Var-Matin n°2015-11-26 jeudi
Var-Matin n°2015-11-26 jeudi
  • Prix facial : 1,20 €

  • Parution : n°2015-11-26 de jeudi

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : SCIC Nice-Matin

  • Format : (277 x 395) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 73,2 Mo

  • Dans ce numéro : le Var a chaud.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Le fait du jour Le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme continuent de prospérer malgré les garde-fous mis en place par le législateur (il s’agit de délits et non d’opinions). En témoignent les messages haineux répandus sur les réseaux sociaux. À la libération de la parole, s’ajoutent parfois les actes, comme à Draguignan dans la nuit de mardi à hier (lire ci-dessous). Décryptage. Quel constat ? Depuis 25 ans, la commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) publie un état des lieux annuel fondé sur une vaste enquête d’opinion. « Des points de crispation persistent voire s’aggravent vis-à-vis de certains groupes. » Et d’observer « une revitalisation des vieux clichés antisémites, une persistance des préjugés anti-roms, un rejet des pratiques liées à l’islam. » Contre les haines, la La mosquée de Draguignan a été visée par un tag xénophobe Un plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme va être décliné dans le Var Dans la région, le Camp des Milles est en première ligne Quelles causes ? Le contexte économique, le climat social dégradé, les sentiments d’incertitude, voire « la perte de repères », sont unanimement désignés comme facteurs d’aggravation. Faut-il craindre un regain de tension après les événements de Paris ? Dans son rapport publié au printemps, la CNCDH anoté que « les attentats de janvier n’ont pas provoqué de crispation raciste ou antisémite ». Le Varbientôt armé « S’il n’y apas de réveil, on va au-devant de choses inquiétantes », a lancé Gilles Clavreul, délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (Dilcra), de passage au site mémorial des Milles, cet ancien camp d’internement et de déportation. Et d’insister sur les « quatrepiliers » d’unplan d’action présenté en avril : « Une mobilisation nationale et territoriale, la sanction de la parole et de la violence, la régulation d’internet, et l’éducation et la transmission des valeurs. » Autour de cesaxes, 40 mesures sont annoncées, dont l’aggravation des sanctions, le développement des stages de citoyenneté comme alternative aux peines, la responsabilisation des opérateurs sur Internet… Et la mise en place dans chaque département d’un « comité opérationnel ». « Dans les territoires où une problématique a été identifiée, vous proposerez aux maires de conclure des plans territoriaux de lutte », a demandé le ministre de l’intérieur aux préfets. Ce comité devrait être mis en place prochainement dans le Var. E.M. Quand il remonte le marché du cours Louis-Blanc à La Seyne-sur-Mer, Hamaïd Ben Slama multiplie les arrêts pour saluer des commerçants et des passants. De toutes origines. Le jeune homme semble cultiver les amitiés sans apriori. « Le vivre ensemble, c’est l’avenir de l’homme ! » D’ailleurs, la situation ne serait pas si désespérante que cela. « Je suis musulman, pratiquant et tolérant. Quand il y a une fête musulmane, comme la fin du ramadan, ceux qui viennent me souhaiter une bonne fête, ce sont des amis juifs, des amis chrétiens… Il n’y a pas de tensions entre communautés. C’est un cliché obsolète. » Les conséquences ? Dans le Var, le record mensuel du nombre « d’atteintes à la dignité des personnes » a été pulvérisé en septembre dernier avec près de 90 faits, contre 32 en septembre2006. Certes, ces faits ne sont pas tous à caractère antireligieux ou raciste mais il n’en reste pas moins qu’en France, le nombre de délits commis sur fond d’antisémitisme ou de racisme aprogressé de 30% en2014 (1662 faits). Quelle réponse ? En avril, le gouvernement a (encore) lancé un plan de lutte contreleracisme et les discriminations, décrétée « grande cause nationale 