Var-Matin n°2015-03-08 dimanche
Var-Matin n°2015-03-08 dimanche
  • Prix facial : 1,50 €

  • Parution : n°2015-03-08 de dimanche

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : SCIC Nice-Matin

  • Format : (277 x 395) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 55,8 Mo

  • Dans ce numéro : le RCT n’a pas tremblé face à Brive (34-11).

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Le Fait du jour Droits des femmes : Toute l’année, ces Varoises luttent aux côtés de celles qui souffrent. En ce 8mars, nous avons souhaité leur rendre hommage et mettre àl’honneur leur combat... quotidien Pudique et pugnace. Françoise Pierrugues, une Fréjusienne de 49 ans, conjugue ces deux qualités au service d’une cause et d’un combat quotidiens : l’aide aux femmes victimes de violences conjugales. Coordinatrice de Nouvelle Olympe –enréférence à Olympe de Gouges (1) –depuis la fin de l’année 2013, Françoise œuvredans le militantisme associatif depuis une quinzaine d’années, notamment auprès du Réseau Solidarités Est-Var. Aujourd’hui, elle s’implique dans une nouvelle mission : écouter, accompagner et soutenir des femmes violentées, maltraitées, humiliées, bafouées, rabaissées… « Un manque cruel dans l’Est-Var » « On a créé Nouvelle Olympe car il yavait un manque cruel de structure pour ce type d’action sur le territoire de l’Est- Var. Mis à part à Toulon, à L undi 23 février. Conférence de rédaction. La phrase tombe : « Ilfaut que l’on pense àlajournée de la femme ». Un ange (aux « elles » résignées) passe dans les rangs féminins. Comme un « pfffff ». Sourd. La journée de la femme ? Beaucoup, entre boulot-marmots-fourneaux, préféreraient sans nul doute la journée de la flemme. Mais difficile pour un média de contourner le calendrier… médiatique. Au(x) sein(s) de la rédaction, côté nanas donc, la métamorphose en Femen est proche… Certes, on exagère, mais le « sujet » fait immédiatement débat. Des bas plus que des hauts d’ailleurs, quasi unanimes. Première flèche, et pas vraiment lancée par Cupidon celle-là : « Et si pour le traitement de la journée de la femme on ne faisait… RIEN de spécial, eu égard les 364 autres jours durant lesquels la femme n’a pas droit à un traitement spécifique ? (...) » Touché. La deuxième salve, assortie de quelques mots d’humour… noir,commence par un cinglant « À10-18 ans, l’adolescente est-elle si insouciante que sa mère pouvait l’être ou a-t-elle conscience qu’elle n’est qu’une travailleuse et consommatrice en puissance qui n’aura peut-être même plus le droit d’avorter si ça continue ? ».Et s’achève sur un retentissant « Au-delà de 95 ans, elle est contente d’avoir connu la guerre et de bientôt mourir quand elle voit le monde pourri qu’elle va laisser ! ».Coulé. Rire et déprime… Et toujours des réactions quasi épidermiques à chaque évocation du sujet. Jusqu’à cette voix (de la sagesse ?) qui « ose » un : « Le8mars, c’est quand même une date symbolique ». La lutte de nos aînées Un symbole, oui : celui de la lutte de nos aînées pour que nous puissions, aujourd’hui, faire la moue à l’évocation de cette journée. Olympe de Gouges en aperdu la tête. Manquerait plus qu’on lui coupe l’herbe sous les pieds. Alors à cette « journée internationale de la femme », désignation officialisée en 1977 par les Nations-Unis, nous avons préféré le vocable mis en avant depuis quelques années (à peine) de « journée internationale des droits des femmes ». Car c’est bien là que se situe encore et toujours le combat. Celui que mènent dans l’ombre des Varoises engagées, que nous avons souhaité mettre en lumière. Des femmes qui se « battent » … pour les autres femmes. Pour leurs droits. Leur liberté. Héroïnes du quotidien, elles se mobilisent pour défendredes valeurs acquises de longue lutte. Aux côtés des celles qui ne peuvent rendre coups pour coups. De celles qui veulent, simplement, disposer de leur corps. De celles qui souffrent parce que femmes. Dans les cités ou les beaux quartiers. Dans le Varmais aussi