Var-Matin n°2015-12-03 jeudi
Var-Matin n°2015-12-03 jeudi
  • Prix facial : 1,20 €

  • Parution : n°2015-12-03 de jeudi

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : SCIC Nice-Matin

  • Format : (277 x 395) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 60,7 Mo

  • Dans ce numéro : demain le Téléthon... besoin de vous.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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var-matin Témoignage Jeudi 3décembre 2015 Après le décès de Pascal Robinson, abattu en mission à Toulon, son frère clame l’admiration qu’il lui voue. Il plaide pour que la douane retrouve de la considération et des moyens P ascal Robinson. Un patronyme qui se prononce àl’anglaise, une gueule de héros américain, un douanier français issu d’une famille qui a « la culture du service de l’État ». Mort enservice, àl’âge de 42 ans, lundi 23 novembreà Toulon (nos éditions précédentes). Un professionnel dévoué au point d’être plusieurs fois décoré. Comme en 2013, lorsqu’il a participé, en Méditerranée, au spectaculaire arraisonnement du Luna-S,ce « cargo de la drogue » auquel l’équipage avait mis le feu pour tenter de fairedisparaîtredes tonnes de cannabis. « Mon frère n’était pas un cow-boy, lasécurité de son équipe était au cœur de ses préoccupations. » Des interventions comme celles où cet enquêteur chevronné a perdu la vie, « en première ligne », il en afait des dizaines, raconte son cadet, Emmanuel Robinson. « Delapeine et de la fierté » « Unacte gratuit inexplicable » « Tout avait été minutieusement préparé, il n’y avait aucun signe avant-coureur qu’un tel drame se produise. » Lourdement armé, le meurtrier n’a laissé aucune chance de survie au douanier en le visant àla tête. Emmanuel Robinson caresse le souvenir de ce grand frère qu’il admire. Cet athlète – « 1m92et95kg « Je t’aime Pascal,etmême si tu n’es plus là, je resteàtout jamais tonpetit frère, un peu boulet, mais qui t’admire tant. » Sefaisant le porte-parole de la famille,Emmanuel Robinson aprononcéunéloge très touchant lors de l’hommage rendu vendredi àMarseille. Il alancéun appel àl’apaisement : « Pensons àlaFranceque nous sommes en train de construireoùlahaine semble appeler la haine, où l’arme àfeu devientunmoyen d’expression (...), où l’intoléranceledisputeàlabêtise, le tout attisé par des propos inconséquents ». « On ne peut pas laisser la sociétésediviser avec des valeurs qui se perdent, dontcelle de la viehumaine », confie Emmanuel Robinson, pèred’une petitefille. « Quand le ministreest arrivé (Christian Eckert,secrétaire d’ÉtatauBudget, aparticipé àlacérémonie,Ndlr),ila demandé àmamèresielle était en colère. Elle arépondu « non, j’ai de la peine et de la fierté ». » « On ne s’est pas focalisé sur l’assassin, son procès ne nous rendrapas mon grand frère, on se focalise sur les douanes », explique Emmanuel Robinson, en plaidant pour plus de considération et de moyens (lireci-contre). Et d’en appeler publiquement aux autorités : « Monsieur le Ministre, si je puis me permettre, en ma qualitéde simple citoyen, devenezlepremier VRP de ce corps dont vous avez la tutelle, montrez l’attachementque vous lui portez ». Douanier tué àToulon : « Jet’aime Pascal » Emmanuel, son frère, Kevin, son fils, et l’enquêteur de la douane Pascal Robinson. Le Franco-Britannique a grandi avec son frère etsasœur au Havre, où ses parents vivent encore. (Photo DR) tout en muscles » –présélectionné pour les JO de Barcelone au badminton, ceinturenoiredejudo. Son sens du social, de l’amitié. Ses passions pour la photo ou le VTT. « Les douanes sont le parent pauvre delasécurité » Pascal Robinson est décédé alors que lui et son équipier s’apprêtaient àinterpeller,lors d’une « livraison surveillée », un trafiquant d’armes présumé. Celuici aété mis en examen pour assassinat et écroué. Emmanuel Robinson voudrait que cette tragédie se traduise par une prise de conscience. « Les