Var-Matin n°2015-11-27 vendredi
Var-Matin n°2015-11-27 vendredi
  • Prix facial : 1,20 €

  • Parution : n°2015-11-27 de vendredi

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : SCIC Nice-Matin

  • Format : (277 x 395) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 91,9 Mo

  • Dans ce numéro : 1 an après les inondations dans le Var... se reconstruire.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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var-matin Le dossier du jour Vendredi 27 novembre 2015 ÀHyères,les sinistrés vivent suspendus àlamétéo Les habitants du quartier de l’Oratoire, touché enjanvier et novembre 2014 vivent dans l’appréhension d’un nouvel épisode. Ce, alors que les travaux s’achèvent juste chez certains A près l’Hérault dévasté enaoût, puis septembre ; après les inondations dramatiques des Alpes-Maritimes début octobre, les habitants des quatre lotissements du quartier de l’OratoireàHyè- res, vivent dans l’angoisse des alertesmétéos. Stressés dès que la pluie se met àtomber un peu fort. Parce qu’éprouvés en janvier 99, puis, plus gravement encore en janvier 2014, et ànouveauen novembre del’année dernière (mais moins gravement qu’à La Londe) ils se savent entrés dans la saison àrisque. Etce, alors que certains,presque deux ans plus tard, viennent de terminer leurs travaux de rénovation et attendent encore d’être remboursés du solde qu’ils ont dû avancer. Côtéindemnisations,difficile d’avoir une vue globale, chacun faisant ses démarches individuellement mais il semble que la grande majoritédes dossiers soient bouclés. Nous avons rencontré plusieurs sinistrés. Des témoignages marquants. « Jevais laisser ça àmes enfants ? » Christian Bernezet est une figure du quartier de l’Oratoire. Président du Comité d’intérêt local du Golf Hôtel, il connaît sur le bout des doigts les dossiers relatifs aux risques inondations. C’est lui que l’on vient consulter sur ces questions, lui qui interpelle depuis 20 ans les élus pour que le problème soit pris en considération. Un homme qui, comme beaucoup, aacheté quand le lotissement n’était pas le point noir qu’il est devenu aujourd’hui. Un homme averti, et pourtant profondément meurtri par les événements qu’il a subis. Un accident à cause du stress « Le 19 janvier 2014, tout le rez-de-chaussée de ma maison aété inondé. La première expertise me donnait juste de quoi faire les cloisons. J’ai fait faire une contre-expertise et j’ai contracté un prêt pour commencer les travaux. Finalement je m’en sors bien : les indemnités m’ont permis de couvrir les travaux. J’étais en train de les terminer quand est tombée l’alerte météo de novembre 2014. Je ne dormais plus à cause du stress. Tellement épuisé que j’ai fait un malaise au volant et j’ai eu un accident. Comme j’étais seul responsable, je n’ai eu droit àrien des assurances et j’ai perdu ma voiture. Désormais chaque fois qu’il pleut, je stresse et je ne lâche plus Vigiecrues. « Vivre 20 mois entre des murs moisis… » Denise Duval. (Photo Patrick Blanchard) Chez Christian Bernezet, l’eau est arrivée bien au-dessus de la porte d’entrée pourtant surélevée. (Photo Patrick Blanchard) Les travaux de sécurisation du lotissement ont commencé, mais la seule chose qui me rassurera ce sont ceux du bassin de rétention qui ne commenceront qu’en 2017. Pour moi, les lotissements n’auraient jamais dû être construits ici, et l’idéal serait de les délocaliser et indemniser les habitants. La solution de toute façon ne peut être que globale, à l’échelle du bassin-versant, avec l’aide des communes au-dessus. Ça bouge, parce que certaines commencent aussi à être impactées, mais celles qui ne le sont pas, ne Denise Duval, retraitée, nous accueille dans sa ravissante villa du lotissement Victoret-Jean Salusse. Un petit coin de paradis. « J’ai eu la même impression quand j’ai visité en 2010. J’ai juste vu des fissures sur la façade et la vendeuse, contactée via internet, m’a dit que c’était la sécheresse. J’ai posé la question du risque d’inondation àmon assureur àToulon, parce que j’avais vu la petite rivière en