2015 ». Dans la région, la fondation du Camp des Milles, qui gère lesite mémorial éponyme et développe des outils pédagogiques (lire par ailleurs), est une pièce maîtresse du dispositif. Quelle méthode ? La lutte contreles discriminations passe notamment par la sensibilisation des jeunes, et par ricochet celle des adultes au contact des enfants et des adolescents. La protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), les enseignants et les réseaux d’éducation populaire multiplient les initiatives dans ce sens. ERIC MARMOTTANSemarmottans@nicematin.fr « Vivre ensemble, c’est s’intéresser à la culture de l’autre » La responsabilité des médias Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Il ne faut pas exagérer. « Il y a un climat nauséabond », reconnaît notre interlocuteur. Il peste : « Trop de médias braquent leurs caméras sur certains types de population, lors de faits-divers, mais ils ne se focalisent pas sur les associations qui aident… » En ville, « on vous fait parfois bien comprendre que vous n’êtes pas les bienvenus, certains bars restaurants n’hésitent pas à le faire savoir », affirme-t-il. Quand une entreprise s’installe, « il serait intéressant de voir qui elle embauche. Aujourd’hui, quand vous faîtes un CV, le lieu de résidence ou un nom à connotation musulmane peut l’envoyer directement à la poubelle. » « Beaucoup de gens ont oublié que de vivre ensemble, c’est s’intéresser à la culture de l’autre. Plus d’attention entre elles, rapprocherait toutes les parties… Le pire c’est Le Camp des Milles, à Aix-en-Provence, multiplie les partenariats pour faire de ses visiteurs, notamment les jeunes adultes, des citoyens vigilants. (Photo DR) La mosquée de Draguignan taguée « Islam hors d’Europe » : l’inscription en lettres rouges, assortie du dessin de deux porcs se faisant face, a été « bombée » avec un pochoir grossier dans la nuit de mardi à mercredi sur la porte de la mosquée Al Imane de Draguignan. Ce tag raciste fait-il suite à l’ouverture du procès, mardi devant le tribunal correctionnel de Draguignan, visant à déterminer si les permis de construire de la nouvelle mosquée de Fréjus ont été, ou non, obtenus frauduleusement (lire notre édition de Draguignan) ? S’agit-il d’une Le tag anti-musulman a été découvert hier. (E.C.) réaction de mauvais goût aux attentats commis àParis sur fond de radicalisme ? L’inscription aété découverte hier à6h30, àl’heure l’indifférence. » On ne peut pas parler de « racisme dangereux, il n’y a pas d’agressions physiques », nuance Hamaïd, évoquant un « racisme malsain » alimenté aussi par « certains de la vieille école qui ne font pas d’effort ». Son témoignage prend un virage plus politique quand il évoque le récent incendie visant une salle de prière de la cité Berthe à La Seyne : « Les politiques n’ont pas bougé, par stratagème. C’est la peur d’être catalogué « pro » ou « Anti » »,estime-t-il. E.M. de la première prière par les fidèles et l’imam, accompagnée par une affichette qui a été aussitôt retirée. Elle promettait la « bienvenue aux ennemis de la France », signée du réseau d’extrême droite « France nationaliste » et accompagnée d’une croix celtique, emblème du mouvement Ordre nouveau qui avait fait parler de lui àlafin des années 60. Une plainte a été déposée au commissariat de Draguignan par les responsables de l’association Les amis du Maghreb qui gère ce centre culturel et cultuel musulman. Dans la matinée, les policiers se sont rendus sur les lieux pour procéder aux constatations et relevés d’usage. L’imam de Draguignan n’a pas souhaité faire de commentaire. De son côté, le préfet du Var Pierre Soubelet a « condamné avec la plus grande fermeté cet acte » et réaffirmé son « attachement au vivre-ensemble et au principe de laïcité qui doit permettre à chacun d’exercer paisiblement sa liberté de culte dans le respect des institutions de la République. » E.C. « Il faudrait que les politiques règlent les problèmes, comme l’emploi, pour arranger la situation. » (Photo E.M.)
