient leur chômage diminuer.Il y a deux leçons àtirer de cette situation calamiteuse. La première est que nous ne pouvons plus nous cacher derrière « La France cultive une préférence vénéneuse pour le chômage. » l’alibi de la crise ou de la dépression de l’activité internationale. La seconde est que la mise en cause de la monnaie unique,brandie aussi bien par le Front national, l’extrême gauche que par les souverainistes de tout poil,est totalement invalidée. Les taux de chômage les plus faibles –équivalents àdes situations de plein-emploi –se retrouvent certes dans des pays hors zone eurocomme la République tchèque ou le Royaume- Uni mais tout aussi bien dans des pays de la zone euro comme l’Allemagne ou l’Autriche. Inutile de chercher des boucs émissaires : à coup d’impôts et de réglementations,la France cultive une préférencevénéneuse pour le chômage. Jeudi Tant pis… Je ne participerai pas à la curée qui a pris pour cible Karim Benzema. La publication des écoutes téléphoniques effectuées dans le cadre de l’instruction sur l’affaire de la tentative de chantage à l’encontre de Mathieu Valbuena est exorbitantedudroit de la défense.Cette révélation illégitime cause un dommage profond aux deux hommes. Les propos de l’attaquant du Real Madrid sont souvent plus que déplaisants mais ils n’étaient pas exprimés de façon publique. Entre nous, qui n’a pas tenu, dans l’intimité, des conversationsdecet acabit au motif de rigolade ou de colère ? Ou encore, comme disait ma mère, « pour faire l’intéressant », parfois même à l’égard de proches que par ailleurs on aime bien… Certains commentateurs indignés seraient bien ennuyés si on découvrait leurs facilités et vulgarités langagières. Quant à l’interview de Benzema sur TF1, elle a fait l’objet de moqueries d’une condescendance et d’une arrogance parfois difficilement supportables. Bon, c’est vrai, il n’apas la fluidité verbale d’un énarque ni la structuration intellectuelle d’un philosophe. C’est un gamin « des cités »,qui n’en revient pas de l’incroyable réussite que lui a donné le football, et qui tente de concilier son monde d’avant, celui de ses potes d’enfance, et son monde nouveau fait de paillettes et de fric.Je n’excuse rien, mais au minimum, la présomption d’innocencedevrait conseiller une certaine retenue et pourquoi pas un peu de bienveillance. France 3, première sur l’info de proximité SOIRÉE SPÉCIALE 1 ER TOUR Résultats, réactions, débats et analyses plusde 100 points de direct CE SOIR DÈS 19H00 13 régions, 13 soirées en simultané En direct et en replay sur regions.france3.fr et/toute l’actualité sur et Vendredi Ceux qui s’apprêtent à voter sur des thèmes nationaux –sécurité, immigration, euro–aux élections régionales dimanche risquent d’être dépités et de repartir les mains vides. Pourtant que de dossiers primordiaux nos régions ont àgérer ! Prenez l’exemple des contrats de plan État-Région. C’est un remarquable outil de modernisation et d’innovation : enseignement supérieur, recherche,haut débit, numérique, transition énergétique.EnPACA, 2,5 milliards d’investissements ont étéréalisés dans ce cadreentre2007 et 2013. L’équipe nouvellement élue devra négocier avec l’État le nouveau plan d’ici2020. C’est un enjeu crucial et les analystes politiques parisiens,tout préoccupés de politicailleries,n’endisent pas un mot. Autreexemple,celui des fonds structurels européens,comme le FEDER, le fonds de développement régional ou le FSE, le fonds social européen. Ce sont de puissants moteurs d’égalité territoriale et le conseil régional seraàlamanœuvre dans le cadre de l’enveloppe budgétaire allouée par l’Union européenne àlaFrance. Tous ces budgets sont de première importance pour l’emploi et l’avenir de nos jeunes. Il yfaudrades élus expérimentés,rompus àlanégociation avec l’État et l’Europe,alliant fermeté, capacitédedialogue avec les acteurs économiques et sociaux, sens du compromis avec les autres collectivités territoriales. Un critère à considérer pour le vote de dimanche…