dans le monde. Des femmes d’honneur anonymes qui s’impliquent sur le terrain du concret. Et ce, tous les jours de l’année. STÉPHANIE MAYOL Françoise Pierrugues face aux violences : « Ce fléau touche toutes les catégories » Françoise Pierrugues est coordinatrice deNouvelle Olympe, une association basée àSaint-Raphaël et qui vient en aide aux femmes victimes de violences conjugales. (Photo Philippe Arnassan) 80 km d’ici, il n’y avait rien ». Une statistique, accablante, confirme ce besoin : en France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon. Tout est dit, ou presque. « Je n’aime pas trop ce chiffre, car on dit parfois qu’il est en baisse. Non seulement il faudrait arriver à zéro,mais en plus avec les progrès de la médecine, il y a de plus en plus de femmes handicapées non comptabilisées ». Située au 471 chemin de la Lauve à Saint-Raphaël, Nouvelle Olympe (2) est une association « qui ne met pas la pression sur les femmes, qui ne juge pas. On avance avec elles et àleur rythme pour qu’elles parviennent à faire des choix. On n’est pas dans Dans les pays en voie de développement, l’infirmière Laetitia Boyer aide àsoigner les femmes car « les choses bougeront dès lors qu’elles seront enbonne santé et éduquées. » (Photo D.R.) la performance, ce qui est primordial c’est qu’on les croit ». « Cen’est pas la Saint-Valentin » Épaulée par une dizaine de bénévoles (psychologues, travailleurs sociaux, professionnels du droit…), Françoise donne aussi de sa personne pour accompagner les victimes à la police, la gendarmerie ou dans les tribunaux. « Nous les aidons dans leur démarche et les orientons, selon les cas, vers d’autres professionnels ». Depuis son ouverture, Nouvelle Olympe –qui est affiliée àlaFNS (3) –aaccueilli et suivi environ 80 femmes de 20 à72ans, issues, à90% d’entre elles, de l’agglo fréjuso-raphaëloise. Françoise lève les yeux au ciel, respire un grand coup, puis reprend : « Ilest important de dire que ce fléau touche toutes les catégories socio-professionnelles. Et les violences peuvent être physiques, sexuelles, morales, économiques, administratives… ». Féministe assumée et « combattante de l’injustice », Françoise n’aime pas attirer la lumière, ni s’épancher sur sa vie privée. Ce qu’elle désire mettre enavant, c’est l’existence de son association. Elle insiste, par ailleurs, sur la portée de cette journée internationale pour les droits des femmes : « Il ne faut pas se méprendre : ce n’est pas la Saint-Valentin, les femmes n’attendent pas un bouquet de fleurs. C’est une journée de lutte ! » Olympe de Gouges aurait acquiescé. THOMAS HUET thuet@nicematin.fr 1. Considérée comme la pionnière du féminismefrançaisauXVIII e siècle,elleaété guillotinée. 2. Ouverte le mardi matin et le vendredi de 10hà16h(depréférencesurrendez-vous). Contact : 06.46.38.05.23. 3.Fédération nationaleSolidaritéFemmes. Aller plus loin Selon le Conseil économique, social et environnemental (CESE), 83000 femmes par an sont victimes de viols,200000 femmes par an, victimes de violences conjugales,20%des femmes sont également victimes au quotidien d’harcèlement de rue. Le CESE a dans plusieurs travaux récents rappelé la nécessité de faire respecter le principe de la laïcité, de promouvoir la mixité et de briser l’engrenage des violences faites aux femmes : - Agir pour la mixitédes métiers (Patrick Liébus, novembre2014) ; - Combattre toutes les violences faites aux femmes, des plus visibles aux plus insidieuses (Pascale Vion, novembre 2014) ; - La protection maternelle et infantile (Christiane Basset, octobre 2014) ; - Les femmes éloignées du marché du travail (Hélène Fauvel,février 2014) ; - Le travail à temps partiel (Françoise Milewski, novembre 2013). Cestravaux sont consultables sur le site www.lecese.fr
