Uniformes n°274 jan/fév 2011
Uniformes n°274 jan/fév 2011
  • Prix facial : 6,95 €

  • Parution : n°274 de jan/fév 2011

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Régi'Arm

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 86

  • Taille du fichier PDF : 87,9 Mo

  • Dans ce numéro : le sous-casque américain M1.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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COLLECTION décorations exprimant le deuil patriotique de la fin du siècle précédent). Il prévoit en outre un système d’agrafes en bronze à glisser sur le ruban pour distinguer les récipiendaires cités à plusieurs reprises. Les discussions qui s’ensuivent font apparaître un large consensus. À vrai dire, seule la qualité des récipiendaires de la future croix fait encore débat : Photographie de Louis René Viard (1862-1952) – alors encore lieutenant-colonel –, prise vers la mi-1916, si l’on en croit les trois chevrons de présence au front cousus sur son bras gauche. Portant en sautoir la cravate du Nichan Iftikhar de Tunis, il appartient aux troupes coloniales – comme l’indique son uniforme kaki aux ancres encâblées –, mais sert dans l’infanterie métropolitaine pour la durée de la guerre. Ce vieux baroudeur sorti du rang, en dix-sept années de campagnes, a déjà parcouru les quatre coins de l’Empire (Algérie, Congo, Gabon, Gambie, Mauritanie, Niger, Ouaddaï, Sahara, Sénégal, Tchad et Tonkin !). Lorsque la Grande Guerre éclate, il passe tout d’abord à la Légion étrangère pour instruire une partie des volontaires garibaldiens, avant de prendre successivement le commandement des 209 e, 256 e puis 154 e régiments d’infanterie. À leur tête, il se distingue en Champagne, en Artois, à Verdun et en Picardie, notamment lors des contre-attaques décisives de la bataille du Matz en juin 1918. Blessé et même gazé au combat, ses beaux succès lui valent d’être promu commandeur de la Légion d’honneur, puis envoyé comme conseiller militaire en Pologne après l’armistice. Son rôle consiste alors à former puis emmener au feu des unités d’infanterie de la jeune armée polonaise, engagée dans une guerre sans merci contre les Soviétiques. C’est d’ailleurs dans ces circonstances difficiles qu’il obtient enfin ses étoiles de général de brigade, mais seulement à titre polonais, parvenant ainsi au faîte d’une carrière pour le moins exotique... en effet, le ministre de la Guerre, à l’instar du généralissime Joffre, souhaite en limiter l’attribution aux seuls titulaires d’une citation à l’ordre de l’Armée, afin de centraliser la procédure et d’ainsi prévenir tout nivellement voire d’éventuelles dérives. Mais les parlementaires, dont beaucoup sont d’anciens combattants, n’entendent rien à cette logique froide q Citation collective à l’ordre de la 3 e Armée du général Humbert, octroyée au 154 e régiment d’infanterie pour ses succès durant la bataille de Picardie, en août 1918. Elle est établie sur un document officiel passe-partout – également valable pour les citations individuelles –, œuvre du peintre nancéen Jules-Casimir Wielhorski, qui sert alors comme adjudant à l’atelier central de camouflage de l’Armée. En voici le texte : « Magnifique régiment qui, après s’être déjà illustré précédemment, vient, sous l’énergique impulsion de son chef, le lieutenant-colonel VIARD, de conquérir de nouveaux titres de gloire les 10, 16 et 17 août 1918. A enlevé dans un élan irrésistible plusieurs positions très fortifiées, poursuivi l’ennemi en brisant toutes ses résistances et pénétré profondément dans ses lignes. A ainsi réalisé, après quinze heures de combat, une avance de 12 kilomètres en profondeur, capturant 163 prisonniers, dont 3 officiers, 6 obusiers de 150, 4 canons de 105, 4 de 77, 29 mitrailleuses, 3 minenwerfer, un important matériel et une rame de wagons de munitions de minenwerfer. » 64 uniformes | COLLECTION et administrative. Ils craignent au contraire qu’une restriction