résistance s’organise Alain Chouraqui : « L’engrenage qui peut mener au pire est enclenché » Alain Chouraqui, directeur de recherche émérite au CNRS et président de la Fondation du Camp des Milles-MémoireetÉducation, tirela sonnette d’alarme : « Il y a danger pour la démocratie ». Interview. Quel est cet engrenage décrit au Camp des Milles et dans l’ouvrage « Pour résister » ? L’approche que nous avons développée au Camp des Milles est une approche scientifique pluridisciplinaire, fruit d’une dizaine d’années de recherche. Elle décortique les mécanismes individuels, collectifs et institutionnels qui ont pu mener au pire,mais aussi les capacités de résistance. Nous avons mis en avant une notion clé qui est celle de l’engrenage résistible. Nous nous sommes aperçus que dans toutes les grandes tragédies –en particulier les tragédies génocidaires –des personnes qui n’étaient pas plus stupides que nous aujourd’hui s’étaient laissées prendre dans des engrenages fatals. Ces mécanismes les ont amenées depuis de simples stéréotypes, des préjugés, du « racisme ordinaire » jusqu’à des crimes de masse à caractère ethnique, racial, nationaliste, etc. Alain Chouraqui préside la fondation du Camp des Milles, un ancien camp d’internement et de déportation transformé en site mémorial unique au monde. (Photo AFP/A.-C. P.) Vous dîtes que cet engrenage est d’actualité… Aujourd’hui, à l’échelle européenne mais aussi au-delà, beaucoup de signes montrent que cet engrenage est enclenché, les extrémismes se nourrissant l’un l’autre. Le premier élément c’est le sentiment de pertes de repères – politiques, idéologiques, sociaux, économiques, etc. – dans une partie significative de la population. La deuxième caractéristique, c’est le sentiment de peur. Le développement des peurs conduit très classiquement à des crispations identitaires : ethniques, religieuses ou nationalistes. Ces crispations conduisent à leur tour au rejet de celui qui est différent, à la peur de l’autre. Ces éléments-là, nous les voyons croître depuis une trentaine d’années. Ces engrenages sont à l’œuvre avec un moteur extrêmement puissant que sont le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie dont le potentiel est explosif et contagieux. En plus des analyses scientifiques, nous écoutons le ressenti de nos anciens résistants et déportés, qui nous disent sentir à nouveau le vent mauvais qu’ils ont connu dans les années trente et qui amené aux fascismes et à la guerre. « Animateurs et éducateurs ont un rôle majeur » « Vivre ensemble ? J’agis avec toi ! » C’est l’intitulé, en forme de slogan, d’un événement organisé le mois dernier pour sceller le partenariat signé entre la délégation interministérielle à la lutte contreleracisme et l’antisémitisme (Dilcra), le Camp des Milles et l’Afocal (1), un organisme de formation aux métiers de l’animation (BAFA, etc.). Une centaine de participants – stagiaires, animateurs, responsables de structures – s’est rendue au site mémorial des Milles, près d’Aix - Marc Guidoni, secrétaire général de l’Afocal. (Photo DR) en-Provence, qui était un camp d’internement et de déportation pendant la Seconde Guerre mondiale. L’histoire peut-elle se répéter ? L’histoire montre que plus la peur et le rejet de l’autres’investissent en racisme, antisémitisme et xénophobie, plus l’engrenage est puissant. Ils sont le « fioul » deces mécanismes qui mènent au pire. Personne ne peut dire que ces engrenages pourront êtrearrêtés, ni l’inverse. Ce que l’on peut dire, c’est qu’on peut y résister,mais il n’est pas sûr que nous yparvenions. Ce qui est sûr c’est que ne pas les repérer et les combattre nous condamne à revivre leurs conséquences tragiques pour tous. Dans une situation où les passions croissent, les capacités de dialogue avec l’autre, fondé sur la raison, reculent. Faut-il culpabiliser ? Non, mais il faut se responsabiliser.Nous sommes dans un engrenage difficilement maîtrisable, sans qu’il n’y ait de culpabilité au niveau de chaque individu. On voit bien que les électeurs d’Hitler n’avaient absolument pas à l’esprit l’engrenage terrible dans lequel ils mettaient le doigt en glissant leur bulletin de vote. Ce n’étaient pas des salauds àl’origine, ils ont été pris dans des mécanismes auxquels ils n’ont pas compris qu’il fallait résister, et qui les ont souvent transformés en bourreaux, en complices ou en victimes. Ce site inauguré en 2012 a été transformé en musée innovant, doté d’une exposition historique classique, d’une dimension émouvante avec la découverte des conditions de (sur) vie des milliers de détenus qui sont passés par cette ancienne tuilerie restée intacte, mais aussi d’un volet « réflexif » où sont délivrées les clés de compréhension des mécanismes individuels et collectifs en jeu dans les génocides du XX e siècle. Près de 1000 animateurs sensibilisés en Paca C’est cette expérience du Camp des Milles que près