le combatd’une vie Laetitia Boyer,infirmière humanitaire : « Privilégier la santé et l’éducation » Actuellement en Haïti, Laetitia Boyer (photo ci-contre, lors d’une mission au Burundi) est une infirmière engagée dans l’humanitaire. A 52 ans, après avoir travaillé à l’hôpital de Draguignan, elle a pris une disponibilité pour suivre son mari gynécologue à la retraite membre de l’ONG Gynécologie sans frontières (GSF). « Les métiers de la santé nous poussent vers l’autre, et je suis sortie de ma formation infirmière avec ce désir d’humanitaire, jamais concrétisé jusqu’à il ya3 ans » dit-elle. Grâce àGSF,petite structure française, elle découvre les femmes les plus démunies, les plus vulnérables. « Ma première mission a été le Burundi, raconte M me Boyer, qui y est retournée àcinq reprises. C’est le plus petit pays d’Afrique, avec 10 millions d’habitants, et une mortalité maternelle de 10%, alors qu’en Europe, elle est d’un pour 15000 environ. L’autre fléau, ce sont les fistules ou les prolapsus (descente d’organes) liés à l’accouchement. Ces femmes sont rejetées par leur conjoint, la famille, la société, abandonnées. Nous leur redonnons une dignité mais surtout, nous formons les praticiens locaux à les prendre en charge, pour qu’ils puissent un jour se passer Gynécologue-obstétricienne au centre hospitalier de la Dracénie, le D r Vanessa Mathieu-Guerini est tous les jours au contact de jeunes filles, de femmes, de mères ou de grands-mères, tous les jours avec celles qui donnent la vie, qui la donneront… ou pas. À chacune de le décider en principe. La loi le prévoit mais la réalité est parfois différente tant le droit à disposer de son corps reste un vœu pieu pour certaines. Cela commence par la sexualité. Contrairement à une idée largement répandue, cela reste encore un sujet sensible et une inégalité avec l’homme. « Les problèmes de sexualité sont très fréquents et touchent beaucoup plus de femmes qu’on ne le croit, constate la spécialiste. Nous posons la question à chaque consultation car beaucoup de patientes n’osent pas en parler. C’est un moment où elles peuvent se confier facilement, à une femme, et àune femme qui leur pose la question » Et de préciser : « Lasexualité des femmes est en berne. Somatisation, troubles de la libido, perte de libido, douleurs… La femme ne trouve pas de plaisir pendant l’acte sexuel, perdl’envie, fait plaisir à son conjoint… Cela existe même dans des couples qui s’entendent bien ». Une libido malmenée par le rythme de vie Cette réalité trouve souvent son origine dans le rythme de vie des femmes aujourd’hui et apparaît en général après une ou des naissance(s) au foyer. « Elles doivent tout gérer seules, le travail, les enfants, la maison… Elles sont fatiguées et dans les rares moments qu’elles ont pour elles, elles ont davantage envie de se reposer. » Àl’homme de ne jamais l’oublier,delarespecter. L’accès àlacontraception reste également un élément du droit àdisposer de son corps, indissociable d’ailleurs d’une sexualité sereine. « Les plus jeunes sont en général bien informées, note la gynécologue. On a toujours quelque chose àleur proposer en fonction de leur âge, de leurs facteurs de risques, de leur mode de vie. Et les remboursements se sont généralisés. Elles ont le choix, c’est essentiel ». Sexualité et contraception permettent ainsi aux femmes de décider une maternité… Reste que quelques-unes ont recours à l’interruption volontaire de grossesse (IVG). de nous. Mon travail consiste à former le personnel soignant dans les soins pré et post opératoires ». Cesfemmes peuvent apporterlapaix Certains pourraient penser que l’engagement humanitaireest un sacrifice. « Non, dément Laetitia Boyer. C’est une chance inouïe de rencontrer ces femmes, de côtoyer des professionnels ayant envie d’apprendre. Mais surtout un don du ciel inestimable que de voir sourire ces femmes guéries. Du coup, l’envie grandit de toujours vouloir faire plus. » Elle ajoute aussitôt : « J’y trouve mon compte. Je voyage et j’aime ça, j’ai une attirance particulière pour l’Afrique noire car je suis « Cen’est jamais un mode de contraception contrairement à ce que certains prétendent, s’insurge le médecin. Celles qui font des avortements àrépétition