trop sévère ne rende inaccessible ladite décoration au simple soldat et soit donc contre-productive. Partant, l’amendement des députés Dumesnil et de Kerguézec est voté pour élargir au maximum la catégorie des bénéficiaires de la Croix, en prenant également en compte les citations à l’ordre de la brigade et du régiment. Le 4 février 1915, la Chambre des députés peut donc adopter à l’unanimité l’article unique suivant : « Il est créé une croix, dite « Croix de guerre », destinée à commémorer, depuis le début de la guerre de 1914-1915, les citations individuelles des officiers, sous-officiers, caporaux et soldats des armées de Terre et de Mer, à l’ordre de l’Armée, des corps d’armée, des divisions, des brigades et des régiments. » Le Sénat, suivant la procédure législative, se saisit alors du texte pour le parachever. Après Superbe Croix de guerre 1914-1917 en vermeil, portant pas moins de onze citations et ayant appartenu au colonel Viard, commandant du 154 e régiment d’infanterie à la fin de la Première Guerre mondiale. Ses quatre palmes sont également en vermeil pour des raisons esthétiques. De telles variantes luxueuses – mais non réglementaires – se trouvent dans le commerce dès 1915. Certains récipiendaires fortunés les acquièrent par coquetterie, mais il n’est pas rare que des officiers supérieurs ou généraux les reçoivent en cadeaux de la part de subordonnés s’étant cotisés au préalable. Viard, chef truculent et charismatique, très apprécié de ses hommes, a peut-être lui aussi bénéficié de cette pratique généreuse – l’année 1917, rappelée au revers de cette croix, étant marquée pour lui par la dissolution du premier corps qu’il ait commandé, durant deux ans et demi : le 209 e régiment d’infanterie d’Agen... avoir envisagé donner à la Croix de guerre une forme d’étoile pour mieux la démarquer de la Croix de fer allemande, le sénateur Georges Murat, rapporteur de la commission spéciale instituée ad hoc, remet en cause la couleur verte de son ruban. Il propose de lui substituer le vert et le rouge du ruban de la médaille de Sainte-Hélène, afin d’associer symboliquement au conflit en cours le souvenir glorieux de l’épopée des guerres révolutionnaires et impériales.
u Croix de guerre 1914-1917 du sergent Guillot, grenadier d’élite du 366 e régiment d’infanterie, exceptionnelle par le nombre de ses citations – a fortiori pour un jeune sousofficier – et le montage inhabituel de son ruban, reprisé après avoir été beaucoup porté. » La carrière militaire de Camille Guillot (1894-1978) mérite d’ailleurs d’être contée : appelé sous les drapeaux dès septembre 1914, il sert dans l’infanterie d’un bout à l’autre du conflit. Quoique cassé une première fois de son grade de caporal à cause de sa trop forte personnalité, il termine la guerre avec les chevrons de sergent, après avoir de nouveau gravi les échelons hiérarchiques au gré de ses nombreuses actions d’éclat. Courageux jusqu’à la témérité, il est en effet de tous les coups de main exécutés par son régiment derrière les tranchées allemandes. Ce qui lui vaut deux blessures et un palmarès final hors du commun pour un simple sergent : Légion d’honneur, Médaille militaire et Croix de guerre avec sept citations, dont deux à l’ordre de l’Armée ! t Très bel exemplaire du modèle définitif de la Croix de guerre, millésimé 1914-1918. Les dix palmes fixées sur son ruban correspondent à autant de citations à l’ordre de l’Armée, score dont bien peu de combattants peuvent s’enorgueillir en dehors de l’aviation... Murat – qui n’a aucun lien de parenté avec le maréchal d’Empire – suggère aussi d’étendre le bénéfice de la Croix aux troupes engagées dans des opérations de guerre hors de la métropole. Il est suivi par ses pairs sur ces deux points sans difficultés. De même, la possibilité d’octroyer la future décoration à des non-combattants pour fait de guerre est rapidement acquise. En revanche, la question de restreindre les attributions