Uniformes n°284 sep/oct 2012
Uniformes n°284 sep/oct 2012
  • Prix facial : 6,95 €

  • Parution : n°284 de sep/oct 2012

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Régi'Arm

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 86

  • Taille du fichier PDF : 83,2 Mo

  • Dans ce numéro : 101st Airborne.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Histoire d’un combattant COLLECTION t Paris Match du 23 décembre 1950 : Retour des blessés d’Indochine. Dans le train sanitaire, le lieutenant Faulques salue d’une main les journalistes. (Reportage Claude Paillat – René Vital –) cessent. Seuls quelques coups isolés retentissent encore. Au bout de quelques minutes, c’est à nouveau des balles qui nous arrivent venant de plus haut, des tirailleurs marocains et des Goumiers qui à présent décrochent du cirque supérieur. Leurs tirs aveugles ne nous touchent pas car aucun légionnaire est désormais debout, nous sommes blessés à terre ou morts. Les légionnaires valides ont déjà dépassé la source et dévalent à présent la piste et les calcaires en direction de la vallée de Quang Liêt. Le 1er B.E.P a réussi sa mission, de percer l’enclave viet du cirque de Coc Xa, mais le bataillon n’existe pratiquement plus ! A présent, les Marocains s’engouffrent dans le goulet en hurlant une mélopée lugubre, et disparaissent rapidement. Un grand silence envahit alors le champ de bataille. Puis arrivent le commandant Segrétain accompagné du capitaine Jeanpierre (3). Les deux hommes se penchent sur moi, me réconfortent de quelques mots et me demandent mes dernières paroles. Vraux et Carta qui étaient revenus à la source me laissent à leur tour. Le caporal Carta insiste une dernière fois à rester avec moi, mais je lui donne l’ordre de descendre la piste, rejoindre les autres. Puis me dépassent aussi, les lieutenants Lacroix, Vaudois et Hochart avec quelques hommes blessés. En voyant passer Hochart bardé d’armes récupérées, je pense à un personnage d’un livre d’histoire de mon enfance, le chevalier d’Assas de la guerre de Sept ans, sortant victorieux d’un fort qu’il avait défendu. (3) – Le commandant Segrétain est mortellement blessé le lendemain au cours d’une violente embuscade alors qu’il essaye avec un groupe de légionnaires de rejoindre That Khé. Le capitaine Jeanpierre, lieutenant-colonel chef de corps du 1er REP en mars 1955, est tué le 29 mai 1958 dans la région de Guelma alors qu’il effectue à bord d’un hélicoptère une reconnaissance pour engager une compagnie de son régiment à l’assaut de caches ennemis. Insigne du 1er BEP Puis plus rien, à nouveau un silence troublant envahit la cuvette de Coc Xa, ça tiraille du côté de la vallée de Quang Liêt. En bas, la bataille continue… A présent, un autre combat est en jeu, celui de nos vies. Les blessés qui en ont la force se trainent vers la source et font un grand cercle autour de moi. Nous souffrons en silence, sans aucune plainte. Les cigarettes sont passées de main en main. Les plus gravement atteints meurent discrètement, dignement, dans un profond silence. Je regarde la source et je m’aperçois alors qu’elle est toute rouge de sang. J’ai toujours dans ma main mon pistolet décidé à abattre encore du Viet, mais je m’écroule dans un profond sommeil. » Laissé pour mort Le lieutenant Faulques reste ainsi pendant trois jours et t r o i s nuits littéralem en t paralysé s u r un des troncs d’arbre du r o cher de la source. A chaque réveil, il essaye de se débarrasser des asticots qui lui rongent l’épaule droite en soufflant par dessus et de côté. Au cours de la première nuit, il est réveillé par quatre torches, la première est tenue par un commissaire politique qui lui arrache son arme, la deuxième par un infirmier légionnaire du 1er BEP prisonnier, les deux autres, par des Viets qui récupèrent les armes du combat. Le légionnaire tente de s’occuper du lieutenant, mais le commissaire ronchonne en disant « Non pas lui, c’est un officier colonialiste, il n’a qu’à crever… ». Enfin, au quatrième jour l’ennemi réapparait, cette fois accompagné de femmes et de coolies transportant des brancards. Le lieutenant, alors placé dans une des civières, est dirigé sur un PC Vietminh où il retrouve le même légionnaire infirmier qui lui prodigue aussitôt des soins en débridant au canif la blessure de la cuisse gauche, mettant presqu’à jour le fémur. Le commandant apprend plus tard que l’initiative du légionnaire infirmier lui a sauvé la vie. Ensuite, il raconte son hospitalisation, et son rapatriement sanitaire en France. « Après être brancardé durant six jours à travers les pistes et la jungle tonkinoise, entre Dong Khé, That Khé et la frontière chinoise, je suis à nouveau déposé à That Khé pour être enfin pris en charge par la « Croix Rouge ». Si au cours de ce pénible périple, je suis resté vivant je le dois à un de mes gardiens viets qui m’a donné à manger du riz et des piments, me couvrant également d’une couverture contre le froid et la pluie. Au PC Vietminh de That Khé, l’ennemi pense que je vais bientôt mourir et inutile donc de me garder plus longtemps ici. t Le béret du commandant Faulques et sa barrette de décoration portée lors des cérémonies et des commémorations. (Reportage Guyader). 36 uniformes | COLLECTION
