Uniformes n°275 mar/avr 2011
Uniformes n°275 mar/avr 2011
  • Prix facial : 6,95 €

  • Parution : n°275 de mar/avr 2011

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Régi'Arm

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 86

  • Taille du fichier PDF : 72,2 Mo

  • Dans ce numéro : tenue camouflée de la Heer.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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COLLECTION décorations exutoire dans l’organisation, en septembre 1915, d’un nouveau concours informel par la Société nationale des beaux-arts, afin de proposer symboliquement un autre modèle aux autorités. Pas moins d’une trentaine de maquettes est ainsi mise en compétition, aboutissant à la désignation d’un lauréat en la personne du médailleur François Roques, dont le projet aux lignes épurées n’est pas sans annoncer le style Art déco. L’artiste a certes pris le parti de conserver la forme d’une croix en vue de se conformer à l’appellation officielle de la 64 uniformes | COLLECTION (a) a : 26mm — b : 13mm — c : 11mm décoration, mais en en rectifiant néanmoins les contours pour mieux la différencier de la Croix de fer. Quant à son choix de la suspendre à un ruban bleu, il fait écho à la proposition antérieure d’un sénateur lors des débats parlementaires, lequel considérait alors qu’une telle couleur, peu employée parmi les rubans français, permettrait de singulariser plus sûrement la Croix de guerre. Mais évidemment, cette initiative d’ordre privé reste lettre morte, apparaissant comme bien dérisoire au moment de l’offensive meurtrière de Champagne, et la contestation finit par s’éteindre d’elle-même, à mesure que grandit le culte populaire pour une Croix de guerre qui achève de gagner s e s l et t r e s de noblesse dans la boue des tranchées de première ligne. (b) (c) Trois réductions de la Croix de guerre. D’un module de 26, 13 ou 11 millimètres, elles présentent des millésimes différents, celle de droite étant réalisée en or serti de trois brillants. Elles ne sont évidemment pas réglementaires, mais leur port est toléré sur l’habit ou la tenue civile. (Collection privée) gnant les Légions d’honneur et Médailles militaires, ni les citations posthumes. La répartition s’opère comme suit : - 60 000 citations à l’ordre de l’Armée ; - 95 000 citations à l’ordre du corps d’armée ; - 250 000 citations à l’ordre de la division ; - 300 000 citations à l’ordre de la brigade ; - et 1 250 000 citations à l’ordre du régiment. Le nombre de Croix de guerre est toutefois notablement inférieur à ce chiffre, dans la mesure où beaucoup de décorés ont reçu plusieurs citations successives de tous ordres. Et il est généralement admis qu’environ 1 200 000 alliés en ont porté les insignes... Ce qui peut sembler imposant de prime abord, mais, une fois rapporté aux effectifs engagés, ne concerne plus qu’un combattant sur six en fin de compte. Un tel ratio démontre de façon éloquente avec quelle relative parcimonie des exploits souvent exceptionnels sont récompensés côté français, alors que dans le même temps les Allemands, à peine plus nombreux sous l’uniforme, prodiguent leur Croix de fer à quelque 5 200 000 récipiendaires ! Discipline de la Croix de guerre Bien entendu, la Croix de guerre est normalement attribuée une bonne fois pour toutes à son titulaire – et même appelée à le suivre jusqu’au tombeau, Les chiffres Décoration égalitaire s’il en est, la Croix de guerre est attribuée assez largement – mais sans excès – jusqu’en octobre 1921 (le temps pour une commission présidée par le maréchal Fayolle de statuer sur le cas des morts, blessés et autres oubliés n’ayant pas démérité). Les estimations officielles situent de fait aux alentours de 1 925 000 le nombre total de citations décernées au titre de la Première Guerre mondiale, sans compter celles accompat Belle Croix de guerre 1914-1916, dont le long ruban noué révèle qu’elle est destinée à décorer l’emblème d’une unité. Retrouvée parmi les affaires d’un ancien officier du 44ème régiment d’infanterie – justement titulaire de cinq citations collectives : quatre à l’ordre de l’Armée et une à l’ordre de la brigade –, elle a peut-être un jour orné le drapeau de ce prestigieux corps, surnommé l’As de Pique... (Collection privée) puisqu’elle fera ensuite partie de ces décorations à mentionner dans les actes d’état civil en général et dans ceux de décès en particulier. Cependant, il est dès l’origine prévu, sous certaines conditions, de pouvoir retirer sa Croix à toute personne dont le comportement l’en a rendue indigne, afin d’éviter que les actes d’un individu isolé puissent jeter le discrédit sur l’ensemble des décorés. Citations collectives et fourragères