Var-Matin n°2015-11-26 jeudi
Var-Matin n°2015-11-26 jeudi
  • Prix facial : 1,20 €

  • Parution : n°2015-11-26 de jeudi

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : SCIC Nice-Matin

  • Format : (277 x 395) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 73,2 Mo

  • Dans ce numéro : le Var a chaud.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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SPÉCIAL COP21 Le pind’Alep puits àcarbone Carte postale de la Provence, les touristes entendent chanter les cigales rien qu’en le regardant sur leurs photos de famille. Le XXI e siècle le place au cœur de la lutte contre le changement climatique Elzéard Bouffier, un nom qui ne parle àpersonne. C’est pourtant le très grand personnage d’une toutepetitenouvelle de Jean Giono : L’Homme qui plantait des arbres. Elle se passe en Provence, plus près de la DuranceetdeManosque que du fleuveVar,deNiceoudeToulon. ElzéardBouffier vitdans un endroit si pauvreque les hommes l’ont entièrement laissé au vent. Tout en gardant ses moutons,ilplantedes arbres,tout seul, des milliers d’arbres : des chênes surtout. Petit à petit, l’eauqui manquait cruellement pour êtrepartagée entretous les hommes,est revenue dans les ruisseaux, dans la terreetjusqu’aux fontaines. En racontant cettehistoire, Giono voulait que les hommes aiment les arbres et surtout aiment planter des arbres. Ils sont des piégeursdeCO 2 comme l’explique François Lefèvre, chercheur àl’INRAdans l’unitéÉcologie des forêts méditerranéennes. C’est aussi une énergie renouvelable.C’est ainsi que le pin d’Alep est sur le point de détrôner le chêne,roi des forêts. Les espèces plantées aujourd’hui devront supporter le climat de demain Si l’arbre fait partie des solutions pour stocker le carbone, pourquoi ne pas en planter des millions ? Pour plusieurs raisons. « Ilyad’abord laplace disponible pour la forêt par rapport aux usages du sol », explique François Lefèvre, chercheur àl’INRA dans l’unité Écologie des forêts méditerranéennes. Mais aussi le coût induit par la plantation par rapport aufait de laisser la forêt se régénérer naturellement. Cependant, il faudra àunmoment accepter un coût àcourt terme pour adapter les forêts àlong terme. » En plus de cela, une question se pose : quel arbre planté aujourd’hui, s’acclimatera àlahausse des températures prévues demain et pourra continuer àjouer son rôle de puits à carbone ? Une équation que les chercheurs de l’INRA tentent de résoudre dans leurs forêts expérimentales : une dans La Vésubie, dans les Alpes-Maritimes, une autre àFontblanche près de la Sainte- Baume, côté Bouche-du-Rhône* et ailleurs en France. On yétudie les réactions des arbres aux stress du climat, au manque d’eau et àlahausse des températures : +2°C, +3 °C ou +4 °C. Des capteurs mesurent leur respiration et le carbone émis par la forêt. Certains arbres sont situés dans des zones d’exclusion de pluie, où ils sont en partie privés d’eau. « Onsait qu’en cas de sécheresse, la forêt émet plus de carbone qu’elle n’en stocke », indique François Lefèvre. 2003, un mauvais souvenir Dans La Vésubie, beaucoup de sapins pectinés sont morts après la canicule de 2003. Or,de tels épisodes mêlant chaleur intense et sécheresse devraient se multiplier. « Pourquoi certains sont morts et d’autres pas, reste une question àl’étude. C’est complexe et selon les sites, plusieurs mécanismes différents sont en jeu », résume le chercheur. Une sélection génétique s’est-elle opérée naturellement ? Laforêt a-t-elle entamé un processus d’adaptation en éliminant les individus les plus faibles ? Autant de question auxquelles il faut répondre rapidement. Car cela permettra de déterminer les espèces qui auront une chance de grandir, malgré le changement climatique en cours, et pourront continuer àpiéger le carbone. « Cequi va être déterminant pour la survie et l’adaptation, d’une espèce, ce sont les événements climatiques extrêmes : chaleur, sécheresse, tempête. Un arbre peut supporter des écarts mais c’est la répétition qui est problématique », explique François Lefèvre. Ce n’est pas la canicule de 2003 àelle seule qui afait mourir des arbres, mais la L’arbre mange du soleil et du carbone, boit de l’eau, respire et transpire del’oxygène. C’est cette photosynthèse qui le fait grandir. Pas besoin d’avoir de grandes feuilles bien vertes, les aiguilles du pin d’Alep sur les collines varoises ou celles des sapins dans les montagnes des Alpes-Maritimes, le font aussi bien que les chênes du massif des Maures ou que le petit olivier planté sur un rond-point en pleine ville. En absorbant le carbone, il rend service àla planète puisqu’il limite l’émission de CO2, qui contribue pour 2/3 àl’émission de gaz à effet de serre. Mais si le Varest le deuxième département forestier de France, ce n’est pas pour autant qu’il est en tête des piégeurs de carbone. Parce qu’un arbre est un peu comme les hommes. Jeune, il al’appétit d’un ogre. En vieillissant il en amoins, La photosynthèse Énergie lumineuse Énergie lumineuse lumineuse CO2 Chlorophylle Chlorophylle succession d’épisodes secs qui a suivi en 2004 et après. 2003 n’a été qu’une année déclenchante. Or, dans certains scénarios du GIEC, les épisodes de type 2003 risquent d’être fréquents. Et le changement climatique n’est qu’un élément. Il yenad’autres comme l’urbanisation, la démographie et le risque incendie qui va s’accroître. » « Ne pas mettre tous ses œufsdans le même panier » « Ilyabeaucoup d’incertitude, il ne faut pas le cacher.Ilfaut donc diversifier les choix : planter plusieurs espèces aux origines différentes, car un arbre est en place pour cent ou deux cents ans. » Ce qui est sûr c’estque planter des variétés déjà adaptées àdes conditions plus chaudes, par exemple des pins d’Alep, importés d’Algérie, d’Espagne ou d’Italie ne garantit pas à100% qu’elles s’adapteront au futur climat du Varoudes Alpes-Maritimes. Car rien n’exclut qu’un épisode de froid et de gel comme la France en adéjà connu –par exemple malade il n’en aquasiment plus et sa photosynthèse tourne au ralenti. Pour qu’il engloutisse le carbone, il doit êtrejeune et en bonne santé. Ce carbone, il va le conserver toute sa vie dans son bois. Un bilan énergétique nul Mais alors que se passe-t-il quand il meurt ? Dans l’écosystème qu’il a créé, des petits insectes, des bactéries et autres micro-organismes vont le grignoter et stocker àleur tour une partie de ce carbone. L’autrepartie est relâchée dans l’air. Et quand on le brûle ? Lebois utilisé comme source d’énergie pour la cheminée et le poêle, aunbilan énergétique nul. En effet, en brûlant, il ne crée pas de CO2 supplémentaire. Il restitue ce qu’il aemmagasiné, contrairement aux énergies fossiles. Le pétrole, le gaz, le charbon émettent du carbone fossile qui n’est pas naturellement dans l’air. (Gaz carbonique) CO2 + H2O Sucre + O2 O2 (Oxygène) en 1956 ou 1985 –etauxquels elles n’auraient jamais été confrontés dans leur pays d’origine, ne vienne les foudroyer. « Ilne faut pas s’interdire de faire de tels essais, mais il faut être conscient qu’il yades risques associés et donc il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier », poursuit François Lefèvre. Ceci étant, selon des études de l’INRA le pin d’Alep résiste mieux que d’autres espèces àlasécheresse. En revanche, en économisant l’eau, il pompera aussi moins de carbone, car il est alors en situation de survie, arrête de pousser,donc ralentit sa photosynthèse, pour se protéger.Pour le monde forestier, lechangement climatique pose le défi d’une anticipation nécessaire. L’adaptation des forêts passe par une gestion des risques et des incertitudes sur le court terme et sur le long terme », conclue François Lefevre. * Fontblanche est une expérimentation « fédérative » impliquant INRA, IRSTEA, CNRS, Aix-Marseille Université., I 1:4 - A' ! 4, r, -'En Paca, lepin d’Alep couvre filières, alors que jusque-là il de Tarascon.