L’interview Le juge Trevidic : « Le pire est devant nous sauf… » Invité hier d’un débat aux Rencontres de Cannes sur le thème « Sécurité et libertés », l’ex-juge antiterroriste Marc Trevidic prône l’envoi de troupes au sol pour éradiquer Daesh V ice-président au tribunal de grande instance de Lille, Marc Trevidic aété juge d’instruction au pôle antiterroriste pendant dix ans. Tout en appelant de ses vœux une guerre totale contre Daesh, le magistrat n’est pas tendre avec certaines mesures liées à l’état d’urgence. Àquel niveauest la menace terroristeaujourd’hui ? On a un ennemi puissant qui veut àtout prix nous atteindre. À l’heure qu’il est, il prépare une action d’envergure. Tout va dépendredenotrecapacité à le frapper avant qu’il ne nous frappe.Le pireest devant nous sauf s’il y a des actions militaires efficaces àRaqqa (le fief syrien de Daesh,ndlr) et àMossoul dans les mois qui viennent. Après le 13 novembre, on pouvait redouter une seconde attaque rapprochée. Elle n’apas eu lieu… Il yavait une équipe qu’on aréussi àliquider àquelques exceptions. Il leur faut le temps de reconstituer une équipe. Mais il faut s’attendre une autre action d’envergure. Le problème du terrorisme,c’est qu’il doit toujours viser plus haut. Vous prônez l’envoi de troupes au sol pour éradiquer Daesh. La Francen’a pas les moyens,seule, de se lancer dans cette aventure. Il faut faire sauter le verrou turc pour armer les Kurdes qui sont àKobané, à25kmdeRaqqa, ce qui nous éviterait de mettre des hommes sur le terrain. Il faut agir vite.Le rapprochement USA-Russie-Iran ne suffirapas. On atrois quatremois devant nous pour agir avant d’être frappés à nouveau. Dans quel état est l’antiterrorisme français ? Jusqu’à Merah, on apassé notre temps à être contents de nous sans traiter les causes de la radicalisation de notre jeunesse,sujet qui n’intéressait personne. Quand j’alertais sur la Repères 1965 : naissance àBordeaux. 1990 : juge d’instruction àPéronne (Somme). 2000 : il intègre le parquet antiterroriste. 2011 : il publie Au cœur de l’antiterrorisme. 2013 : il publie Les 7 piliers de la déraison. 2014 : il publie Qui apeur propagande massive sur Internet, les services de renseignement prétextaient qu’il ne fallait pas fermer ces sites qui servaient àlarécolted’informations. Vous êtes très critique au sujet des perquisitions administratives... ‘‘ Le salafisme a un but : imposer la charia » Parce qu’elles ne sont pas efficaces. Ceux qui sont vraiment dangereux ont eu le temps de se débarrasser de choses compromettantes,c’est une évidence. Il n’y a aucun effet du petit méchant juge ? 2015 : muté àLille comme vice-président au tribunal de grande instance de Lille après dix ans passés comme juge d’instruction antiterroriste. 2016 : il publie un roman intitulé Ahlan qui traite de la confrontation de l’islam radical avec la beauté des arts. de surprise. Et c’est un rythme intenable : on ne peut mobiliser autant de fonctionnaires,surtout si l’état d’urgence dure six mois. Si on restreint nos libertés, que ça soit au moins efficace. Il me paraît normal de sanctionner l’apologie du terrorisme,defermer des associations cultuelles. Le salafisme,qu’il soit pietiste ou djihadiste, alemême but : imposer la charia. La tragédie de Charlie n’a-t-elle servi à rien en matière de lutte antiterroriste ? Après un attentatonmet un magistrat de plus à la