contrebas. Il a ri et m’a dit, « tout Hyères est en zone inondable, et, pensez-vous, il n’y a jamais rien eu ici ! » C’est après l’inondation de janvier2014, que j’ai su que le lotissement avait déjà été frappé en 99. Le même phénomène s’est reproduit : comme la maison est construite sur une base moitié remblais, moitié terre avec du sable entre la dalle et le carrelage, l’eau est passée là, a déstabilisé la construction et endommagé tout ce qui était au sol. L’assurance n’a pas chipoté sur les meubles, les cloisons et la cuisine bon marché. Mais pour le carrelage, la détérioration ne s’est vue qu’au printemps, une fois que ça avait séché. L’expert aproposé 70%de remboursement, alors que tout était abîmé, et se cassait àcause du vide en dessous. L’expertd’assuré acontesté, j’étais prête à aller au tribunal, je l’ai dit, et j’ai eu gain de cause. Mais quand on conteste, il faut attendre ! J’ai vécu 20 mois avec des murs imprégnés de moisissures, depuis j’ai des allergies que je n’avais jamais eues. Les travaux ont été réalisés cet été, depuis j’attends d’être remboursés des 9 000 € que j’ai dû avancer.L’assureur a joué son rôle, mais avec l’expert, j’ai eu l’impression d’avoir à faire à un ennemi. » se sentent pas concernées ! Moi, je ne pourrai jamais me racheter ce bien ailleurs. Alors ce qui me désole le plus, c’est de savoir que je vais laisser ça en héritage àmes enfants. Et puis, je m’inquiète pour ceux qui ont des maisons de plain-pied, parce que ça va empirer. Alors il faut qu’ils puissent construire un étage ! J’ai soumis cette proposition à l’enquête publique. Ou bien sur pilotis. Mais une chose est sûre, il faut faire vite ! » EMMANUELLE POUQUET « Mamie ne survivrait pas à une autre inondation » Inondée quatre fois en 2014, avec jusqu’à 1,20 m d’eau dans sa maison en janvier, Palmira Dalmasso souffre depuis d’une broncho-pneumopathie et sombredans la psychose dès que la météo vire àl’orage. « Elle a fait un choc post-traumatique et une grosse dépression », explique sa fille, infirmière libérale. « Chaque fois qu’il pleut, elle a peur. Je ne pense pas qu’elle survive si cela devait se reproduire ». Ancienne agricultrice, l’octogénaire vit depuis des décennies sur l’exploitation familiale, coincée entre laRD98etle Chemin du Moulin 1er àHyères. Les Dalmasso n’avaient jamais été inondés auparavant. « Le problème, c’est le mauvais écoulement des eaux sous la route départementale. Ils ont fini par curer les buses, et les techniciens du Département ont constaté comme nous, lors d’une visite sur le terrain, que les canaux fluviaux ne vont nulle part ! L’eau s’écoule dans les canniers et stagne là, au pied de la RD, d’où les inondations », s’énerve David, le petit-fils de Mauvaise pioche Rémy et Corinne Berthou ont habité10ans à l’Oratoire. « Etpendant10 ans, on n’ajamais eu d’inondations. » Ils ont quitté Hyères en novembre2013 pour la Bretagne et ont mis leur maison en vente. Le 19 janvier 2014, le lotissement était sous les eaux. « Onest plus haut que la route, on aeu35cm dans la cuisine. » Des dégâts assez limités,donc. Sauf que le mal était fait. Le quartier marqué d’une croix noire sur la carte pour les acheteurs. « Ils appellent, et dès que l’on dit où c’est, ils ne veulent pas en entendre parler.On adéjà baissé de 10 000 €, et la maison est au prix d’un F3 en ville. Ça fait deux ans qu’elle est en vente. Et la seule proposition a été à 80000 € en dessous du prix. On abeaucoup de travaux, on ne peut pas brader.Alors,onattend. Et on espère ». La famille Dalmasso autour de Palmira. L’octogénaire aessuyé quatre inondations en 2014. (Photo Luc Boutria) Palmira qui met en place des sacs de sable dès que la pluie est annoncée. L’absence d’entretien des canaux sur les friches agricoles environnantes, est également pointée du doigt par la famille. « La mairie nous a fait savoir cet été qu’elle avait l’accord de principe des deux propriétaires voisins pour faire réaliser àleur frais le curage de leurs fossés. Mais à l’heure d’aujourd’hui, absolument rien n’a été fait. Et nous n’avons plus de réponse à nos appels ».
