Var-Matin n°2015-11-26 jeudi
Var-Matin n°2015-11-26 jeudi
  • Prix facial : 1,20 €

  • Parution : n°2015-11-26 de jeudi

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : SCIC Nice-Matin

  • Format : (277 x 395) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 73,2 Mo

  • Dans ce numéro : le Var a chaud.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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SPÉCIAL COP21 Lessaisons décaléesperturbent la marmotteduMercantour Les espèces protégées de ce parc national des Alpes-Maritimes subissent déjà un dérèglement climatique : l’hiver arrive plus tard et repousse le retour du printemps La marmottedéboussolée La marmotte ne peut se passer de sa prairie. (Photo Robert Chevalier) Le dico de Pt’it Louis Leslacs sont des « super−capteurs » des activitéshumainesetdes changements climatiques. Ils constituent àce titredes « sentinelles » des changements globaux. Le changement global est un phénomène d’étude qui touche le monde entier.Ilregroupe les effets des changements climatiques,mais aussi l’évolution des sociétés humaines et leurs pratiques et ce qu’elles entraînent. Exemples : la pollution, les modes de consommation de l’espace, les usages des sols, la prolifération d’espèces invasives,etc. Il n’y aplus de saison. Ce n’est pas la marmotte du Mercantour, qui dira le contraire. Calée sur le rythme du soleil, dès que les jours diminuent et la température baisse, elle rentre dans son terrier et s’endort pour six mois sur son tapis d’herbes sèches. Elle hiberne. Lorsque les jours rallongent et que sa montagne se réchauffe, elle n’a qu’une hâte : retrouver le grand air. Etlà, c’est le drame. Quand elle sort deson trou en avril, il arrive parfois que la neige recouvre encore son plat préféré : labelle herbe verte. Al’inverse, elle abesoin d’une certaine quantité de neige pour isoler son terrier et se mettre àl’abri des prédateurs. Mais voilà, les flocons n’arrivent pas toujours au bon moment, quand les jours diminuent. Un vrai casse−tête. « Maintenant, il neige différemment, explique Marie Canut, chargée de mission du parc. L’hiver survient fin décembre−début janvier. Iltarde àarriver mais le printemps aussi. Les saisons sont décalées. En 2013−2014, le déneigement aété très tardif et la quantité deneige très importante. Et quand il n’y apas de neige c’est aussi un problème. » La marmotte n’a qu’à déménager, aller vivre plus haut en altitude. Impossible, il lui faut sa prairie actuelle. Au-dessus il n’y aque des éboulis. Les gorgones thermophobes Les lacs d’altitude sous hautesurveillance Le réseau des lacssentinelles géré par le Conservatoired’espaces naturels de HauteSavoie suit l’évolution de certains d’entre eux sur dix, vingt ou trenteans. Dans le Mercantour des thermomètres ont étéplacés àdifférentesprofondeurs sur les lacs du Lauzanier à2284 mètres d’altitude et sur les deux lacs des 2500 mètres. Cela permet de voir dans le temps,les effets de la hausse des températures : comment et àquel rythme l’eause réchauffe,comment va se comporterlacouche glacéequi les recouvresila période de gel diminue, quels seront les effets sur les zooetphytoplanctons. L’observation ne fait que commencer. Bresses Le phénomène du vers changementclimatique se produit trop vite pour que la nature ait le temps de s’adapter. + 4° Cannoncés en Paca, àl’horizon 2071−2100 par rapport àlapériode 1976−2005, si aucune politique climatique n’est menée. Le température moyenne annuelle dans les Alpes a augmenté de +2°C en hiver depuis 1970 et de +1,5°C en été. Moins de jours de gel, moins de neige certaines années, des journées chaudes plus fréquentes, un assèchement des sols...Autant de phénomènes qui entraîneront un bouleversement dans les écosystèmes du Mercantour. La faune et la flore sont menacées à long terme. D’ores et déjà, le décalage des saisons, considéré comme un signe du dérèglement climatique, perturbe plusieurs espèces. Dans le parc national de Port-Cros et Porquerolles au large de Hyères, ces températures ont une incidence sur terre et en mer, où un autre phénomène se conjugue à la hausse des températures : l’acidification des océans. D’autant que la Méditerranée, mer fermée, se réchauffe plus vite que les océans. Dans le monde du silence, les gorgones blanches,thermophobes, souffrent de la chaleur.Elles regardent passer les bancs de barracudas,attirés par la températurede plus en plus chaude de la Méditerranée. Elles ont fait la connaissance de la girelle paon, un poisson tropicalqui, depuis quelques années s’aventuredans les eaux du parcnational de Port-CrosetPorquerolles. La barbe àpapa c’est pas bon ! Le long des rivages une intruse fait de l’ombre àses voisins : l’algue filamenteuse. On la surnomme la barbe àpapa, mais c’est un « poison. » Elle est apparue il ya4ou5 ans, trouvant sans doute une chaleur suffisante pour s’installer. Elle s’incruste auprintemps surtout, se développe