de la Croix de guerre aux seules citations à l’ordre de l’Armée, qui revient au centre des discussions, apparaît de nouveau comme la pierre d’achoppement majeure et retarde la conclusion des débats. Néanmoins, l’hécatombe provoquée par la première bataille de Champagne et les espérances suscitées par le vote généreux de la Chambre ne permettent plus de « paraître lésiner sur les récompenses à attribuer à ceux qui chaque jour, à toute heure, prodiguent leur héroïsme et leur sang » (Millerand). Aussi, le 26 mars 1915, les sénateurs, s’étant finalement accordés sur la création d’agrafes différentes selon le degré de la citation obtenue, élaborent-ils à l’unanimité un texte identique au fond à celui des députés. Les bénéficiaires Renvoyé devant la Chambre des députés, le texte définitif est voté sans surprise le 2 avril suivant. La loi qui en résulte, promulguée le 8 avril 1915, vient clore l’activité parlementaire. En voici la teneur : « Article unique – Il est créé une croix, dite « Croix de guerre », destinée à commémorer, depuis le début de la guerre de 1914-1915, les citations individuelles pour faits de guerre à l’ordre des Armées de Terre et de Mer, des corps d’armée, des divisions, des brigades et des régiments. « Jusqu’à la cessation de la dite guerre, cette croix sera attribuée dans les mêmes conditions que ci-dessus dans les corps participant à des actions de guerre en dehors du théâtre principal des opérations. » Ainsi donc la Croix de guerre est née après bien des tergiversations. Ne nécessitant aucun cérémonial particulier pour sa remise, elle vient s’insérer dans l’ordre de préséance immédiatement après la Légion d’honneur et la Médaille militaire. Elle leur est d’ailleurs subordonnée, dans la mesure où il est prévu de la conférer en même temps et de plein droit à tous les légionnaires et médaillés militaires récompensés pour action d’éclat durant le conflit. à suivre… q Détail de la citation à l’ordre de la 4 e Armée, décernée par le général Gouraud au sergent Guillot pour sa participation à l’un des plus fameux coups de main de la Première Guerre mondiale, le 14 juillet 1918 en Champagne. Ce jour-là, à la faveur d’un bombardement, un détachement de choc fort d’une trentaine de grenadiers d’élite s’introduit en plein jour dans le réseau de tranchées allemandes du Mont Sans-Nom. S’enfonçant jusqu’à la quatrième ligne ennemie malgré de vives résistances, il opère un ratissage implacable et méthodique du terrain, avant de se replier avec plusieurs prisonniers et un butin qui éventent in extremis les plans de la dernière offensive allemande de la guerre... Les termes grandiloquents de la citation de Guillot traduisent bien, d’ailleurs, toute l’urgence de la situation, mais aussi la reconnaissance du commandement envers ce petit groupe d’hommes, qui a peut-être contribué à changer le cours de l’Histoire : « Brave parmi les braves, s’est lancé à corps perdu au milieu des nombreux Allemands garnissant les lignes ennemies. A pénétré jusqu’à la quatrième ligne à plus de cinq cents mètres de profondeur et a contribué à la prise de vingt sept prisonniers, dont les déclarations ont permis de donner l’alerte à l’Armée. » (Le fait qu’un tel exploit soit aujourd’hui peu ou prou tombé dans l’oubli général, est sans doute lié au sort de la figure emblématique de cette opération qu’est l’adjudant Darnand. Son rôle clef dans l’affaire le fait alors qualifier d’ » Artisan de la Victoire » par le président Poincaré, mais une trajectoire politique sulfureuse ne l’en conduit pas moins tout droit au poteau d’exécution en 1945, pour collaborationnisme durant la Seconde Guerre mondiale – il est de fait le créateur de la Milice. Cet épilogue funeste expliquant qu’un voile pudique soit depuis jeté sur tout ce qui a trait au personnage, y compris « son » principal fait d’armes, pourtant collectif...) COLLECTION | uniformes 65



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