sont souvent des femmes qui ont une histoire de vie compliquée, un désir de grossesse plus important, et inconscient, que tous les autres facteurs de décision. » née au Cameroun. J’aime les gens, mon métier et par-dessus tout l’idée de transmettre le peu que je sais… » Pour elle, l’avenir des pays en voie de développement est indissociable de l’amélioration des droits des femmes. « L’évolution des femmes yest en marche. Je pense que l’Afrique, comme d’autres pays du Sud, arrivera àse sortir des grandes difficultés par elles, grâce àelles. Elles sont le plus souvent celles qui gèrent la maison, qui travaillent aux champs, qui nourrissent la famille, font des enfants… celles qui relèvent la tête et qui, on peut rêver, peuvent apporter la paix. Nous nous devons d’aider ces femmes. » Pour ces femmes, comme pour d’autres qui ne font qu’une IVG « ce n’est jamais un acte anodin mais quelque chose qu’une femme garde toute sa vie, qu’elle n’accepte pas, rappelle Vanessa Mathieu Guerini. Elle pense toujours à : « Qu’est-ce que cela aurait donné si cette grossesse avait été menée à terme ? » Leur culpabilité persiste. Or personne ne doit leur en vouloir,sauf à leur rajouter un poids qui n’est pas nécessaire. Un enfant, c’est pour toute la vie, et àcemoment de leur vie, certaines femmes ne sont pas en capacité de pouvoir l’élever pour des tas de raisons. ». Elles nous apprennent l’humilité, l’humanité D’une mission à l’autre, le contexte est différent. En Haïti par exemple, « on se heurte à la corruption, àlarésignation, constate-telle. Mais quelles que soient les difficultés, les rencontres sont des instants magiques, qui, plus que ce que l’on peut donner, nous apportent de grands moments de bonheur ». S’engager pour aider,former,partager,mais aussi réfléchir,assure l’infirmière : « Ces femmes ont tout ànous apprendre ! Avant tout l’humilité, l’humanité. Au moment de leur sortie de l’hôpital, celles que l’on soigne se mettent parfois à genoux pour prier. Prier pour que le ciel protège l’équipe qui s’est occupée d’elles… Prier pour nous, pas pour elles, alors qu’elles n’ont rien, elles ne prient pas pour avoir plus… Cela fait réfléchir sur l’égoïsme, sur l’intolérance, sur les actes racistes, sur les rapports humains déséquilibrés par le profit. Elles nous apprennent qu’en tendant la main vers l’autre, simplement, on peut faire beaucoup. » Ici ou ailleurs… VÉRONIQUE GEORGES vgeorges@nicematin.fr www.gynsf.org D r Mathieu-Guerini : « La sexualitédes femmes est en berne » En matière dedroits des femmes, notamment celui de disposer de son corps « ilfaut toujours rester vigilant » assure leD r Mathieu-Guerini, gynécologueobstétricienne. (Photo Philippe Arnassan) Le choix d’avorter Or dans certains hôpitaux les femmes en demande d’IVG sont mal accueillies. Culpabilisation, tentative de dissuasion, mauvaise information… « Orlemédecin aundroitde retrait, rappelle-t-elle. Il n’a qu’à orienter la patiente vers un confrère qui pratique l’avortement pour qu’elle ne perde pas de temps ». Au centrehospitalier de Draguignan, les secrétaires médicales proposent un rendez-vous rapidement àces femmes. Combatde tous les jours « Notre rôle, c’est de les écouter,deleur proposer des solutions, de leur laisser le choix de la décision finale. Cela devrait être partout comme cela en médecine ». Alors, la praticienne hospitalièrea-t-elle le sentiment que l’on régresse dans les droits de la femme àdisposer de son corps ? « Pas chez nous, mais dans certains pays, même proches, assurément, répond le D r Mathieu-Guerini. En France, on a une éthique. On réfléchit, on laisse les femmes choisir sans en arriver à des extrêmes comme l’IVG tardive par exemple. Mais il faut rester toujours vigilant. Jusqu’à présent, on a dû se battre tout le temps. Il faut continuer àle faire pour maintenir cet accès à la contraception, à une sexualité choisie, à l’IVG. L’égalité est un combat de tous les jours. » V. G.



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