Uniformes n°274 jan/fév 2011
Uniformes n°274 jan/fév 2011
  • Prix facial : 6,95 €

  • Parution : n°274 de jan/fév 2011

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Régi'Arm

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 86

  • Taille du fichier PDF : 87,9 Mo

  • Dans ce numéro : le sous-casque américain M1.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 48 - 49  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
48 49
COLLECTION décorations La Croix de guerre 1914-1918 (1 re partie) Lorsque la Première Guerre mondiale éclate le 3 août 1914, la France dispose, pour récompenser ses militaires, de trois institutions éprouvées déjà anciennes : la Légion d’honneur, conférée de préférence aux officiers, la Médaille militaire, réservée aux sous-officiers et soldats, et la citation à l’ordre. Si les deux premières sont attribuées avec parcimonie par arrêté ministériel ou décision du Grand quartier général (les fameux « ordres D »), la citation – destinée aux actions d’éclat moins importantes – est décernée plus largement et de façon déconcentrée par les principaux échelons des forces armées. Elle n’est toutefois encore matérialisée par aucune décoration, lacune que comblera bientôt la Croix de guerre après bien des péripéties. Des origines lointaines Remontant aux guerres révolutionnaires, la citation consiste – comme son nom l’indique – à mentionner le nom d’un soldat avec le récit de ses exploits à l’ordre du jour d’une unité de plus ou moins grande envergure, selon la portée des faits relevés. Il s’agit donc d’ériger en exemple le militaire ainsi distingué et de susciter une saine émulation parmi ses camarades, en évitant cependant de briser la cohésion et l’uniformité de la troupe au sein de laquelle rien ne permet d’identifier clairement le héros. Celui-ci, en effet, reçoit seulement en souvenir de son fait d’armes une copie de l’ordre de jour qui l’intéresse, dont un extrait est transcrit 62 uniformes | COLLECTION pour mémoire dans ses pièces matriculaires. La levée en masse qui s’observe en 1914 – conduisant huit millions et demi de Français à revêtir l’uniforme au cours des quatre années du conflit – et le développement d’une intense activité militaire sur de vastes théâtres d’opérations entraînent immanquablement la multiplication des pertes humaines et des actes de bravoure. Or le système de récompense traditionnel ne permet pas de faire face à une telle inflation. Prises dans le carcan d’une stricte limitation, la Légion d’honneur et la Médaille militaire doivent, en fait comme en droit, conserver un caractère exceptionnel pour garder intact tout leur prestige et surtout ménager les finances de l’État, qui octroie une rente viagère aux titulaires militaires de ces distinctions ! Quant à l’interdiction de principe de leur attribution à titre posthume, elle prive d’une juste récompense de nombreux braves que le courage a conduits jusqu’au sacrifice suprême, ce qui ajoute à la peine des familles endeuillées. L’idée, partie du front, de créer une nouvelle décoration en bonne et due forme suit donc lentement son cours. Mais pour avoir une chance d’aboutir, encore faut-il qu’elle soit relayée en haut lieu. C’est chose faite au début du mois de novembre 1914, dès que la stabilisation du front autorise la tenue d’inspections parlementaires. Une tournée du sénateur Ernest Cauvin dans la Somme est ainsi l’occasion pour le Rarissime prototype de croix, dû au médailleur François Roques. Il est proposé en vain aux autorités dès septembre 1915 par la Société nationale des beaux-arts, afin de remplacer le modèle officiel de la Croix de guerre, alors jugé trop « germanique »... On peut d’ailleurs noter que les initiales de la République française figurant à l’avers paraissent comme inversées, ce qui leur permet de tout aussi bien s’appliquer à l’artiste concepteur du projet ! Sur la dizaine de pièces vraisemblablement produites – toutes numérotées sur la tranche –, seuls quatre spécimens semblent être parvenus jusqu’à nos jours... Texte et photos : Laurent Chauvet général Boëlle, commandant le 4 e corps d’armée qui occupe le secteur de Roye, de lui faire part de son souhait de concrétiser les citations à l’ordre de l’Armée par une médaille de bronze. Vétéran de la guerre de 1870-1871, Boëlle a alors paradoxalement en tête le modèle de la Croix de fer prussienne, décoration sans équivalent français qui l’avait frappé lorsque, tout jeune, il se battait dans les rangs de l’Armée du Nord... Son interlocuteur, lui aussi ancien combattant de la guerre franco-allemande, y adhère d’emblée avec enthousiasme. Une fois revenu au Sénat, il pose officiellement une question en ce sens au gouvernement. Elle se heurte toutefois à l’opposition du ministre de la Guerre, Alexandre Millerand, qui ne saisit pas encore tout l’intérêt d’une telle mesure, considérant qu’une citation se suffit à elle-même en termes de prestige ! Mais la réflexion est à présent lancée, et le général Boëlle fait la connaissance de celui qui va bientôt rallier l’opinion publip Médaille de table frappée par la Monnaie de Paris et utilisée par certains généraux ou chefs de corps, entre autres objets, pour récompenser leurs hommes de façon informelle dans l’attente de la création de la Croix de guerre. Le cartouche du revers permet de préciser et de dater l’acte ainsi honoré. (Collection privée)
p Photographie d’Eugène Peyrotte (1868-1944) – alors encore lieutenant-colonel –, prise vers 1920 à Paris. Entre autres décorations, il arbore la cravate de commandeur de la Légion d’honneur et sa Croix de guerre avec huit citations. Saintcyrien de la promotion du Grand Triomphe (1888-1890), après avoir servi dans la Légion étrangère au Tonkin puis en Algérie, il rejoint l’infanterie métropolitaine où il s’illustre durant la Grande Guerre. Deux fois blessé au feu, il se distingue sur tous les champs de bataille du front occidental : sur la Marne, en Champagne, à Verdun (où son bataillon est d’ailleurs envoyé au secours des chasseurs de Driant, décimés au bois des Caures), sur la Somme et enfin en Picardie, lors de la bataille de l’Empereur... (Collection privée) u Citation à l’ordre de la 3 e Armée du général Humbert, attribuée au lieutenant-colonel Peyrotte pour son héroïsme lors des furieux combats de la bataille de l’Empereur. Le 26 mars 1918, en effet, à l’ouest de Noyon, alors que rien ne semble pouvoir enrayer la formidable offensive allemande déclenchée cinq jours plus tôt, Peyrotte parvient à rétablir in extremis la situation dans son