t Le chef de bataillon Roger Faulques, adjoint au chef de corps du 2 e REP. Algérie fin 1960. Le commandant est porteur d’un chandail en laine verte à fermeture à glissière. Une particularité « uniformologique » que conservera longtemps le 2 e REP. (CDLE) Insigne du 2 e REP. Au bout de deux jours, toujours dans ma tenue de combat que le sang séché à rendu rigide, je suis placé à bord d’un Junkers 52 pour être transféré sur Hanoï. Je suis le seul officier rapatrié. Mes plaies qui continuent à pourrir dégagent tellement d’odeurs nauséabondes que les aviateurs ouvrent tous les hublots de l’avion. Arrivé à Hanoï, à l’hôpital Lannessan, je reçois aussitôt des soins. Le lendemain, je suis opéré par un professeur chirurgien. Il réussit à me sauver la jambe gauche jugée pourtant irrécupérable, ainsi que mon bras gauche, éclaté au coude. Un jour à mon réveil, j’ai la surprise de voir le caporal Carta en képi blanc me remettre entre les mains ma veste de combat de Coc Xa, soigneusement lavée et repassée (4). Au bout de plus d’un mois d’hospitalisation, je suis sur la liste des rapatriés sanitaires pour la métropole où je dois subir des opérations chirurgicales plus appropriées à mes blessures. A bord du « Pasteur » qui ramène en France des soldats en fin de séjour et de très nombreux blessés, l’ambiance est bon enfant. Nous sommes constamment visités par les rapatriables et par les matelots du navire. Le personnel médical est aux petits soins, mais c’est le caporal Carta qui s’occupe de moi, notamment pour la toilette quotidienne. Le Capitaine Jeanpierre qui fait parti du voyage, vient me voir souvent et nous discutons pendant des heures, refaisant la bataille de la RC4, dans ses moindres détails ». Le commandant poursuit son récit mais son visage se durcit et ses yeux pourtant d’un bleu limpide semblent s’assombrir d’un coup. Il nous révèle alors que dans toute cette histoire, le plus décevant a été le retour sanitaire en France. « En gare de Marseille, les blessés sont embarqués dans un train spécial à destination de Paris, pour l’hôpital du Val-de- Grâce. Arrivé en gare d’Orange, le train sanitaire est stoppé par des manifestants communistes, des « combattants de la Paix », des anti-français d’Indochine. C’est alors de longues heures d’attente sous une multitude d’insultes et de gestes obscènes. Tout ravitaillement en eau et en nourriture est impossible. La police et la Gendarmerie pourtant bien présentes ne bougent pas. Ce sont les journalistes qui finalement prennent soin de nous en nous apportant à boire. Enfin, se sont les cheminots eux-mêmes qui dégagent les voies pour que le train puisse repartir. Arrivé à Paris, je suis à nouveau transbahuté pour atterrir finalement au bout d’un couloir de l’hôpital du Val-de- Grâce. J’ai froid, je n’ai qu’une couverture sur moi et ne peut, emplâtré de partout, bouger. J’attends donc patiemment et c’est alors qu’une infirmière se penche sur moi et me demande ce que je fais dans ce couloir. Je lui réponds que je ne sais pas et que j’arrive d’Indochine. Aussitôt, elle m’a prit en charge. Cette infirmière deviendra quelques temps après, mon épouse ». Toujours volontaire pour l’Extrême– Orient, le capitaine Roger Faulques retrouve l’Indochine mais cette fois pour servir sous l’uniforme du G.C.M.A (Groupes de Commandos Mixtes Aéroportés). Une nouvelle vie commence. Chef d’état major de la Représentation régionale Nord Vietnam à Hanoï, par ses actions et ses stratèges, cet officier ne manque pas l’occasion de mener la vie dure aux bodoïs, faisant regretter à ces derniers de ne pas l’avoir achevé à Coc Xa. Le Commandant Pierre Bertolini, alors adjudant-chef au G.C.M.A. se souvient de lui. « Grâce à son action efficace, en 1953- 1954, des maquis sont constitués de part et d’autre de la RP41, ainsi que sur les rives gauches et droites du Fleuve Rouge. Sous ses directives, des missions commandos sont menés avec succès à Lao kay et dans la région de Lang Son. Il réussit à retrouver les rescapés du maquis Chau Quang Lo et à reconstituer cette unité, créant un comité de libération de la rive gauche du Fleuve Rouge. Au Nord Est de Lao kay, en juillet 1954, il entreprend l’élaboration de la dernière opération aéroportée d’Indochine sur Pak Ha qui se solde par une réussite. Avant de quitter définitivement le Nord Vietnam, alors que notre avion survole la baie d’Along, j’ai été longtemps ému par la tristesse du regard du capitaine Roger Faulques observant pour la dernière fois, se dégageant du paysage, les montagnes tonkinoises, terre de ses premiers exploits indochinois. » A l’issue du cessez-le-feu de 1954, le capitaine Faulques retrouve la Légion et son prestigieux 1er BEP à nouveau reconstitué après son second anéantissement q Aubagne le 30 avril 2010, le commandant Roger Faulques a la sublime reconnaissance de la Légion étrangère. Il est le porteur de la main du capitaine Danjou, le plus précieux symbole de la Légion à la parole donnée. (Reportage Képi blanc) (4) - aujourd’hui exposée à Calvi au 2 e REP, dans une des vitrines qui orne la salle d’honneur des légionnaires parachutistes. COLLECTION | uniformes 37



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