et prive desoleil tout ce Le lagopède alpin ne joue plus àcache−cache Le lagopèdealpin est un adeptedes climats extrêmes. Cetoiseau de la famille des perdrix aime prendredel’altitude pour avoir très froid. Ses plumes sont doublées d’un duvet et ses pattes ont des crampons pour marcher facilement sur le tapis neigeux. Quand il fait très froid, il se construit des petits igloos. Il vitet niche au sol.Cen’est pas un hasardsison plumage change de couleur dans l’année.Engros, il est blanc en hiver pour se qui se trouve àproximité provoquant leur dépérissement. En fait, elle fait obstacle aux rayons du soleil, empêchant ses voisines, comme la posidonie, defaire leur photosynthèse. Les cétacés au régime forcé confondreaveclaneige et tromper les prédateurs qui le guettent pour le dévorer. Au printemps,ilvire au gris pour passer inaperçu aux yeux perçants de l’aigle ou du renardsur les zones d’éboulis. Il comptesur son mimétisme pour survivre, mais comment fairesilanature ne suit pas. Plus de neige blanche en hiver quand son plumage est blanc mais de la neige au printemps quand il s’est habillé de gris. Invivable. Parc national de Port-Cros et Porquerolles : les cétacés privés de leur plat préféré La gorgone blanche sous surveillance dans les eaux du parc. (Photo Bernat Hereu) Rorqual croisant au large dePort-Cros. Le krill, dont il raffole, est touché par l’acidification des océans. (Photo IMasinski) var-matin Jeudi 26 novembre 2015 La lagopède est adepte des hivers rigoureux. (Photo Krause &Johansen) Les cétacés qui croisent tranquillement au large de ces îles protégées risquent eux aussi de pâtir du bouleversement de leur écosystème. Car la Méditerranée, comme toutes les mers du globe non seulement se réchauffe mais s’acidifie. Du coup le krill, uncrustacé microscopique, dont les baleines, rorqual et autres mammifères marins font leur repas, est attaqué. Leur exosquelette est calcaire. L’acidification leur fait lentement, l’effet duvinaigre sur de la craie. Les rorquals devront-ils partir chasser plus loin et s’éloigner définitivement des côtes hyéroises ? Une gorgone rouge recouverte debarbe àpapa. (Photo Jean-Georges Harmelin) X
SPÉCIAL COP21 Des villes et desplages submergées par les vagues Avec la hausse du niveau de la mer, lahauteur des ouvrages du littoral risque de devenir insuffisante. Un repli réfléchi des hommes et de leurs activités n’est pas exclu L asubmersion marine est un des risques relevés par les scientifiques. « Même si les tempêtes sont de force égale, la mer va rentrer àl’intérieur des terres puisque son niveau aura augmenté. Le franchissement des digues sera plus fréquent, car si, par exemple, ce type d’ouvrage est prévu pour des houles de cinq mètres, avec la hausse du niveau de la mer,des vagues de 4mètres passeront par dessus », explique François Sabatier, géographe, spécialiste de la géomorphologie du littoral à Aix-Marseille Université. « Ces conséquences donnent l’impression que les tempêtes sont plus violentes. Dans le Var et les Alpes-Maritimes, la majorité des ouvrages réalisés jusqu’à présent n’ont pas pris en compte cette montée du niveau de la mer. Les Au XX e siècle,lamer s’est déjà élevée de 20 centimètres. D’icilafin du XXIè siècle, elle seramontée d’un mètreenviron. C’est une moyenne globale pour toutes les mers du monde.Cette hausse seratrois àquatrefois plus rapide dans les décennies àvenir,car le réchauffement climatique va accélérercephénomène.Conjugué ou non àdes tempêtes plus violentes,plus fréquentes et plus longues,ilaura des impacts inévitables sur le littoral. Nice : les canyons urbains plus pollués Nicolas Martin fait ses relevés de pollution à vélo dans Nice. (Photo DR) Nicolas Martin est maître de conférence à l’Université de Nice Sophia-Antipolis. Régulièrement, il enfourche son vélo équipé de capteurs. Il part faire des relevés de température etde pollution dans le centre-ville de Nice et en périphérie, choisissant des endroits plus ou moins frais, chauds et pollués. Le but est de comprendre comment varient les températures et la pollution dans l’espace. Les résultats dépendent étroitement de la morphologie urbaine, c’est-à-diredela forme des rues et des bâtiments. Ainsi, les capteurs d’Air Paca situés sur l’aéroport de Nice révèlent que la pollution est en partie évacuée par la brise qui descend de la vallée du Var, par celle qui la remonte et par la brise de mer. Accumulation de particules Cette ventilation ne se fait pas aussi bien en certains endroits du centre-ville, en particulier dans les canyons urbains:ce sont des artères longues, étroites, bordées de bâtiments de 15 ou 20 mètres et plus. C’est le cas de la rueduCongrès, par exemple, qui débouche sur la promenade des Anglais, au niveau du Palais de la Méditerranée. Des milliers de véhicules y passent chaque jour.Leurs émissions de particules fines et d’oxydes d’azote s’y accumulent. Les relevés de Nicolas Martin sont