secteur. Galvanisant des débris de son régiment, épuisés par une longue retraite, il soutient le choc d’un ennemi deux fois supérieur en nombre et arrête enfin son avancée, pratiquement en rase campagne... Voici le texte de cette citation dithyrambique, établie moins d’un mois après les faits sur un simple papier d’état-major : « Au cours des combats récents, par sa crânerie superbe et les dispositions judicieuses qu’il a su prendre à temps, a rempli jusqu’au bout la mission particulièrement difficile qui lui avait été confiée. En fin de combat, alors que son régiment avait subi de lourdes pertes, a électrisé le courage des soldats restant groupés autour de lui en prenant un fusil pour combattre avec eux sur la ligne des tirailleurs. » Et le moins que l’on puisse dire est que ce fait d’armes ne passe pas inaperçu à l’époque, puisque la Revue des deux Mondes puis l’académicien Henry Bordeaux ne tardent pas à s’en faire l’écho dans leurs publications ! (Collection privée) que : Maurice Barrès. Député, académicien, écrivain et journaliste, ce Lorrain orchestre sans trêve, de novembre 1914 à janvier 1915, une campagne de presse dans le journal L’Écho de Paris, où il démontre l’impérieuse nécessité pour le pays de se doter d’une médaille permettant au chef de « décorer ses plus braves soldats sur le champ de bataille après chaque affaire. » Un long processus de création C’est dans ce contexte, face à l’inertie du gouvernement, que le député Georges Bonnefous s’empare de la question en déposant à la Chambre, le 23 décembre 1914, unet Croix de guerre 1914-1916 présentant la particularité d’avoir été argentée par son titulaire malheureusement anonyme, sans doute pour mieux mettre en valeur son palmarès impressionnant : treize citations, dont dix à l’ordre de l’Armée ! (On remarquera la présence de deux palmes réduites au sommet du ruban.) proposition de loi signée par soixante-six députés de toutes les tendances politiques. Elle vise à instituer une médaille dite « de la Valeur militaire » – comme son équivalent italien –, destinée à commémorer les citations individuelles obtenues à l’ordre de l’Armée, du corps d’armée et de la division. La proposition Bonnefous est rapportée le 28 janvier 1915 devant l’Hémicycle par le député et chef de bataillon bien connu Émile Driant, pour qui ce projet revêt une sensibilité particulière, dans la mesure où il concrétise une idée un temps caressée par son beau-père, le général Boulanger, alors qu’il t Magnifique exemplaire du modèle initial de la Croix de guerre, millésimé 1914-1915, ayant appartenu au colonel Peyrotte, chef de corps de 1917 à 1920 du 46ème régiment d’infanterie – le fameux régiment parisien de La Tour d’Auvergne. Son ruban porte en tout huit agrafes : cinq palmes de bronze, deux étoiles de vermeil et une étoile d’argent, pour cinq citations à l’ordre de l’Armée, deux à l’ordre du corps d’armée et une à l’ordre de la division ! (En sachant que deux de ces palmes ont été obtenues à la suite de promotions dans l’Ordre national de la Légion d’honneur pour faits de guerre, et qu’une troisième, enfin, correspond à la citation collective à l’ordre de l’Armée reçue par son régiment en 1918, et qui vaut citation individuelle pour son commandant dans la mesure où son nom y est expressément mentionné) (Collection privée) était ministre de la Guerre entre 1886 et 1887... Dans un discours enflammé, Driant avance pour la première fois le nom de « Croix de guerre », appellation brève et claire qui sonne fièrement et exclut, selon lui, toute faveur liée à l’ancienneté. Il donne par ailleurs une esquisse très sobre de la décoration : croix en bronze clair millésimée 1915, il la voit surmontée d’une couronne de lauriers et suspendue à un ruban vert uni, symbole de l’espérance dans la revanche finale (et qui n’est rien d’autre, en fait, que le ruban de la médaille commémorative de la guerre de 1870-1871, enfin débarrassé des liserés noirs COLLECTION | uniformes 63



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 1Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 2-3Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 4-5Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 6-7Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 8-9Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 10-11Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 12-13Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 14-15Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 16-17Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 18-19Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 20-21Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 22-23Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 24-25Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 26-27Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 28-29Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 30-31Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 32-33Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 34-35Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 36-37Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 38-39Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 40-41Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 42-43Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 44-45Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 46-47Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 48-49Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 50-51Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 52-53Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 54-55Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 56-57Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 58-59Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 60-61Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 62-63Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 64-65Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 66-67Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 68-69Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 70-71Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 72-73Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 74-75Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 76-77Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 78-79Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 80-81Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 82-83Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 84-85Uniformes numéro 274 jan/fév 2011 Page 86