douaniers sont les parents pauvres et les grands oubliés de la sécurité », alors que le drame de Toulon montre que ces agents sont confrontés aux mêmes dangers que les policiers et les gendarmes. Or, « il est plus facile de supprimer des postes dans la douane... ». « Il faut faire comprendre aux Français queles douaniers prennent des risques. Lutte contre les médicaments de contrefaçon, cigarettes toxiques, jouets dangereux pour les enfants… La liste des trafics est longue et diversifiée, les enjeux financiers sont monstrueux, les douaniers servent encore àquelque chose. Il y a un manque de reconnaissance. » Et de dénoncer les baisses d’effectifs, le risque de voir disparaître un savoirfaire « envié par plusieurs pays ». Lettre ouverte à Hollande La douane, qui dépend du ministère de l’Économie et des Finances, compte 16600 agents. Dans son récent discours devant le Congrès à Versailles, le président de la République a annoncé la création de 1000 postes. Un chiffre à relativiser,qui tient en fait compte de près de 500 non-suppressions de postes. La famille aadressé un courrier à François Hollande pour dénoncer cette modalité, et demander de « tout mettre en œuvre » pour que les douaniers puissent accomplir leurs missions. « Ainsi la mort de mon frère pourra prendre un sens. » En poste àMarseille, Pascal Robinson était l’un des 717 agents de la DNRED (1), le service d’élite de la douane française chargé des enquêtes les plus complexes et les plus sensibles. En matière de renseignement, la DNRED La douleur est immense. « À moins d’un mois de Noël, comment expliquer àses nièces, qui ont toutes moins de dix ans, que leur tonton est parti au ciel ? Lecôté gratuit du geste est inexplicable, nous-mêmes nele comprenons pas. » Emmanuel Robinson s’interroge aussi sur l’avenir de Kevin, le fils de Pascal âgé de 22 ans, et celui de Sophie, sa compagne. Elle aussi travaille pour la douane. L’autrefamille de Pascal. « L’autre famille » Quelque six cents douaniers sont venus assister à l’hommage national rendu vendredi àMarseille, au moment où le pays honorait la mémoire des victimes du 13-Novembre. « Les douaniers sont venus de toute la France, il yavait même des douaniers américains, on a vraiment découvert saseconde famille. C’était poignant de les voir porter Pascal jusqu’à sa dernière demeure (au nouveau cimetière dePeypin, près d’Aubagne, Ndlr)…Iln’y a pas beaucoup de corps qui peuvent se prévaloir d’un tel esprit. Ça n’enlève rien au chagrin, mais ça apporte du réconfort. » Cette seconde famille afait de Pascal Robinson, qui avait débuté comme agent administratif avant d’êtrerepéré pour ses qualités opérationnelles, « un meneur d’hommes ». Mais non, Pascal Robinson, « ce n’était pas l’image d’un super-héros ». Pascal Robinson est le visage d’une douane méconnue, elle aussi au service de la sécurité des citoyens. ERIC MARMOTTANSemarmottans@nicematin.fr est notamment impliquée dans la lutte contrelefinancement du terrorisme. Des missions réalisées avec un manque cruel de moyens, selon Emmanuel Robinson, dont le frèren’était « ni syndiqué, ni politisé ». « Il yaunaspect « débrouille » en fonction des passions des uns et des autres »,confie-t-il. « Mon frère s’occupait par exemple des repérages photo avec un objectif personnel qu’il avait acquis auprès d’un journaliste qui a couvert Roland-Garros. Il aaussi fabriqué un bélier avec mon père qui avait accès àunatelier de ferraille. Un autre douanier, qui avait fait des études de radio, a bidouillé les casques de moto pour que les douaniers puissent communiquer entre eux. Les gilets pare-balles sont bricolés pour être améliorés chez une couturière bien connue des douaniers… Il existe un véritable petit réseau de la bidouille. Cet aspect fait la force des douaniers, mais c’est aussi une faiblesse. » 1. Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières.



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