Tout est donc mis en œuvre pour asseoir l’image de la Croix dans la société. C’est dans cette optique, notamment, que la Croix de guerre, bien qu’initialement conçue pour commémorer les seules citations individuelles, finit par devenir aussi une distinction collective. Cela n’allait pourtant pas de soi : si la pratique consistant à décorer des emblèmes remonte au Second Empire, lorsque la guerre est déclarée en 1914, la Légion d’honneur est encore la seule décoration française susceptible d’être octroyée collectivement. Et le fait qu’une unité puisse faire l’objet d’une citation n’y change rien : celle-ci se voit seulement rappelée par l’inscription d’un nom de bataille ou de campagne dans les plis de son emblème, suivant une prescription de Napoléon Ier. La Croix de guerre demeure donc tout d’abord exclue de ce cérémonial ancien. De fait, il faut attendre une circulaire ministérielle du 21 avril 1916 pour qu’un premier pas soit fait dans le sens d’une matérialisation plus ostensible des citations collectives, en réintroduisant la fourragère dans l’uniforme. Ce vieil accessoire, traditionnel dans la cavalerie jusqu’à la fin du XIX e siècle, se présente sous la forme d’une tresse en tissu munie d’un ferret à son extrémité et fixée sur l’épaule gauche en passant sous le bras. Autrefois purement utilitaire ou bien décorative, elle est désormais le signe distinctif pérenne des formations d’élite de l’Armée française. À travers elle, le commandement escompte raffermir le moral de la troupe, mis à rude épreuve dans le chaudron de Verdun, tout en exaltant son courage et sa cohésion en vue d’une victoire finale sans cesse retardée. Mais dans un premier temps, il n’existe qu’une fourragère unique, verte et rouge – aux couleurs de la Croix de guerre –, dont le port est acquis de plein droit à tout le personnel des unités citées au moins deux fois à l’ordre de l’Armée. Or l’allongement du conflit provoquant mécaniquement la multiplication des actions d’éclat et donc des citations collectives accompagnées de fourragères, l’attractivité de ces dernières diminue
par là même assez rapidement. Aussi, lorsque le général Pétain, nouveau commandant en chef, entend surmonter la crise des mutineries de 1917 en améliorant la condition des poilus, inclut-il dans son train de réformes plusieurs mesures relatives à la fourragère. Afin d’encourager les nouveaux efforts demandés aux militaires, il obtient du ministre de la Guerre, Paul Painlevé, que soit établie une distinction entre les unités récompensées, selon leur nombre de citations collectives. Voilà dans quelles conditions apparaissent, entre juin et octobre 1917, les fourragères aux couleurs de la Médaille militaire (jaune et verte, pour quatre ou cinq citations à l’ordre de l’Armée) puis de la Légion d’honneur (rouge, pour six à huit citations à l’ordre de l’Armée). C’est également de cette époque troublée que date la possibilité d’épingler effectivement la Croix de guerre et les diverses fourragères correspondantes sur la cravate des drapeaux, étendards et fanions des unités qui les ont gagnées, afin de stimuler leur esprit de corps. Ce qui, d’ailleurs, ne tarde pas à porter ses fruits : nombreuses sont les formations de toutes les armes à se lancer alors dans une compétition effrénée, en quête de gloire militaire. La palme revenant sans doute, parmi les grandes unités, à la fameuse 14 e division d’infanterie, de Belfort, mieux connue sous le surnom de « Division des As » 2, après que les cinq régiments qui la composent ont, pour la première fois dans toute l’Armée, chacun mérité une fourragère dès 1917... Cette surenchère contraint cependant les autorités à adapter une nouvelle fois leur système en septembre 1918, à l’effet de prendre en compte cette inflation de citations collectives, d’autant plus importante que les combats de la dernière année de guerre sont très durs. C’est ainsi que sont créées les fourragères doubles, ajoutant trois degrés supplémentaires en vue d’honorer les unités citées à l’ordre de l’Armée à plus de huit reprises au cours des hostilités. Il s’agit : - de la double fourragère aux couleurs de la Légion d’honneur et de la Croix de guerre (pour neuf à onze citations) ; - de la double fourragère aux couleurs de la Légion d’honneur et de la Médaille militaire (douze à quatorze citations) ; - et enfin de la double fourragère aux couleurs de la Légion d’honneur (quinze citations et plus – jamais attribuée à ce jour.) En définitive, près de huit cents formations de tailles diverses – majoritairement au sein de l’Armée de terre – reçoivent une fourragère au titre de la guerre de 1914-1918. Ces distinctions par essence collectives sont l’apanage des corps de troupe