d’un millier de stagiaires de l’Afocal en Paca vont être amenés à vivre chaque année. Dans le prolongement de cette démarche, des outils pédagogiques conçus avec le mémorial seront utilisés pour les 10000 autres jeunes formés par l’association dans toute la France. « On sait que la cour de récréation est un lieu dans lequel se développent toutes Quel est le rôle de la Fondation Camp des Milles face à ce constat ? Le site mémorial du Camp des Milles a été voulu dès l’origine, comme un lieu de mémoire « référence pour aujourd’hui », et pas seulement un lieu de mémoire « révérence au passé ». L’idée de base, en 1982, était non seulement de préserver le seul camp français encore intact mais aussi d’essayer de fournir au visiteur des clés de compréhension pour « le présent » –à l’époque nous disions « pour l’avenir » –,etpar là d’éclairer sa vigilance et ses choix citoyens. C’est toujours l’objectif fondamental : que le passé puisse servir à éclairer le présent pour prévenir les tendances de nos sociétés à retomber de guerre en guerre,deviolences en violences, de crimes de masse en crimes de masse. Notre pari c’est donc de croire que l’homme peut apprendre de son passé. Pour ce faire, nous avons une grande exposition permanente qui présente la mémoire comme repère, avec une partie unique au monde dans un lieu de mémoire : une partie réflexive où l’on présente les clés de compréhension pluridisciplinaires et intergénocidaires. Nous proposons aussi des ateliers, des formations et multiplions les partenariats très divers, vers les jeunes –scolaires ou non, et vers les adultes, notamment auprès d’un grand nombre d’organismes éducatifs ou sociaux. N’avez-vous pas l’impression de « prêcher des convertis » ? Il n’est déjà pas négligeable de donner à ceux qui souhaitent résister les armes de l’esprit. Ensuite, l’ensemble de nos partenariats (Ndlr : centres sociaux, établissement public d’insertion de la défense, protection judiciaire de la jeunesse, etc.) nous fait toucher des populations qui ne sont pas « converties d’avance » et de nombreuses personnes qui peuvent elles-mêmes var-matin Jeudi 26 novembre 2015 être tentées par les extrémismes, nationalistes ou religieux. Comment le citoyen peut-il agir à titreindividuel ? La première chose, c’est le vote. Beaucoup de démocraties sont mortes après des votes démocratiques. Chacun peut aussi réagir autour de lui, dans son milieu professionnel, familial, amical. Ilyades périodes comme aujourd’hui où l’on ne peut plus laisser passer des dérapages verbaux car les mots font le chemin des actes. Et puis il y a Internet qui se transforme en bistrot mondial et anonyme où se jouent beaucoup de représentations. Il faut y être présent sans quoi il n’y aque les extrémistes qui peuvent s’y faire entendre. Enfin, l’histoire montre que chacun peut réagir à sa manière, qu’il n’y a pas besoin d’être un héros pour lutter, souvent efficacement, contre des dérives sociétales dangereuses. Ceux de nos compatriotes dont nous nous souvenons dans le passé, ce ne sont pas ceux qui ont rejeté, enfermé, été agressifs. Ce sont ceux qui ont été courageux, généreux, ouverts. Chacun ne doit-il pas se demander ce qu’il veut laisser comme image dans le futur àses enfants, petits-enfants et plus largement… PROPOS RECUEILLIS PARE.M. Le Camp des Milles,40, chemin de la Badesse,Aix, est ouvert au public tous les jours de 10 h à 19h. Tarifs : jusqu’à 9,50 €.www.campdesmilles.org À lire : « Pour résister » Alain Chouraqui a dirigé l’ouvrage « Pour résister » (Cherche- Midi, 16,90 €). Le livre, présenté comme un outil de citoyenneté, ausculte les mécanismes – effets de masse, soumission, passivité, etc. – qui conduisent du racisme, de l’antisémitisme et de la xénophobie, vers les dérives génocidaires. Un livre qui permet de prendre la mesure des outils développés sur le site mémorial du Camp des Milles. les formes de violences, les premières d’entre elles relèvent du racisme, de l’antisémitisme et des discriminations, explique Marc Guidoni, secrétaire général de l’Afocal. Un certain nombre de propos peuvent contribuer à installer les grandes idéologies perverses. » L’un des enjeux pour les animateurs est notamment de ne pas véhiculer les stéréotypes et les préjugés. « Faire une équipe d’enfants pour un jeu, c’est déjà construire leur capacité à vivre ensemble. » « L’une de nos premières missions, c’est d’arriver à travailler avec les structures d’accueil et d’encadrement de mineurs pour les convaincre de la nécessité de partager les mêmes valeurs, souligne Cyprien Fonvielle, directeur du mémorial. Les animateurs, au côté de l’éducation formelle, ont un rôle majeur à jouer auprès des jeunes. Ils sous-estiment ce rôle très souvent. Ils sous-estiment le poids d’un mot, le poids d’une réflexion ou le poids d’une action. » E.M. 1. www.afocal.asso.fr



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