var-matin Le dossier du jour Vendredi 27 novembre 2015 ÀLaLonde, l’État aracheté leurssept maisons Quartier Ginouviers, sept propriétaires ont été indemnisés par le fonds Barnier. L’un d’eux, Daniel Grare, revient sur ce long parcours du jour de l’inondation àcelui de la vente àl’État. Quartier Ginouviers àLaLonde, sur les berges du Pansard, les traces de l’inondation de janvier 2014 sont encore bien visibles. Le mur d’enceinte d’une villa, en partie effondré, reste en suspens au-dessus du lit de la rivière aujourd’hui. La maison, elle, est murée. Comme les six autres de ce quartier campagnard aujourd’hui déserté par l’ensemble de ses habitants. Ici, par l’intermédiaire du fonds Barnier, l’État aracheté les propriétés, désormais vouées àladestruction. Les habitants sont passés à autrechose. Mais ils n’ont pas oublié ce jour funeste où le Pansard fait basculer leurs vies. « C’était la fin de la nuit,se souvient Daniel Grare, il y avait eu de très gros orages et au petit matin, la grêle avait recouvert laterrasse. Je m’apprêtais àfaire une photo pour faire croire àma femme, qui était absente, qu’il avait neigé àLaLonde. Et là un voisin afrappé àla porte pour m’alerter et me demander de sortir les voitures… » Ensuite, tout est allé très vite. « Chez mon voisin en contrebas, l’eau atout ravagé. Chez moi, elle n’est montée qu’à 50 ou 60 centimètres. » Plus tard, quand la décision aété prise de mettre en place une indemnisation sur la base du fonds Barnier,laDDTM arapidement pris la décision d’intégrer son habitation, écartée du dispositif au départ. « Ils se sont rendu compte que si elle restait seule, sans les autres pour faire barrage, ça pouvait être dangereux. Et puis en fouillant dans les dossiers, ils ont découvert que les maisons avaient été construites sur du remblai. » Surtout, les intervenants au dossier, comme tous ceux qui ont vu ces images, ont été marqués par la vidéo réalisée ce matinlà par Daniel Grare. « Ony voit l’eau arriver àune vitesse, avec une force… C’est inimaginable. » Avec le recul, Daniel Grare trouve que les choses sont Comme celle de Daniel Grare, toutes les maisons situées au bord duPansard, quartier Ginouviers, sont aujourd’hui vouées àladémolition. Elles ont été rachetées par le fonds de prévention des risques naturels majeurs, dit fonds Barnier, destiné àfinancer les indemnités d’expropriation de biens exposés àunrisque naturel majeur. (Photo Laurent Martinat) allées très vite. « Évidemment ça paraît long quand on est concerné. Mais quand on connaît les rouages de l’administration… On aeu très vite la visite de la préfecture, sur signalement de la mairie, puis les gens de la DDTM (1) sont venus. Dès le mois de juin, on avait la confirmation officielle de ce qu’on nous avait promis : nos maisons allaient être rachetées par l’État avec le fonds Barnier. » « Onaété bien accompagnés » Dans la foulée, France Domaine aprocédé aux estimations. « Làaussi, on a eu affaire àune personne très àl’écoute, très objective. Elle asuoublier ce qu’elle voyait pour évaluer ce que cela avait été. » Àlafin de l’été 2014, tous les habitants du quartier ont accepté le montant des indemnisations proposées. « Onavait fait appel àdes agents immobiliers qui nous avaient fourni des fourchettes. Et toutes les propositions étaient dans ces fourchettes, précise Daniel Grare. On atous eu ce qu’on pensait pouvoir obtenir si on avait vendu nos maisons en bon état. On n’était certes pas là pour gagner de l’argent. Mais