en question, mais lorsqu’un combattant a pris part à tous les faits d’armes visés dans les citations qui ont valu la fourragère à son unité, ce dernier est réputé l’avoir personnellement gagnée. Sur la foi d’une attestation du chef de corps et à condition de lui adjoindre un insigne rappelant son unité d’origine, il pourra donc continuer à porter sa fourragère, quand bien même il serait ultérieurement muté dans un régiment qui n’en aurait pas. À l’attention des bénéficiaires de cette disposition, l’industrie privée met d’ailleurs bien vite sur le marché des fourragères miniatures qui viennent orner le ruban de certaines Croix de guerre, sans avoir le moindre caractère réglementaire... Les citations de collectivités civiles Mais les forces armées ne sont pas les seules concernées par cette évolution. Paul Painlevé, devenu entre-temps Président du Conseil, décide en effet – en partie contre l’avis du général Pétain – d’étendre le bénéfice de l’attribution collective de la Croix de guerre au monde civil, qui participe lui aussi à l’effort de guerre. Un peu moins de trois mille communes dévastées, françaises ou alliées – à la suite de Dunkerque, décorée en octobre 1917 –, les grands corps de l’État, la Préfecture de Police, le Barreau de Paris, les Universités, ainsi qu’une bonne partie des grandes écoles, dont les membres paient un très lourd tribut sur les champs de bataille, sont ainsi distingués à leur tour, pour le plus grand prestige social de la Croix. Il s’agit alors systématiquement de citations à l’ordre de l’Armée, parfois posthumes. C’est le cas, par exemple, pour les neuf villes emportées en 1916 dans le tourbillon de la bataille de Verdun et citées dans les termes suivants : « Vauquois, Fleury-devant- Douaumont, Vaux-devant- Damloup, Damloup, Avocourt, Brabant-sur-Meuse, Samogneux, Cumières, Louvemont : communes héroïques dont les noms doivent être fidèlement gravés dans la mémoire des générations à venir. Ont disparu jusqu’à la dernière pierre dans l’effroyable tourmente, synthétisant ainsi pour les défenseurs du sol le foyer commun menacé. Ont par la magie vengeresse de leurs ruines décuplé l’énergie et la vaillance du Soldat de Verdun au cours des combats acharnés dont elles ont été le témoin et l’enjeu. Se sont acquis des titres à la reconnaissance éternelle de la patrie. » (Décret du 9 septembre 1920.) Les diplômes Pour terminer, cette étude ne serait pas complète sans aborder la question des diplômes, généralement indissociables des décorations qu’ils accompagnent. Mais en l’occurrence, il n’existe pas à proprement parler de brevet officiel pour la Croix de guerre (même s’il était initialement prévu d’en établir un après la fin des hostilités). t Certificat délivré en 1918 à un soldat de 1 re classe du 94 e régiment d’infanterie, afin de constater son droit au port définitif de la fourragère aux couleurs de la Croix de guerre. p Citation à l’ordre du 25 e régiment d’artillerie, décernée à l’occasion de la bataille de l’Empereur en mars 1918. Entourée d’une frise laurée, elle présente, dans décor très végétal – fait de houx, de lierre, de chêne et de laurier –, une allégorie de la République, ainsi que trois canons de 75 et un caisson à munitions symbolisant l’artillerie. De fait, son seul support est la citation du titulaire, dont les formes ne sont pas fixées par le règlement, allant du banal papier pelure d’état-major tapé à l’encre bleue, au parchemin manuscrit et richement enluminé. Encore que de tels documents soient seulement à considérer comme des souvenirs facultatifs, dans la mesure où la simple mention d’une citation dans ses pièces matriculaires suffit à l’intéressé pour justifier du port de la Croix. Toujours est-il que ces diplômes sont couramment employés et d’une grande variété. Les plus répandus étant des modèles standards, décernés indistinctement d’une unité à l’autre, avec la possibilité, le cas échéant, de les individualiser un minimum par l’ajout du nom évocateur d’une formation, d’une bataille ou d’un lieu. Enfin, il en existe d’autres, plus rares, propres à certaines unités particulières (souvent du niveau régimentaire) et plus ou moins élaborés... [2]Rebondissant sur ce bon mot de leur propre divisionnaire, le général Philipot, les quatre régiments d’infanterie de la division se dotent chacun d’un insigne incluant une carte à jouer ornée d’un as. Au 35 e régiment d’infanterie correspond ainsi l’as de trèfle, au 42 e, l’as de carreau, au 44 e, l’as de pique et au 60 e, l’as de cœur. Quant au 47ème régiment d’artillerie, formant l’artillerie de la division, il est représenté par un joker... COLLECTION | uniformes 65



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