Uniformes n°275 mar/avr 2011
Uniformes n°275 mar/avr 2011
  • Prix facial : 6,95 €

  • Parution : n°275 de mar/avr 2011

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Régi'Arm

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 86

  • Taille du fichier PDF : 72,2 Mo

  • Dans ce numéro : tenue camouflée de la Heer.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 48 - 49  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
48 49
COLLECTION décorations La Croix de guerre 1914-1918 (2 e partie) Texte et photos : Laurent Chauvet Si le temps de créer la Croix de guerre sur le papier a semblé bien long à certains observateurs, la phase de sa réalisation connaît une accélération subite… L’insigne, ses modèles et ses variantes En effet, sans attendre la conclusion des débats parlementaires, le colonel Buat, chef du cabinet militaire du ministre de la Guerre, lance d’initiative un appel à tous les artistes souhaitant participer au concours qui déterminera la forme de la Croix de guerre. Le marché envisagé porte sur la fourniture, dans un premier temps, de quarante mille pièces – réservées par défaut aux seules citations à l’ordre de l’Armée –, les prototypes devant être déposés avant le 14 avril 1915 avec leurs conditions de vente ou de cession à l’État. Une commission ministérielle est créée pour examiner les projets présentés. Présidée par le général Graziani, elle est composée de personnalités du monde artistique, de parlementaires et de fonctionnaires. Mais sur les dizaines de maquettes soumises à son appréciation, seules sept passeront à la postérité 1, tandis qu’est finalement retenue la proposition du Syndicat des fabricants d’ordres, dessinée par le sculpteur Paul-Albert Bartholomé et réalisée par le graveur sourd et muet Henri Furet. (Initialement, le choix de ladite commission s’était d’ailleurs porté sur deux autres projets très différents – l’un dû à Gardet et Fouquet, l’autre à la Maison Christofle –, mais un fonctionnaire nommé Devillaine avait alors objecté à juste titre qu’ils ne correspondaient pas aux termes de la loi, faute d’avoir la forme d’une croix...) Le décret d’application du 23 avril 1915 décrit avec précision l’œuvre de Bartholomé : croix pattée, elle est « en bronze florentin du module de trente sept millimètres à quatre branches avec, entre les branches, [1]Dûs à Gardet et Fouquet, la Maison Christofle, Peter, Cousin, Hilpert, Mérignac et Turpin. 62 uniformes | COLLECTION deux épées croisées. Le centre représente, à l’avers, une tête de République au bonnet phrygien orné d’une couronne de lauriers avec, en exergue, « République française ». Il porte au revers l’inscription 1914- 1915. » Une circulaire ministérielle viendra ensuite modifier chaque année les millésimes du revers, de façon à tenir compte de la prolongation des hostilités : les croix ultérieures seront ainsi successivement datées 1914- 1916, 1914-1917, puis enfin 1914-1918. D’un point de vue juridique, c’est le Syndicat des fabricants d’ordres, groupement des principaux industriels privés du secteur, qui détient la pr o pr i é t é artistique de la Croix de guerre, alors que l’administration des Monnaies en conserve les coins, signés par le graveur Edmond- Émile Lindauer. Il n’empêche qu’étant donné l’imp o r t a n c e du marché et la restriction des délais de livraison (les premiè- Suite d’uniformes 274 u Croix de guerre 1914-1916 avec six citations, dont le ruban est surchargé d’une fourragère réduite verte et rouge, non réglementaire. Par cette fantaisie intéressante, son titulaire entend rappeler sa participation aux deux faits d’armes collectifs à l’origine de l’attribution, le 9 novembre 1917, de la fourragère à son corps d’appartenance, le 140 e régiment d’infanterie. (Collection privée) p Croix de guerre attribuée au clairon René Hartuis, du 34 e régiment d’infanterie coloniale, pour avoir effectué un service de liaison sous un violent bombardement le 16 mai 1917 devant Monastir, en Macédoine serbe. Déjà blessé au cours de la campagne, comme l’indique sa citation, il a choisi par commodité d’orner le ruban de sa décoration de l’insigne spécial des blessés et réformés de guerre, au lieu de le porter séparément. On remarquera aussi que sa croix est montée à l’envers, afin de mettre en évidence son année d’attribution relativement précoce : 1917... (Collection privée) Le lieutenant Henri Lemaitre, pilote du 1er régiment du génie, chef d’escadrille de la BR210 (escadrille de bombardement) portant fièrement ses décorations françaises et étrangères. Sa Croix de guerre ne comporte pas moins de neuf palmes prouvant ainsi qu’un pilote de bombardier peut être tout aussi décoré qu’un pilote de chasse. (Collection Christian Tollet)
res croix arrivant aux Armées le 21 mai 1915), l’ensemble des fabricants public et privés est mis à contribution, ce qui explique l’existence d’un grand nombre de variantes, plus ou moins finement réalisées et dans des métaux parfois précieux. Le ruban Son ruban, large de trente sept millimètres, est aux couleurs impériales : vert, parsemé de sept minces liserés rouges équidistants. S’il est clairement inspiré de celui de la médaille de Sainte-Hélène, il ne saurait pour autant se confondre totalement avec ce dernier. De fait, bien qu’identiques, leurs couleurs n’ont pas les mêmes nuances : le ruban original est dans les tons éteints – vert lie de vin et rouge framboise –, quand celui de la Croix de guerre a des coloris sensiblement plus vifs. Les agrafes du ruban Promise à un bel avenir, l’une des nouveautés présentées par la Croix de guerre réside dans le Quatre variantes assez différentes de la Croix de guerre 1914-1918, fabriquées par l’industrie privée. Toutes ont en commun de porter des agrafes non réglementaires : palmes ou étoiles réduites pour économiser de la place sur le ruban ; palme stylisée originale ; palme quasiment normale mais raccourcie ; étoiles à six branches. (Collection privée) jeu d’agrafes susceptibles d’être piquées sur son ruban, afin de distinguer le degré de la citation dont son titulaire a fait l’objet. Au terme du décret précité, elles sont primitivement au nombre de quatre : - une palme de bronze correspond ainsi à une citation à l’ordre de l’Armée (la paternité de cette idée revenant au sénateur Félix Martin) ; - une étoile de vermeil, à une citation à l’ordre du corps d’armée ; - une étoile d’argent, à une citation à l’ordre de la division ; - et une étoile de bronze, à une citation à l’ordre de la brigade ou du régiment. Les services du ministère de la Guerre, ne laissant rien au hasard, édictent même une