un conseil pour les aménageurs et les collectivités : si les bâtiments sont hauts et étroits, on ne va pas les démolir,mais il faut éviter d’y fairepasser voituresetcamions. quais par exemple, devront être rehaussés et les réseaux de drainage pluviaux ré-évalués. » Autre phénomène redouté : la conjonction de masses de pluie venues de l’amont et d’une submersion qui empêche l’eau de s’évacuer. « Quand il y a convergence de ces tempêtes avec un vent du sud et de fortes pluies avec des crues sur les cours d’eau, on est dans des cas difficiles. C’est ce qui s’est passé dans les Alpes-Maritimes en 2010 et dernièrement au début du mois d’octobre », note Christine Voiron-Canicio, professeur à l’université de Nice-Sophia- Antipolis. Accépter un repli Les littoraux seront de plus en plus sensibles à ce problème, en particulier àl’embouchuredes fleuves, par exemple au niveau du portde Saint-Laurent, où se jette le Var, mais aussi vers Hyères où débouche le Gapeau, ou Fréjus où se jette l’Argens. « Il faudra accepter une ligne de repli avec les conséquences sociales et économiques gigantesques que cela impliquera », estime François Sabatier. Mais il nuance : « Tout cela peut sembler alarmant, mais notre société se trouve au début du problème, ce qui laisse le temps de réagir ». La région Paca compte 4,8 millions d’habitants, dont 65% résident dans les zones urbaines de Marseille, Nice Var:la maison qui apprivoise le soleil C’est une villa en cours de construction non loin de Villecroze. Elle sera livrée en avril. Elle est implantée en tenant compte de principes bioclimatiques. Ses larges ouvertures plein sud laissent entrer le soleil en hiver.Mais des débords de toiture lui feront barrage en été. Pour ce faire, le concepteur BET TRIHAB (Seillans) a étudié les solstices d’hiver et d’été. La villa n’aura pas besoin de climatisation. Le toit sera végétalisé avec des plantes méditerranéennes pour l’isolation. Sur le reste du bâtiment, l’isolation se fait par l’extérieur avec des matériaux biosourcés. Un système de récupération d’eau de pluie est prévu pour le ménage et le potager. « Nous avons de plus en plus de demandes pour de telles résidences », indique Jean-JacquesCastillon, àla tête de l’entreprise Sntc qui réalise les travaux. Le surcoût peut atteindreenviron 15%, indique ce chef d’entreprise de Salernes, mais les économies d’énergie permettent de récupérer cet investissement. Du coup, la Fédération française du bâtiment de Paca propose des formations à ses entreprises adhérentes, précise Florent Bigo, responsable Environnement-Métiers. Biot : le tennis écolo L’académie de tennis Mouratoglou àBiot (06) est en plein travaux. Cela n’empêche pas les stars du tennis, Cette maison en construction, vers Villecroze, sera très économe en énergie, hiver comme été. (Ph. DR) Tempête sur Fréjus-Saint-Raphaël : les vagues mordent de plus en plus le littoral. (Photo Philippe Arnassan) et Toulon, donc en zone littorale. Les plages quant àelles sont de plus en plus grignotées par les vagues, surtout les plages urbaines comme celles de Bonnegrâce, à Six-Fours, ou de Nice. Elles sont étroites et sont en général adossées àunmur ou une falaise. Avec la montée de l’eau, le sable est peu à peu recouvert. Les plages ne peuvent reculer et risquent donc de var-matin Jeudi 26 novembre 2015 disparaître. « Il yapeu de solutions si la société n’est pas prête às’adapter. Remettre artificiellement du sable, c’est sans fin. Là encore, il faudra accepter le recul du trait de côte,souligne François Sabatier, qui déplore « le manque de soutien des collectivités directement concernées par ce problème, pour assurer un suivi. Académie de tennis Mouratoglou àBiot : même la gestion des déchets du chantier aété prise en compte. (Photo Frantz Bouton) XI telles Serena Williams ou Novak Djokovic, de s’y entraîner.Les installations seront livrées en juin 2016, le temps de se mettreauvert. Récupération des eaux de pluie, ycompris pour asperger les courts en terre battue, vitrages spéciaux qui laissent entrer la lumière mais pas la chaleur, panneaux solaires pour produirel’eau chaude et chauffer les chambres de l’internat, utilisation de la chaleur de certaines salles –comme le restaurant -pour produire du froid dans d’autres –par exemplelasalle de fitness-, éclairage avec des leds, utilisation de matériaux biosourcés et de production locale, etc. Patrick Mouratoglou, àla fois investisseur et exploitant, a poussé le détail jusqu’à prévoir des minibus électriques pour aller chercher les joueurs àl’aéroport. « On est sur un projet très qualitatif sur du tertiaire », précise Patrick Moulard, PDG de la société Montelec (Antibes) et président de la commission environnement au sein de la Fédération régionale du bâtiment. Il reconnaît lui aussi que, malgré le surcoût, cette démarche environnementale est de plus en plus fréquente.



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