on n’était pas là non plus pour en perdre. » Les futurs expropriés ont ensuite été mis en contact avec le notairedésigné par l’État. « Une personne de Un an après,ils n’habitent toujours pas chez eux Colette et Serge Fromentin n’ont pas le droit d’habiter leur maison et paient toujours un loyer pour vivre ailleurs. (Photo doc Luc Boutria) Deux fois sinistrés, en janvier puis en novembre2014, Serge et Colette Fromentin ont vu disparaître une partie de leur propriété. Leur terrain s’est effondré dans le Maravenne sur trente mètres linéaires et six mètres en profondeur en janvier. Deux mètres de plus, sur 56 mètres linéaires, ont encore rapproché la maison du précipice creusé sur les berges instables lors des inondations de novembre. Depuis le 1er décembre 2014, Serge et Colette Fromentin ont interdiction d’habiter cette maison. « Ilfaut attendre les travaux de confortement des berges, explique Colette Fromentin. Les négociations avec la préfecture se passent bien et avancent. » Un loyer en plus Le gros problème du couple reste le loyer qu’il doit payer pour se loger ailleurs alors même qu’il est propriétaire. « Les six premiers mois ont été pris en charge par notre assureur, mais depuis il faut se débrouiller. J’ai fait une demande au Fonds d’aide au relogement d’urgence (FARU) en octobre mais nous n’aurons pas de réponse avant plusieurs mois », explique Colette Fromentin. Un autresouci lui hante l’esprit. qualité, qui asunous accompagner et nous conseiller bien au-delà de sa mission de départ, ycompris dans nos futures acquisitions. D’un bout àl’autre, on aété bien accompagné. » Seul bémol : la banque. Daniel Grare garde en travers « lecoût exorbitant du prêt relais qu’on adûcontracter sur une durée d’un mois, pour pouvoir acheter au lendemain de la vente àl’État, parce qu’il fallait un petit mois pour que l’argent arrive sur notre compte. » Fin mars 2015, quatorze mois après l’inondation, les actes notariés ont été signés, et dans la foulée, ceux qui vivaient encore sur place ont déménagé. « Bien sûr on aquitté cette maison àregret. C’était un vrai coup de cœur. Ma femme n’aime pas repasser dans le quartier, confie Daniel Grare. Mais finalement, on se plaît bien àValcros, où on aracheté. Pratiquement au sommet ! » CAROLINE MARTINAT cmartinat@varmatin.com 1- Direction départementale des territoires et de la mer Fonds Barnier : plus de 4M € Le Fonds Barnier apermis le rachatdesept maisons àLa Londe. Cesacquisitions ont étésignées entrele30avril et le 18 mai dernier,pour un montant total de 4,081 millions d’euros,frais de notaireinclus. Des frais annexesont aussi étésupportéspar l’État pour des relogements ponctuels,lasécurisation de cesmaisons abandonnées et les diagnostics obligatoires avant les démolitions àvenir dont le coût est estimé entre 200 000 et 300 000 euros. Si son assureur va bien prendre en charge les frais de renforcement de sa maison, elle sait aussi qu’il ne l’assurera plus. « Comment allons nous faire pour trouver un assureur qui accepte un contrat pour cette maison deux fois sinistrée ? Puisque nous ne pouvions pas prétendre au fonds Barnier,notre souhait serait qu’on nous refasse une maison ailleurs. Ça coûterait finalement moins cher. Et ce serait un soulagement », explique cette sinistrée qui ne cache pas son angoisse à l’idée de retourner vivre « là-bas, près de la rivière où des gens sont morts, àdeux pas de chez nous ».C. M.



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