galerie Saint-Éloi (1).Ilfaut oser changer d’envergure, décupler les moyens chez les magistrats spécialisés et les policiers,sachant que l’Europe risque d’être confrontée à ce problème pendant vingt ou trente ans. Le problème avec le terrorisme, c’est qu’il profite aux politiques. Ils tirent les marrons du feu grâce àundiscours sécuritaire. Ce qui s’est passé avec Charlie Hebdo était très ciblé, davantage lié à al-Qaïda qu’à l’État islamique d’ailleurs. On s’est dit, ils ont atteint leur objectif,c’est terminé. On n’apas vu ça comme un étatd’urgence. Lesattentats du 13 novembre visent la France (Photo Patrice Lapoirie) en général.On n’est plus dans la même logique. On est leur ennemi. Il n’y a pas de raison qu’ils ne recommencent pas. S’il y avait une mesure d’urgenceàprendrepour améliorer la lutte antiterroriste ? Il faut revoir la loi sur le renseignement pour permettre aux écoutes administratives de devenir des preuves judiciaires. On araté le coche sur ce terrain-là. Comment expliquez-vous la facilitéderecrutement de l’État islamique ? L’EI aunrecrutement beaucoup plus large qu’al-Qaïda, il est très variéavec très peu de fond religieux finalement : on trouve des psychopathes,des gens qui relèvent de la psychiatrie, d’autres qui veulent exercer un pouvoir… Certains ont une haine, une volontéderevanche sur la France. Ça ne les gêne pas d’aller là-bas couper des têtes. Il faut savoir aussi qu’en un an et demi, l’EI a transformé des gars frêles, qui ne payaient pas de mine, comme Samy Amimour,en tueurs de sang-froid au Bataclan. Il y a aussi des adolescents et adolescentes qui partent pour var-matin Dimanche 6décembre 2015 la Syrie. LesA.-M. sont très touchées par le phénomène… Avant on ne faisait rien du tout. Maintenant il yades actions de prévention, un numérod’urgence. Mais chaque casest un cas particulier qui nécessite qu’on s’attarde pour comprendre pourquoi certains basculent dans la radicalisation. Lesmotivations sont très différentes selon les jeunes. ÀNice, Omar Omsen ‘‘ Le terrorisme vise toujours plus haut » (de la mouvance El Nosra qui était alors en concurrence avec l’EI) a capté beaucoup de jeunes filles qui étaient aussi des appâts,ensuite, pour des recrues masculines. La déradicalisation, une utopie ? Ça dépend de qui et des moyens mis en œuvre. Entre la prison et le contrôle judiciaire classique, il faut une troisième voie àladisposition, en milieu fermé, des juges pour une catégorie de personnes déradicalisables. Avez-vous choisi l’antiterrorisme par hasard ? J’étais substitut à Nantes. Je suis monté à Paris parce que ma mère avait une leucémie. On m’amis àla8 e section des crimes et délits flagrants du parquet de Paris. La section a été supprimée. Début 2000 j’ai intégré le parquet antiterroriste. L’islam radical n’était pas la matière noble à l’époque contrairement aux Basques et aux Corses. Au départdujuge Ricard, on m’a fait revenir après un détour comme juge financier. Il yades dossiers que vous avez abandonnés avec regret quand vous avez été mutéàLille ? Oh oui. Karachi, les moines de Tibérine,Copernic,rue des Rosiers,vos collègues de RFI tués au Mali… Ces dossiers me tenaient à cœur. J’espère qu’ils auront un avenir. Pourquoi avoir choisi d’être médiatisé ? L’antiterrorisme est une matière confisquée par le pouvoir où la justiceadumal àavoir sa place. Il faut montrer qu’on a un poids,une parole, qu’on est indépendant vis-à-vis du pouvoir politique et pas la dernière roue du carrosse. PROPOS RECUEILLIS PARCHRISTOPHE PERRIN chperrin@nicematin.fr 1. L’aile du palais de justice de Paris où travaillent les magistrats de l’antiterrorisme.



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