et producteur d’énergie 230 000 ha et suscite l’intérêt de nombreuses n’intéressait pratiquement que l’usine àpapier (Photo Régine Meunier) ÀBrignoles, le bois va produire de l’électricité Selon Didier Savanier, directeur de la centrale biomasse de Brignoles, il n’y a pas de risque de déforestation. Toutefois l’Association France Nature Environnement émet des réserves car une centrale beaucoup plus puissante située àGardanne va également prélever du bois dans le Varetles Alpes-Maritimes. (Photo Gilbert Rinaudo) La filière bois peut jouer son rôle parmi les énergies renouvelables, estime Frédéric-Georges Roux, président du syndicat des Propriétaires forestiers sylviculteurs du Varet de l’Union régionale des syndicats de Forestiers privés de Provence-Alpes-Côte d’Azur,basés au Luc. La forêt couvre67%de la superficie du Var. « C’est le département le plus forestier de France avec les Landes, précise-t-il. Cette forêt est composée pour moitié de feuillus comme le chêne-liège ou blanc et pour l’autre moitié de résineux tel le pin d’Alep. » Un pin d’Alep qui va compter parmi les apports qui seront nécessaires à Inova Var Biomasse. Cette centrale thermique située à Brignoles fonctionnera début 2016. En brûlant du bois, elle produira de l’énergie qui sera mise sur le Réseau de transportd’électricité (RTE) et pourra alimenter environ 42000 foyers. 180 000 tonnes de bois par an Pour cela,illui faudra 180000 tonnes de bois par an, soit 35 000 tonnes de bois déchets (déchets du jardin, sciure, etc) et 140000 tonnes d’origine forestière. Et celles-ci seront prélevées dans un Francenatureenvironnement estunréseau d’associations de protection de la nature. Agnès Boutonnet est en charge du réseau « énergies renouvelables » et ne cache pas ses inquiétudes. Selon elle,la forêt méditerranéenne « setrouveaujourd’hui au cœur de beaucoup d’enjeux qui font peser sur elle une menace. » ÀGardanne dans les Bouches-du-Rhône,une centrale thermique gigantesque va fonctionner.Gérée par le groupe allemand E-on, elle va prélever 1 million de tonnes de bois par an, dans un rayonde400 km autour d’elle. L’usine à papier de Tarascon en consomme 1,3 millions de tonnes en rayon de 100 km autour de la centrale, donc jusque dans les Bouches-du-Rhône et les Alpes-Maritimes. « La récolte de ces 140000 tonnes de biomasse forestière, avec un prélèvement moyen d’environ 44 tonnes/hectare, se traduit par l’intervention en forêt sur une surface d’environ 3200 ha/an », indique Didier Savanier, ledirecteur d’Inova Brignoles. « L’immense majorité des coupes seront des éclaircies, conçues de manière à préparer les peuplements à la régénération naturelle, précise-t-il. Iln’y aura pas de coupes rases sauf exceptions légales », précise-t-il. Faites comme Elzéard Bouffier Débétonner le jardin, y faire une place à un arbre, ça fera du bien àlaplanète.François Lefevre le confirme. Et suggère même de planter des sorbiers. Pascelui des oiseleurs,non celui qui autrefois poussait dans nos forêts et donnait le bois très résistant qui faisait les pièces de rouage des moulins à huile. Il devrait supporter les caprices du temps. Une lavande ou un romarin seront aussi friands de carbone. Les millions de tonnes prélevés en PACA inquiètent provenance de Paca. Et l’association France Forêt Paca,qui compte entre autres dans ses rangs l’ONF et l’Union régionale des syndicats de propriétaires forestiers,a lancé une opération de normalisation pour que le pin d’Alep serve de bois d’œuvre, autrement dit pour qu’il entre dans la fabrication de meubles ou de poutres. Jusqu’à présent le pin d’Alep ne trouvait pas preneur mais ça, c’était avant le changement climatique. Agnès Boutonnet, redoute les coupes rases dans certaines forêts : « Ok pour l’exploitation de la forêt mais raisonnée et raisonnable. » conclut-elle.



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