instruction – largement ignorée par la suite – sur la manière réglementaire de disposer ces agrafes sur le ruban. Partant, les étoiles, en fonction de leur nombre, doivent former une ligne horizontale (deux éléments), un triangle (trois éléments) ou encore un losange (quatre à cinq éléments), en sachant que l’étoile distinctive de la citation la plus élevée se place toujours à gauche. Quant aux palmes, elles se fixent nécessairement au-dessus des étoiles. Enfin, en cas de citation unique, l’attribut – palme ou étoile – occupe le centre du ruban. Moins de deux ans plus tard, le 8 janvier 1917, le maréchal Lyautey mettra la dernière main à cette réglementation en tant que ministre de la Guerre. Souhaitant limiter l’extension sans fin de certains rubans de Croix de guerre constellés de palmes – on pense aux as de l’aviation, dont le capitaine Nungesser, cité à trente reprises –, il décrètera remplacer cinq palmes de bronze par une seule palme d’argent. Mais rares seront les récipiendaires concernés à s’y conformer, tant cette mesure sera perçue comme austère. La plupart d’entre eux conservera en effet ses palmes de bronze, en ayant tout au plus parfois recours à des modèles réduits pour gagner de la place – respectant ainsi l’esprit sinon la lettre de ce décret. Premières attributions, premières difficultés Quoi qu’il en soit, la mise en application du décret du 23 avril 1915 soulève d’entrée de jeu une première difficulté. En effet, une loi n’étant censée disposer que pour l’avenir, comment traiter tous ceux qui, depuis le 4 août 1914, ont déjà été décorés, médaillés ou bien cités ? Par mesure d’équité, il est décidé que tous les « ordres D » du Grand quartier général conférant la Légion d’honneur ou la Médaille militaire, de même que toutes les citations à l’ordre de l’Armée publiées au Journal Officiel depuis le début du conflit, comportent d’office l’attribution rétroactive de la Croix de guerre avec palme de bronze. Les premiers attributaires de la Croix sont donc à chercher dans ces documents, puisque les intéressés ont acquis leur titre avant même la création officielle de la nouvelle décoration... Et parmi eux, deux figures se détachent tout particulièrement : le lieutenant Bruyant, premier décoré de la Légion d’honneur de la Grande Guerre, et le brigadier Escoffier, premier médaillé militaire. Servant tous deux au 12 e régiment de dragons, ils se sont distingués dès le 3 août 1914, en attaquant puis mettant en déroute, avec seulement cinqu Boîte pour Croix de guerre vendue dans le commerce. (Collection privée) autres cavaliers, tout un peloton ennemi fort d’une trentaine d’uhlans, près de Réméréville en Lorraine ! Le premier récipiendaire effectif de la Croix de guerre passe cependant pour être le jeune soldat de 1 re classe Léon Josse, engagé volontaire à dix-huit ans au titre du 27 e régiment d’infanterie. Cité à l’ordre de l’Armée pour son sang-froid lors de la capture de quatre prisonniers, le 5 avril 1915, dans l’abri souterrain d’une tranchée allemande du bois d’Ailly, il reçoit son insigne des mains de son chef de corps dès le 5 juin suivant, pour être présenté deux jours plus tard au Président Poincaré en visite sur le front. Un accueil d’abord mitigé Quoique ardemment souhaitée par l’ensemble des combattants et saluée par une grande partie de l’opinion publique, la Croix de guerre ne suscite toutefois pas que des enthousiasmes. Son aspect est encore loin de faire l’unanimité : sa forme est jugée trop chrétienne par les uns – ce qui n’est pas un vain mot à une époque où l’anticléricalisme est très prégnant dans la société française. D’autres s’émeuvent de sa ressemblance avec son équivalent honni d’outre-Rhin, la Croix de fer. Son ruban n’est pas non plus exempt de critiques : de fait, la Révolution et les guerres napoléoniennes rappelées par les couleurs de la médaille de Sainte-Hélène n’évoquent pas que de bons souvenirs à toutes les franges de la population... La fronde gagnant de l’ampleur trouve finalement son COLLECTION | uniformes 63



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 1Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 2-3Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 4-5Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 6-7Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 8-9Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 10-11Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 12-13Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 14-15Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 16-17Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 18-19Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 20-21Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 22-23Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 24-25Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 26-27Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 28-29Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 30-31Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 32-33Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 34-35Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 36-37Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 38-39Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 40-41Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 42-43Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 44-45Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 46-47Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 48-49Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 50-51Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 52-53Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 54-55Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 56-57Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 58-59Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 60-61Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 62-63Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 64-65Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 66-67Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 68-69Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 70-71Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 72-73Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 74-75Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 76-77Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 78-79Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 80-81Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 82-83Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 84-85Uniformes numéro 275 mar/avr 2011 Page 86